‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 135 sur 163 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

^ae réflexion. — On dit impersonaeliement, il parait, il me parait; il semble, il me semble, La différence est tonjours la môme. Il me parait ne désigne qne les impressions faites par les apparences ou de simples conjectures tirées de ces dehors spécieux : il me semble annonce plus «de persuasion 4 et des jugements fondés sur quelques motifs qui ont au moins une apparence de raison. — La preuve que sembler marque une sorte de réflexion, de persuasion, de raison, toutefois mêlée de doute ou de crainte, c'est qu'il signifie souvent croire et juger, comme •dans ces phrases : a II semble à beaucoup de gens inutiles qu'on ne saurait se passer d'eux. Que vous semble de ces ennemis réconclUés?» (R.)

SEMER, ENSEMENCER. Semer a rapport au grain; c'est le blé qu'on sème dans le champ. Ensemencer a rapport à la terre; c'est le champ qu'on ensemence de blé. Le premier de ces mots a une signification plus étendue et plus vaste ; on s'en sert à l'égard de toutes sortes de grains ou de graines, et dans toutes sortes de terrains. Le second a un sens plus particulier et plus restreint; on ne s'en sert qu'à l'égard des grandes pièces de terres préparées par le labourage. Ainsi l'on sème dans ses terres et dans ses jardins ; mais l'on n'ensemence que ses terres et non ses jardins. — On dit dans le sens figuré : semer de l'argent, semer la parole. Ensemencer n'est jamais employé que dans le sens propre et littéral. (G. )

SEMER, PARSEMER. Répandre, jeter çà et là. Parsemer ajoute au sens de semer l'idée de profusion ou tout au moins de grande, abondance (11> page 5). « Le ciel est parsemé à'éVûïies ». (Acad.) On dit également : « Semer de fleurs le chemin, et parsemer un chemin de fleurs » (Id.) ; mais la dernière locution fait entendre que les fleurs sont en très-grand nombre, qu'il y en a partout sur le chemin.

SEMPITERNEL. Y. Perpétuel.

SENS, JUGEMENT. Le sens intellectuel doit, selon le mot et par une analogie évidente, être dans Tesprit, ce que le sens matériel est dans le corps : c'est la faculté de prévenir, connaître, distinguer, discerner les objets, leurs qualités, leurs rapports. Lorsque cette faculté lie, combine ces rapports et prononce sur leur existence, c'est lejugement, — Le sens est, ce me semble, l'intelligence qui rend compte des choses; et le jugement, la raison qui souscrit à ce compte. Ou si l'on veut, le sens est le rapporteur qui expose le fait ou le témoin qui en ilépose ; et le jugement, le juge qui décide. Nous jugeons sur le rapport de nos sens, — Le jugement est selon le sens. Qui n'a point de sens, n'a point de jugement; qui a peu de sens, a peu àe jugement; qui a perdu le sens, a perdu le jugement. Il est évident que le sens, qui donne la connaissance des choses, règle le jugement, qui prononce sur rétat des choses. — Il est facile de comprendre pourquoi le jugement et le sens sont si souvent confondus : c'est la môme faculté de l'esprit appliqué à des opérations différentes, mais liées ensemble. Il est clair

que quand cette faculté juge, c'est \è jugement, et que Tidée de juger est absolument étrangère au mot sens, qui ne peut par lui-même énoncer que des idées analogues à celle des sens physiques. — Avec le bon sens, on a \^ jugement solide. Un homme de sens aura de la profondeur dans le jugement. Le sens commun promet assez de jugement pour qu'on se conduise bien dans les conjonctures ordinaires de la vie. Le sens, joint à l'habitude des affaires, rend \q jugement sûr. — Celui qui n'a point de sens est bête ou imbécile : ^elui qui n'a point àejugement est fou, extravagant. Le sens fait Thomme sensé : le jugement, rhomme judicieux. — Enfin, le sens regarde particulièrement la conduite, les affaires, les objets usuels. Ld jugement embrasse tous les objets de raisonnement, la science comme la conduite ordinaire. (R.)

SENS (BON). V. Esprit.

SENS (DOUBLE) et SENS LOUCHE. V. Ambiguïté.

SENS RASSIS. V. Sang-froid,

SENSATION. V. Sentiment.

SENSIBILITÉ. V. Bonté, humanité et Sensible, tendre.

SENSIBLE , SENSITIF. Appliqué aux objets inorganiques ou aux choses morales, l'adjectif sensible signifie qui se fait sentir ou qui se fait remarquer : « Le froid a été itès-sensible cette année. Le flux de la mer n'est sensible que près des côtes. C'est un déplaisir bien sensible ». (A Cad.) Appliqué aux êtres organisés, il signifie qui a du sentiment, qui reçoit aisément l'impression que font les objets, qui est facilement ému, touché, attendri : « Ce cheval a la bouche fort sensible. Une àme sensible ». (Acad.)

Sensitifesi un terme didactique signifiant qui a la faculté de sentir : « Vertu, faculté sensitive. L'àme est sensittve ». (Acad.)

SENSIBLE, TENDRE. SENSIBILITÉ, TENDRESSE. Sensible, capable de faire des impressions sur les sens, ou de recevoir ces impressions : une chose qui s*aperçoit par les sens ou par la raison, est sensible dans la première acception; un objet qui est susceptible de sensation ou de sentiment, l'est dans la seconde. Tendre, le contraire de dur^ qui est facile à couper, à pénétrer, à affecter. — Dans le sens moral, qu'il s'agit ici de considérer, ces termes expriment l'attribut d'un cœur susceptible d'impressions et d'affections relatives et favorables à autrui. Un cçBur est sensible par une disposition naturelle à s'affecter de tout ce qui intéresse l'humanité, et à s'y intéresser : un cœur est tendre par une qualité particulière qui lui inspire les sentiments les plus affectueux dela nature et leur imprime ce qu'ils ont de plus touchant. — La sensi- ^l^ité, d'abord passive, attend l'occasion de se développer; il faut 1 exciter : la tendresse, active par elle-même, cherche les occasions de se développer; elle nous excite. On s'attache un cœur sensible . un ^r tendre s'attache lui-même. — L'homme sensible a surtout le ^nr ouvert à la pitié, à la clémence, à la miséricorde, à la recon- ^issance, à tous les sentiments qui nous portent à vouloir du bien

SENTIHENT. Û99

aux antres et à leur en faire. L'homme tendre a surtout dans le coeur le germe des affections les plus actives, les plus vives, les plus généreuses, l'amour, Tamitié, la bienfaisance, la charité, toutes les pas» sioDS qui nous font exister pour les autres et dans les autres. (R.)

SENTENCE. V. Arrêt et Axiome.

SENTEUK. V. Odeur.

SENTIMENT, AVIS, OPINION. Dans le genre déUhératif et Judiciaire, le sentiment est Vopinion que vous avez prise, ou le jugement que vous portez en vous-même sur les choses mises en délibération ; l'avis, la suite que vous donnez à ce sentiment ou la conséquence que ▼oos en tirez, sur le parti qu'il faut prendre ou la décision qu'il faut rendre touchant l'objet de la délibération ; Vopinion, la voix ou le vœu définitif que vous donnez pour la décision de l'affaire. Vous exposez votre sentiment et vos motifs ; cette exposition vous mène à une conclnslon, à un avis; et vous opinez pour la décision ou le jugement. — Cette application des termes relative à l'ordre judiciaire nous laisse à désirer leur différence générale. Le sentiment est une croyance dont resprit est profondément pénétré ; la persuasion Tinspire et le maintient. L'avis est un jugement sur ce qu'il convient de faire; la prudence le suggère et le dicte. Vopinion est une pensée ou une connaissance douteuse qu'on adopte comme par provision : la vraisemblance nous la fait agréer et soutenir jusqu'à de nouvelles lumières. — Le sentiment n'est pas toujours fondé sur des raisons solides ou apparentes : il y a beaucoup de sentiments inspirés, les uns par ce sens naturel qui devrait être commun à tous les hommes, les autres par ce sens moral que nous appelons la conscience, ou par ce sens intellectuel que nous assimilons au goût, etc. ; et le peuple, si ferme dans ses sentiments, n'en a guère que par Téducation, par imitation, par insinuation. Vavis dépend de la réflexion, de nos lumières, de notre expérience, de notre manière de voir : aussi les avis sont-ils bien souvent partagés, et il faut tout entendre avant que de résoudre ; car « Un sot quelquefois ouvre un avis important ». Vopinion doit souvent beaucoup à la prévention ; mais elle doit bien davantage à l'intérêt secret que nous avons de nous attacher à l'une ou à l'autre : on a fort bien dit que les opinions s'introduisent souvent comme les coutumes,. par la seule raison de Texemple; que la plupart des gens, quand ils ont besoin d'une opinion, l'empruntent; que la plupait de nos opinions sont celles qu'on nous a données, etc. : mais il est certain qu'en général de deux opinions probables, la plus probable est celle qui nous accommode le mieux. (R.)

SENTIMENT, SENSATION, PERCEPTION. Impression faite sur l'âme. — « Le sentiment appartient au sens intime, et la sensation est dans la dépendance des sens corporels. Le sentiment est en nous comme une modification de rà,me, comme une chose qui nous est propre : la sensation vient du dehors, elle va dans l'àme porter une idée ou réveil»

1)00 STlfONTUES FRANÇAIS.

lerqaéiqvLe sentiment. Le sentiment est à rame, comme la pensée qu'elle produit : la sensation est à Tàme, comme l'idée qu*eUe reçoit. Un objet aimable se présente à noas, et par une sensation agréable et vive^ il va exciter et fixer le sentiment dans notre cœur. Vous voyez un enfant •dans quelque danger, une sensation pénible tous trouble ; et nn sentiment impétueux vous fait voler à son secours. La sensation est proprement physique ; mais le sentiment est moral. Les sensations ne sont •que des accidents : les sentiments forment nos affections, nos passions^ nos vertus, nos vices, notre naturel, notre caractère, nos mœurs^ notre •bonhenr on notre malheur ». (R.)

Ainsi la sensation précède le sentiment ; mais le sentiment peut aussi naitre de nos propres idées, de notre faculté de juger, des opérations 'de Dotre intelligence : la solution d'un problème difficile, le récit d'une belle action, excitent en nous un sentiment de plaisir, d'admiration. 'Rouband fait encore remarquer que la sensation est toujours passagère et que le sentiment est souvent très-durable : on dit bien sensation de frayeur, de douleur ; on ne dirait pas sensation de haine, de souffrance.

La perception est la faculté qu'a Tàme de percevoir, c'est-à-dire de recoonaitre l'existence et les qualités des objets qui l'affectent ou qui l'occupent. La perception vient à la suite de la sensation, pour les objets du dehors qui font impression sur nos sens ; mais, comme l'a fort bien dit Boubaud, a il y a des perceptions purement intellectuelles, telles que celles des objets spirituels, des choses abstraites, des notions générales, des objets moraux : elles appartiennent à l'entendement pur, et l'esprit n'a pas besoin de s'en former des images corporelles »•

SENTINELLE. V. Vedette,

SENTIR, FLAIRER. V. Flairer,

SENTIR, RESSENTIR. SE SENTIR, SE RESSENTIR. Ressentir, c'est sentir par contre-coup et en quelque sorte par réflexion de l'impressiou reçue, ou par réaction contre la cause de cette impression (5, page 3). Ainsi ressentir se rapporte à une cause différente de Tobjet qui sent ; sentir se dit plutôt de quelque chose d'intime : « L'àme sent ses propres douleurs, et comme le dit Pascal, elle ressent les passions du corps ».

La même nuance existe entre se sentir et se ressentir; nous nous «entons de ce qui est en nous, de l'effet de nos actes : « Je me sens bien. Je me sens tout autre depuis que j'ai pris ce parti». (Acad.)

SEPTENTRION, NORD. V. Levant.

SEPTENTRIONAL, DU SEPTENTRION ou DU NORD. V. Jftrt-

dional,

SÉPULCRE, SÉPULTURE. V. Tombe.

SERIEUX. V. Grave.

SERMENT, JUREMENT, JURON. « Le serment est une affirmation «u une promesse en prenant à témoin Dieu, ou ce que l'oii regaxde

SfiRVIACLE. ÔOi

comme saint, comme divin». ( Acad. ) Lq Jurement est un serment que l'on fait en vain, sans nécessité et sans obligation : « On ne voas croira pas malgré tous vos jurements». (Id.) Il se dit plus ordinairement dans le sens d'imprécations blasphématoires : « Il fit d'horribles jure- ^nents», (Id.) Dans ce sens il a pour synonyme /uron. La juron est win. juremenf habituel, ou plutôt une sorte d'exclamation familière qui ■l'a pas la gravité du jurement, Ventre^saint-gris était le juron de Henri IV.

SERMENT, VŒU. Ce sont deux actes religieux qui supposent égatentent une promesse faite sous les yeux de Dieu et avec invocation de •son saint nom : c^est du moins l'aspect commun sous lequel on doit ««nvisager ces deux mots, quand on les considère comme synonymes ; mais alors même ils ont des différences qu'il est nécessaire de remaiv <[uer. — Tout serment, proprement ainsi nommé, se rapporte principalement et directement à quelque homme auquel on le fait. Cest à l'homme qu'on s'engage par là : on prend seulement Dieu à témoin ^e ce à quoi l'on s'engage , et l'on se soumet aux effets de sa vengeance , si l'on vient à violer la promesse qu'on a faite. Mais le vœu ^st un engagement où Ton entre directement envers Dieu; et un engagement volontaire par lequel on s'impose à soi-même, de son pur mouvement, la nécessité de faire certaines choses auxquelles sans cela on n'aurait pas été tenu. (B. et Enc.) SERMON. V. Prédication.

SERVIABLE, OFFICIEUX, OBLIGEANT. ServiMe, de service, servir; qui est toujours prêt à rendre service, de ces services ordinaires que nous nous rendons dans la société. Ce mot est familier et ne comporte pas de hautes idées. — Officieux^ disposé, empressé à rendre de bons offices, c*est-à-dire des services agréaJ}les et utiles, qui aident, «ODCOuient au succès de vos desseins ; des services que des sentiments «t des relations particulières font regarder connue des devoirs, officia. — Obligeant^ qui est disposé à obliger, à rendre des services plus intéressants, plus importants qui ne sont pas dus, et qui vous lient en vous obligeant à un retour, à un sentiment de bienveillance, de reconnaissance. Obliger, obligare, composé de ligare, lier tout autour, entourer de liens. — L'homme serviable est prompt et empressé à vous se^^r dans roccaâon, comme un serviteur l'est à l'égard d'un maître. L'homme officieux est affectueux et zélé comme un client à l'égard de son patron. L'homme obligeant est aise et flatté de vous servir dans le besoin, il va au-devant de l'occasion pour vous obliger. — L'homme serviable se fait un plaisir d'être utile; tout ce qu'il peut par lui-même, il le fait, mais il est circonscrit. L'homme officieux se fait un devoir de concourir à vos desseins ; mais il peut être intéressé : c'est moins quelquefois par caractère que par habitude et par combinaison. L'honmie obligeant ne considère que le plaisir de vous rendra heureux. (R.)

002 STNOIIYVES FRANÇAIS.

SERVICE. V. Grâce.

SERVIR (SE). V. User.

SERVITUDE^ ESCLAVAGE, CAPTIVITÉ. Nous tenons des Romain» le mot servitude, et yraisemblablement des peuples da Nord celai à'eseiavage, sans qne Ton ait fait négliger l'antre, et sans que ni l'an ni /autre aient pris d'une manière marquée des nuances différentes» Cependant le mot esclave Ta emporté sur celui de serf, jusqu'à le ré* duire à la simple dénomination du paysan lié par le droit du plus fort à la terre, et assujetti à des corvées et autres charges envers le seigneur. Il est assez singulier qu'en parlant même des Romains, noos n'appelions plus qu'esclaves ceux que les Romains n'appelaient pas autrement que serfs {servi), — L'affaiblissement de ce dernier mot a éb s'étendre sur celui de servitude, celui-ci a dû perdre encore de sa force en s'étendant des personnes sur les biens. Les champs, le? moissons, etc., sont sujets à des servitudes; Yesclavage n'est que pour les personnes. — Il est certain que Yesclavage se présente sous un aspect plus sévère, plus dur, plus effrayant que la servitude. Ainsi la servitude impose un joug; et Yesclavage un joug de fer. Si la servitude opprime la liberté, Yesclavage la détruit. Dans la servitude on n'est point à soi : dans Yesclavage on est tout à autrui. La servitude abat; Yesclavage abrutit. En un mot Yesclavage est la plus dure des set-vi" tudes. — Dans un sens moral et relâché, nous api)elons servitude un assujettissement pénible et continuel : porté à un certain excès, cet assujettissement serait un esclavage, (R.)

Cap/tvi/^ exprime l'idée générale de privation de liberté : la captivité est l'état de tout homme qui n'est pas libre, que cet homme soit esclave ou non. Saint Louis, fait prisonnier par les Sarrasins d'Egypte, était en captivité : il ne fut réduit ni en esclavage ni en servitude; car il ne fut traité ni comme esclave ni comme serf, V. Captif,

SEUL, V. Unique.

SÉVÈRE. V. Austère,

SÉVÉRITÉ, RIGUEUR. La sévénté se trouve principalement dans la manière de penser et de juger; elle condamne facilement et n'excuse pas. La rigueur se trouve particulièrement dans la manière de punir; elle ,n'adoucit pas la peine et ne pardonne rien. — Les faux dévots n*ont de sévérité que pour autrui; prêts à tout blâmer, ils ne cessent de s*applaudir eux-mêmes. La rigueur ne me parait bonne que dans les occasions où l'exemple serait de conséquence; il me semble que ^artout ailleurs on doit avoir un peu d'égard à la faiblesse humaine. (G.)

L'usage a consacré les mots rigueur et sévérité à de certaines choses particulières : on dit la sévérité des mœurs, la rigueur de la eaisco. (Enc,) \. Austère.

SIGNAL, SIGNE. vlA signal est un signe convenu entre deux ou plusieurs personnes, pour servir d'avertissement » Cette définition de l'Académie s'accorde parfaitement avec la distictinction établie par l'abhé

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