VENIR
VENDRE, ALIÉNER. Vendre, c'est céder pour de l'argent, pour un certain prix, une chose dont on a la propriété, la libre disposition : aliéner, c'est transférer à un autre la propriété d'un bien qu'on lui vend ou qu'on lui donne, dont on le rend maitre d'une manière ou d'une autre. — On vend ce que quelqu'un achète : on aliène ce qu'un autre acquiert. •— Tout ce qui s'apprécie en argent se vend, fonds, mobilier, denrée, marchandise, travail, etc. On rCaliène que des fonds, des rentes, des droits, une succession, un mobilier de prix qui tient lieu de fonds. — On n'aliène que ce qu'on a; car comment transférer une propriété qu'on n'a point? Mais on vendra fort bien quelquefois ce qu'on n'a pas, comme, par exemple, son crédit, son honneur, sa conscience, etc. : c'est surtout quand on n'en a point qu'on les vend, — Aliéner a d'autres acceptions, mais qui toutes rappellent lldée à" autre f de rendre autre, d.' altérer à l'excès, de faire perdre ce dont on jouissait, l'affection, l'estime, l'esprit, la raison, etc. (R.)
VÉNÉNEUX. V. Venimeux.
VÉNÉRATION, RÉVÉRENCE, RESPECT. U wèh^rû^zon est un profond respect; elle n'a au-dessus d'elle que l'adoration. La révérence est une crainte respectueuse : elle impose donc, avec le respect, une sorte de frein. Le respect est une distinction honorable : c*est le premier ou le moindre degré d'honneur. ^ La vénération exprime une sorte de piété par une sorte de culte : ainsi nous vénérons proprement les choses saintes; mais outie la piété religieuse, il y a la piété naturelle qu'un fils a pour son père, un citoyen pour la patrie, etc., et ses hommages ont quelque rapport avec ceux du culte. La révérence exprime un sentiment presque semblable à celui de la crainte filiale, et de la manière dont un fils est en présence d'un père : ainsi les Latins disaient la révérence du disciple à l'égard du maître, du citoyen à l'égard du magistrat. Enfin le respect de sentiment exprime une estime distinguée par le rang distingué qu'elle affecte aux personnes : l'estime est le cas particulier qu'on fait des objets, et les préférences ou les distinctions honorables marquent l'estime respectueuse. (R.)
VENIMEUX, VÉNÉNEUX. Venimeux ne se dit que des animaux ou des choses que Ton croit infectées du venin de quelque animal : « La vipère est venimeuse ». (Acad.) Vénéneux ne se dit que des végétaux : « Des champignons vénéneux ».
VENIN. V. Poison.
VENIR, PARVENIR. Se rendre d'un lieu à un autre; arriver à. — Venir exprime simplement l'action sans aucune idée accessoire ; parvenir suppose des obstacles au travers desquels il faut passer, des difficultés qu'il Dsiut suimonter (11, page 5) : « Si j'allais à la campagne, il viendrait m'y relancer. Après une longue loute, ils parvinrent au pied des Alpes ». (Acad.)
Il en est de même dans le sens moral et au figuré : « Le printemps vient après l'hiver ». (Acad.i Un bruit assez étrange est venu jusqu'à
moi. (Racine.) « Son nom est parvenu jusqu'au roi. Il est difficile de parvenir à la peifectioo chrétiPTine. » (Acad.)
VENIR, PROVENIR, PROCÉDER, ÉMANER, DÉCOULER, DÉRI- VER. Ces mots désignent le rapport des choses avec leur origine. — Venir exprime simplement et dogmatiquement le fait ou s'emploie
pour conclure : « Tous ces malheurs viennent de ce que De là vient
qu'il y a si pou de bonne foi dans le monde ». (Acad.) Provenir, c'est Tenir de là en avant (12, page 5) : il signifie résulter: « Sa disgrâce provenait de sa, franchise»'; (Id.) et il étahlit entre Tefiet et sa cause nne liaison plus grande , plus intime que venir.
« Provenir désigne la cause et les moyens ou la manière de produire rcfftt. Ainsi, pour savoir d'où les choses provienrumtj il faut remonter des effets jusqu'aux causes, et expliquer comment les causes produisent les effets. Une éclipse provient de Tinterposition d'un corps opaque qui intercepte la lumière d'un autre ; la licence prùvient de l'impunité, qui relâche tous les freins. — Procéder, aller hors de, en avant^ sortir de : pi^, dehors, en avant, et cedere, quitter sa pi ice. Émaner, sortir, jaillir d'un lieu, d'un corps, se répandre au dehors, de toutes partSv Découler, couler de, couler lentement, par un canal : coi, tuyau, canal. DéHver, se détourner, s'éloigner de la source ou de la rive. — Procéder marque un principe ou ce qui fait que les choses sont ou sont ainsi : le discours procède de la pensée ; le mal procède d'un vice. J'ajoute que ce mot emporte une idée d'ordre ; car cette idée se trouve dans ses différentes acceptions , et dans tous les mots de la même famille : ainsi on procède avec ordre dans les affaires ; les procédés forment la bonne conduite; un procédé de l'art est une méthode, etc. — Procéder et provenir ont bien plus de rapports ensemble qu'avec les trois autres verbes. Provenir est plus du discouts ordinaire, et procéder, du style philosophique ou savant. On cherche d'où proviennent les effets sensibles, communs^ physiques ou moraux : on cherche d'où procèdent les choses métaphysiques, les objets intellectuels. Ces mots ne se disent qu'au figuré, tandis que les aiutres s'emploient et dans un sens figuré et dans le sens propre. — Émaner indique une source qui répand avec force ou avec abondance, au loin, de tontes parts: caractère d'une puissance active et féconde. C'est ainsi que la lumière émane du sein du soleil, que d'un grand principe il tmane^es vérités innombrables, que les actes émanent de la puissance. -* Découler indique mieux la source d'où les choses découlent et la voie par laquelle elles coulent avec plus de suite que d'activité. Cest pourquoi l'eau découle d'une fontaine par im tuyau ; la sueur découle du corps par les pores de la peau ; la conséquence découle des prémisses dans un raisonnement; une douce éloquence découle des lèvres de Fixateur. Découler s'applique proprement aux liquides dont l'écoulement est perceptible et successif, tels que l'eau ; mais émaner concerne plutôt les émissions abondantes des fluides subtils, tels que la lumière. —