PRÉSOMPTION
genres de style; et il s'emploie selon diverses acceptions et dans une foule d'acceptions figurées. (R.)
PRÉSAGE. V. Augure.
PRÉSENT. V. Don,
PRÉSENT (ÊTRE). V. Assister.
PRÉSENT (A), PRÉSENTEMENT. V. A présent
PRÉSENTER, OFFRIR. Présenter signifie littéralement mettre devant, sous la main, devant ou sous les yeux de quelqu'un : présent^ ce qui est devant, en présence; de prœ, devant, ens, qui est. Offrir signifie porter devant, mettre en avant : offre, ce qu'on met en avant, ce qu'on propose; de ferre^ porter, et 06, devant, en avant. — Il n'y a personne qui ne conçoive d'abord la différence qu'il y a entre faire une off're et une présentation : on sait donc ce qui distingue o/frir de présenter. Vous présentez à quelqu'un ce que vous avez à lui donner de la main à la main; vous ne présentez que ce qui est présent : vous offîvz ce que vous désirez de donner ou de faire, sans qu'il soit nécessaire de livrer ou d'exécuter actuellement la chose; vous offrez ce qui n'est pas présent, comme ce qui l'est. Présenter j c'est off'rir une chose présente : offrir, c'est proposer une chose quelconque présente ou absente. Vous présentez ce que vous avez à la main, sous la main, vous offrez ce que vous avez à votre disposition, en votre pouvoir. Présenter un bouquet, c'est offrir un présent. Vous présentez des hommages par des signes actuels de respect et de soumission : vous offrez des services par la proposition d'en rendre, quand l'occasion s'en présentera. Rien n'est plus simple et plus palpable; on ne confond pas une présentation avec une proposition, — On présente donc à une personne, afin qu'elle reçoive ou qu'elle prenne, comme de la main à la main : on lui offre aM qu'elle accepte ou qu'elle agrée. (V. Recevoir, accepter).
— On offre de faire, de dire, d'aller, etc., choses à venir : on présente les remerciements qu'on fait, l'hommage qu'on rend, le placet qu'on donne, choses qu'on rend présentes. On offre de payer, et on présente l'argent en paiement. (R.)
PRÉSERVER. V. Garantir.
PRÉSIDENT HONORAIRE. V. Honoraire,
PRÉSOMPTION, CONJECTURE. Présomption, action éid présumer, c'est-à-dire, de prendre d'avance un avis, une opinion; ou l'opinion prise d'avance, un jugement préalable. Conjecture, de conjicere, conjectare, jeter ensemble ou avec, augurer, deviner, interpréter, par une allusion marquée, à l'action de jeter les dés, de tirer au sort. — La présomption est une opinion fondée sur des motifs de crédibilité : la conjecture est une opinion établie sur de simples apparences. La présomption est plus forte de raison que la conjecture, là présomption forme un préjugé légitime; la conjecture n'est qu'un simple pronostic.
— La présomption est réePe, je veux dire fondée sur des faits certains, des vérités connues, des commencements de preuves : la con-
^§ STHOHTMES PBAKÇAIS.
jedure est idéale. Je Tenx dire tirée par des nisonnaneiits^ des intei^ prétatloDS, des soppositioiis. \Afré9cmpHm est donnéepar les dioses : la eonfeelure est troarée par llmaginatîoD. — La prùomption attend la certitude : la eonfeeture tend à la décoareile. ÏJLprAompiûm a lieu surtout à l'égard des faits positifii, dans les alKaiies eiriles, pour des actions morales i jnger : elle est familière an jurisconsalte et à Foratenr. La eonfecture s'exerce principalement sor des choses cachées, des vérités inoonnnes, des principes éloignés à déoonrrir : elle est familière an philosophe et an savant, n ne snffit pas de présumer, û fiint pronrer : il ne suffit pas de conjecturer, il faut troQTer. La jfréaomp' Hon doit se changer en conviction; la conjecture en réalité. (R.)
PRÉSOMPTION, VANITÉ, V. Orgueil.
PRESQUE. V. Quati.
PRESSANT. V. InHant.
PRESSENTIR, SE DOUTER, SOUPÇONNER. Pressentir, prévoir confnsément nne chose avant qu'elle arrive, soit par les pures lumières du raisonnement, soit par un mouvement naturel, secret et inconnu que nous éprouvons en nous, et qui semble nous avertir de ce qui doit nous arriver : « 11 pressentait sa fin ». — Se douter, c'est avoir upe croyance vague et accompagnée de doute de Texistence présente ou future d'une chose cachée, d'après la natare même de la chose, et les rapports de cette nature avec les circonstances. « Je connais le caractère, les inclinations, la faiblesse de cet homme; je me chutais qu'il ferait cette sottise. Je me doute de son embarras ». — Soupçonner, c'est être disposé à croire l'existence présente ou future d'une chose cachée, d'après de légers indices. « Je soupçonne que cet homme me trompe »• — Se douter suppose la pénétration. Soupçonner suppose l'inquiétude et la facilité à se laisser prévenir. Pressentir, si le sentiment qu'il exprime est Teffet du raisonnement, suppose un esprit éclairé; si le sentiment est un mouvement secret dont on croit la cause inexplicable, il suppose l'ignorance et une sorte de superstition. (L.)
PRESSER. V. Hâter,
PÉTENDRE. V. Aspirer.
PRÉTEXTE (SUR ou SOUS LE). On fonde, on établit, on appuie êur : on couvre, on dissimule, on cache sous. Ainsi on fonde, ov appuie ses desseins, ses actions sur un prétexte; on cache ses desseins, tes motifs sous un prétexte. L^ prétexte est une raison fausse , feinte, apparente et mauvaise. Quand on fait une chose sans raison, on la fait sur un prétexte : quand on la fait pour des raisons qu'on dissi* mule, on la fait sous un prétexte. Dans le premier cas, on yeut s'autoriser, se disculper; dans le second, se déguiser, en imposer. On prendra une résolution sur un prétexte plausible : on déguise ses vrai» motifs «ot» un prétexte spécieux. (R. ) PRÊTRISE, SACERDOCE. La prêtrise et le sacerdoce désignent.
PniER DE. titii
dans les idées de la religion , l'ordre et le caractère indélébile en vertii dnquel on a le pouvoir d'offiAr le saint sacrifice de la messe et d'administrer divers sacrements. Vais avec la simple prêtrise, on n'a pas le pouvoir de conférer les ordres^ ni ceini de donner la confirmation, ni même celui d'exercer, sans une juridiction ou sans une approbation particulière, le pouvoir de confesser; tandis que cette approbation est accordée et que ces deux sacrements sont administrés par Tévèqoe en vertu d'une consécration spéciale; et cTest ce qui le constitue dans la plénitude du sacerdoce, qui, dans toute son étendue, renferme plus de pouvoirs et de droits que la simple prêtrise, — Sacerdoce est aussi un mot générique qui s'applique également à tous les genres de prêtres chrétiens, juifs et païens; au lieu que prêtrise n'a d'usage qu'à l'égard des prêtres de la religion chrétienne, quoique nous disions les prêtres païens ou juifs, faute d'avoir adopté le mot sacerdos. Enfin prêtrise est le mot vulgaire, et sacerdoce est un mot noble. (R.)
PRÉVALOIR (SE), SE GLORIFIER, SE TARGUER. On se prévaut de ce qui est ou de ce que l'on croit être un droit : on se glorifie de ce qui est un mérite ou de ce que l'on considère comme tel : on se tdrgm follement d'un avantage réel ou imaginaire et dont on s'exagère l'importance.
Celui qui se prévaut veut l'emporter sur les autres; celui qui se glorifie veut satisfaire son amour-propre et s'élever lui-même; celui qui se targue croit humilier les autres et ne fait que se rendre ridicule.
PRÉVENIR. V. Avertir,
PRÉVENTION. V. Préoccupation.
PRIER, SUPPLIER. C'est demander avec ardeur et avec soumission à ceux qui sont en état d'accorder ce que Ton désire. — Supplier est beaucoup plus respectueux que prier, et marque dans celui qui demande un désir plus vif et un besoin plus urgent d'obtenir; nous prt'on^ nos égaux et nos amis de nous rendre quelque service; nous supplions le roi et les personnes constituées en dignité de nous accorder quelque grâce ou de nous rendre justice. —En parlant des grands ou en leur adressant la parole, on doit également se servir de supplier : « J'ai supplié le roi de, etc. Sire, je supplie Votre Majesté de, etc. » Mais si! s'agit de Dieu , on ne dit que prier en parlant de lui , et Ton peut dire prier ou supplier en lui adressant la parole : « Je prie Dieu que cela soit. Mon Dieu, je vous prie d'avoir pitié de moi. Je vous supplie, ô mon Dieu , d'avoir pitié de moi ». Le degré d'ardeur décide du cboix entre ces deux dernières phrases. (B.)
PRIER DE, PRIER A, INVITER A. Ces trois phrases, qui semblent d'abord signifier la même chose, parce qu'en efliet il y a un sens fondamental qui leur est commun, ont pourtant des différences qu'il ne faut pas confondre. — Prier, en général, suppose moins d'appareil qa'tfwi7er, et prier de dîner en suppose moins que prier à diner, —
A42 SYKOKVUES FRANÇAIS
Prier marque plus de familiarîté; et inviter, plus de considération: prier de dîner est un terme 4e rencontre et d'occasion; et prier à dtner marque un dessein prémédité. — Si quelqu'un avec qui je puis prendre un ton familier, se trouve chez moi à Theure du dtner, et qae Je loi propose d*y rester pour faire ce repas avec moi tel qu'il a été préparé pour moi , je le prie de diner. Si je vais exprès ou si j^en- Toie chez lui pour l'engager à venir chez moi^ alors je le prie à diner, et je dois ajouter quelque chose à Tordinaire. Mais si je fais la même démarche à l'égard de quelqu*un à qui je dois plus de considération, je Vinvite à diner, et ma table doit avoir une augmentation marquée. Quand on invite à dîner, l'apprêt doit sentir la cérémonie. (B.)
PRIMITIF. V. Premier,
PRINCIPAL. V. Capital.
PRINCIPE, ÉLÉMENT. Principe, du \aX\n principium , est ce par quoi les choses existent. C'est la cause; avant le principe il n'y a rien. — Élément, du latin elementum, dérivé à'alere, allactare, nourrir des premiers aliments que la nature présente, de la chose à laquelle nous devons accroissement et conservation. — Élément, en physique, prend la qualité de principe. Nous disons élément en parlant d\in corps simple qui entre dans la composition de la matière , et par le moyen duquel elle existe dans son intégralité. — Les éléments des sciences et des arts sont les premières règles qui dérivent des principes, c'est-à-dire de Tobjet. La nécessité fut le principe de la formation des langues, c'est dans la grammaire qu'on en trouve les éléments. Dans tous les cas, le principe est aux éléments ce que la cause est à l'effet. Les éléments n'existeraient pas sans U principe, mais celui-ci peut exister sans effet. (R.)
PRISER. V. Apprécier,
PRISONNIER. V. Captif,
PRIVÉ, APPRIVOISE. L'animal apprivoisé devient privé, c'est-àdire familier; car apprivoiser signifie rendre privée familier, traitable. Les chiens et autres animaux qui naissent au milieu de nous , sont naturellement privés : votre moineau, votre serin, vos tourterelles, ne sont privés que parce que vous les avez apprivoisés. L'éléphant apprivoisé devient si privé, qu'il rend avec docilité une foule de services domestiques , et qu'un enfant le mène facilement avec une baguette. — Le lion guéri d'une blessure par Tesclave Androclès devint si privé ei si bénin, qu'il parcourait assez librement les rues de Rome, sans donner aux enfants même le moindre sujet de crainte. Un lion apprivoisé valut au Carthaginois Hannon, son maître, la peine de l'exil, que lui infligèrent ses compatriotes, tremblants qu'un homme capable de dompter une bête féroce ne captivât bientôt le peuple. (R.)
PRIVER, FRUSTRER. En privant quelqu'un de quelque chose, on lui ôte une chose dont il jouissait, dont il avait besoin, qui loi était nécessaire ou utile : en le frustmnt de quelque chose, on l'em-
pêche d'obtenir ce qui lui était dû, ce sur quoi il comptait, ce cfi'il espérait. Ou. prive une mère de son enfant^ lorsqu*on le lui enlève; on frustre un ouvrier de son salaire , lorsqu'on refuse de le lui payer.
— On peut priver justement quelqu'un d'une chose dont il jouissait sans qu'elle lui appartint. On frustre ordinairement injustement. Cependant lorsque /"n^^^rerest joint au mot espérance, il n'emporte pas toujours une idée d'injustice ; car l'espérance peut être on n'être pas fondée; et dans le dernier cas^ on frustre les espérances sans commettre d'injustice. (L.)
PRIVER (SE). V. Abstenir (**).
PRIVILÈGE. V. Prérogative.
PRIX, RÉCOMPENSE. Prix désigne proprement la valeur des choses, l'estime qu'on en fait, ce qu'on en donne. La récompense est CP. qu'on rend, ce qu'on dispense^ en compensation, pour rétribution.
— Dans le sens naturel et rigoureux, le prix est la valeur vénale d'une chose ; la récompense est le retour dû au mérite. Le prix est ce que la chose vaut; la récompense, ce que la chose mérite. Vous payez le prix de la chose que vous achetez : vou,ç donnez une récompense pour le service qu'on vous a rendu. — Le prix est l'avantage naturel qu'on retire de sa chose, selcn la qualité de la chose : la récompense est un avantage quelconque que l'on tient des personnes, et selon la reconnaissance des personnes. Les prix sont estimés, réglés, convenus; c'est affaire de justice : les récompenses sont plus ou moins arbitraires, volontaires, variables; c'est affaire d'équité. La concurrence détermine les prix : les convenances déterminent les incompensés, — J'ai dit que le mot prix marquait naturellement la comparaison, le concours, l'estimation, la préférence. Ainsi l'on met des prix au concours : ces prix sont de nobles salaires assignés à de nobles travaux; et la justice est censée les adjuger. On propose, on promet aussi des récompenses; mais les récompenses semblent toujours avoir une teinte de faveur et de grâce : vous les donnez et les distribuez toujours à votre gré. (R.)
PRIX, VALEUR. V. Valeur.
PROBABLE. V. Plausible.
PROBITÉ, INTÉGRITÉ, HONNÊTETÉ. La racine latine prob renferme les idées de preuve, d^épreuve, ^^approbation, de probité. La probité est l'espèce de bonté qui empêche de faire du tort : c'est une vertu à Vépreuve et digne de toute approbation, — L'intégrité est la qualité àHntègre, c'est-à-dire entier, intact. Le propre de cette qualité est d'exclure l'altération, la corruption, le vice, le manquement. — Vhonnéteté est de faire ce qui est bon en soi, ce qui mérite d'être honoré, le bien qui nous est imposé. Tel est le sens propre qu'il s'agit de considérer ici dans ce terme. C'est de Vhonnéte que je parle, c'est-àdire de ce qui est conforme à la raison et à la vertu, comme le dit Cicévon. — La probité est une vertu de société ; elle ne s'exerce qu'en-
lltiti SYNONYMES FRANÇAIS.
vers les autres hommes. Vintégrité est la vertu pure de son état : tantôt elle n'intéresse qne nous seuls ^ tantôt elle intéresse les antres^ comme Vintégrité d'uD jnge. L'honnêteté est la vertu de l'homme dans tout état possible : on est honnête pour soi comme ponr autrui; on Test seul comme dans la société. — La probité défend; elle défend de faire tort à personne, ou môme de faire aux antres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fissent. Vintégrité se défend et se conserve ; elle se défend contre les atteintes qu'on voudrait lui porter. L'honnêteté défend, comme la probité; elle commande plus que Vintégrité : elle commande de faire à autrui ce que nous voudrions qu'il nous fût tait à nous-mêmes ; car cela est conforme à la raison et à la vertu, — La probité exclut toute injustice; Vintégrité, la corruption; V honnêteté ^ le mal et même les mauvaises manières de faire le bien. Celui qui viole la probité est un coquin (c'est le mot) : celui qui a perdu son intégrité est vicieux : celui qui n'a pas Vhonnéteté dans le cœur est au moins mauvais. (R.)
PROBLÉMATIQUE, DOUTEUX, INCERTAIN. Problématique, du grec problèma, proposition à éclaircir. Douteux, latin dubius, de du, duo, deux, et de via, changé en bia, qui a deux voies, l'embarras entre deux chemins. Incertain, qui n'est pas certain, qui peut être conihattu, qui n'a pas une vérité irrésistible. — Il n'y a point encore de raison de prononcer dans les choses problématiques : il n'y a pas des raisons suffisantes pour se décider dans les choses douteuses : il n'y a pas assez de raisons de croire dans les choses incertaines. Vous chercherez la solution de ce qui est problématique, la vérification de ce qui est dbuteux, la confirmation de ce qui est incertain. (R,^
PROCÉDER. V. Venir, provenir,
PROCHE, PRÈS. V. Près,
PROCHE, PROCHAIN. Ces deux mots marquent la proximité dans l'espace ou dans le temps. — On dit des villes proches de la mer, et la ville prochaine; des époques proches Tune de l'autre, et le mois prochain, la semaine prochaine. Malgré tous les efforts des synonymistes, la différence entre ces mots n'a pas encore été bien marquée ; voyons si nous serons plus heureux.
Proche exprime toujours une idée de petite distance entre deux points de l'espace ou de la durée : c'est pourquoi ce mot prend nécessairement un complément qui désigne le terme, le point d'où la chose est distante : « Ces maisons sont proches l'une de l'autre. (Acad.) La ville la plus proche du hameau. La vieillesse est proche de l'enfance ». (Roubaud.) Ce complément peut ne pas être exprimé, mais alors il est nécessairement sous-entendu et l'esprit le rétablit facilement: Quelle est la ville la plus proche? c'est quelle est la ville la plus proche dici? Roubaud Ta parfaitement senti : « Nous disons : Ces deux domaines sont proches, mais en sous-entendant Vun de Vautre, comme nous sous-entendons quelquefois le régime après la préposition proche:
PRODIGE. titili
L'ennemi est proche; l'esprit comprend aussitôt la réticence et y snpplée » ^
Prochain ne signifie pas antre chose que non éloigné, et il rejette tout complément : c*est qu'il aÂprime la proximité essentiellement, par lui-même et sans qu'il soit nécessaire d'énoncer à la fois deux termes dont on marque la distance. Prochain fait entendre que la proximité est considérée dans la chose môme comme une qualité^ comme la propriété de se présenter ou de devoir arriver la première ou bientôt. Ce moi est qualificatif au même titie et de la môme manière que tout adjectif exprimant la qualité : on dit la chose prochaine,. oomme on dit la chose bonne ou mauvaise, petite ou grands, etc. : la ville prochaine, comme la vieille ville et la ville neuve. Ainsi le port le plus prochain» c'est le port le plus non éloigné, c'est-à-dire, en définitive, le moins éloigné.
On a cru que prochain ne pouvait figurer comme attribut; c'est une erreur; il le peut très-bien •, puisqu'il exprime la qualité; et l'Académie donne ces deux exemples : « Son départ est prochain; son arrivée est prochaine » ; c'est-à-dire, doit avoir lieu bientôt, prochainement.
Proche et prochain s'emploient aussi comme substantifs : a Mes proches », c'est-à-dire mes parents, ceux qui tiennent à moi par les liens du sang; ici la relation est parfaitement et étroitement établie entre deux termes, moi et mes parents. « Il faut aimer son prochain comme soi-même x> ; ici la relation de lui à moi n'existe plus étroitement : \q prochain est simplement un homme quelconque, un homme comme moi, mon Inférieur ou mon supérieur, et Je peux ne Jamais avoir eu de rapports avec lui, ne pas même le connaître; sa proximité de moi existe sans doute, mais devant Dieu, aux yeux de qui tous les hommes sont égaux : c'est en quelque sorte la proximité absolue, car tout est absolu devant Dieu.
PRODIGE, MIRACLE, MERVEILLE. Ces trois termes indiquent quelque chose de surprenant et d'extraordinaire. Mais le prodige est un phénomène éclatant qui sort du cours ordinaire des choses; le miracle, un étrange événement qui arrive contre l'ordre naturel des choses; la merveille, une œuvre admirable-qùi effiice tout un genre de choses. Le prodige surpasse les idées communes ; le miracle^ toute notre intelligence; la met^eille, notre attente et notre imagination. Le prodige annoneenui nouvel ordre de choses et les grandes Influences d*nne cause secrète; le miracle annonce un ordre surnaturel de choses •t les forces irrésistibles d'une puissance supérieure ; la merveille
â. D« jnèmê, dani ces phrases de TAcadémie : « te tempi est proche oft non» serons réunis pour ne plus nous quitter. Il sentit que sa dernière heure était procht ;> c'est le temps, l'heure qui est proche du moment actuel, du mom>ent od» Ton parle, où Ton sent.
t. Bn moins quand il est relatif au temos.
/^46 8TII0NYUES FRANÇAIS.
annonce le plus bel ordre de choses et les curieux artifices d'une industrie éminente. Ainsi une cause cacliée fait \es prodiges; une puissance extraordinaire^ les miracles; une i&dustrie rare^ les merveilles. — Que^ sans cause connue^ le soleil perde tout à coup sa lumière^ c*est un prodige. Que, sans moyen naturel, le muet parle au sourd étonne de l'entendre , c*est un double miracle. Que par un savant artifice, l'homme s*élève dans les airs et les parcoure, c'est une merveille. (R.) PRODIGUE, DISSIPATEUR. Le prodigue pousse sa dépense à l'excès, au delà des bornes. Le dissipateur ne garde dans la sienne ni règle, ni mesare, ni bienséance. Le premier s'écarte des règles de réconomie; le second donne dans l'extrémité opposée à ravarice. Les dépenses du prodigue peuvent- être en elles-mêmes brillantes et bonnes, mais il y a excès : l'homme trop libéral est prodigue. Les dépenses du dissipa" teur sont folles et extravagantes : le prodigue devient dissipateur. Toute dépense inutile, toute profusion peut être regardée comme pro^ dîgalité: toute dépense destructive est dissipation. Là prodigalité comr monce la ruine, la dissipation la consomme. — Dissipateur ne se dit qu'en mauvaise part. Prodigue^ suivant l'application qu'on en fait, ne prend pas ce caractère : on dit, en forme de louange, prodigue de ses soins, de ses services, de son sang, de sa vie, etc. (R.) PRODUIRE. V. Causer.
PRODUCTIONS, PRODUITS. Ces mots ne sont synonymes que quand ils sont employés pour désigner les objets propres à la consommation ou à l'usage de la vie. Le moi productions est plus général que le mot produits : il se dit non-seulement de ce qui est produit par le travail de l'homme, mais aussi de ce qui est donné par la nature seule, comme par exemple, les métaux, les pierres, les eaux minérales, les végétaux non cultivés, etc. Le moi produits ne se dit que des productio7is de l'agriculture et de l'industrie, considérées au point de vue de l'économie politique et comme richesse publique créée par le travail : « Exposition générale des produits français et étrangers; produits chimiques, produits manufacturés ».
PRODUCTION, OUVRAGE. Produire, ou plutôt le latin producere, sigiûfie littéralement mettre en avant, au dehors, au jour, au loin ou au long. Une de ses aofiptions principales est celle d'engendrer, enfanter^ donner naissance, tirer de soi, causer par son eflicacité propre; et c'est ici l'acception particulière du mot production. Ainsi, nous disons les productions de la terre, de la nature, de l'esprit, 4tt génie, de toute cause qui produit par elle-même, qui donne l'ètie à ce qui ne l'avait pas, qui tire une chose de sa propre substance ou de son fonds. Ouvrage est le latin opéra, ce qu'on fait, travail, ce qu'opère l'industrie : ainsi le mot ouvrage peut bien désigner une production; mais il sert à désigner en général tous les genres de travaux et d'objets d'industrie. On dit des ouvrages de menuiserie, de broderie, de tapisserie; et ce ne sont pas là des productions. Dans les productions, c'est la substance de la
PROFÉRER /||/i|7
chose que Ton considère; et dans les ouvrages, la forme. Ia production et VouvragCy mis en opposition, diffèrent comme le producteur et Youvrier, Le producteur donne Tètre ; l'ouvrier travaille la production ou la chose produite, — La production est l'œuvre de la fécondité; Vouvrage est le résultat du travail. La production sort du sein de la cause productive; Youvrage sort des mains de l'ouvrier industrieux. La production reçoit l'être; et Youvrage la forme. — L'Univers est la prO' duction ou la création d'une puissance inliuie qui l'a fait de rien : il est Youvrage d'une intelligence infinie qui a donné à' la matière ces foimes merveilleuses et cette ordonnance faite pour jeter dans l'extase l'àme sensible. (R.)
PROFANATION , SACRILÈGE. U profanation est un abus des choses saintes ou sacrées^ ou une irrévérence commise contre les choses de la religion. Le sacrilège est une action impie ^ un crime contre la divinité elle-même.
Celui-li ne commet qu'une profanation qui ignore ou ne reconnaît pas la sainteté des choses dont il alDuse ou qu^il traite avec irrévérence : celui-là commet un sacrilège qui les reconnaît. Aux yeux des catholiques une église profanée par les infidèles n'est qu'une profanation; par des catholiques mômes, ce serait un sacrilège,
« La profanation, dit laveaux, a plus de rapport à la chose sainte qui a été souillée; le sacrilège en a davantage au crime de celui qui l'a souillée sciemment. La profanation peut avoir pour cause l'ignorance ou Terreur : le sacrilège a toujours pour cause une intention criminelle».
PROFÉRER, ARTICULER, PRONONCER. Proférer, c'est prononcer des paroles à haute et intelligible voix. Articuler, c'est prononcer distinctement ou marquer les syllables en les liant ensemble- Prononcer, c'est exprimer ou faire entendre par le moyen de la voix. — L'homme seul profère des paroles, car seul il parle pour exprimer ses pensées. Quelques oiseaux articulent parfaitement des syllables, des mots et plusieurs (fe suite; mais il ne s'agit ici que du matériel des mots. La différence des climats et des habitants fait que les habitants d'une région ne peuvent pas prononcer ce que d'autres prononcent avec une grande facilité : cependant le travail triomphe de l'organe même le plus ingrat. — Une personne confuse ou interdite ne pourra pas pro^ fèrer une parole; c'est tout si elle balbutie. Lorsque le canal du nez est obstrué par l'enchifrènement, il n'est plus possible de bien arti' culer les lettres et les syllables nasales. Les peuples qui parlent la même langue ne \d, prononcent pas tous de même. — Tandis qu'on ne profère que tout haut, on prononce ou haut ou bas. Nous àÂsans pro fèrer des formules, proférer des blasphèmes, pour marquer le poids qu'on veut donner aux paroles, ou l'éclat qu'on leur donne. Nous disons prononcer un discours, prononcer un jugement, pour marquer la solennité de l'acte, l'autorité de la personne ; idées accessoires qu'il me suffit d'indiquer. (R.)
jU8 fTioffTses rmARÇâis.
On ^t snMf^ en termes de palais, articuler des Cûts, c'est-à-dire ks énoncer {kit articles : dans la langoe ordinaire, articuler un fût, c'est afiinner positivement et droonstancier ee fSut.
PROFESSION. V. Métier.
PROFIT. V. Gain et Utilité.
PROGRÈS, PROGRESSION. Ces mots ne sont gnère sjiumjmes que dans ces locations : « Les progrès de Tesprit humain, la progreuitm de Tesprit hnniain». Ia progression est la marche, le moarement en arant (20 , page 7) : le progris est le résultat de ce monvement. Li progression amène le progris : on snit l'esprit hnmain dans sa progression; on constate les progris qu'il a faits.
PROHIBITION. V. Défense.
PROIE, BUTIN. Le mot proie sert proprement à désigner ce qneles animaux carnassiers rayissent et mangent, leur chasse : le moi butin est proprement affecté à désigner ce qu'on a pris en guerre ou sur l'ennemi, des dépotûlles. Mds l'un et Tautre sont le plus souvent employés dans des sens plus ragues, le premier avec son idée distinctiTe de destruction, le second avec son idée caractéristique de pillage.^ L'appétit féroce cherche une proie : l'avide cupidité cherche le butin L*animal carnassier court & sa proie pour la déchirer et en faire sa pdture : TabelUe diligente vole au butin pour Tcnlever et l'emporter dans sa ruche. Le chasseur poursuit sa proie : le maraudeur fait da butin. Un édifice est en proie aux flammes qui le consument : le glanage est un butin que l'on raylt au propriétaire du champ, s'il ne le donne lui-même. Dans tontes ces applications la destruction et le pillage sont distinctement exprimés et marqués fortement (RO
PROJET, DESSEIN, ENTREPRISE. U projet est l'idée de la chose qu'on voudrait faire; le dessein, cette même idée Jointe à l'intention de la faire; l'entreprise est l'ensemble des moyens combinés pour la faire. — On fait MU projet; on conçoit un dessein; on calcule une entreprise sous tous ses rapports. •— V entreprise ne suppose pas plus un commencement d'action, que le projet et le dessein. J'ai fait un projet, j'ai conçu un dessein ^ il en est résulté dans mon esprit l'idée d'une entreprise que je vous propose; rien n'indique ici un commencement d'action. — Le projet est moins fixe, moins déterminé; le dessein l'est davantage; Y entreprise l'est davantage encore, (L,)
Le projet regarde quelque chose de plus éloigné, et le dessein quelque chose de plus près. On fait des prpjets pour l'avenir : on forme des desseins pour le temps présent. Le premier est plus vague; l'autre est pins déterminé. — Le projet d'un avare est de s'enrichir; son dessein est d'amasser. — Un bon ministre d'État n'a d'autre projet que la gloire du prince et le bonheur des sujets. Un bon général d'armée a an tant d'attention à cacher ses desseins qu'à découvrir ceux de Teanemi. (G.)
PROLIXE. V. DiffUs.
PROIlONGIATIOIf. hk^
PROLONGATION , PROLONGEMENT. ProlongaHon se dit dn tempsqu'on ajoute à la darée fixe de quelque chose : « Après la prolongation de la trêve ». (Acad.) Ia prolongement est la continuation de quelqueportion d'étendue : « Prolongement d'une ligne^ d'un chemin, d'un mur ». ( Id. ) PROLONGER. V. Allonger.
PROMENADE, PROMENOIR. Lieu ou Ton se promène. — « Prome^ nade signifie proprement l'action de se promener, et par extension 1» lien où l'on se promène. La terminaison suhstantive ode désigne Taction» de faire telle chose marquée, ou tel genre d'action, etc. (21, page 7). Promenoir signifie uniquement et à la lettre un lien destiné pour la^ promenades (36, page 11). (R.)
La différence essentielle qu'il y a entre ces deux mots, c'est que lapromenade est un lieu public où tout le monde a le droit de se promener, tandis que le promenoir est un lieu particulièrement destiné à> la promenade et non puhlic.
PROMETTRE , S'ENGAGER, DONNER PAROLE. Ces trois expressions ont rapport à des obligations plus ou moins fortes que l'on contracte envers les autres. — Promettre est la plus légère de ces obligations. Cest s'obliger par le discours à faire à un autre quelque avantage dont on lui donne l'espérance, sans cependant que rien puisse forcer à l'accomplissement. Rengager, c'est contracter une obligation par écrit de faire quelque chose, obligation en vertu de laquelle on peut être contraint. Donner sa parole, c'est promettre sur son honneur. — Celui qui manque à ses promesses perd la confiance; celui qui manque à sesengagements perd le crédit; celui qui manque à sa parole perd l'honneur. (L.) PROMOTEUR. V. Moteur.
PROMPT. V. Diligent.
PROMPTEMENT. V. Vite.
PROMPTITUDE, CÉLÉRITÉ, VITESSE, DILIGENCE. La synonymie de ces termes consiste en ce que primitivement ils énoncent tous un^ mouvement expéditif. — La promptitude fait commencer aussitôt; la célérité fait agir de suite; la vitesse emploie tous les moments aveo activité ; la diligence choisit les voies les plus courtes et les moyens lesplus efficaces. — Ia promptitude exclut les délais; la célérité ne souffrepoint d'interruption; la vitesse est ennemie delà lenteur; \si diligence met tout à profit et fuit les longueurs. -* Il fant obliger avec prompti'tude, faire ses affaires avec célérité, courir avec tniesse au secours des malheureux , et travailler avec diligence à sa propre perfection. (B.) PROMPTITUDE, VIVAaTÉ. V. Vivacité.
PRONONCER. V. Proférer.
PRONONCIATION, PRONONCÉ. L'idée commune est celle que renferme le verbe prononcer; mais ces mots ne sont synonymes que quand cette idée est relative à un arrêt, à un jugement en justice.
/j|50 SYNONYMES FnANÇAIS.
La pronmciation d'un jngement est raction même de le proaoneer (20, page 7) : le prononcé du jugement est la décision da tribunal. Pendant la prononciation de Tarrét faite par le président ^ un sténographe peut prendre le prononcé textuel; il le transcrit ensuite en caractères ordinaires.
PROPENSION. V. Aptitude.
PROPHÈTE. V. Devin.
PROPHÉTIE. V. Prédiction
PROPIGE. V. Favorable,
PROPRE. V. Net.
PROPRE A, PROPRE POUR. Propre à désigne des dispositions plus ou moins éloignées, une aptitude ou une capacité nécessaire ^ mais peut-être insuffisante, une vocation ou une destination encore imparfaite. Propre pour marque des dispositions prochaines, une capacité plutôt qu'une aptitude entière et ciLsolue^ une vocation ou une destination immédiate. En deux mots, la première de ces locutions désigne plutôt un pouvoir éloigné; et la seconde, un pouvoir prochain. — Ainsi l'homme propre à une chose a des talents relatifs à la chose : rhomme propre pour la chose a le talent même de la chose. Un savant en état de donner de bonnes leç^s est propre pour une chaire; un jeune homme en état de recevoir se.? instructions est propre aux sciences. On est tout formé à Tégard de la chose pour laquelle on est propre : il faudra se former à l'égard de la chose à laquelle on est propre. Le fer est propre à divers usages, c'est-à-dire qu'il peut recevoir différentes formes d'une utilité différente : un couteau est propre pour couper, c'est-à-dire qu'actuellement il peut couper. — La locution propre pour laisse le sens actif au verhe qui la suit; tandis que la locution propre à donne après elle un sens passif au même verhe actif. Propre pour signifie propre pour faire, pour agir; propre à signifie propre à devenir, à être fait. Un bois est propre pour teindre ou donner la teinture : une étoffe est propre à teindre ou à recevoir la teinture. (R.)
PROPRES TERMES. V. Termes propres.
PROROGER. V. Allonger.
PROSCRIT. V. Exilé.
PROSPÉRITÉ. V. Bonheur.
PROSTERNATION, PROSTRATION. Ces mots expriment l'action de se prosterner devant quelqu'un, ou de se baisser, par une profonde révérence, jusqu'à ses genoux, jusqu'à ses pieds. Le verbe latin stemi signifie étendre ou jeter par terre, coucher de son long, mettre bas. joncher. — Mais la prosternation est proprement l'action par laquelle on se prosterne; la prostration, l'action par laquelle on est prosterne. — Il résulte de là que prosternation n'indique qu'un acte de respect; et que prostration marque un état ou une posture plus ou moins do- 1 able de respect. Dans la pi^ostemation simple, on s'incline profondément et on se relève : dans la prostration, on reste profondément
iDeliaé. — Aussi le mot prostration sert-il à marquer une sorte de culle, tandis que celui de prosternation n'annonce qu'une humble révérence. Le premier se prend plutôt dans un sens religieux que le second. On salue avec prosternation : on adore slybc prostration, (R.)
PROTÉGER. V. Défendre.
PROUESSE , EXPLOIT. La prouesse n'est plus proprement que l'aotion d'un chevalier, d'un paladin : Vexploit est d'un grand capitaine, d'un général. Le roman racontera les prouesses d'Amadis et d'Esplaudian ; et Thistoire dira les exploits d'Alexandre Bt de César. Il n'y a qu'un aventurier qui fasse des prouesses, et qu'un homme ridiculement vain qui parle de ses prouesses^ : le héros, le conquérant fait des exploits; et c'est aux exploits que la renommée et la gloire s'attachent. (R.)
Prouesse est vieux et ne se dit que par plaisanterie. On le dit aussi figurément de certains excès, et toujours par plaisanterie. ( Acad.)
PROVENIR. V. Venir.
PROVERBE, ADAGE. Le proverbe est une sentence populaire ou on mot familier et plein de sens : l'adage est un proverbe piquant et plein de sel. Le proverbe annonce une vérité naïve, tirée de l'observation : Yadage donne à cette vérité une pointe pour la rendre plus pénétrante. Il n'y a que du sens et de la précision dans le proverbe; il y a de l'esprit et de la finesse dans Vadage. Le proverbe instruit; Yadage excite. Le proverbe qui joint à l'instruction des motifs d'agir est un adage. — Tout ce qui reluit n'est pas or; nul n*est prophète dans son pays; tel maître, tel valet : voilà de simples proverbes, qui nous apprennent ce qui est, ce qui se passe, ce qu'on a observé, sans autre circonstance remarquable que la précision des phrases. Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée; un tiens vaut mieux que deux tu auras; la mélancolie ne paye pas les dettes; faites bien, bien vous vient : voilà des proverbes qui deviennent adages par une tournure sin« giilière, par l'invitation qu'ils nous font, par la règle de conduite qu'ils nous donnent. (R.)
PROVOQUER. V. Harceler.
PRUDENCE. V. Sagesse.
PUANTEUR. V. Infection.
PUBLIC. V. Manifeste, notoire.
PUBLIC (EN), PUBLIQUEMENT. V. Secrètement.
PUBLIER. V. Découvrir, déceler.
PUBLIQUEMENT. V. Secrètement.
PUDEUR, HONTE. V. Honte.
PUDEUR. PUDICrrÉ; IMPUDEUR, IMPUDICITÉ. Pudeur, pidicité : qualité d'une personne chaste et modeste dans les mœurs, dans les actions et dans les discours. Impudeur, impudicité: vice contraire à la pu leur, à la pudicité. — Il y a entre ces mots, pris deux à deux, i peu près la même différence qu'entre rigueur et rigidité. (V. Rigueur.)
A52 8TII0HTMES FBAUÇAIS.
La pudeur est actWe, elle se montre daiis la condaite^ od la voit dans ses effets : la pudicité est inhérente à T&me; elle est dans la natore, dans le caractère de la personne.
« La pudeur, dit Rouband, est rayersion marqnée de la corruption, de tout ce qui est déshonnète et honteux; une honte chaste et nalTe qui s'exprime ordinairement par la rougeur du visage ; la modestie naturelle d'un cœur pur. La pudicité se manifeste > se défend et se eonserve par la pudeur; c'est la qualité qui empêche de faire des choses dont on doive rougir : elle ne connaît que le plaisir honnête. » PUDIBOND, PUDIQUE. Celui qui est pudique a de la pudeur; il est chaste et modeste dans les mœurs^ dans les actions et dans le discours : celui qui est pudibond a beaucoup de pudeur, est pudique à l'excès (53^ page 17 ) : voilà pourquoi ce mot ne se dit que par plaisanterie et dans le langage familier.
PUÉRIL. V. Enfant.
PUÉRILITÉS. V. Enfantillages.
PUIS. V. Après.
PUISSANCE. V. Pouvoir.
PULVÉRISER. V. Broyer.
PUNIR et PUNITION. V. Châtier.
PURETÉ , PURISME. Ces deux mots se disent du style et signifient exactitude dans le choix et l'emploi des termes, correction. — La pureté est une qualité : le purisme est raffectation d'un langage scrupuleusement correct; c'est un défout (32, page 9). Le purisme, dit Voltaire, est toujours pauvre.
PURGER, PURIFIER, ÉPURER. Purger signifie agir pour rendre pur, travailler à ce qu'une chose soit pure, faire en sorte qu'elle le devienne. Purifier signifie donner ou rendre à la chose sa pureté, la faire par soi-même pure, exécuter et consommer l'action propre de sa purification. Épurer signifie rendre la chose toujours plus pure, à force de la dépouiller de ce qui l'empêche de l'être parfaitement. Ainsi l'action de purger tend à procurer ou à opérer la pureté; celle de purifier rend ou produit la pureté; l'actiou d'épurer tend à perfectionner ou à consonuner la pureté. — Cherchons maintenant, dans les acceptions particulières de chacun de ces termes, l'idée propre et distinctive qui leur est affectée par l'usage. — Quelle est l'idée commune des différentes acceptions du mot purger? Celle de débarrasser ou de délivrer la chose de ce qui s'y trouve de sale ou de nuisible. Ainsi on purge, on se purge en évacuant, en expulsant du corps ce qui est contraire à la santé; on purge les laines dont on détache les ordures; on purge les métaux en les séparant des matières étrangères qui les dégradent; on purge un jardin des mauvaises herbes qu'on arrache pour qu'elles ne nuisent pas aux bonnes; on purge une terre des hypothèques qiii la grèvent; on purge la mémoire d'un mort en la déchargeant de ce qui l'a flétrie; on purge une contrée, une société.
QUANT A UOI. /U>3
des voleurs, des fripons dont on la déliTre; on purge sa conscience da ce qui la charge; on purge son esprit d'erreurs et de préjagés funestes ou pernicieux. On purge donc en 6tant ce qui gâte et nuit, mais surtout les matières étrangères qui forment un grossier alliage ou un désagréable mélange avec la chose. — Uidée commune des différentes acceptions du mot purifier, esl de dissiper ou de détruire ce qu'il y a de mauvais et de vicieux dans la substance de la chose. Le feu purifia les métaux qu*il met en fusion. Les vents purifient Tair qui se corrompt, comme Teau, dans le calme. Les eaux, en se divisant et se filtrant, déposent les principes de leurs mauvaises qualités et a» purifient. Le cœur se purifie par la pénitence qui le brise, le réforme, et l'anime d*un feu nouveau. Des principes purs et salutaires purifient les mœurs, les actions, les intentions, Tàme. Toutes ces applications ordinaires du mot purifier supposent une cause ou une vertu active, pénétrante, efficace, qui s'insinue dans les substances, consume ou dissipe ce qu'elles ont d'impur, les raffine, les subtilise, les spiritualise, les change en bien et en mieux. — L'idée propre à toutes les acceptions du mot épurer, est celle de donner un nouveau degré de pureté, de bonté, d'agrément, de netteté, de clarté, de finesse, de délicatesse, d'élévation, en un mot, de perfection : c'est donc en enlever non-seulement ce qui est impur ou mauvais, mais encore ce qui n'est, pas assez pur, assez bon. Les métaux s'épurent par des fusions réitérées qui les raffinent de plus en plus. Les liqueurs deviennent plus claires, plus limpides, plus parfaites, à mesure qu'elles %^épurent. Une diction plus nette, plus châtiée, plus élégante, épure le style. Le langage qui ^* épure, se polit. Le goût le plus épuré est le plus fin et le pins délicat Le cœur, les sentiments, Tàme, les idées, la foi . s*épurent en s'ennoblissant, en se réformant, en se perfectionnant. Épurer ne désigne que l'effet sans le rapport déterminé que purifier marque avec la cause et les moyens de le produire. (R.) PUTRIDITÈ, POURRITURE. V. Rancidité.
QUAND. V. Lorsque.
QUANT A MOI , POUR MOI. Quant à moi signifie autant que la chose me regarde ou me concerne, selon l'intérêt que j'y prends; c'est la phrase latine quantitm ad me speciat, attinet. Pour moi, c'est-àdire pour ce qui est de moi, de ma personne, ou pour en dire mon avis; c'est le latin ego verà, mais moi, or moi.
« La première de ces locutions marque donc littéralement un intérêt à la chose et un rapport établi, et la seconde n'indique qu'un jugement ou un fait. Ces locutions, en même temps qu'elles servent de liaisons ou de transitions, annoncent la divisioui le partage, l'oppo*
i|5A STHORTMES PBARÇAIS.
sitiOD , la différence. Quant à moi, inspiré par un intérêt particulier, prend un air plus décidé ^ pins tranchant; ^our moi^ ne désignant ancnn motif ^ n'a ni faste, ni prétention. Yons direz modestement et arec nn air de donte : Peur moi, je penserais^ je ferais; tous direz arec fermeté et d'nne manière résolue : quant à moi, je pense^ je fais. On se met soi son çuonM-moi ponr dire quant à moi; car pourquoi le quant^à-moi marquerait-il la fierté^ la hantenr, la suffisance, si ce n'est par l'espèce de ton important ou d'autorité qa^on prend en disant quant à moi? (R.)
QUASI, PRESQUE. Quasi, mot purement latin, est dit ellipticpiement pour qud ratione si, de même que si, de la même manière^ comme si. Presque est la même chose que près de, près détre. « U est quasi homme n, c'est comme s'il était homme; « U estpre^çtie homme », il est préi d'être homme. — Quasi marque donc la ressemblance ; il suppose peu de différence entre un objet et un autre : presque marque l'approximation; il suppose peu de distance entre un objet et un autre. Quasi est un terme de similitude, et presque un terme de mesure. « Parmi les méchants, celui qui n'est pas méchant est quasi bon ou comme bon. Parmi ceux qui courent, ceux qui otA presque atteint le but , ou qui ont été près de l'atteindre, ne sont pas plus avancés que ceux qui n^ont pas couru. » — Quasi désigne un rapport de mœurs, de traits, de manières, des tableaux comparés; et presque un rapport d'étendue, de quantité , d'avancement , des grandeurs comparées. Si l'on n'a point d*égard à ces caractères distinctifs, et qu'on les réduise à leur idée commune d'à peu près ou peu ^en faut y sans spécifier la nature des rapports, quasi ne laissera que la plus petite différence, tandis que presque laissera une différence toujours petite, mais plus ou moins. La raison de ce jugement est que quasi signifie de la même manière^ et qu'il exige par conséquent une grande conformité; au lieu que près est susceptible de plus ou de moins, et que dès lors il ne saurait avoir, sans addition, un sens aussi étroit et aussi rigoureux. Ainsi ce qui n'arrive pre^^ti^ jamais , arrive rarement, très-rarement; ce qui n'arrive quasi jamais, arrive le plus rarement , si rarement que c'est comme s'il n'arrivait jamais. Un homme est presque mort, lorsqu'il est près de mourir ou qu'il a peu de temps à vivre ; il est quasi mort, lorsqu'il est comme mort, mort ou autant vaut. Ce n'est presque rien ou pas grand'chose; ce n'est quasi rien ou comme rien. (R.)
QUELQUES , CERTAINS. Expressions vagues que l'on met devant des substantifs pour les désigner d'une manière indéterminée et sans les nommer : « Certaines gens pensent; quelques personnes prétendent». — Certains a plus de rapport à des qualités particulières des personnes ou des choses qu'on veut indiquer indéterminément; quelques en a davantage au nombre. Certaines personnes pensent, c'est-à-Kiire des personnes qui ont telle ou telle opinion, tel ou tel sentiment Quel* ques personnes, c'es(-à-diie une nombre indéterminé de personnes, tf-.)