TRANSPORTER. 5Z
grands maux. Un homme rassis n'est pins tronblé par les passions de la jeunesse ; un homme posé a une marche lente et fenne que rien ne peut déranger. (L.)
TRANQUILLITÉ, PAIX, CALME. Ces mots, soit qu*on les applique à Tàme, à TÉtat, ou à quelque société particulière, expriment également une situation exempte de trouble et d'agitation : mais celui de tranquillité ne regarde précisément que la situation en elle-même^ et dans le temps présent, Indépendamment de toute relation : celui de paix regarde cette situation par rapport au dehors et aux ennemis qui pourraient y causer de l'altération : celui de calme la regarde par rapport à l'événement, soit passé, soit futur; en sorte qu'il la désigne comme succédant à une situation agitée ou comme la précédant. — On a la tranquillité en soi-même, la paix avec les autres , et le calme après l'agitation. — Les gens inquiets n'ont point de tranquillité dans leur domestique *. Les querelleurs ne sont guère en paix avec leurs voisins. Plus la passion a été orageuse, plus on goûte le calme. (G.)
TRANSCRIRE , COPIER. Transcrire signifie écrire une seconde foi-, transporter sur un autre papier, porter d'un livre dans un autre. Copier, c'est, à la lettre, multiplier la chose, en tirer un double ou des doubles, former des exemplaires pour multiplier la chose , l'avoir en abondance, copia. — Vous transcrivez pour mettre au net, en forme, en règle, en état, dans un endroit convenable. Vous copiez pour multiplier, distribuer, répandre, conserver. — Un marchand transcrira chaque jour la feuille de ses ventes et de ses achats, sur ses livres de comptes, pour être en règle. Avant l'invention de l'imprimerie, il fallait copier les ouvrages à la main. — Transcrire annonce une conformité littérale, exacte, parfaite, sauf le cas d'une correction nécessaire : copier ne désigne quelquefois qu'ime ressemblance plus ou moins frappante. — Il est superflu d'observer que transcrire ne se dit qu'à l'égard de l'écriture; et qu'on copie des tableaux, des dessins, des manières, des actions, des personnes, tout ce qui s'imite. (R.)
TRANSES. V. Affres.
TRANSFÉRER. V. Transporter, transférer.
TRANSFORMATION. V. Métamorphose.
TRANSFUGE. V. Déserteur.
TRANSGRESSER. V. Contrevenir.
TRANSLATION. V. Transporter, transférer.
TRANSPARENT. V. Diaphane
TRANSPORTER, PORTER. V. Porter.
TRANSPORTER, REPORTER. Porter à un autre endroit une note, nn passage d'un livre, un nombre écrit, etc. — Transporter exprime simplement l'action de porter ailleurs (16, page 6) : « On pourrait
1. G*e2t-à-dire dans rintérierir de lenr maison, dans leur ménage : « Je ne reui pas qa*on sache ce qni se passe dans mon domestique • . ( Acad.)
648 SrNOHYMES FRANÇAIS.
transporter cette note à la fin du mémoire ». Reporter, c'est f porter de nouTeaa la chose, la répéter (5, page S) : « Il faudra reporter ce total au haut de la page suivante » (Acad.); 2« porter la chose à sa Téritable place, là où elle aurait dû être mise d'àlxml: « Ce paragraphe doit être reporté k tel chapitre». (Id.)
8e transporter, se reporter signifient se porter en imagination; mais se reporter ne se dit que par rapport à un temps antérieur qae Ton connaît déjà, et auquel on revient par la pensée : a Si je me reporte aux heaux jours de mon enfance ». (Acad.) Se transporter a rappoit non-seulement à un temps passé, mais aussi à un temps futur et même à l'espice : « Transportons^noos en imagination dans l'avenir; Transportez-Yoxa dans le passé ». ( Acad. ) On se reporte à une époque passée pour revoir les faits historiques ; on ^y transporte pour apprécier convenablement les faits, pour juger impartialement les hommes, d'après les mœurs, les opinions, les croyances de cette époque.
TRANSPORTER, TRANSFÉRER. TRANSPORT, TRANSLATION. Transporter et transférer supposent également Taction de porter d'un lieu à un autre : mais vous dites transporter, toutes les fois que vous voulez rendre l'idée propre de porter; et vous dites transférer, lorsqu'il s'agit de. faire changer de place à un objet, sans le porter. On trans» porte des marchandises, des denrées, de l'argent qu'on porte, qu'on voiture ; et on ne les transfère pas : on transfère un marché ^ une fête, une résidence qu'on change, qu'on place, qu'on établit ailleurs; et on ne les porte ni ne les voiture. On transporte ses meubles, et on transfère ea résidence; on transfère les cimetières, et on transporte les ossements. On transporte ou Ton transfère le siège d'un empire; car au propre on porte un siège d'un Ueu à un autre. — On transporte enfin des choses mobiles : on transfère des objets stables par eux-mêmes. Vous transportez des provisions, des secours, tout ce qui est portatif : vous transférez un tribunal, un établissement, ce qui a par soi une consistance fixe. — Il est clair que la translation ne regarde que certains objets, et qu'elle se fait de difiTérentes manières; mais que le transport se fait de telle manière et qu'il embrasse un plus grand nombre de choses. Toutes les fois que l'idée physique de transport n'est pas assez rigoureusement applicable à l'objet, dans un sens figuré et moral , il convient mieux de dire translation : ce qui n'empêche pas qu'on ne dise souvent transporter dans le sens particulier et moral de transférer; car le premier de ces verbes est comme le genre
if^ard du second. (R.)
TRAVAIL, BESOGNE. Travail se dit d'un ouvrage quelconque; il ° ^^^PPort qu'à l'action de faire, de travailler. La besogne est un a be^^^ 3^® ^'^^ *'®^^ imposé, que l'on s'est engagé de faire, que l'on iA t^, .. ^**^' <I^*^^ ^st obligé de faire : la bespatie est d'obligation,
tRAV ^^^ ordinairement libre. ( L. )
-A^ÏL, LABEUR. Ces termes ne se distinguent, dans l'usage
TUEILLtS. 5Zi&
oïdinairey que par les diffêrents degrés de peine que donne un ouvrage. Le travail est une application soigneuse; le labeur est un travail ipénible. Le travail occupe nos forces; le labeur exige d€S efforts soutenus. — L'homme fst né pour le travail : le malheureux est condamné au labeur. Les difficultés obligent au travail : les grands obstacles imposent un labeur. Le travail assidu vient à bout de tout : le labeur opiniâtre (labor improbus) triomphe de tout. (R.)
TRAVERS (A), AU TRAVERS. A travers marque purement et simplement Taction de passer par un milieu , et d aller par delà, ou d'un bout à l'autre. Au travers marque proprement ou particulièrement l'action et Teffet de pénétrer dans un milieu , et de le percer de part en part ou d'outre en outre. Vous passez à travers le milieu qui ▼ous laisse un passage, une ouverture, un jour : vous passez au travers d'un milieu dans lequel il faut vous faire un passage, faire une ouverture, vous faire jour pour passer. Là vous avez la liberté de passer, rien ne s'y oppose : ici vous trouvez de la résistance, il faut la forcer. — Il est constant que nous disons plutôt passer son épée au travers du corps, et passer à travers les champs. L^épée passe au travers du corps en le perçant d'outre en outre; et vous passez à travers les champs, en les parcourant dans un sens d'un bout à l'autre. -^ Le vent passe à travers une porte mal jointe ou mal fermée, par les fentes, par les jointures. La balle d'un fusil passe au travers de la porte en la perçant. — Vous passerez à travers ou au travers de la foule, des obstacles, des flammes, des périls mêmes, selon qu'ils vous laisseront des issues ou qu'il faudra les forcer ou vaincre leur résistance. (R.)
TRAVESTIR. V. Déguiser.
TRÉBUCHER, BRONCHER. Ces mots désignent l'accident de faire un faux pas. C'est en ce sens que trébucher est synonyme de broncher, qui ne se dit que des animaux, au lieu que trébucher se dit des choses; mais alors il signifie tomber, — On trébuche y lorsqu'on perd l'équilibre et qu'où va tomber. On bronche^ lorsqu'on fait un faux pas, qu'on cesse d'aller droit et ferme, pour avoir chop})é, heurté contre on corps pointu ou éminent, une souche, des racines, des débris, enfin une pierre d*achoppement. — Celui qui n'a pas le pied ferme est sujet à trébucfter; celui qui marche dans un mauvais chemin est sujet à broncher, l\ ne faut qu'un petit caillou pour vous faire broU" cher : si vous perdez Téquilibre, vous ir^nu:hez. On peut broncher et se redresser tout de suite : si Ton ne tombe pas en trébuchant, du moins on chancelle. ( R*)
TREILLIS, TREILLAGE. Ouvrage de métal ou de bois formant de petits carrés ou des losanges. « Le treillis est un ouvrage de métal ou de bois qui imite les mailles en losange d'un filet, et qui sert de clôture, saub l!itercepter l'air ni la Tue : Treillis de fer pour un parloir. II y a un treilu* de bois à cette fenêtre. Garde-manger de treilUs, Le
550 stnouyues pbançais.
treillage est nn assemblage de perches , de lattes ou d'échalas posés horizontalement* et rerticalement, et liés Tun à Tantre par petits carrés pour former des berceaux, des palissades oa des espaliers dans les jardins. » (Acad.)
TRÉPAS > MORT^ DÉCÈS. « Trépas est poétique, dit l'abbé Girard, et emporte dans son idée le passage d'une vie à l'autre. » Ge mot est formé de jtas, et de M, ira^ outre^ à un autre lieu : nous disons passer, pour rendre les derniers soupirs. — a La mort, ajoute le même écrlyain , est du style ordinaire^ et signifie précisément la cessation de vivre ». La mort est la perte du jour, de la lumière^ de la Tie ; Tétat où Ton ne voit ni n'agit^ un sommeil étemel; et c^est sous Tirnage du sommeil que les Hébreux surtout représentaient la mort : « David , Salomon, s'est endormi avec ses pères ». Le flambeau renversé qui s'éteint était le symbole de la mort. — « Décès est d*un style pins recherché, tenant un peu de l'usage du Palais, et marque proprement le retranchement du nombre des mortels. » (G.) Je dirais plutôt le retranchement de la société humaine et civile par la cessation de la vie. Décès vient du latin decedere, s'en aller, quitter une place : nous l'avons restreint à l'action de tout quitter ou tout perdre avec la vie. Par le décès, on laisse sa place^ ses droits, ses jouissances à d'autres ; ce mot désigne une succession d'êtres vivants^ de générations, de citoyens, etc. — Le trépas est donc le passage de cette vie à une autre vie, le grand passage. Jji mort est l'extinction de la vie, la perte de tout sentiment. Le décès est la sortie de la vie , de la société de ce monde; la fin du cours ou de la carrière humaine. ^ « Le second de ces mots (mort) se dit à l'égard de toutes sortes d'animaux (et même des plantes); et les deux autres ne se disent qu'à l'égard de rhonune. Un trépas glorieux est préférable à une vie honteuse. La mort est le terme commun de tout ce qui est animé sur la terre. Toute succession n'est ouverte qu'au moment du décès. » (G.) — En effet tout ce qui a vie meurt. L'homme seul passe d'une vie à l'autre. Il n'y a que rhomme qui puisse décéder ^ ou sortir de ce monde, du monde social. (R.)
TRÉPASSÉ, MORT, DÉFONT. Il y a les trépassés et les morts,il y a aussi les défunts. Défunt signifie, à la lettre, qui s'est acquitté àe la vie; de fUngi, s'acquitter d'une charge, faire une fonction^ fournir une carrière, remplir sa destination on son devoir. Defungi désigne proprement l'action d'achever sa charge^ de terminer sa carrière, mais surtout celle de se délivrer d*un onéreux fardeau. La charge de l'homme, sa charge par excellence, c'est la vie; le défunt s'en est acquitté. — Le défkmt a vécu; il a rempli sa charge. Le trépassé yîx encore, mais d'une vie nouvelle (V. l'article précédent). Le mort n'est plus, il est cendre et poussière, |R.)
TRES, FORT, BIEN. Très est le mot propre et consacré pour désigner le plus haut degré dans la comparaison. Fort n'indique qu'un