SAVANT HOMME. U
SDffit de peu, qaand on sait borner ses désirs^ pom être content. ( K^
SAURAIT ( ON NE). V. On ne saurait.
SAUVAGE, FAROUCHE. Sauvage est le latin silvatieuSj qui appartient aux bois : du latin silva , bois. Les bois sont des lieux incultes, ainsi que leurs productions. Une plante s'appelle sauvage, lorsqu'ella vient sans culture : un pays inculte et inhabité est sauvage : un animal est sauvage^ qui vit solitaire et cherche les bois : on appelle sauvages les peuples qui^ n'étant point civilisés et attachés à la terre, errent et vivent à la manière de bétes : une personne qui fuit la sociétéet qui n'en a pas les manières , est sauvage. — Farouche , en latin férus emporte l'idée de brutalité, de dureté, de cruauté même, ainsi que de fierté. — Ainsi un objet est sauvage par défaut de culture : un animal est farouche par un vice d'humeur. Le sauvage serait farouche y s'il avait dans le caractère et dans les mœurs de la rudesse, de la dureté, de la brutalité, de llMexibilité. Apprivoisez ranimai sauvageil deviendra domestique, Domptez l'animal farouche, il paraîtra soumis. — L'homme sauvage évite la société parce qu'il la craint : l'homme farouche la repousse, parce qu'il ne Taime pas. (R.)
SAUVER. V. Garantir.
SAVANT. V. Érudit.
SAVANT HOMME, HOMME SAVANT. TENDRES REGARDS, REGARDS TENDRES. MALHEUREUSE AFFAIRE, AFFAIRE MAL- HEUREUSE, ETG: !• « Lorsque vous dites un savant homme, vous supposez que cet homme est savant; et lorsque vous dites un homme gavant, vous assurez qu'il Vest. Dans le premier cas vous lui donnez la qualification par laquelle il est distingué; dans le second, celle par laquelle vous voulez le faire distinguer. Là, sa science est hors de doute; ici, vous voiilez la faire connaître.»
a Si un homme est renommé par sa science, ou si vous venez de parler de sa science éminente, vous direz plutôt ce savant homme; sinon vous direz plutôt cet homme savant ou qui est savant. Après que vous avez parlé des émotions qu'une mère éprouve à la vae de soUi enfant, vous direz ses tendres regards plutôt que ses regards tendres : les regards d'une mère émue sont nécessairement tendres, et c'est ce que vous exprimez par de tendres regards; mais lorsque la qualité desregards n'est point déterminée, vous la distinguez en mettant après le sujet l'épithète de tendres, »
a Vous allez raconter une a/faire malheureuse, et après le récit vous dites, voilà une malheureuse affaire : dans la première position, le substantif précède l'adjectif, par la radson qu'il est naturel que le sujet soit annoncé avant sa qualité, le principal avant l'accessoire; l'esprit' reste d'abord en suspens sur la nature de l'afiaire. Dans la seconde position, l'adjectif précède le substantif, parce que l'esprit est d^à instruit et décidé sur la nature de l'objet, et que les deux idées sont déjà* inâissolublemeot liées ensemble; et que si la qualification suivait te'
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■sujet, elle paraîtrait oiseuse et lâche, à moins que vous n*y ajoutassiez une modification; voilà, par exemple, une affaire bien malheureuse, €6 qui présenterait une idée nouvelle d'estimation. »
2« a L^adjectif préposé est «\ l'égard du substantif comme le prénom A regard du nom; son idée devient principale, essentielle^ caractéristique, inséparable de celle du substantif, de manière que des deux idées et des deux mots il semble ne résulter qu'une idée complète et un mot composé. L'adjectif postposé, au contraire, n'est jamais au substantif que comme l'accident à regard de la substance; son idée n'est qu'accessoire, secondaire, indicative, et susceptible d'une suite de modifications différentes qui présentent divers points de vue de l'objet. Dans le savant homme, vous considérez surtout et vous présentez l'homme commQ savant ; aussi cette construction ne souffre-t-elle guère 4es qualifications subséquentes : dans l'homme savant vous remarquez et vous faites remarquer la science sans y attacher votre discours et notre attention; aussi cette tournure admet- elle souvent uno suite d'épithètes diverses étrangères à celle-là. »
a J'appelle Démosthène un éloquent orateur, si je veux traiter de son talent et de son génie; et cette idée caratéristique l'accompagnera dans la suite de mon discours : je l'appellerai orateur éloquent, si mon dessein n'est que de détailler ses qualités particulières, et il se présentera successivement sous différentes faces. Rarement ajouterez -vous d'autres épithètes, lorsque vous en aurez placé une de la première façon, elle semble tout absorber ou tout exclure : vous en ajouterez tant qu'il vous plaira, lorsque l'adjectif suivra le substantif; ce n'est point alors une idée exclusive ou dominante par sa position. Vous •dites, c*est un excellent ouvrage, sans addition : vous direz c'est un ouvrage excellent, profond, lumineux. Comment se sont formés tant 4e mots composés d'un adjectif et d'un substantif, encore bien distingués l'un de Tautre, tels que petit-maltre, genUl'homme, sage-femme, si ce n*est parce que la position des adjectifs les rendait caractéristiques et singulièrement propres à faire corps avec le substantif.»
So « Lldée de l'adjectif suivi du substantif est si bien caractéristique et en quelque sorte nécessaire au sujet, que vous rendrez quelquefois l'idée totale de l'expression par Tadjectif seul, lorsque la langue permettra de l'employer substantivement, tandis qu'elle n'aura pas la même propriété s'a ne parait qu'à la suite. Un savant homme est tm savant; un homme savant n*est que savant, La première expression indique spécificativement une classe, une espèce particulière d'hommes à laqudle appartient celui-là, la classe des savants : la seconde ne fait •qu'attribuer une qualité individuelle qui distingue un homme de plusieurs autres. »
« Vous trouverez dans plusieurs autres exemples la valeur de l'adjectif augmentée, et sa force redoublée par la première tournure. Un sage philosophe est un sage^ ou tout près de l'être; un philosophe
SAVOIR. /i91
sage est encore loin de là, il travaille à y parvenir : dans la classe des sages de la Grèce, il n'y a eu qne sept hommes. Un dévot perêonnage «st un dévot de profession; un personnage dévot ne professe pas la -dévotion quoiqu'il la pratique. »
« En disant un triste accident, une malheureuse aventure, une fâcheuse affaire, vous distinguez l'espèce d'affaire, d'aventure, d'acci- -dent; car il y a des accidents heureux, des aventures agréables, des affaires utiles, etc. Mais en disant un accident triste, vous désignez .seulement la circonstance qui le rend désagréable à la personne. Nous •dirons simplement un homme fin^ une femme finct pour exprimer une -qualité; et pour exprimer un genre de caractère, le haut degré de la efinesse, on dira familièrement un fin matois, une fine mouche. Vous ^distinguerez de môme un sanglant ou un léger combat, d'un combat sanglant ou léger, La chagrine vieillesse est le caractère commun de l'âge : un individu a une vieillesse chagrine, »
4« « Le choix est encore quelquefois déterminé par des considéra- 4ions particulières. Par exemple, nous souffrirons la tournure vaillant héros, parce que l'idée la plus faible, celle de vaillant, va se perfec- Jtionner, se confondre, se perdre dans celle de héros : nous supporte- >nons difficilement celle de héros vaillant, où l'adjectif n'est pas rehaussé par un terme de comparaison, parce que l'idée de liéros ren- «ferme celle de vaillant, et que l'idée de vaillant est au-dessous de -celle de héros, »
« Mais c'est l'oreille surtout qui ordonne la disposition du sujet et des épithètes. L'euphonie nous fait la loi, et souvent elle nous force à JI0I18 écarter de la règle : de là une foule d'exceptions qui semblent la combattre. Ainsi nous disons, pour plaire à l'oreille, habile avocat f)latôt qa^avocat habile, affaire grave et non grave affaire, bonne ^rsonne plutôt que personne bonne, hautes pensées mieux que des pensées hautes, lieu charmant et non charmant lieu^ etc. Nous évitons «urtout le repos sur les manosyllases, ainsi que les bâillements, le choc 4es syllabes rudes. » (R.)
.RAVOIR , SCIENCE. Ils se disent tous deux des connaissances acgnises. — L'Académie définit ainsi ces mots : a Science, ensemble, système de connaissances sur quelque matière; savoir, érudition, <sonaaiS8ance acquise par l'étude, par Texpérience ». On dit également d'un homme qu'il a de la science ou du savoir ; il a du savoir, s'il a acquis sur une matière d'étude plus de connaissances que n'en a le nilgaire; il a de la science, si son esprit s'est rendu maître d'un sysitème entier de connaissances.
« Le «avoir n'est naturellement donné à personne : c'est le fruit «du travail et des enquêtes; on l'acquiert en écoutant les maîtres, en •étudiant les règles que les autres suivent, et en faisant chacun à part dKs propres remarques. La science est tout entière dans TentendemdbdX, » (B.)
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On possède la science qiiànd on a acquis assez de «avoir pour con* naître les lois générales qui consUtnent tonte science,
SAVOIR (FAIRE). V. Avertir.
SAVOIR-FAIRE. V. Industrie.
SAVOUREUX, SUCCULENT. Savoureux, qui a beanconp de sayenr, un très-bon goût : succulent, qui est plein de suc et très-nour- Tissant. Ainsi le mot savoureux exprime la propriété du corps^ relative an sens du ^oût; et le mot succulent, la nature dé Tallment et sa propriété nutritive. Je dis la nature de f aliment; car succulent ne s'applique qu'aux viandes^ mets, potages, etc. ; au lieu que tout corps peut être appelé savoureux, dès qu'il a du goût. Un mets succulent est sans doute savoureux : mais il y a beaucoup de mets savoureux qui ne sont nullement succulents, — Insipide est le contraire de savoureux. Ce qui est sec ou plutôt desséché est opposé à ce qui est succulent. (R.)
SCIENCE. V. Savoir.
SCRUPULEUX, CONSCIENCIEUX. Vhomm^ scrufjuleux est l'exagération de l'homme consciencieux. Celui-ci s'attache à remplir ses devoirs suivant les lumières de sa conscience; Tautre, quoiqu'il les remplisse avec minutie^ craint encore que sa conscience ne l'ait pas suffisamment éclairé. Le consciencieux a une marche ferme et assurée : le scrupuleux s'inquiète toujours de la voie qu'il doit suivre, et s'interdit même des satisfactions fort légitimes^ que la raison et la probité la plus rigoureuse ne sauraient condamner.
SEC. V. Aride.
SÉCHER , DESSÉCHER. Sécher exprime simplement l'action d'enlever rhumidité sans altérer l'objet^ sans lui ôter rien d'essentiel : « Faire sécher du liuge ». (Acad.) Dessécher exprime une dessiccation telle^ que le corps qui la subit, perdant son humidité, son suc, sa sève, etc., devient dur ou sans saveur, sans vie, et se trouve dénaturé ou complètement changé (7, page 4 ) : « Dessécher un marais : dessécher des plantes pour les conserver dans un herbier ». (Id.)
SECOURIR, AIDER, ASSISTER. Secourir, latin succurrere^ composé de currere, courir au secours de quelqu'un, le relever, le soutenir, le défendre, le tirer de la presse, etc. Aider , latin adjuvare, sgoutei ou plutôt joindre ses forces à celles d'un autre, le seconder» le servir. Assister, latin assistere ou adesse, être présent ou près, s'arrêter ou rester auprès de quelqu'un, veiller sur lui, pourvoir & ses besoins; ce mot est pris ici dans cette derni^ aceeption.— Ainsi, suivant le sens littéral, vous courez pour secourir; vous prêtes la main, des forces pour aider; vous vous arrêtez, vous vous tenez en présence pour assister. — Je vois dans le mot secourir; le grand einpressement, l'extrême diligence de l'action, soit que le zèle vous emporte, soit que la nécessité soit urgente : dans le mot aider, l'action prière de seconaer ou partager le travail d'autrui et de le soulager : dans le mot
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assister, le désir de connaître les besoins de qaelquHm et d'y remédier autant qu'il est en tous. (R.)
L'action de secourir suppose un danger imminent; c'est la célérité^ le coarage qui la caractérisent. L'œil, l'esprit et la main agissent; 6*est à la mort, au péril, à la douleur, c'est au malheur qu'on vous arrache. ~ Aider- suppose un partage de forces et de moyens. On aidele faible; ce n'est pas la main protectrice du secours, c*est la force agissante qui allège. — Assister suppose la présence du besoin; ce n'est pas la main active du secours, ce n'est pas le partage de vos maux, e'est la main bienfaisante qu^on vous tend. — On secourt dans le danger, on tous y arrache; on aide à la faiblesse, on partage ses maux et ses travaux; on assiste dans le besoin, on soulage. (Anonyme.)
SECRET. V. Cachff.
SECRÈTEMENT, EN SECRET. PUBLIQUEMENT, EN PUBLIC. L'adverbe exprime une qualité distinctive de l'action énoncée par 1» verbe, et la phrase adverbiale, une circonstance particulière de Taction (61, page 20). « De manière, dit Roubaud, que secrètement doit marquer une action secrète, cachée, mystérieuse, insensible : et en secret, quelque particularité secrète de l'action. Or, en secret signifie proprement dans un lieu secret, ou du moins à part, en particulier, tout bas, en sorte qu'il y a quelque chose de caché, de secret dan» l'action que vous faites. Ce que vous faites secrètement, vous le faites à rinsu de tout le monde, de manière que votre action est absolument ignorée ; ce que vous faites en secret vous le faites en particulier, en< sorte que la chose se passe sans témoins. Vous faites en secret beaucoup d'actions naturelles et légitimes, que la bienséance ne permet pas de faire devant tout le monde; mais vous ne les faites pas secrètement, car vous ne vous en cachez pas, et tout le monde peut savoir ce que vous faites. Au milieu d'un cercle, vous parlez à une personne en particulier et tout bas : vous ne lui parlez pas secrètement, car on voit que vous lui parlez; vous lui parlez en secret ou à part, car on n'entend pas ce que vous lui dites ».
En résumé, secrètement est relatif au sujet et marque l'intention, le dessein qui fait agir : en secret exprime une circonstance, la manière particulière dont la chose se fait.
Publiquement est l'opposé de secrètement; en publie est Topposé de en secret, « On fait une chose publiquement , au vu et au su de tout le monde, sans aucune espèce de mystère et de réserve, de la manière la plus manifeste : on la fait en public, dans un lieu public, devant une assemblée publique, pour le public ». (R.)
SECTAIRE, SECTATEUR. Sectaire se prend toujours en mauvaise part et se dit de celui qui est d^ane secte religieuse condamnée par la communion principale, dont elle s'est détachée. Ou l'emploie surtout en parlant d'une secte encore nouvelle qui s'efforce, par des prédications ou autrement, de faire prévaloir ses opinions, ses doctrines.
UCT. DES SmORYMES» S8
.^94 8TK0NT1I£S FRANÇAIS.
Sectateur se prend le plas* souvent en bonne part^ ou du moins n'est Jamais dépréciatif ou flétrissant comme sectaire, il a à peu près 4e sens de disciple, partisan, et se dit de celui qui fait profession de suivre l'opinion de quelque philosophe, de quelque docteur^ ou même •de quelque hérésiarque : « Les sectateurs de Platon; Arius eut un ,grand nomhte de sectateurs ».(Àcad.)
SÉDITION. V. Insurrection.
SÉDUCTEUR, SÉDUISANT. Qui séduit. — Séducteur (fém. séductrice] est un substantif signifiant celui qui fait tomber en erreur ou en faute. Il s'emploie aussi comme adjectif : « L'esprit séducteur, c*est-à-dire le diable ». (Acad.) Séduisant est toujours adjectif; il signifie qui est propre à séduire, et se dit ordinairement en bonne part, dans le sens d'agréable, qui platt, qui flatte, qui attire. Séducteur, au contraire, se prend toujours dans une mauvaise acception : Jl suppose l'emploi de la ruse, de l'artifice et un but coupable. Un •discours séducteur engage à faire le mal et entraîne à le faire; il 4)lalt aux uns, mais il déplaît aux autres : uu discours séduisant n'entraîne pas; il flatte Thumeur, l'opinion des adhérents, ébranle la conviction des adversaires, et il plaît à tous.
La même dilTérence existe à peu près entre un ton séducteur et un 4on séduisant. Il faut remarquer en outre que séduisant est le terme •propre, lorsqu'il s*agit d'un sujet qui a naturellement des qualités sédui-santés sans artifice de sa part et sans dessein de les faire valoir : alors -encore le véritable sens de ce mot est qui plaît, et 11 peut se dire même des défauts : « Il y a des défauts sùbtùants ». (Acad.)
SÉDUCTEUR, TROMPEUR. V. Fallacieux,
SÉDUIRE, SUBORNER, CORROMPRE. Séduire et suborner ne se • disent que dans un sens figuré : c'est donc dans ce sens que nous considérerons le mot corrompre, — Séduire se dit à Tégard de l'esprit, de la raison, du jugement, en parlant d'opinions, de préjugés, d'erreurs : il en est même de corrompre. Suborner ne regarde que des actions morales, les seules que nous ayons donc à considérer ici. — Suborner •et séduire ne s'appliquent qu'aux personnes, tandis que l'on corrompt aussi les choses. On corrompt les mœurs et les lois; on ne les séduit ni ne les suborne, — Séduire, latin seducere, signifie tirer à part,' mener à récart, conduire hors de la voie. Ainsi l'idée propre de séduire est -d'attirer et de conduire au mal, de détourner quelqu'un de ses voies et de son devoir, de l'égarer ou de le faire donner dans des écarts. — ^■Stibomer est aussi un verbe latin; subomare signifie préparer et disposer secrètement les esprits, les prévenir et les instruire pour qu'on 'fasse ou qu'on dise. S%A veut dire en dessous, secrètement^ d'une manière cachée. L'idée propre de suborner est de pratiquer, pour ainsi dire, les esprits, de les gagner par des manœuvres sourdes, de les ^mettre artificieusement dans vos intérêts pour les faire servir à de mauvais desseins. — Corrompre, latin corrumpere, signifie rompre