‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 123 sur 163 · PEU · texte numérisé non relu

PEU

avec promptitude. La turbulence est la vivacité d'un être sensible qui se porte de côté et d'autre^ sans règle^ sans réflexion^ sans but. — La* vivacité est le propre de tout être sensible, elle est susceptible de degrés ^ la pétulance est le propre de tout être passionné, privé de lumière et deréflexion, ou trop faible pour en suivre les directions. La turbulence est le propre de tout être sensible qui éprouve indéterminément W besoin d'agitation et de mouvement. — ta vivacité indique la rapidité^ du mouvement; la pétulance^ la vivacité du désir; la turbulence^ la* vivacité de l'inquiétude vague, du besoin. (L.)

PEU, GUÈRE. Peu exprime l'idée de petite quantité ; il est opposé à ' beaucoup : guère signifie beaucoup, comme l'observe très-judicieusement Roubaud^; il ne désigne peu qu'en vertu de la négation qui raccompagne toujours : a II n'y en a guère », c'est-à-dire, il y en a peu. Ainsi ne guère, c'est peu; tandis que ne peu ou non pas peu, c'est beaucoup.

Donc en réalité le mot guère seul, bien loin d'être synonyme de peu^ exprime l'idée toute contraire. Il ne peut y avoir synonymie entrepeu et guère qu'autant que ce dernier est inséparablement joint dansl'esprit à la négation : c'est ainsi qu'il est considéré dans l'ai-ticle sui* vaut.

« Peu est l'opposé de beaucoup; et guère en devient une forte négation. S'il n'y a guère d'une chose, non-seulement il n'y en a pas beau* coup, mais il n'y en a pas assez, il n'y en a pas ce qu'il faut ; il y en ai troppeu, fort peu; il n'y en a presque point. L'usage est parfaitement conforme à cette observation. — Peu affirme positivement la petitequantité ; guère ne fait que Tindiquer ou la supposer. Peu détermine une petite quantité, et dès lors il convient au ton positif, à l'assertion* formelle, à l'opinion décidée : guère ne détermine rien sur la petitequantité; et dès lors il laisse nécessairement mie incertitude, un doute, et quelque cbose de vague dans l'idée de peu. Savoir peu et parler peu expriment l'opposition formelle à beaucoup ; ne voir guère, n'avoir guère à dire, indiquent l'idée vague de pas grand* chose; mais l'esprit, invité par cette manière de parler à diminuer l'objet, le réduit presque à rien, comme on le verra par d'autres exemples. — Un homme qui ai peu d'argent, en a et peut-être assez : un homme qui n'en a guère en manque, il en manquera. Vous demandez d'un plat, peu? Mais si l'on ne vous en sert pas assez, vous trouverez qu'il n'y en a guère, qu'il y en a trop peu, bien peu. Vous rencontrerez mille exemples

1. • Guère ^ signifiait autrefois beaucoup ^ hien^ fort : ■ Sans guère de perte il fat «eignear de la -ville *. {ChrofUque de Ghastelain, p. 9.) Nous employons encore anjooid'hui ce mot d'une maniàre à peu près semblable dans certaines locutions : n a disparu sans que l'on sache guère ce qu'il est devenu. Ce mot est d'origine germanique. — Tudesque : garo, beaucoup, bien, fort, entièrement, tout à fait;, anglo-saxon : geara {gheara); allemand gar, même signification >. (M. de Gbe*- Tall0t, Origine et formation de la langue franeaite,)

WCT. DES SYNONTMÊ^ - - - - ^

422 SYNOIfYU£S FRANÇAIS.

semblables où guère désigne une quantité insnffi»uite, tandis qne pev marque la petite quantité sans accessoire. On Yit aveciiett, on est content de Tpeu ; mais s'il n'y a guère de ce qu'il faut pour yJTre ou pour être content^ on vit mal et on n'est pas content. — Il y a différents degrés de peu : bien peu^ fort peu, trop peu, très-peu, tant soit peu, etc. Il n'en est pas ainsi de guère, il indique le peu comme indivisible : il exclut donc naturellement par son emploi négatif tout ce qu'il peut exclure, et il ne laisse du peu que ce qu'il est obligé de laisser, ie moins. — Avec peu, on fait quelquefois beaucoup : avec trop peu, ou ne fait guère, on ne fait pas grand' chose. (R.)

PEUPLE. V. Nation.

PEUR. V. Appréhension,

PEUR (AVOIR). Y. Craindre.

PEUT (ON NE). V. On ne saurait,

PHÉBUS. V. Galimatias,

PHYSIONOMIE. V. Air, mine.

PIÈGE. V. Appât,

PIÉTÉ. V. Religion.

PILE> PILIER^ PILASTRE. Ajnas ou construction de plusieurs corps placés les uns sur les autres. — Pile, mot simple^ est le terme générique; il ne signifie rien autre que amas de corps placés les uns sur les autres, et se dit de toutes sortes d'objets : « Pile de bois, piie de livres, pile d'écus » (Acad.); piles d'un pont (Id.), massifs de maçonnerie qui soutiennent les arcbes d'un pont.

Pilier et pilastre énoncent une idée de construction : ce sont des piles d'une espèce particulière. Voici en quoi ces deux mots diffèrent : « Le pilier, dit l'Académie, est une sorte de colonne ronde ou carrée, sans proportion et quelquefois sans ornement, qui sert à soutenir un édifice ou quelque partie d'un édifice. Le pilastre est un pilier carré auquel on donne les mômes proportions et les mêmes ornements qu'aux colonnes, et qui ordinairement est engagé dans le mur : quelquefois il est placé derrière les colonnes. » Ces conditions distinctives sont exprimées par la terminaison astre, qui vient du verbe latin astntere, construire contre ou auprès, et qui est très-rare dans notre langue.

PILER. V. Broyer.

PirXAGE, PILLERIE. Pillage se dit du saccagement des villes, qui se fait avec violence; on l'emploie aussi par exagération pour une suite de vols dans une maison, dans une administration où il n'y a pas d'ordre. Pillerie se dit de tôleries (V. Vol, volerie), d'extorsions secrètes : « Il s'est enrichi par ses paieries }», (Acad.)

PILLARD, PILLEUR. Pilleur, comme pillard, se dit de celui qui pille ou qui aime à piller. Mais pillard indique ou plus d'ardeur au pillage, ou une, plus grande passion de feire des pilleries, ou enfin un pillage plus en gi-aud, une répétition plus fréquente d'actions de cette nature (41, page 12) : aussi se dit-il surtout des soldats qui exercent le pii-

PIRE. /ji23

lafire, soit après la prise d'une ville, soit sur les terres de Tennemi. Pillard s'emploie souvent comme adjectif : troupe pillarde.

PILOTE. V. Nocher.

PIQUANT, POIGNANT. Poignant dit plus que piquant Un point de côté vous poind et ne vous pique pas : il vous cause une vive douleur avec des élancements, comme si on vous donnait des coups de lancette et non de petits coups d'épingle. Une injure poignante pique jusqu'au vif, perce jusqu'au cœur. Le piquant est même quelquefois très-agréable; il réveille, il chatouille : on est toujours blessé, toujours souffrant de ce qui est poignant.— Lai différence ordinairement observée Kians l'usage de ces mots, consiste en ce que piquant s'applique à la cause, à la chose qui pique; et poignant, au mal, à la douleur que vous éprouvez. Un trait est piquant, et votre mal est poignant : vous dites, une raillerie piquante, et une douleur poignante : une épigramme est piquante, et le remoïQS est poignant. Ce mot est surtout une qualification de reflet ou de la cause interne; i/iridis que l'autre désigne proprement l'action d'une cause extérieure. (R.)

PIQUER (SE). '^. Affecter.

PIRATE. V. Corsaire.

PIRE, PIS. Pire, c'est le XdXmpejor, des deux genres, comme meilleur, melior. Pis est l'adverbe pejiis, formé du neutre pejus, comme mieux est meliùs, du neutre melius. Ainsi pî> est adverbe; pire n'est qu'adjectif comme meilleur : pis signifie plus mal; et pire, plus mauvaiê. — On suppose que pis est adjectif dans les phrases suivantes : « Il n'y a rien qui soit pis que cela. Ce que j'y trouve de pis. Il ne saurait rien arriver de pis ». Or, ces exemples ne prouvent rien. Pis est adverbe dans ces phrases, comme mieux dans celle-ci : « Il n'y a rien qui soit mieux que cela. Ce que j'y trouve de mieux, etc. » Pi^ est l'opposé de mieux, et il se place de même dans les mêmes cas, comme adverbe : pire est l'opposé de meilleur^ et il s'emploie de même seul, comme adjectif.— Pis et pire s'emploient substantivement et dans le degré superlatif; mais celui-ci comme adjectif, et celui-là comme adverbe. On dit le pis, comme le mieux; et le pire, comme le meilleur. Dans ces manières de parler elliptiques, pire suppose un substantif sous-entendu dont il exprime la qualité et auquel il se rapporte : pis suppose un verbe sous-entendu dont il modifie l'expression. — Le pis, qui pis est, ce qu^il y a de pis, le pis-aller, toutes ces locutions et autres semblables annoncent par le mot pis ce qui est, ce qu'il y a, ce qui arrive, ce qui se fait de plus mal. Pis qualifie l'espèce d'action ou d'existence qui serait exprimée par le verbe sous-entendn. On fait du pis qu'on peut, quand on fait aussi mal ou autant de mal qu'on peut, comme on fait du mieux qu'on peut. L'un prend les choses au pis . aussi mal qu'il est possible, tandis que l'autre les prend bien, ou en bien autant que cela se peut. Ce que vous trouvez de pis est ce qui TOUS parait être plus mal, ce qu'il peut arriver de pltts mal. — Le pire

êl2ll SYNONYMES FRANÇAIS.

réveille toajoars l'idée d'un substantif par lequel vous expliquerez Totre phrase. Qui choisit prend le pire, c'est-à-dire le plus mauvais parti, l'objet le plus mauvais. Il n'y a point de degré du médiocre au pire, c'est-à-dire entre le degré médiocre ou moyen, et le degré pire ou le plus lias. Toujours le pire se rapporte à un mal ou à un autre «ubstantif équivalent et suffisamment indiqué; et c'est le pire ou le plus grand des maux comparés. (R.)

PITEUX, PITOYABLE. Qui est à faire pitié. — Piteux signifie proprement qui est de telle sorte , dans un état tellement fâcheux, qu'il «xcite fortement la pitié , mais une sorte de pitié dédaigneuse et méprisante ; c'est pourquoi ce terme est familier : « Ton piteux; piteux •état; faire piteuse chère ». (Acad.)

Pitoyable signifie qui est très-propre à exciter la pitié, la compassion (43, page 13). Il se prend au sérieux et fait entendre que la chose a réellement le droit d'inspirer la commisération : « II a une santé pi" Payable» (Acad.) Cependant il s'emploie aussi comme terme de dénigrement, dans le sens de méprisable, pour qualifier ce qui est mauvais dans son genre : « Style pitoyable, raisonnement pitoyable, conduite pitoyable, peintre pitoyable ». (Acad.)

PITIÉ, COMPASSION, COMMISÉRATION. La piYi^ est proprement la qualité de l'àme qui dirige sur les malheureux le sentiment de la bienveillance ou plutôt de la charité universelle. La compassion est le sentiment de pitié actuellement excité dans l'àme par des malheureux dont la douleur nous frappe droit au cœur. La commisération est l'expression sensible d'un vif intérêt qui, excité dans l'àme par la compassion, se répand sur les malheureux avec plus ou moins d'effet. — La pitié noTis conduit naturellement au grand précepte de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu*on nous fit : elle nous apprend par sentiment ce que la raison démontre à la rigueur, que Tintéi^t de <îhacun est celui de tous, et que l'intérêt de l'humanité est celui de chacun. La compassion ou la pitié appliquée à des cas particuliers, fournit de si fortes preuves de ces vérités, qu'elle va jusqu'à désarmer l'ennemi furieux, qui se croit alors et se trouve en effet plus heureux "de sauver sa victime suppliante que de l'immoler à sa colère. Voyez Marcellus, considérant ce peuple infortuné qu'il vient d'écraser et d^ensevelir sous les ruines de Syracuse; il frémit de sa gloire, et il en est puni, conune d^iu grand crime, par les larmes amères d'une commi» sération stérile et désespérée. (R.)

PITIÉ (AVOIR), AVOIR DE LA PITIÉ. V. Avoir peine.

PLAGE. V. Lieu.

PLACER. V. Mettre.

PLAGIAIRE. V. Copiste.

PLAIE. V. Blessure.

PLAIN. V. Uni,

PLAINTE, COMPLAINTE. Expression de la peine, de la douleur

I*LA1SIR. /i25

que Ton ressent. La plainte ne consiste qu'en quelques mots et souvent <ea un seul cri que la douleur arrache. La complainte est une suite et, pour ainsi dire, une accumulation de plaintes, ou un ensemble de lamentations ennuyeuses et fatigantes ( 4, page 3) PLAINTE, LAMENTATION. Y, Lamentation.

PLAIRE, COMPLAIRE. Plaire, c'est simplement être agréable ou faire plaisir : complaire, c'est s'accommoder, se conformer au sentiment, au goût, à, l'humeur de quelqu'un pour lui plaire; c'est aussi acquiescer à ce qu'il souhaite. On peut plaire au premier abord; mais pour complaire, il faut des soins, des attentions et quelquefois beau- ■coup de complaisance ( 4, 3«, page 3).

PLAISANT, BOUFFON, FACÉTIEUX, a Plaisant (qiii plaît, récrée, •divertit), répond assez exactement au facetus des Latins. De Taugmentatif ou fréquentatif facetosus, nous avons fait facétieux , fécond «en facéties, plein de facétie, espèce de plaisanterie qui divertit beaucoup, qui inspire la joie, qui fait rire. » (R.)

Bouffon vient de l'italien buffa, grosse facétie : ce qui est bouffon est ^ossier : un bouffon est un acteur ou un homme grossièrement plaisant.

« Facétieux dit plus que plaisant et dit mieux que bouffon. Scarron, bouffon si souvent, est souvent aussi trës- facétieux. — Molière n'est pas seulement plaisant., il est facétieux, quand il veut l'être ; car alors «a plaisanterie est non-seulement agréable, mais vive, enjouée, piquante •et très- comique. Une action, une parole est agréable sans être plai- ^sante; elle peut être plaisante sans être absolument facétieuse. Le plaisant platt et récrée par sa gaieté, sa finesse, son sel, sa vivacité •et sa manière piquante de surprendre : il excite un plaisir vif et la gaieté. Le facétieux plaît et réjouit par l'abandon d'une humeur enjouée, un mélange heureux de folie et de sagesse; en un mot, par la plus grande gaieté comique, il excite le rire et la joie. » (R.) PLAISANTERIE. V. Moquerie.

PLAISIR, DÉLICE, VOLUPTÉ. L'idée de p/amr est d'une bien pins vaste étendue que celle de délice et de volupté, parce que ce mot a rapport à un plus grand nombre d'objets que les deux autres; ce qui «concerne l'esprit, le cœur, les sens, la fortune, enfin tout est capable de nous procurer du plaisir. L'idée de délice enchérit, par la force du sentiment, sur celle de plaisir; mais elle est bien moins étendue par l'objet : elle se borne proprement à la sensation, et regarde surtout •celle de la bonne chère. L'idée de volupté est toute sensuelle; et semble •désigner, dans les organes, quelque chose de délicat qui raffine et augmente le goût. — Tout ce que je viens de dire ne regarde ces mots que dons le sens où ils marquent un sentiment ou une situation agréable de l'àme. Mais ils ont encore, surtout au pluriel, un autre sens, «elon lequel ils expriment l'objet ou la cause de ce sentiment, comme . quand on dit d'une personne, qu'elle se livre entièrement aux plaisirs,

||26 8YK0NTMES FRANÇAIS.

qu'elle jouit des délices de la campagne, qu'elle 8e plonge dans les voluptés. Pris dans ce dernier sens, ils ont également, comme dans l'autre, leurs différences et leurs délicatesses particulières; alors le mot de plaisirs a plus de rapport aux pratiques personnelles , aux usages et aux passe-temps, tels que la table, le jeu^ les spectacles, etc. Celui de délices en a davantage aux agréments que la nature^ Tart^ Topulence fournissent; telles que de belles habitations, des commodités recherchées^ et des compagnies choisies. Celui de voluptés désigne proprement des excès qui tiennent de la mollesse, de la débauche et du libertinage, recherchés par un goût outré, assaisonnés par ToisiYetéy et préparés par la dépense; tels qu'on dit avoir été ceux où Tibère s'abandonnait dans Tlle de Caprée. (G.)

PLAISIR, GRACE. V. Grâce.

PLATONICIEN, PLATONIQUE. V, Stoïcien.

PLAUSIBLE, PROBABLE, VRAISEMBLABLE. « Plausible, qu'on peut approuver; probable, qui peut se prouver; vraisemblabie j qui a l'apparence de la vérité. — Une raison esX plausible lorsqu'elle parait bonne et conforme à Téquité; une opinion est probable^ quand elle offre beaucoup de preuves en sa faveur; un fait est vraisemblable quand toutes ses circonstances ressemblent à la vérité. » (L.)

Le sens étymologique de probable est en effet qui peut se prouver; mais ce mot s'emploie presque uniquement dans le sens de qui a de la probabilité, c*est-à«dire qui peut être, qui peut arriver, qui paradt fondé en raison, qu'il est raisonnable de supposer, de conjecturer : « Il esi probable qu'il renoncera à ce dessein. 11 n'est pas probable qne cela arrive ». ( Acad. } tt Cette opinion est beaucoup plus probable que Tautie », ( id.) c'estrà-dire parait plus fondée en raison.

PLEIN, REMPLI. Il n'en peut plus tenir dans ce qui est plein : on n'en peut pas mettre davantage dans ce qui est rempli. Le premier a un rapport particulier à la capacité du vaisseau; et le second à ce qui doit être reçu dans cette capacité. — Aux noces de Cana, les pots furent t'wip/w d'eau; et par miracle, ils se trouvèrent pleins à& vin. (G.)

PLEURARD, PLEUREUR. V. Braillard.

PLEURS. V. Larmes,

PLIER, PLOYER. Mettre certaines choses en plusieurs doubles, oo en rouleau, en paquet; dans un autre sens, fléchir, courber.

« Au propre, plier, c'est mettre en double ou par plis, de manière qu'une partie de la chose se rabatte sur l'autre : jo/oyer, c'est mettre en forme de boule ou d'arc, de manière que les deux bouts de la chose se rapprochent plus ou moins. On plie à plat; on ploie en rond. — Nous ' ^^sonsp/ier dans le sens de ployer, courber, fléchir ou de céder; et ce con } ^^ *^^ raison, lorsque la chose, en ployant, forme un pli , un le bit' "^ *°^^®* ^^^^ ^° ^^'^ ^^^^ **^®^ P^^*^^ comme ployer le genou, pli du i ^**^,^® ^® ^^^ et le genou ployés forment un vrai pU, le jarret, le pli du coude, comme Ton dit. Dans une génuflexion

POINT DO JOUR (le). AS?

profonde tous piiez le genou; il faut le ployer pour marcher. Plier dit un effet plus grande plus marqué, plus approchant du pli rigoureux que ployer. Pour marquer qn'une personne ploie beaucoup le corps sans ponvoir se relever, on dira qu'elle est pliée en deux. Une armée ne fait que ployer, tant qu'elle résiste et s'efforce de reprendre sa place, sinon elle plie ou s'enfonce, il ne lui reste que la retraite. Ainsi donc au figuré, il suffit de fléchir, de faiblir, de mollir pour p%er; on plie quand on ne sait plus que céder, obéir, succomber. '■^ Plier et ployer emportent quelquefois une idée secondaire d'arrangement avec une fin ou une destinaûon particulière; mais on ne doit encore dire plier que des choses qui se mettent en plis, ou bien par lits et par'coucbes semblables à des plis, telles que des nippes, des toiles, des vôtements, des étoffes : ployer cooyient mieux à ce qui se met en paquet, en bloc, en peloton, de ce qui se roule, s'enveloppe sans avoir besoin de plis. Un marchand de drap plie sa marchandise : un marchand de porcelaine ploie la sienne. » (R. )

PLUS, DAVANTAGE. Ces mots sont également comparatifs et marquent tous deux la supériorité ; c'est en quoi ils sont synonymes : voici en quoi ils diffèrent. » Plus s'emploie pour établir explicitement et directement la comparaison; davantage en rappelle implicitement l'idée et la renverse : après plus on met ordinairement un que qui amène le second terme ou le terme conséquent du rapport énoncé dans la phrase comparative; après davantage on ne doit jamais mettre que, parce que le second terme est énoncé auparavant. — Ainsi l'on dira par une comparaison directe et explicite : « Les Romains ont plus de bonne foi que les Grecs. L'alné est plus riche que le cadet ». Mais dans la comparaison inverse et implicite, il faut dire : « Les Grecs n'ont guère de bonne foi^ les Romains en ont davantage. Le cadet est riche , mais l'atné l'est davantage». (B.) PLUS (DE). V. Déplus.

PLUSIEURS, y. Beaucoup et Maint.

POIDS, PESANTEUR. Le poids d'voi corps est ce qu'il pèse, c*est-àdire l'effort qu'il exei'ce contre une surface qui le soutient et Tempèche de tomber vers la terre : la pesanteur est la force qui le sollicite à tomber, c'est-à-dire Tattraction terrestre. Le poids est la mesure de l'action que \aL pesanteur exerce sur le corps : ainsi la pesanteur est la cause, le poids est Teffet produit.

POIGNANT. V. Piquant.

POINT. V. Pas,

POINT DU JOUR (LE), LA POINTE DU JOUR. La pointe du jour est le premier rayon du jour (pii commence à poindre et à percer les ténèbres^ c'est la naissance du jour : le point du Jour, est le premier instant qui commence à marquer la division des époques différentes de la journée ou du jour considéré dans sa durée, c'est Torigine du temps. hd point du jour est le commencement de la durée, comme le midi en

â28 SYNONYMES FRANÇAIS.

•est le miliea : la pointe du jour est le oommencemeDt de la clarté, •comme le grand jour en est la plénitude ou Téclat. Ainsi, quand nous parlons de Tépoque ou de l'emploi du temps, nous disons le point du Jour; nous dirons la pointe du jour, quand il s'agira de distinguer le degré ou l'effet de la clarté. L'observateur se lève avant le point du jour pour considérer la petite pointe du jour. Vous partez au point du jour, â cette époque; et vous marchez à la pointe du jour, ou à la clarté du Jour naissant. Vous mesurez le temps par le point du jour; la pointe 'du jour vous fait distinguer les objets. (R.)

POISON , VENIN. « On désigne par là certaines choses qui peuvent attaquer les* principes de la vie par quelque qualité maligne; c'est le sens propre et primitif : dans le sens figuré, on le dit des choses qui tendent à ruiner les principes de la religion^ de la morale, de la subordination politique, de la société, ou de rbonnèteté civile. — Poison, •dans le sens propre, se dit des plantes ou des préparations dont l'usage •est dangereux pour la vie : venin se dit spécialement de certaine liqueur 4[ui sort du corps de quelques animaux. » (B.)

Venin se disait aussi autrefois du suc de certaines plantes, et Beauzée 'donne cet exemple : « La ciguë est un poison, le suc qu'où en exprime en est le venin ». Venin ne se dit plus aujourd'hui que de la liqueur venimeuse que distillent certains animaux. (Voir le dictionnaire de l'Académie.) On disait aussi le venin d'une maladie contagieuse; on ■dit aujourd'hui le virus*

<c Au figuré^ poison désigue une malignité préparée avec art, ou cachée <iu moins sous des apparences trompeuses ; au lieu que le terme de venin ne réveille que l'idée de malignité subtile et dangereuse, sans aucune attention aux apparences extérieures. — Certains philosophes modernes affectent de répandre dans leurs écrits un poison d'autant >plus séduisant, qu'ils font continuellement l'éloge de Thumanité^ de la TaisoUj de l'équité, des lois : mais au yeux de la saine raison^ qu'ils <»utragent en l'invoquant, rien n'est plus subtil que le venin de cette ■audacieuse philosophie, qui attaque en effet les fondements de la société môme.» (B.) POLI. V. Honnête.

POLIR. V. Limer.

POLITESSE. V. Civilité.

POLTRON. V. Lâche.

PONTIFE, PRÉLAT, ÉVÈQUE. Pontife, qui fait ou dirige les choses saintes, celles de la religion : le latin pontifex qualifie l'homme chargé des choses sacrées, puissant en matière de religion, chef religieux, te pontife, dit Cicéron, préside aux choses sacrées. — Prélat, qui est llevé au-dessus des autres, placé dans un haut raog, distingué par sa |)lace, selon la valeur du latin prœlatus, qu'il nous a plu d'appliquer à l'ordre ecclésiastique exclusivement à tout autre. Il y a dans l'Église deux ordres de prélats : les évéques forment le premier : le second est

1*UUT£R. A29

composé d'abbés, de généraux d'ordre, de doyens, etc., qui ont des -droits honorifiques, tels qae celui de porter la crosse et la mitre. — JÉvéque, espèce de magistrat qui, par une consécration ou destination particulière, exerce une juridiction et veille au gouvernement d'un dis- -trict, d'un diocèse. Cest le grec épiskopos, latin épiscopus, inspecteur, -surveillant — Ainsi, vous êtes pontife par la puissance et par la hau- -teur des fonctions que vous exercez dans TËglise : vous êtes prélat par la dignité et par le rang que vous occupez dans la hiérarchie ecclé- -siastique : vous êtes éoéque par la consécration et par le gouvernement spirituel que vous avez d'un diocèse. Le pontificat est une domination ; la prélature, ime distinction ; Vépiscopat, une charge. — Dans le lan* ^age ordinaire, le nom de pontife n'est donné qu'au souverain pontifi <au pape), aux pontifes de Tancienne Rome ou autres anciens, aux saints évéques dont TÉglise fait rofâce : ces cas-là exceptés, pontife n^ se dit que dans le style relevé, pour désigner un évéque; et ce nom imprime toujours la vénération. Prélat est de tous les styles, et surtout du style poétique. Évéque est le nom propre et vulgaire des pré- Jats chargés de la conduite spirituelle d'un diocèse. (R.)

PORTER, EXCITER. V. Exciter,

PORTER, SUPPORTER. 1© Soutenir; 2» souflFrir, endurer. — Porter -et supporter ont bien d'autres acceptions; mais ils ne sont synonymes que dans les deux sens que nous indiquons ici.

10 Porter exprime simplement le fait de soutenir : o Des colonnes <iui portent une galerie », (Acad.) Supporter (porter par-dessous ou «n dessous, 14, page 5) marque quelque chose de fort lourd relativement à la chose qui porte, et appelle Tattention sur cette chose : « n n'y a qu'un seul pilier qui supporte toute la voûte ». (Id.)

2» La différence entre ces deux mots est à peu près la même dans ia seconde acception. Quand on dit : a II porte impatiemment sa disgrâce » (Acad.) , on montre la personne conome assez forte pour réagir, pour lutter contre la disgrâce, dont le poids ne suffit pas pour Taccabler. On dira au contraire : « Il supporte son mal, son affliction patiemment » ( Id. ); et par là on exprime la résignation de la personne endurant un mal, une affliction contre laquelle elle est Impuissante, et qui ne cherche pas à lutter. On dira aussi supporter une injure, parce <)u'une injure est toujours une chose pesante, difficile à endurer.

PORTER, TRANSPORTER. Prendre d'un lieu et remettre ou faire aller à un autre. — Porter exprime l'action ordinaire, sans aucune idée accessoire, et il n'a rapport qu'au lieu où l'objet est porté : a Portez ces papiers dans mon cabinet ». (Acad.) Transporter, c'est littéralement porter au delà et d'un lieu à un autre (16, page 6); il a donc rapport non-seulement au lieu où l'objet est porté, mais encore à Peudroit où il est pris. Il exprime d'ailleurs des idées accessoires de manière et de moyens, d^efforts ou de difficultés, en raison du poids considérable ou de la quantité, de la nature des objets, des précautions à

prendre, etc. : « Transporter par terre, par eau. On transporta \t malade à l'hôpital snr un bi*ancard. Transporter des marchandises d'un pays dans un autre ». (Acad.)

11 en est de même au figuré. On dit d'un conquérant : ce II a porté la guerre dans l'Asie » : (Id.) ici l'idée principale, celle qui frappe, est celle du pays où la guerre est portée. Mais on dit : « Constantin trawporta le siège de Te m pire romain à Gonstantinople. Transporter un mot du propre au figuré » (Id.), parce que l'idée prédominante est celle d*un déplacement, d'un contraste, et que les deux termes, point de départ et point d'arrivée, sont parfaitement indiqués.

PORTION. V. Part,

POSÉ. V. Tranquille.

POSER , METTRE. V. Mettre.

POSER , REPOSER. Être appuyé sur quelque chose, porter snr cette chose. — Poser marque simplement que l'objet est porté par un appui, un soutien ; reposer a un sens augmentatif ( 5, 3«, page 3 ) ; il se dit de ce qui est fortement soutenu et annonce une grande solidité. II s'emploie fréquemment au figuré dans ce sens.

POSER, SUPPOSER. Faire une hypothèse, admettre qu'une chose sdit. — Poser s'emploie dans ce sens en parlant de certaines choses dont on ne demeure pas d'accord, mais que l'on veut bien supposer, afin de pouvoir procéder à la discussion du reste : a Vous prétendez que cela est, je n'en demeure pas d'accord; mais posons que cela soit ». (Acad.) .

Supposer (poser dessous, 44, page 5) présente l'hypothèse comme une base sur laquelle on établit son assertion. Supposer, dit l'Académie, c'est poser une chose pour établie, pour reçue, faire une hypothèse , afin d'en tirer quelque induction : « Je suppose que la guerre éclate l'année prochaine, alors il faudra, etc. ».

Ainsi, on pose hypothétiquement un fait, un principe que l'on n'admet pas comme vrai ; on suppose un fait, un principe que Ton admet comme vrai , comme possible ou vraisemblable.

POSITIF. V. Effectif,

POSITION, POSTURE, ATTITUDE. État, situation du corps. —La position du corps est la manière dont on se tient naturellement debout, assis ou couché : « Vous vous tenez longtemps debout, c'est une position qui devient fatigante ». Position se dit aussi de toute attitude prescrite pour faire certains exercices : « La position dn soldat sous les armes, du cavalier sur son cheval ; la première ponïton du danseur ». Position est le genre ; posture et attitude sont les espèces.

'< La posture est une manière de poser le corps, plus ou moins éloignée de son habitude ordinaire : Vattitude est une manière de tenir le corps, plus ou moins convenable à la circonstance présente. La posture» même la plus commode, n'est jamais sans gène, et on en change : l'attitude, même la moins ordinaire, est dans la nature ou la conve-

Page 1