RÉSOLUTION
remettre devant les yeux. Celui de remontret^ c'est de montrer de nouveau, de faire bien remarquer, d'avertir avec force. — Dans Tao- «eption présente^ représenter signifie exposer, mettre sous les yeux de quelqu'un, avec doucenr ou modestie, des motifs on des raisons pour rengager à changer d'opinion, de dessein, de conduite : remontrer «ignifle exposer, retracer aux yeux de quelqu'un avec plus ou inoins de force, ses devoirs et ses obligations pour le détourner ou le ramener d*une faute, d'une erreur, de ses écarts. Vous me représentez ce que je semble oublier : vous me remontrez ce que je dois respec ter. La représentation porte instruction, avis, conseil : la remontrance porte instruction, avertissement, censure ou répréhension honnête. C'est surtout à m^éclairer que votre représentation tend; et c'est pro^ promeut à me corriger que tend votre remontrance. La remontrance suppose un tort, une action mauvaise, un acte répréhensîble; la représentation n'exige absolument qu'un danger, un inconvénient, un mal à craindre. — On représente également à ses inférieurs, à ses égaux, à ses supérieurs : on remontre surtout à ses inférieurs, à ses égaux aussi, et même à ses supérieurs, mais avec les égards et les respects d'une humble supplication. (R.)
RÉPRIMANDER. V. Corriger.
RÉPROUVER. V. Désapprouver»
RÉPUGNANCE. V. Haine.
RÉPUTATION. V. Nom.
RÉSERVE, DISCRÉTION. V. Discrétion.
RÉSERVE , RETENUE. « la réserve est une sorte de prudence par laquelle on ne se hâte pas de dire ou de faire connaître ce qu*on pense. La retenue est une qualité par laquelle on est tellement maître ^e ses paroles et de ses actions qu'on ne fait rien qui ne soit conforme aux règles de la prudence, de la modération et de la discrétion. » (L.)
La réserve se tient sur ses gardes et évite de s'avancer : la retenue craint de se livrer et gouverne ses paroles, ses actes, tous ses mouvements , pour ne dire ni ne faire rien qui ne soit à propos et convenable.
• RÉSERVER, CONSERVER. Réserver, c'est mettre à part un objet pour s'en servir plus tard, le garder pour y revenir et en faire usage : « 11 est bon de réserver quelque argent pour les besoins imprévus ». iAcad.)
Conserver signifie simplement ne pas se défaire de la chose, ne pas y renoncer : « Il n'a conservé de ses livres que ceux qui lui étaient absolument nécessaires». (Id.) Il signifie aussi maintenir en bon état, apporter le soin nécessaire pour empêcher qu'une chose ne se gâte, ne dépérisse, ne prenne fin.
RÉSIDENCE. V. Maison, habitation.
RÉSOLUTION. V. Décision.
474 STNOIVTHES FRANÇAIS.
RESPECT. V. Vénération.
RESPIRATION. V. Haleine.
RESPIRER APRÈS, SOUPIRER APRÈS. Ces mots désignent fign* rément le désir, l'ardeur, la passion dont le cœur est si plein qvCil semble l'exhaler ou par une respiration forte on par des soupir» répétés. Cette explication seule donne la différence des deux expressions. La respiration forte marque la force du désir; et le soupir ex* prime la peine du cœur. La même passion, dans son impatience, ne respire qu'après l'objet, après lequel elle soupire dans son affliction. — Respirer après marque un désir plus vif, plus impatient, plu» empressé; et soupirer après, un désir ou un regret plus inquiet, plus triste, plus affectueux. Le malade dont le courage renaît avec les forces, ne respire qu'après la santé; un malade trop débile encore et abattu, ne fait que soupirer après elle. — Respirer après n'exprime proprement que le désir d'un bien qu'on voudrait posséder; tandis que soupirer après exprime fréquemment le regret d'un bien qu'on a eu le malheur de perdre, (R.)
RESSEMBLANCE, CONFORMITÉ. Conformité, rapport de conformation entre des objets; ou rapport d'action^ de penchant, d'inclina* tion dans des facultés de même nature : « La conformité de deux écritures; la conformité des caractères, des goûts, des inclinations, des humeurs ». Ressemblance, jugement de l'esprit qui déclare des choses ressemblantes d'après les conformités qu'il y a remarquées. — Conformité ne se dit que des choses de même nature : « La confor^ mité de deux vases; la conformité de deux caractères ». Ressemblance se dit quelquefois de choses de nature différente : on dit la ressemblance et non la confonnité d'un portrait avec l'original. — On dira que deux hommes ont de la ressemblance, ou qu'il y a beaucoup de conformité dans leurs traits. Par la dernière expression, on indiquera les formes comparées; par la première, le jugement porté d'après cette comparaison. — La conformité est dans les choses, la ressemblance est dans l'esprit; c'estrà-dire que les formes comparées par Tesprit existent réellement dans les objets, et que de la conformité qu'il y trouve, il forme la ressemblance, il les juge ressemblants. — Il suit de là qu'on peut dire de deux choses qu'elles ont de la confort mité, si l'on veut indiquer seulement les rapports de leurs formes; et qu'elles ont de la ressemblance, si Ton veut dire que de cette confort mité on peut juger qu'elles sont ressemblantes. (L.)
RESSEMBLANT, SEMBLABLE. Ressemblant est le participe présent du verbe ressembler; il indique le fait, qu'un objet ressemble à un autre. Semblable indique la propriété qu'a l'objet de pouvoir être comparé à un autre; car la terminaison able marque la propriété, la faculté, la capacité de faire ou d'être fait (43, page 13). Ainsi deux objets ressemblants ont la même apparence, la même forme, la même figure, les mêmes rapports sensibles : deux objets semblables sont
RESTJE* 475
seulement propres au être comparés, dignes d'être assimilés, faits pour aller ensemble ou de pair, à cause des rapports communs qu'ils ont également. Un portrait est en lui-môme ressemblant; et quand TOUS comparez deux choses ensemble, tous les trouvez semblables, — En second lieu, re marque la réduplication (5, page 3) : ressemblant annonce donc une conformité redoublée, c'est-à-dire une conformité plus grande et plus parfaite que ne le promet le mot semblable. Si nous n'avions pas oublié le mot semblance, nous sentirions fjue la ressemblance est, pour ainsi dire, une double semblance, une semblance très-exacte. Les mots simples abandonnés, il a fallu que les composés, pour prendre leur place et en tenir lieu, perdissent leur force réduplicative : mais semblable nous est resté, et ressemblant a conservé une partie de son énergie propre. — Aussi appliquons-nous le mot ressemblant à des objets qui semblent faits sur le même modèle, jetés dans le même moule, formés sur le même dessin, copiés l'im sur Tautre; tandis qu'il suffit de certaines apparences, de quelques traits marqués, de divers rapports sensibles, pour que cette sorte de conformité imparfaite rende des objets semblables ou comparables. Ainsi, un portrait est ressemblant, qui rend bien la figure; deux étoffes sont ressemblantes, que Ton prendrait Tune pour l'autre. Mais un homme quoique semblable à un autre, ne lui est pas toujours ressemblant; Achille n'est pas ressemblant à un lion, quoiqu'on dise qu'il lui est semblable; nos semblables non-seulement ne nous sont pas toujours ressemblants, mais il y a de très-grandes différences entre eux et nous. — Cette application nous conduit à une troisième remarque : c'est que le mot ressemblant désigne plutôt une ressemblance physique de figure, de forme, d'ordonnance, d'ensemble (jui frappe les yeux de la même manière; au lieu que semblable sert également à désigner des rapports métaphysiques, moraux, géométriques, l'espèce, le nombre, la qualité, la valeur, la propriété uniforme ou commune de tout genre. Les malheureux ont des semblables et non des gens ressemblants : deux raisonnements sont semblables sans qu'on puisse les appeler ressemblants; des figures de géométrie ont des propriétés, non ressemblantes, mais sem" blables, (R.)
RESSENTIR. V. Sentir,
RESSOURCE. V. Expédient.
RESSOUVENIR. V. Mémoire.
RESTAURER. V. Rétablir.
RESTE, RESTANT. Ce qui demeure d'un tout, d'une plus grande quantité. — Reste s'emploie au sens physique et au sens moral : « Voilà le reste de son argent; j'emploierai le reste de ma vie à vous prouver ma reconnaissance ». (Acad.) Restant ne se dit que des choses matérielles : c Je vous payerai le restant avec les intérêts (Id.); mais dans ce cas même, comme le fait observer l'Académie, on dit
/i76 SYNONYMES FRANÇAIS.
pins ordinairement le reste. On voit d'ailleurs^ par cet exemple, que le mot restant s*emploie d'une manière absolue^ sans complément : il est mieux de dire c'est. le reste que c'est le restant de ma fortune. £n arithmétique on dit lé reste et non le restant.
RESTE (AU)^ DU RESTE. V. Demeurant (au).
RESTER. V, Demeurer.
RESTITUER. V. Rendre.
RÉTABLIR, RESTAURER, RÉPARER. Ces Terbes expriment l'idée commune de refaire, renouveler, mettre de nouveau en état. -^ Hétablir, établir de nouveau (5, page 3), signifie proprement mettre de nouveau sur pied, remettre une chose en état, en bon état, dans soq premier état : restaurer, remettre à neuf, restituer une chose dans son intégrité, dans sa force, dans son éclat : réparer, raccommoder, redonner à uoe chose sa forme, sa première apparence, son ancien aspect. — Le travail de rétablir est relativement plus grand que celui de restaurer; et le travail de restaurer, plus grand que celui de réparer. On rétablit ce qui est renversé, ruiné, détruit; on restaure ce qui est dégradé, défiguré, déchu; on répare ce qui est gâté, endommagé, détérioré. Par le rétablissement, les choses sont remises sur pied et en état : par la restauration, elles sont remises comme à neuf et dans leur intégrité : par la réparation^ elles sont remises comme elles étaient, dans les parties qui avaient souffert de l'altération. — Nous disons rétablir, restaurer, réparer ses forces. On rétablit ses forces qu'on avait perdues, en les recouvrant avec le temps : on restaure ses forces qui étaient fort affaiblies, en les ranimant par un moyen efficace : on répare ses forces diminuées, en les reprenant petit à petit. (R.)
RETENIR, GARDER. V. Garder.
RETENIR, TENIR. V. Tenir.
RETENUE. V. Réserve.
RÉTIF, REBOURS, REVÊGHE, RÉCALCITRANT. RéHf, restif, dans la basse latinité restivus, qui résiste, reste à la même place, refuse d'avancer. Cette épithète s'applique proprement aux chevaux fît aux autres animaux qui servent de monture ou qui sont employés à tirer. — Rebours, qui est à contre-sens,^ qui prend le contre-pied, qui est rebroussé ou relevé en sens contraire. Les ouvriers appellent bois rebours celui qui a des nœuds ou de longues fibres croisées, ce qui le rend très-difficile à travailler. — Revéche, qui est âpre, rude, rebutant. On dit des vins, des fruits acerbes, âpres, qui grattent, qu'ils sont revéches. — Récalcitrant, qui regimbe, rue, se débat : de caix, talon, pied, les Latins, firent recalcitrare, remuer les talons, jeter les pieds, donner des coups de pied. — Le rétif tqÎusq d'obéir ou de céder même à Taiguillon; il se roidit et se cabre. Le rebours, hérissé contra vous, ne donne aucune prise; qui s'y frotte, s'y pique. Le revéche vous rebute et vous repousse; si vous le pressez, il se révolte ou se soulève. Le récalcitrant se débat et se défend; ee n'est pas lui qui m
RÉUSSITE. un
wÀord ni ne rue, — Le rétif est fantasque^ indocile^ téta. Le rebours est farouche, morose^ intraitable. Le revéehe est aigre, difficile, entier. Le récalcitrant est volontaire, colère, indisciplinable. — L'enfant gâté, accoutumé à faire sa fantaisie, est rétif. L'homme bourm, accoutumé à se livrer à son humeftr sans contrariété, sera rebours. Une personne haute, accoutumée à l'empire et aux déférences, pourra bien être rcvécke, Uu jeune homme ardent, accoutumé à l'indiscipline et à TimpuUité, se trouvera récalcitrant, (R.)
RETIRER. V. Tirer.
RETOURNER. V. Revenir.
RÉTRACTER (SE). V. Dédire (se).
: RÉTRÉCIR. V. Étrécir.
RÉTROGRADER. V. Reculer,
RETROUSSER. V. Trousser,
RETS. V. Lacs,
RÉUSSITE, SUCCÈS, ISSUE, lo La réussite est le succès final et une issue prospère. Il y a divers succès, divers événements successifs jusqu'à la réussite, qui est le dernier événement et le succès décisif. Il y a de bonnes et de mauvaises issues, comme de bons et de mauvais succès; mais la réussite est heureuse, selon la valeur propre du mot, c'est un succès réel, le vrai succès. Issue ne désigne en aucune manière la nature du dénoûment : réussite la désigne par lui-même , et tant qu*une modification forcée et contraire à l'esprit de la chose ^ n'en altère pas l'idée propre : succès, dans un sens absolu, désigne aussi quelquefois bonne issue, mais précairement et non par sa propre vertn, comme le fait réussite, — i<» Vissue est la fin propre de la chose : Tentreprise a une issue; mais la personne n'en a pas. Le succès est ou le moyen ou la fin des personnes et de leurs actions : les personnes, leurs efforts, leurs entreprises, ont également ou succès^ des succès, un bon .ou un mauvais succès. La réussite est la fin des choses et le but des personnes : l'objet de la personne est la réussite de l'afi'aire. — 3.» L'issue est le terme relatif et opposé à l'entrée ou au commencement : la voie est la communication d'un terme à Tautre. Le succès roule sur les oppositions et les résistances à vaincre jusqu'à la fin; et un succès est contraire à un autre. La réussite est im résultat du travail, «lie est natureHemeut opposée à la disgrâce d'échouer. On ne s'engage pas dans une affaire sans en prévoir Vissue ; il n'y a point proprement dû' succès là où il n'y a point d'obstacles à surmonter : on travaille de toutes ses forces pour la réussite et à la réussite; mais la fortune se mêle de tout. — 4» Réussite est un terme simple et modeste : il se dit à regard des affaires, des entreprises, des événements et des succès •communs, ordinaires, qui n*ont rien d'éclatant ou de bien remarquable. Mais on dit de grands, de brillants succès, des succès éclatants, gloneuz. Issue, au figuré, sied bien dans le style noble : mais il ne désigne çue le succès bon ou mauvais ; et il s'emploie à Tégard des affaires et
A78 STIfONTXES FRANÇAIS.
des entreprises difficiles, compliquées, embarrassées, périlleiises, dont il est au moins très-malaisé de sortir, de se tirer, de soitir avec succès, de se tirer avec honnear. (R.)
RÊVE, RÊVERIE. Action ou état de l'esprit qui rêve. — Rêve, au propre, signifie songe pendant le sommeil. 11 se dit, au figuré, des projets sans fondement^ des idées chimériques. Rêverie se dit !• de l'état de l'esprit occupé d'idées vagues qui Tintéressent : c S'abandonner à de longues rêveries » ; f des pensées riantes ou tristes auxquelles se laisse aller Timagination : « S'enfoncer dans une sombre rêverie », (Acad.) Il signifie aussi idée extravagante et chimérique; enfin il se dit encore du délire d'un malade. On voit que rêve et réverit ne sont synonymes que quand ils se disent d'idées chimériques ou qui paraissent telles. Voici en quoi diffèrent alors ces deux mots.
Les rêveries sont des idées folles, extravagantes, sans fondement, sans raison, sans but, ou dont le but est évidemment impossible à atteindre, des idées dont Tesprit s'occupe follement et à tort (22, page 7) : « Les rêveries des astrologues ». (Acad.) Le rêve a quelque chose de plus suivi, de plus raisonnable; c'est moins Tœuvre de la fantaisie; son but est moins impossible, on peut même Tatteindre : « Ce projet est le rêve d'un homme de bien. Puisse cette idée n'être pas un rêve ». (Id.) « Le rêve du bonheur, de l'immortalité. Ce qui n'est qu'un rêve aujourd'hui peut demain être une vérité ou un fait accompli ».
RÊVE, SONGE. L'homme éveillé fait des rêves, on ne dira pas qu'il fait des songes. Les rêves du délire ne s'appellent pas des songes. Nous disons des rêves plutôt que des songes politiques. Les chimères , les imaginations, les idées fantastiques d'un visionnaire ressemblent assez à des songes ; mais elles ne sont que des rêves. Le songe n'est que du sommeil : le rêve est de la veille comme du sommeil. -^ Mais les rêves faits en dormant ne diffèrent-ils pas des songes? Us en diffèrent en œ que les rêves, plus vagues, plus étranges, plus incohérents, plus désor> donnés, n'ont aucune apparence de raison, et ne laissent guère de trace, parce qu'ils n'ont guère de suite ; tandis que les songes plus frappés, plus sentis, plus liés, plus séduisants, semblent avoir une apparence de raison, et laissent dans le cerveau des traces plus profondes. Vous direz un mot de vos rêves, trop décousus et trop extravagants pour être retenus : vous raconterez vos songes, assez présents et assez remarquables pour être rapportés. — Il y a eu des songes prophétiques : la preuve en est dans l'histoire de Joseph et autres récits de l'Ecriture. Il y a des songes qui s'accomplissent, tels que celui de Calpurnie sur la mort de César. Mais on ne dira pas que les rêves prédisent ou s'accomplissent; ils ne sont jamais que de fausses visions, des imaginations folles, des idées creuses. Le songe est donc plus spécieux et imposant que le rêve. — Dans un sens figuré, nous disons d'une chose ridicule ou invraisemblable que c'est un rêve, une fable, une chimère : nous disons d'une chose fugitive, vaine, illusoire, d'une chose oui n'a ni
AHÉTORICIlwX. â79
solidité ni durée, quoique réelle, que c'est un songe. Nos projets sont des rêves, zX la vie est un songe. Tout s'accorde à mettre les rêves fort au-dessous des songes, (R.)
REVÊCHE. V. Rétif.
RÉVEILLER. V. Éveiller.
RÉVÉLER. V. Découvrir, déceler.
REVENDIQUER. V. Réclamer.
REVENIR, RETOURNER. On revient au lieu d'où l'on était parti ; on retourne au lieu où Ton était allé. On revient dans sa patrie : on retourne dans son exil. On dit aussi revenir à la vertu, retourner au . crime. (6.)
REVENU. V. Rente.
RÊVER. V. Penser.
RÉVÉRENCE. V. Vénération.
RÉVÉRER. V. Adorer.
RÊVERIE. V. Rêve.
RÊVEUR. V. Penseur.
REVÊTIR. V.- Vêtir.
REVÊTU. V. Vêtu.
REVOIR , REVISER. Voir de nouveau. — Revoir un compte , un travail d'esprit, c'est les examiner de nouveau pour voir s'ils ne renferment pas des erreurs ou des parties défectueuses qu'il conviendrait de changer, de retrancher, de remplacer : revoir une feuille d'impression, c'est la lire de nouveau, pour corriger les fautes qui auraient échappé à une première lecture. Reviser un compte , un travail d'esprit, une feuille d'impression, c'est les remanier, c'est-à-dire y ajouter ce qui manque, retrancher ce qu'il y a de trop, y faire des changements qui portent sur le fond même de la chose. En un mot, revoir, c'est examiner et corriger la forme : reviser, c'est examiner et corriger le fond. Revoir un article d'un règlement, d'une loi, c'est en voir et en corriger au besoin la rédaction : le reviser, c'est le modifier dans sa teneur, changer les prescriptions qu'il renferme, ou même les supprimer. Enfin reviser est le terme propre, lorsque à l'idée de revoir se joint celle de droit ou d'autorité supérieure : une commission , un conseil spécialement institué pour cela, revise une affaire, un procès, etc.; la Cour des comptes revise les comptes de toutes les adininistrations publiques.
RÉVOLTE. V. Insurrection et Rébellion.
RÉVOLUTION. V. Changement.
RÉVOQUER. V. Annuler.
RHÉTORIGIEN, RHÉTEUR. Un rhétoricien est un homme qui sait la rhétorique, c'est-à-dire qui connaît les règles de l'art de bien ^* ou bien c'est un écolier qui étudie en rhétorique. Ce dernier sf presque le seul usité de nos jours. Un rhéteur est un homme qi seulement sait la rhétorique, mais qui l'enseigne, qui donne des
A80 STaOHTMES FnANÇÀIS.
(les préceptes d'éUxiaenoe, soit de vive Toiz> soit par écrit : « Qnin- Ulien est le premier des rhéteurs romains ». ( Acad.)
Ce mot se dit aussi ^ en manraise part^ d'an homme dont toute l'éloquence consiste dans un style apprêté, emphatique et déclamatoire.
RIDICULE, RISIBLE. Ridicule, qui doit exciter la risée, qui Fezcite : risible, qui est propre à exciter le rire, qui Texcite. La risée est un rire éclatant, long, méprisant et moqueur. On rit de ce qui est risible; on se rit de ce qui est ridicule. Risible se prend eu honne et ca mauvaise part, tandis que ridicule ne se prend qu'en mauvaise part. 11 y a des choses qui font rire, parce qu'elles sont délacées, désordonnées, immodérées; et celles-là sont risibles et ridicules : il y a des choses qui doivent faire rire pour remplir leur destination, leur objet et leur fin ^ ; et celles-là sont risibles et non ridicules. — Un ohjet est ridicule par un contraste frappant entre la manière dont il est et calle dont il doit être, selon le modèle donné, la règle, les bienséances, ies convenances. Un objet est risible par quelque chose de plaisant et de piquant, qui vous cause une surprise et une joie assez vive pour se manifester par des signes extérieurs et indélibérés. Un travers d'esprit vous rendrait ridicule : ce travers est au moins un commencement de folie. Une singularité comique vous rendra risible : cette singularité peut être fort raisonnable. ^ Risible, pris en mauvaise part, dit beaucoup moins que ridicule, La chose risible peut faire rixe, la chose ridicule le fait, (R.)
RIGIDITÉ, y. Rigueur.
RIGOUREUX. V. Austère.
RIGUEUR, RIGIDITE. Noms de qualité exprimant un mélange de sévérité, de fermeté, de dureté et même de rudesse. — La rigueur est dans les actes, elle se fait sentir : la rigidité est dans le caractère, dans la nature du sujet; elle se montre par la rigueur que Ton met dans Taction : on est rigide, et en conséquence on agit avec rigueur, on use de rigueur, on traite avec rigueur.
« On a, dit Roubaud, des principes, des mœurs rigides: on a la conduite, Tempire rigoureux. La rigidité est la raideur d'une v«rta ou d'une rectitude d'àme invariablement attachée aux règles les plus sévères. La rigueur est une raideur de jugement et de volonté qui fait qu'on pousse le droit ou le pouvoir aussi loin qu'ils peuvent aller; qu'on prend toujours dans la sanction, sans aucun égard, le sens le plus strict et les peines les plus rudes; qu'on ne donne aucun accès à ia pitié, â la clémence, à l'indulgence dans l'exercice de la justice. »
Une loi, une morale, sont rigides, ont de la rigidité; c'esl là leur caractère. Un arrêt, un châtiment, sont rigoureux; ime maxime est tigoureuse, a de la rigueur: ici domine Tidée d'action: un arrêt doti
i. T^Ues iont les comédies et les boones farces.
ROC UBi
s'exécuter, le châtiment est l'actioa de châtier, une maxime est une rpgle de conduite, un principe en conformité duquel on agit ou on doit agir.
RIGUEUR, SÉVÉRITÉ. V. SévéHté,
RIMEUR, RIMAILLEUR. Versificateur. — Ces deux mots s'emploient ordinairement en mauvaise part; mais rimeur se prend aussi quelquefois en bonne part : « C'est un excellent rimeur » ( Acad.); c'està-dire, c'est un poète qui n'emploie que des rimes très-riches dans ses vers. Rimailleur est toujours un terme de mépris; il enchérit sur rimeur : celui-ci est un poëte fort médiocre ; le rimailleur est un môcbant poôte qui fait beaucoup de très-mauvais vers (37, page 11).
RIS, RIRE, RISÉE. Le substantif m exprime proprement l'effet de Taction de rire, le bruit que Ton fait en riant; on entend les ris : le substantif rire exprime Faction et la manière habituelle dont on rit. Le ris désigne aussi la manière de rire, mais la manière accidentelle, l'effet produit par l'influence d'un sentiment de Tâme dans un cas psurliculier : ris dédaigneux, ris moqueur.
« L'on a le rire agréable, dit Roubaud, et l'on fait des ris. Vous qualifiez le rire d'une personne selon sa manière habituelle de rire, et vous qualifiez ses ris selon la manière dont elle rit actuellement. Chacun a son rire, comme son maintien habituel : la forme du ris varie comme la contenance, suivant les occasions ».
Nous avons aussi le substantif risée; mais ce mot n'est guère synonyme des deux autres. Il signifie un grand éclat de rire que font plusieurs personnes ensemble, en se moquant de quelqu'un ou de quelque chose ; il se dit aussi d'une simple moquerie et de la personne qui en est l'objet : « Il fut la risée de toute la compagnie ». (Acad.)
RISIRLE. V. Ridicule.
RISQUE. V. Danger.
RISQUER. V. Hasarder.
RIVAGE. V. Bord.
RIVALITÉ. V. Émulation.
RIVE. V. Bord.
RIXE. V. Dispute.
ROBUSTE. V. Vigoureux.
ROC, ROCHE, ROCHER. Masse de pierre très-dure qui tient à la terre. — Roc exprime cette idée sans aucune autre idée accessoire ; ce mot simple est le genre à l'égard de la roche et du rocher. La roche est moins dure que le roc; elle entre moins avant dans la terre, et elle est quelquefois isolée; c'est le plus souvent un fragment détaché du 9VC ou du rocher,
a Le rocher est un roc très-élevé, très-haut, très-escarpé, scabreux, rude, hérissé de pointes, et terminé en pointe. On monte sur une rache, on grimpe sur un rocher. La roche est quelquefois plate, mais le rocher est pointu. On bâtit une villo sur une roche et une forteresse
A83 SY.^ONYMES FRANÇAIS.
sar un rocner. Le rocher est même quelquefois inaccessible. — Rœ désigne proprement la nature de la pierre : cette pierre est très-dure; il est difûcile de tailler dans le roc Yif. Aussi le roc est-il ferme et inébranlable : on est ferme comme un roc. L'idée de force est particulièrement dominante dans le rocher. C'est un écueil; on se brise contre un rficher, » (R.)
En géologie, le mot roche a un sens pailiculier et se dit des grandes masses de substances minérales^ plus ou moins dures, qui composent la croûte du globe terrestre : a Le granit est une roche composée ». (Acad.)
ROGUE, ARROGANT, HER, DÉDAIGNEUX. Vous reconnaissez rhomme rogue à sa hauteur, à sa roideur, à sa morgue; l'arrogant à .9a morgue, à ses manières hautaines^ à ses prétentions hardies; le fier à sa hauteur, à sa confiance dans ses forces, au cas qu'il fait de lui ; le dédaigneux à sa hauteur, à son affectation de dignité, au grand mépris qu'il témoigne pour les autres. — Le rogue affecte dans son air la supériorité. Varrogant affecte dans ses manières et ses entreprises la domination. Le fier affecte dans ses habitudes une orgueilleuse indépendance. Le dédaigneux affecte dans l'accent de toute sa personne une opinion injurieuse des autres. — Le rogue laisse tomber sur vous ses regards. Varrogant lance sur vous des regards impérieux, si je puis ainsi parler. Le fier ne daigne pas tourner vers vous ses regards. Le dédaigneux promène tout autour de lui des regards insolents. — Voyez cet homme étonné et enorgueilli de son élévation, comme il est rogue t Voyez celui-là devenu présomptueux et hautain par ses succès, comme il est arrogant! Voyez celui-ci qui prend sa fortune pour son mérite, comme il est fierl Voyez cet autre qui croirait n'être rien s'il vous c^.mptait pour quelque chose, comme il est dédaigneux! Considérez-les tous, comme ils sont sots! (R.)
ROLE. V. Personnage.
ROMAN. V. Conte.
ROMANESQUE, ROMANTIQUE. Romanesque signifie qui tient do roman; qui est étrange ou merveilleux comme les aventures de roman, ou exalté comme les personnages de roman, comme les sentiments qu'on leur prête. Romantique, adjectif, se dit des lieux, des paysages qui rappellent à l'imagination les descriptions des poèmes et des romans. Il se dit aussi d'une école littéraire par opposition à Técole dite classique : a Poète romantique, poésie romantique, style roman^ tique ».
ROMPRE. V. Casser.
RONDEUR, ROTONDITÉ, a Rondeur exprime l'idée abstraite d'une figure ronde ; et la rotondité est la rondeur propre à tel ou tel corps. Ainsi rondeur ne désigne que la figure, rotondité sert encore à désigner la grosseur, l'ampleur, la capacité de tel ou tel corps rond. » (R.)
D'ailleurs rotondité ne s'emploie guère que dans le style familier.
RURAL. 48u
en parlant d'une personne fort grosse : « Il remplit un grand fauteuil de sa rotondité ». (Àcad.)
ROT, ROTI. Le rôt est le service des mets rôtis : le rôti est la viande rôtie. Les viandes de boucherie, la volaille, le gibier, etc., cuits à la brocbe, sont du rôti : les difi'érents plats de cette espèce composent le rôt : les grosses pièces, le gros rôt, et les petites. Je menu rôt. On sert le rôt et vous mangez du rôti. Le rôt est servi après les entrées : le rôti est autrement préparé que le bouilli. (R.)
ROTONDITÉ. V. Rondeur.
ROUGE, RUBICOND. Par sa terminaison l'adjectif ru^tcont/ signifie tout rouge ou plein de rouge ( 53, page 17 ); il ne se dit que du visage et de la face, et presque toujours eu plaisantant.
ROUGEAUD, ROUGEATRE ; NOIRAUD, NOIRATRE. Rmgeaud signifie qui est un peu rouge , et noiraud, qui est un peu noir ( 59, page 18). Ce qui %si rougeâtre ou noirâtre tire aussi sur le rouge ou sur le noir; mais n'est pas d'une couleur pure, d'ane couleur franche : la brique est rougeâtre et la suie est noirâtre (56, page 17). Au surplus, rougeaud et noiraud ne se disent que des personnes ; rougeâtre et noirâtre ne se disent que des choses. Un rougeaud est une personne qui a naturellement le visage rouge, un peu haut en couleur; un noiraud est celui qui a les cheveux noirs et le teint brun.
ROULER. V. Couler.
ROUTE. V. Voie.
RUBICOND. V. Rouge.
RUDE. V. Austère.
RUINE (LA), LES RUINES; EN RUINE, EN RUINES, a La ruine est la destruction de la chose, dit Roubaud; les ruines sont les débris de la chose détruite ». Ruine se dit aussi, au singulier, du dépérissement, de la destruction lente, de la perte des choses. Un édifice est en ruine, tombe en ruine, s'en va en ruine, menace ruine, c'est-à-dire est dans un état de délabrement qui exige des réparations : un édifice en ruines est un édifice détruit, qui est hors d'usage et ne présente plus que des ruines.
On dit aussi au singulier, en termes de peinture ou d'architecture, une belle ruine, pour signifier le dessin, la représentation d'un édifice en ruines.
RUINES, DÉBRIS. V. Débris.
RUINER. V. Abattre, démolir.
RUMINER. V. Méditer, réfléchir.
RURAL, RUSTIQUE. Rural ne marque qu'un rapport de Heu ; il signifie simplement qui est aux champs ou qui concerne la campagne : des biens ruraux sont des biens situés dans la campagne et non à la Tille; on dit les mœurs rurales par opposition aux mœurs de la ville; le code rural, le recueil des lois qui concernent la campagne. Rustique marque un rapport plus essentiel avec la nature des champs : il signifie
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qui appartient anx manières de yivre de la campagne, an caractère, anx occupations de cenx qni y vivent : a Travaux rustiques, air ru»ttgue, danse rustique n.
On dit vie ruraie par opposition à la vie de la ville, et vie rustique poor signifier manière de vivre à la campagne.
RUSE. y. Adresse.
RUSTAUD. V. Rustre.
RUSTIQUE. V. Impoli et Rurat.
RUSTRE, RUSTAUD. « Gens fort mstiques, qni ont toute la msticité ou tonte la grossièreté et la rudesse des gens de la campagne. — Rustaud ne s'applique qu'aux gens de la campagne ou du peuple, qni ont conservé tout l'air et les manières de leur état, sans aucune éducation. Rustre s'applique même aux gens qui, ayant reçu de Téducation et ayant vécu dans un monde bien élevé, ont néanmoins des manières semblables à celles du paysan ou de la populace qui a manqué totalement de culture. Le riiianant est rustaud ou rustre; le bourgeois ou autre est rustre et non rustaud. — Ainsi, c'est faute d'éducation, faute d'usage qu'on est rustaud, c'est par humeur, par rudesse de caractère qu'on esX rustre. Le rustaud ne se gène point; il est hardiment ce qu'il est : le rustre ne ménage rien ; il est rudement ce qu'il est. » ( R.)
Les manières du rustaud sont ses formes ; elles déplaisent , mais elles n'offensent pas : les manières du rustre sont ses mœurs ; elles choquent et elles offensent.
SACCAGER. V. Ravager.
SACERDOCE. V. P?^étrise.
SACRIFIER, IMMOLER. Sacrifier sïgmûeTenÔTe sacré, se dépouiller d'une chose pour la consacrer à la divinité, la dévouer de manière qn^elle soit perdue ou transformée. Immoler signifie offrir un sacrifice sanglant, égorger une victime sur l'autel, détruire ce qu'on dévoue : ce mot vient de mola, nom de la pâte sacrée qu'on mettait sur la tète de la victime avant de l'égorger. — Il y a différentes sortes de sacrifices; l'immolation est le plus grand des sacMces. On sacrifie toute sorte d'objets : on n'immole que des victimes, des êtres animés. L'objet sacrifié est voué à la divinité : l'objet immolé est détruit à l'honneur de la divinité. Le sacrifice a généralement pour but d'honorer; et Vimmolation a pour but paiticulier d'apaiser. Les persécuteurs du christianisme naissant obligeaient les chrétiens à sacrifier aux faux dieux, non en leur faisant immoler des animatix, mais seulement en exigeant d'eux un acte de culte, comme de brûler de l'encens, de goûter des viandes consacrées. -7 Si nous dérobons à ces termes leur idée religieuse, si nous en adoucissons la force dans un sens profane et figuré, ils conservent nôan-
Sage (le). /Î85
moins encore leur différence. Vous sacrifiez tous les genres d'objets on de choses auxquelles vous renoncez volontairement, dont vous tous dépouillez, que vous abandonnez pour quelque autre intérêt ou pouy l'intérêt d'un autre; vous immolez j pour votre satisfaction ou pour la satisfaction d'autrni, des objets animés ou des êtres personnifiés, que vous traitez comme des victimes, que vous dépouillez de ce qu'ils ont •de plus précieux, que vous vouez à la mort, à l'anathème, au mal* faeur, etc. L'idée de sacrifier est plus vague, plus étendue ; et celle -iTimmoler, plus forte et plus restreinte. — Le poids du sacrifice tombe •quelquefois tout entier sur celui qui le fait, mais l'action d'immoler pèse toujours sur la victime qu'on immole. Quand vous sacrifiez vos prétentions, vos droits, votre fortune, vous seul en souffrez : si vous immolez votre ennemi à votre vengeance, le mal est pour votre victime. Sacrifier n'exprime qu'un renoncement de votre part : immo/er exprime la destruction ou la dégradation de Tobjet. (R.)
SACRILÈGE. V. Profanation,
SAGACITÉ , PERSPICACITÉ. Sagire, sentir, voir, savoir finement, clairement , distinctement : d'où sagacitas, Perspicere, voir à travers, pénétrer dans toute l'étendue, connaître pleinement, parfaitement; d'où perspicacitas, — Ainsi le .mot de perspicacité, beaucoup plus fort et plus expressif, marque la profonde pénétration qui donne la connaissance parfaite; et celui de sagacité, le discernement fin qui acquiert une connaissance claire. — La sagacité voit bien la chose malgré tous les obstacles : la perspicacité voit parfaitement dans la chose, malgré sa résistance. La sagacité agit proprement sur les choses obscures ou embrouillées : la perspicacité sur les choses difficiles on rebelles par elles-mêmes. Il faut surtout de la sagacité dans les affaires, et de la perspicacité dans les sciences. La perspicacité est toute intelligence : la sagacité sera quelquefois un goût ou un tact très-fin. En belles-lettres , le goût est une sorte de sagacité naturelle qui fait sur-le-Kïhamp distingaer le beau, le bon, de ce qui ne Test pas : le génie est la perspicacité d'une intelligence supérieure qui voit d'un coup d'œil ce que l'œil ordinaire ne saurait voir. — Avec de la sagacité on démêle, on trie le fil d'une affaire, d'une intrigue embrouillée; avec de la perspicacité, on perce à travers les obstacles : l'une arrive au but par la ligne droite, l'autre l'atteint en suivant les replis. La perspicacité est plus prompte, l'autre est peut-être plus sûre. (R.)
SAGE (LE), LES SAGES. Dans le cas où Tadjectif est pris substantivement, le singulier s'emploie souvent pour indiquer l'être abstrait, idéal, qui réunit nécessairement et au plus haut degré la qualité exprimée par Tadjectif : ainsi le beau est ce qui a essentiellement et le plus possible le caractère de la beauté. De même, le sage est rhomme idéal que notre esprit se représente comme le type de la sa^sse parfaite : mais les sages sont des hommes qui existent ou ont
existé réellement, et qui ont pris pour modèle le vrai sage, le sageidéal : « La mort ne surprend point le sage. ( La Fontaine. ) Les sept sçLges de la Grèce ». (Âcad.)
SAGESSE, PRUDENCE. La sagesse fait agir et parler à propos : la prudence empêche de parler et d'agir mal à propos. La première, pouraller à ses fins, cherche à découvrir les bonnes routes, afin de les suivre. La seconde, pour n^ pas manquer son but, tâche de connaître les mauvaises routes, afin de s'en écarter. — Il semble que la sagesse soit plus éclairée, et que la prudence soit plus réservée. Le sage emploie les moyens qui paraissent les plus propres pour réussir; il seconduit par les lumières de la raison. Le prudent prend les Toies" qu'il croit les plus sûres; il ne s'expose point dans des chemins inconnus. (G.)
La sagesse propose ce qui est juste; la prudence détermine le choix des moyens. La sagesse, éclairée par la science, dicte des préceptes certains : la pmtdence, aidée de l'expérience, donne des règles approuvées par la raison. La sagesse voit bien et en grand : la prudence voit jusque dans les plus petits détails et prévoit; l'une pense bien, Tautre agit bien. La sagesse n'a que l'économie générale du savoir, tandis que la prudence est une sorte de providence humaine prête à tout événement. La prudence, souvent incertaine et souvent trompée, emploie la circonspection, la diligence, la finesse même, l'art, l'industrie, enfin toutes les ressources légitimes, quand la sagesse ne suffit pas. (R. > V. Tarticle suivant.
SAGESSE, VERTU. Ces deux termes, également relatifs à la conduite de la vie, sont synonymes sous ce point de vue, parce qu'ils indiquent l'un et Tautre le principe d'une conduite louable : mais ils ont des différences bien marquées. — La sagesse suppose, dans l'esprit, des lumières naturelles ou acquises; son objet est de diriger l'homme par les meilleures voies. La vertu suppose dans le cœur du penchant pour le bien moral et de Téloignement pour le mal; son objet est de soumettre les passions aux lois. (B.)
La sagesse consiste à se rendre attentif à ses véritables et solides intérêts, à les démêler d'avec ce qui n'en a que l'apparence, à choisir bien, et à se soutenir dans des choix éclairés. La vertu va plus loin : elle a à cœur le bien de la société; elle lui sacrifie au besoin ses propres avantages; elle sent la beauté et le prix de ce sacrifice; et par là ne balance point de le faire, quand il le faut. [Enc,]
SAIGNEUX, SAIGNANT. Saigneux signifie taché de sang, rempli de sang (44, page 13) : saignant signifie qui saigne, qui dégoutte de sang (40, page 12).
SAIN, SALUBRE, SALUTAIRE. Pour qu'une chose soit *ame, \\ suffit qu'elle ne nuise pas à la santé ; pour qu'elle soit saluhre ou salutaire, il faut qu'elle soit bonne pour la santé, qu'elle lui soit favorable. Voyons donc ce qui distingue salubre de salutaire.
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PANG-FROID. llS7
Salubre , en vertu de sa terminaison , signifie qui porte en soi la. santé (51, page 16) : salutaire, qui a rapport à la santé (49, page 15).. Ce qni est salubre contribue à la santé par une influence constamment hygiénique : Tair, Teau, les aliments, le régime, sont ou ne sont pa» salubres. Ce qui est salutaire a la vertu de rendre la santé à un malade : « Remède, médicament salutaire ». (Acad.) Une eau que Ton boit habituellement est ou n'est pas salubre : une eau que l'on prend comme médicament est ou ^ n'est pas salutaire. L*air pur est salubre : des médecins prétendent que Vair que Ton respire dans lesétables à vaches est salutaire pour les poitrines faibles.
Salubre ne se dit qu'au propre : salutaire s'emploie souvent am figuré dans le sens d'utile, avantageux : « Avis salutaire: doctrine salutaire ». (Acad.)
SALAIRE. V. Paye, solde.
SALUBRE. V. Sain.
SALUT, SALUTATION. « Salut, en latin salus, signifie proprement santé, état dans lequel on se porte bien. Le salut pris pour l'action de saluer est donc le bonjour qu'on donne, le signe du souhait. Le salut est une démonstration extérieure de civilité, d'amitié, de respect, faite aux personnes qu'on rencontre, qu'on aborde, qu'on visite. La salutation est le salut particulier, tel qu'on le fait dans telle occasion^ surtout avec des marques très-apparentes de respect ou d'empressement. » ( R. ) •
Le mot salutation exprime beaucoup mieux que salut l'action et la manière dont elle est faite (20, page 7); aussi Roubaud dit-il avec raison que, tout en faisant le même salut un homme ne salue pas comme un autre, et que des salutations particulières on peut tirer des inductions sur le caractère, l'éducation et les affections présentes des personnes.
SALOTAIRE. V. Sain.
SALUTATION. V. Salut.
SANG-FROID, SENS RASSIS. Être de sang-froid, c'est être parfaitement calme et maître de soi-même; faire quelque chose de sang* froid, c'est la faire en sachant bien ce que l'on fait, et sans y être catralné par aucun mouvement passionné. Être de sens rassis, c'est ne ])as avoir le jugement troublé : le sens est ici l'intelligence , l'esprit; o*est ainsi que l'on dit, perdre le sens, être dans 9f»n bon sens, etc.
Sang-froid se dit de tout ce qni intéresse le cœur; %isens rassis de tout ce qui a rapport à l'esprit. Un brave marche de sang-froid à la mort : le bon général observe de sens rassis les mouvements inquiétants de l'ennemi.
On peut être en même temps de sang-froid et de sens rassis. <c Cet liomme, dit l'Académie, est toujours en colère, il n'est jamais de sens rassis »; c'est-à-dire que la colère de cet homme trouble son intelligence. On pourrait dire aussi qu'il n'est jamais de sang-froid;
c'est-à-dire alors « que sa colère allume son sang^ excite sou indignation , et l'entratne à faire ou à dire des choses qu'il ne ferait ni ne ilirait, s'il était calme et mattre de lui-même.
SANGLANT» ENSANGLANTÉ. Sanglant, simple adjectif, exprime l'ôtat : ce qui est sanglant est taché de sang, souillé de sang. Ensangiante, adjectif passif menant du verbe ensanglanter, signifie qui a été couvert, arrosé, rempli de sang ( 52, page 16 ). Ensuite, le préfixe en a dans ce mot une valeur augmentative qui donne à l'expression quelque chose d'emphatique et de redondant : aussi ensanglanté ne se ditil guère que dans le style au-dessus du familier et en parlant de choses qui offrent une certaine étendue ; ainsi Ton dit : a Un mouchoir sanglant; votre cravate est toute sanglante» (Acad.)> et non mouchoir ensanglanté, cravate tout ensanglantée,
SARDONIEN , SARDONIQUE. « Se disent l'un et l'autre d'une sorte * de ris convulsif causé par une contraction dans les muscles du visage. » (Acad.)
Cette sorte de ris se produisait, dit-on, lorsqu*on mangeait une certaine herbe de l'Ile de Sardaigne , et on Ta appelé sardonien par rapport au lieu où cette herbe croissait : ainsi, ris sardonien signifie, littéralement, ris de Sardaigne. Sardonique qualifie par rapport au caractère, à la nature du ris. Au surplus, comme de nos jours on n'a plus à parler du ris causé par la plante, mais seulement d'un ris qui ressemble à celui-là, la locution est figurée, et on n'emploie pour cela que le mot sardonique,
SATIRIQUE. V. Caustique.
SATISFACTION, CONTENTEMENT. SATISFAIT, CONTENT. La satisfaction est, mot à mot, l'action de faire qu'on en ait assez (latin satis ), que la chose soit à un degré suffisant, qu'on ait ce qu*on désire : ainsi l'homme satisfait est celui qui a ce qu'il désirait; votre désir accompli fait votre satisfaction. Le contentement est, mot à mot, ce qui fait qu'on s'en tient avec ce qu'on a (de tenere et de cum, tenir avec, s'en tenir à), qu'on a de la joie à posséder l'objet, que sa possession empêche actuellement de former un nouveau désir: ainsi l'homme content est celui qui ne désire pas davantage : la jouissance de Tobjet fait votre contentement. — La satisfaction suppose donc nécessairement le désir ; le contentement n'exprime que le plaisir de posséder. Vous êtes satisfait d'obtenir ce que vous souhaitiez , ce que vous poursuiviez : vous êtes content d'avoir ce que vous avez, soit que la chose ait rempli, soit qu'elle ait prévenu vo§ désirs et vos recherches. Votre satisfaction est d'obtenir ou d'avoir obtenu : votre contentement est de jouir, et de jouir en paix. — La satisfaction mène au contentement; mais il faut que l'objet le procure. Vous êtes satisfait, quand on vous donne ce que vous vouliez: vous êtes content, quand l'objet vous donne le plaisir que vous vous promettiez. — Il faut en avoir assez, c'est-à-dire en raison de vos désirs, pour être satisfait. U