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ACCIDENTELLEMENT. 3S

dans la méditation et la rêverie, n'ayant de pensée et d'attention que pour l'objet intérieur qui l'occupe. L'esprit de Thomme distrait est à la merci de toutes les impressions du dehors , et cesse d'être attentif à une chose , pour l'être , sans raison , à une autre. Ainsi ce sont nos propres idées qui nou^ rendent abstraits; au lieu que c'est un nouvel ebjet extérieur qui nous rend distraits, eu attirant notre attention et en la détournant de l'objet dont nous devrions être occupés.

ABUSER, MËSUSEB. Mésuser, c'est faire un mauvais usage; abuser, c'est user autrement qu'on ne doit, en s'écartant des règles établies (17, page 6, et 9, page 4).

«Celui qui mésuse agit contre laj'aison, contre la sagesse, contre ses intérêts, contre le bon ordre; celui qui abmse pèche contre la justice, contre la probité, contre la délicatesse, contre la politesse, contre les bienséances » ( L.).

« On mésuse par dérèglement, en agissant, comme on dit, à tort et à travers, sans lime ni raison : on abuse par excès ou eu outre-passant son pouvoir, ses droits, les droits de la liberté. Il n'est rien dont l'ignorance ne mésuse et dont la malice Ti*abuse a (R.). ABUSER, TROMPER. V. Tromper.

ACADÉMICIEN, ACADÉMISTE. L'académicien est membre d'une académie composée de gens de lettres, de savants ou d'artistes : l'académiste est membre, d'une académie qui a pour objet les exercices du corps, tels que l'equiiation, la danse, Tescrime, etc. ACCABLEMENT. V. Abattement,

ACCABLER, OPPRIMER, OPPRESSER. Accabler, c'est faire succomber sous le poids; il se dit du bien et du mal : Accablé de misère; accabler de bienfaits (Acad.). Opprimer marque la violence, et ne se prend qu'en mauvaise part : Opprimer Vinnocence (Id. ). Oppresser n'indique qu'une action physique : Je sens une chose qui m'oppresse et qui m'ôte la respiration (Id.); il se dit aussi des aiïections morales qui produisent le même effet : Le poids dune mauvaise conscience op* presse (Id.). Quant au substantif correspondant, oppression, il répond, au propre, au verbe oppresser, et au figuré, au verbe opprimer.

Les personnes aussi bien que les choses accablent; les personnes seules oppriment ; il n'y a que les choses qui oppressent, ACCÉLÉRER. V. Hâter.

ACCEPTER. V. Recevoir.

ACCIDENT. V. Événement et malheur.

ACCIDENTELLEMENT, FORTUITEMENT. Tous deux signifient qui 1 lieu par hasard ; mais accidentellement présente la chose qui est arrivée comme n'ayant pas lieu ordinairement, comme constituant Uîîc circonstance particulière, exceptionnelle ou secondaire : Je ne suis ici qu'accidentellement; il n'est qu'accidentellement impliqué dans cette affaiiv (Acad.). Fortuitement fait entendre que l'événement était tout à fait impi évu : J^ rai rencontré fortuitement (Id.).

N, B. Roubaud, et d'autres après lui, préteadeniqu'accî<fe«fe//ew* marque quelque chose de fâcheux, et fortuitement quelque chose d'heureux. Évidemment Roubaud et ceux qui l'ont copié n'avaieat pas suffisamment observé les faits.

ACCOMPAGNER, ESCORTER. On accompagne par égard, pour faire honneur, ou par amitié, pour le plaisir d'aller ensemble. On escorte par précaution , pour empêcher les accidents qui pourraient arriver, pour mettre à couvert de Tinsulte d'un ennemi qu'on peut rencontrer dans sa marche. Escorte s'entend toujours d'un nombre de personnes : un homme seul accompagne et n'escorte pas (G).

ACCOMPLI, PARFAIT, FINI. Le seus propre d'accompli, participe d'accomplir, qui a même racine que complet, plein et remplir, est celui d'une chose complète, de l'assemblage entier, de la plénitude. Parfait est le participe de parfaire, composé du verbe faire et du préfixe par (per), signifiant à travers, d'un bout à l'antre , entièrement (11, page 5) : le sens propre de ce mot est donc, entièrement achevé, bien fait dans ses parties et dans toute son intégrité.

On ne peut rien ajouer à. ce qui est accompli, parce qu'il réunit toutes les perfections qu'il peut avoir, les qualités nécessaires et les qualités accessoires. Il n'y a rien à faire à ce qui est parfait, parce qu'il réunit toutes les qualités qu'il doit avoir, toutes celles qui sont nécessaires pour constituer l'excellence de sa nature. « Une femme belle et instruite» qui est bonne épouse, bonne mère, bonne ménagère, est une femme parfaite; l'esprit, les talents, les grâces, les agréments, joints à ces qualités, en font une femme accomplie» (Boiste). Ainsi accompli enchérit sur parfait.

Parfait et fini se disent également d'un travail exécuté à la main. « Le parfait, dit Girard, regarde proprement la beauté qui nait du dessin et de la constiuction de l'ouvrage; et le fini, celle qui vient du travail et de la main de l'ouvrier. L'un exclut tout défaut, et l'autre montre un soin tout particulier et une attention au plus petit détail. Ce qu'on peut mieux faire n'est pas parfait : ce qu'on peut encore travailler n'est pas fini. »

ACCOMPLIR. V. Observer,

ACCORD. V. Consentement.

ACCORD (TOMBER D'). V, Consentir.

ACCORDER, CONCILIER, RÉCONCILIER, RACCOMMODER. On accorde ou Ton concilie des choses : on accorde, on réconcilie ou l'on raccommode des personnes. 1<> Accorder suupose la contestation, l'opposition ou la contrariété : on accorde un procès, un difiërend, des opinions qui se contrarient, et de cet accord résulte l'harmonie. Conciéter ne suppose que la diversité de vues, d'intérêts, de sentiments, de sens : on concilie les esprits divers, les idées différentes mais non contraires; on concilie tous les cœurs, deux textes qui semblaient avoir un sens différent; de la conciliation résulte la conformité, la liaison.

AGIiEVER. 37

runité. Conciliez d'abord les esprits, dit Roubatid si vous voulez qu'ils s'accordent dans leurs délibérations.

î» On accorde les personnes qui sont en dispute pour des prétentions ou pour des opinions. On raccommode les gens qui se querellent 971 qui ont des différends personnels. On réconcilie des ennemis. « Ce sont trois actes de médiation. Dans l'un on a pour but de faire cesser les contestations; et pour y parvenir, on a recours aux règles de Téquité et aux maximes de la politesse : dans l'autre , ou travaille à arrêter l'empoi-tement et à apaiser la colère; on se sert, pour cela, de tout ce qui peut faire valoir les avantages de la paix et de l'union : dans le dernier, on a en vue de déraciner la haine et d'empêcher les effets de la vengeance » (6.).

ACCOSTER. V. Aborder.

ACCOURCIR, RACCOURCIR. Accourcir exprime une diminution modérée^ convenable, suffisante : raccourcir une diminution considé rable, excessive ou même trop grande (5, 3»^ page 3).

ACCROIRE (FAIRE). V. Croire.

ACCUMULER. V. Amasser.

ACCUSATEUR, DÉNONCIATEUR, DÉLATEUR. L'accusateur révéla ou poursuit un crime ou un délit, comme intéressé dans l'action ou comme magistrat, et il se nomme hardiment. Le dénonciateur fait connaître le coupable à ceux qui ont pouvoir de poursuivre ou de punir; il agit par zèle pour la loi, pour la justice ou pour l'humanité, et ne sô cache pas. Le délateur, odieux et méprisable, agit par venge-^ice, par trahison ou par intérêt, et se cache avec soin.

ACCUSER. V. Inculper.

ACERBE. V. Acre.

ACHAT y. Emplette.

ACHEVER, FINIR, TERMINER. Achever vient du vieux mot cAie/ qui signifiait bout, extrémité, issue. Achever n*a proprement rapport qu'à l'ouvrage continu que Ton fait par l'addition successive de plusieurs parties; c'est travailler pour aller au bout. Un ouvrage n'est pas achevé lorsqu'on a encore quelque chose à y mettre pour le rendre complet. — Finir a rapport au travail même; c'est être à la fin du travail, ou s'avancer vers la fin du travail. A ce qui est achevé, il n'y a plus rien à ajouter; à ce qui est fini, il n'y a plus rien à faire. Un ouvrage de littérature est achevé, si l'on y a traité convenablement toutes les parties qu'il devait contenir et qu'on les ait rangées dans le meilleur ordre; il n'est pas fini, si l'on a dessein d'en repasser le style pour voir s'il n'y a pas quelques corrections à y faire. — Terminer se dit des choses qui , n'ayant point un but fixe , peuvent se prolonger indéfiniment; ainsi l'on dit terminer sa vie, terminer sa carrière, terminer un différend, terminer un procès. Terminer n'a rapport ni à un ouvrage comme achever, ni à un travail conmie finir; il n'a rapport qu'à la durée de la cho-e. Terminer c'est mettre un terme à La durée \L.).

DICT. DES fTNONTMM. 3

A COUVERT. V. Abri {à F).

ACQUIESCER. V. Consentir.

ACQUITTER. V. Payer.

ACQUITTER (S'), SE LIBÉRER. Un débiteur sTacquitte ou se libère, en payant ce qu'il doit; mais se libérer suppose que le débiteur a été condamné en justice h satisfaire son créancier, sous peine de certains droits que la loi accorde à celui-ci sur les biens et sur la personne de sou débiteui ; ou bien que le débiteur est sous le coup de poursuites intentées ou à intenter contre lui.

ACRE, ACERBE, APRE. Ces trois mots se disent, au propre, des fruits et autres aliments, qui affectent désagréablement le goût. Ca qui est acre a quelque chose de piquant, de mordicant, de corroûf, qui attaque la membrane du palais ou du gosier. Un fruit (|ui est âpre est rude au goût, légèrement acre, et ce défaut lui vient d'un manque de culture ou de maturité. Un fruit acerbe est à la fois sur et âpre, le plus souvent par défaut de maturité. Apre se dit aussi de choses qui affectent désagréablement l'organe du toucher ou celui de l'ouïe : « Un froid âpre^ des sons âpres » (Acad.).

Au figuié, acre et acerbe, s'emploient en parlant du ton, du discours écrit ou pailé, dans le sens de dur, sévère, mordant, blessant; mais acre dit plus qn'acerbe : il exprime quelque chose de colère, de trop dur, ou même de haineux. Apre, au figuré, se dit de diverses choses p:ur en marquer la rudesse ou la violence : « Une réprimande fort âpre ; la querelle fut des plus âpres » (Acad.). 11 s'emploie aussi pour marquer l'excès d'ardeur ou d'avidité que Ton a pour certaines choses : « Apre au gain, à l'argent, au jeu: Un chien âpre à la curée » (Id. ).

ACRETÉ, ACRIMONIE. Qualité de ce qui est acre. Au propre, le mot âcreté est le terme commun, qui se dit de tout ce qui est acre : « V âcreté du sel, de la bile » (Acad.). Acrimonie est un terme scientifique, ayant moins de force qa'âcreté et qui ne s'applique guère qu'aux bumeuis répandues dans le corps. L'un et l'autre s'emploient au figuré; mais âcreté dit plus qu^acrimonie ; il y a quelque chose de haineux, de trop dur dans V âcreté; il y a seulement de la mauvaise humeur, de l'humeur chagrine dans Y acrimonie : un ton acre est blessant; un discours acrimonieux peut dépbire, mais il ne blesse pas.

ACTE, ACTION. Opération d'une force agissante; produit ou effet de cette opération. Vacte est l'opération de l'àme qui agit^. C'est là le premier sens de ce mot : la délibération est un acte de l'intelligence. Il détermination est un acte de la volonté. Mais, comme le dit l'abbé Girard, on agit pour faire une chose : après la détermination on fait donc Vaction, Ainsi l'action, c'est Yacte qui se produit au dehors par le faire. « Nos actions, dit Roubaud, sont nos œuvres proprement àites: nos actes ne sont que des opérations des nos fa:ultés. Nous fai"

^ i. AcU vient immédiatement d'octumf supin d'agere^ ;:;jii.

ACTFOR. 3<>

sons des actes de foi, d'espérance et de charité; ces actes ne sont qne des émissions, des déclarations, des aveux de nos sentiments, et nou pas des actions. Nous péchons par pensée, par parole et par action : la pensée n'est qu'un acte, et Vaction est une œuvre. »

Le mot acte se dit tellement des facultés, qu'il convient même lorsqu'on parle des facultés physiques : la médecine et la physiologie disent Vacte de la respiration, de la mastication, parce que ces sciences considèrent alors la faculté qu'a l'organisme d'exécuter certaines fonctions. S' l'on considérait la manière purement mécanique dont les organes fonctionnent, on dirait Vaction de respirer, l'action de mâcher.

Mais le mot acte se dit aussi du fait lui-même que produit Vaction d*un agent moral, sans doute à cause du rapport intime qui lie t. ut effet à sa véritahle cause : un acte de courage est un effet de la faculté appelée courage, un fait émanant de cette faculté, qui se manifeste au dehors par une action courageuse. Vous tous décidez par un acte de votre volonté, à donner des vêtements aux pauvres; en les donnant vous faites une action charitable; et si je parle de cette action comme d'un fait, je dirai que c'est un acte de charité. Ici encore Vaction c'est l'œuvre; Vacte, il est vrai, n'est plus la faculté, c'est le fait; mais l'idée de ce fait renferme l'idée de la faculté d'où il émane. L*acte suppose toujours la faculté; aussi ne se sert-on jamais de ce mot, lorsque l'agent qui opère n'est pas un agent moral ou du moins un être animé : Vaction du feu sur le bois, du soleil sur les plantes; et non Vacte du feu, du soleil.

ACTEUR, COMÉDIEN. Le mot acteur désigne quelqu'un qui joue un rôle dans une pièce de théâtre; le mot comédien désigne la profession : des personnes qui par passe -temps jouent ce qu'on appelle la comédie bourgeoise, sont acteurs dans la pièce où ils figurent; ils* ne sont pas des comédiens. Tel est le sens propre de ces mots.

Comédien a un sens très-général et se dit même de celui dont la profession est de jouer la tragédie; c*est ainsi que l'affiche de la Comédie- Française ou Théàtre^Français a toujours été et est encore conçue en ces termes : oLes com^(//ef» ordinaires du roi (ou de l'empereur) donneront aujourd'hui : Le Cid, etc. Acteurs : MM. .*.., M"*» , etc. »

Cependant, lorsqu'on veut désigner plus spécialement le talent remarquable ou supérieur d'un homme qui fait profession déjouer la tragédie, on dit tragédien : « Talma était un grand tragédien^ ».

Les termes comédien, comédienne, sont devenus des qualificatifs peu honorables; on les remplace abusivement par les mois acteur, actrice/ il est mieux de dire artiste dramatique; l'expression est à la fois plus juste et plus honnête.

I. Au théâtre on dît dans nn sens Irès-général : 11 n*est pas coméditn ; c'est-àdire il n*a aucun talent, qnel que soit d'ailleurs le genre, comédie, tragédie^ drame,- etc.,- dans lequel celai dont on parle fasse d'ordinaire un personnage.-

ACTIF, AGISSANT. Agissant, fém. agissante, qui agit ou qui exerce tiabituellemeiit la facalté d'agir, qui se donae beaucoup de mou- Ycment. Il se dit aussi des clioses et sigoifie qui agit avec force, qui opère avec efficacité : « Remède agissant ». Actif, qui a la faculté d'agir, tle produire quelque effet en agissant; il se dit des personnes et des choses : « Un homme actif, un animal actif, un remède actif, un poison actif».

L'activité est la qualité essentielle de Tétre agissant, comme de Tètre actif; mais agissant montie cette qualité se manifestant par des actes 011 par des {effets : le mot actif la fait voir comme renfermée dans la personne ou dans la chose, comme propriété ou faculté qui lui est inhérente ( 42, page 12 ). Un remède agissant manifeste son activité par l'effet qull produit : un remède actif est celui que Ton sait avoir la propriété d'agir énergiquement quand on l'applique^ et c'est alors qu'il devient agissant,

ACTION. V. Acte,

ACTIONS (BONNES). V. Bonnes actions,

ACTUELLEMENT. V. A présent.

ADAGE. V, Proverbe.

ADHERENCE, ADHÉSION. Union, jonction, état d'une chose qui Cent à une autre (Acad.). Ces deux termes s'emploient souvent Tun poar Tautre. Cependant adhérence a plus de rapport à Tétat; et adhésion en a davantage à la propriété, à la force qui produit cet état (L.). Voir 26, page 8, et 20, page 7, ainsi que l'article suivant.

ADHÉRENCE, COHERENCE, INHÉRENCE (ADHÉSION, COHÉ- SION ). État de choses unies et difficiles à séparer. ~ Ad/iérence signifie imiou à; cohérence, union avec, ensemble; inhérence union en dedans, union intime (10, 4 et 6, pages 5, 3 et 4). « Adhérence, dit l'Académie, état d'une chose qui tient à une autre : cohérence, liaison, connexion d'une chose avec une autre ». Ainsi il y a adhérence lorsque les parties €u les choses sont simplement jointes l'une à l'antre par juxta-position ; il y a cohérence lorsqu'elles sont imies de manière à former un tout par leur contexture. Vadhérence rend la séparation difficile, la cohérence rend l'union solide.

Quant au mot inhérence, c'est un terme de philosophie qui se dit de ronion des choses inséparables de leur nature, ou qui ne peuvent être séparées que mentalement et par abstraction : a V inhérence de l'accident à la substance » (Acad,)- On dit de mèn^e : « La pesanteur est inhérente à la matière ))(Id.).

Les mots adhésion, cohésion, pris dans le sens de force qui joint, qui unit, diffèrent entre eux conune adhérence et cohérence

ADHÉRENT, ATTACHÉ, ANNEXÉ. Adhérent marque une union naiurelle , celle du tissu et de la continuité de la matière : les branches sont adhérentes au tronc, les feuilles le sont aux branches tu à la tige. Un objet est attaché par des liens artificiels : la voile est

AhOOCIR. lii

attachée au mit ; une enseigne est attachée au mor. Annexé est un tormé de pratique, d'administration et de chancellerie, signifiant joint, iconi : « Une pièce annexée à un dossier; La Bretagne fut annexée au royaume de France par le mariage de Théritière de cette province ivcc Charles VIII o ( Acad.).

ADHÉRER. V. Cmsentir,

ADHÉSION. V. Adhérence et Approbation.

ADJECTIF. V. Épithète.

ADONNER (S'). V. Donner (se).

ADORER, HONORER, RÉVÉRER. Dans le sens religieux, adorer, ?'est rendre un culte de dépendance et d'ohéissance : honorer, c'est rendre un culte d'invocation : révérer, c'est rendre un culte extérieur de respect et de soin à des ohjets matériels, relativement aux êtres spirituels auxquels ils ont appartenu. On adore Dieu , on honore les saints, on révère \e9 reliques.

Dans le sens profane, adorer, c'est aimer avec passion : « Cette mère est folle de son fils, elle Vadore » (Acad.). Honorer, c'est témoigner un grand respect par des attentions, des égards, des politesses. Révérer, c'est avoir une profonde estime, une très-haute considération. On peut honorer la personne sans Testimer, on ne révère que celui qui est ou ce qui est éminemment estimable, comme la vertu, l'homme qui a fait beaucoup de bien à ses semblables, etc.

ADOUCIR, RADOUCIR. Adoucir, c'est simplement rendre doux; radoucir, c'est rendre plus doux. Ainsi le second renchérit sur le premier {5, page 3); aussi doit -on remployer lorsqu'il s'agit de choses plus aigres, plus rudes, plus dures. Radoucir exprime aussi rétablissement dans un premier état de douceur (5). Ces nuances sont bien marquées dans ces exemples de l'Académie : « La pluie adoucit le temps » ; elle le rend moins froid. « La pluie a radouci le temps », c'est-à-dire que le temps est redevenu doux par l'effet de la pluie.

Il en est de même au figuré : on adoucit un caractère naturellement rude : on mdoucit un caractère naturellement doux, mais qui s'est momentanément aigri; enfin on radoucit un homme très-irrité.

ADOUCIR, MITIGER, MODÉRER, TEMPÉRER. On adoucit, au propre ou au figuré, en corrigeant par quelque chose de doux ce qui est aigre, amer, rude, acre, ardent : ainsi on adoucit Taigreur du caractère, l'amertume de la douleur, la violence des passions, etc. JUitiger, c'est rendre moins sévère : on mitigé l'austérité d'une règle, la rigidité d'une loi, la sévérité d'une peine. Ce mot ne s'emploie que dans ces sortes de locutions. Modérer, de modus (borne, limite), signifie retenir ou ramener dans les limites : on modère ce qui sort ou tend à sortir des justes homes : modérer ses passions, c'est v mettre un frein. Tempérer, c'est réduire ou affaiblir l'activité, l'action, la force : on tempère en diminuant l'excès par le mélange ou l'alliage des contraires, par des contre-poids, des contre-forces: Vous Umpéra

réclat de la gloire ftar la modestie qui la fait supporter (Roubaud). Tcjnpérer la sévérité du reprocfte par la douceur des expiassions

(Acad.)-

ADRESSE, DEXTÈBITÉ. Y. Dextérité.

ADRESSE, SOUPLESSE, FINESSE, RUSE, ARTIFICE, ASTUCE, PERFIDIE. Vadresse est l'art de conduire ses entreprises d'une manière piopre à y réussir. La souplesse est une disposition à s'accommoder aux conjouctures et aux événements imprévus. La finesse est une façon d*agir secrète et cachée. La ruse est une voie déguisée pour aller à ses fins. Uartifice est un moyen recherché et peu naturel pour l'exécution de ses desseins. Les trois premiers mots se prennent plus souvent en bonne part que les deux autres. — Vadresse emploie les moyens, elle demande de l'intelligence. La souplesse évite les obstacles; elle veut de la docilité. La finesse insinue d'une façon insensible; elle suppose de la pénétration. la ruse trompe; elle a besoin d'une imagination ingénieuse. Vartifice surprend; il se sert d*une dissimulation préparée (G.).

La ruse se distingue de la finesse en ce qu'elle emploie la fausseté. L'astuce est une finesse pratique dans le mal, mais en petit : c'est la ^finesse qui nuit ou qui veut nuire. Dans l'astuce, la finesse est jointe à la méchanceté, comme à. la fausseté dans la ruse, — La perfidie suppose plus que de la finesse : c*est une fausseté noire et profonde, qui emploie des moyens plus puissants, qui meut des ressorts plus cachés que l'astuce et la ruse. Celles-ci, pour être dirigées, n'ont besoin que de la finesse, et la finesse suffit pour leur échapper; mais^iour observer et démasquer la perfidie, il faut la pénétration même. La perfidie est un abus de confiance fondée sur des garants inviolables, tels qae l'humanité, la bonne foi, l'autorité des lois, la reconnaissance, Tamitiéj les droits du sang, etc. (Enc.)

ADROIT, CAPABLE, HABILE, ENTENDU. On est adroit de la main : on 1 est moralement, si Ton possède l'adresse de l'esprit. (V. l'article précédent.) On est capable, lorsque l'on a les Connaissances nécessaires; habile, quand on sait bien, dans l'exécution, faire usage de ces connaissances. Un homme est bien entendu aux affaires ou à un métier, si à l'adresse et à la capacité il joint encore suffisamment d'intelligence.

L'homme adiH)it s'y prend bien et évite les difficultés, ou il les surmonte avec dextérité. L'homme capable peut; il a les qualités requises pour faire. V habile exécute parfaitement. Un officier peut être capable décommander une armée; il ne sera réputé habile général qu'après avoir donné dans rexécution des preuves solides de sa capacité. L'homme entendu connaît bien la théorie et la pratique des afl'aires ou du métier, et il peut s'y montrer habile. V. Capacité, habileté.

ADROIT, INDUSTRIEUX, INGÉNIEUX. L'm^^meax imagine; I'jVidusU^ieux trouve les moyens d'exécuter; l'homme adroit emploie ces

AFFLICTION» 4l3

moyens dans Texécntion et réussit. Pour qu*an homme soit réputé ingénieux, il faut que ses conceptions soient neuves et bonnes. La ' fécondité des ressources fait l'homme industrieux. L'emploi judicieux des moyens et la dextérité dans l'exécution font l'homme adroit»

ADULATEUR. V. Flatteur.

ADVERSAIRE. V. Ennemi,

AFFABLE. V. Honnête.

AFFAIRE MALHEUREUSE. Y. Savant homme.

AFFECTATION, AFFÉTERIE. Elles appartiennent toutes deux à la manîpie extérieure de se comporter, et consistent égn lement dans i'éloignement du naturel: ayec cette différence que Yaffectation a pour objet les pensées, les sentimeuts et le goût, dont on veut faire parade; et que Vafféterie ne regarde que les petites manières par lesquelles on croit plaire. — L'affectation est souvent contraire à la sincérité; alors elle travaille à décevoir; et quand elle n'est pas hors du vrai^ elle ne déplaît pas' moins par la trop grande attention à faire paraître ou remarquer la chose. L'afféterie est toujours opposée au simple €t au naïf; elle a quelque chose de recherché qui déplaît surtout à ceux qui aiment Tair de la franchise. — On tombe dans Vaff^ec' iation en courant après l'esprit, et dans Vafféterie en recherchant les grâces (G.).

AFFECTÉ. V. Apprêté.

AFFECTER, SE PIQUER. « Avoir fort à cœur une prétention, «'est se piquer : manifester ou déceler la prétention par des manières recherchées, étudiées, singulières, habituelles, choquantes, c'est affecter. On se pique en soi, on affecte au dehors. Celui qui se pique d'avoir une qualité a telle opinion de lui-même; celui qui Vaffecte veut vous donner de lui telle opinion. Le premier croit être tel, le second veut le paraître » (R.).

On peut se piquer et affecter tout ensemble; on affecte aussi sans se piquer, ou Ton se pique sans affecter : vous vous piquez d*ètre honnête homme et vous ne Vaffectez pas, vous ne l'affichez pas.

AFFERMER, LOUER. Affermer ne se dit que des biens ruraux et de certains droits que Ton donne ou que l'on prend à ferme. Louer se dit des maisons, des logements , des meubles, des ustensiles, des instruments, des animaux, etc.

AFFERMIR. V. Assurer.

AFFÉTERIE. V. Affectation.

AFFIRMATIVE, AFFIRMATION. V. Négative.

AFFIRMER. Y. Assurer.

AFFLICTION, PEINE, CROIX, CHAGRIN, TRISTESSE, DOULEUR, DÉSOLATION. L'affliction est rabattement de l'àme à la suite d'un grand malheur. La peine est une légère affliction qui attriste et fait souiffir dans le moment : les peines^ plus fréquentes que les agiotions, semblent attachées en quelque sorte à la condition humaine. En style

A& STIVONTUES FRANÇAIS.

religieux on dit a^ix^ pour désigner les peines et lea afflicfionf qae Dieu nous envoie.

Le chagrin, moindre que la peine, vient des enntds, des tracasseries des traverses de la vie : il affecte plutôt l'esprit, tandis que Ynffliction et la peine tiennent surtout au cœur. La tristesse affecte Tesprit plus fortement que le chagrin et se laisse voir au dehors ; le chagrin, au contraire, n*est souvent qu'intérieur : celui-ci, d'ailleurs, a toujours un sujet particulier; la tristesse peut ne pas avoir de cause immédiate et être dans le caractère de la personne, ou dans la disposition babitueUe de son esprit.

La douleur est une affliction vive et cuisante : la désolation est une affliction extrême, qui porte le désordre dans toutes les facultés de Tâme et la plonge dans le désespoir. L'idée ^'affliction ajoute à celle de peine et de tristesse; l'idée de douleur, à celle ^'affliction; et l'idée de désolation, à celle de douleur, \

AFFLIGÉ, FACHE , ATTRISTÉ, CONTRISTÉ, MORTIFIÉ. Les deux premiers sont l'eflfet d'un mal particulier, soit qu'il nous touche directement, soit qu'il ne nous regarde qu'indirectement dans la personne de nos amis : mais le terme ^affligé exprime plus de sensibilité, et suppose un mal plus grand que ne fait celui de fâché, II me semble aussi voir^ dans une personne affligée, un cœur réellement pénétré de douleur, ayant un motif fort et venant d'une chose à laquelle il ne parait pas y avoir de remède : au lieu que dans une personne fauchée il n'y a souvent que du simple mécontentement, produit par quelque chose de volontaire et qu'on pouvait empêcher. — Attristé et contHsté ont leur cause dans des maux plus éloignés et moins personnels que ceux qui produisent les deux précédentes situations. La différence qu'il y a entre eux ne consiste qu'en ce que l'un enchérit sur l'autre. Attristé désigne un déplaisir plus apparent que profond, et qui ne fait qu'effleurer le cœur : contristé marque une personne plus touchée, et des maux plus grands ou plus prochains*. On est attristé d'une maladie populaire, d'une continuation de mauvais temps, des accidents qui arrivent sous nos yeux, quoique à des personnes indifférentes : on est contristé d'une calamité générale, des ravages que fait autour de nous une maladie contagieuse, de voir ses projets manques et toutes ses espérances évanouies. — Mortifié indique un déplaisir qui a sa source, ou dans les fautes qu'on fait; ou, dans les mépris, les airs de hauteur et les ironies qu'on essuie; ou dans les succès d'un concm-rent : l'amour -propre y est directement attaqué (6.) .

AFFLUENGE, CONCOURS, FOULE, MULTITUDE. Affluence y\tn\ de fluere ad, couler vers; concours vient de currere, courir, et cum.

1. Âttriiterj c'est porter à la tristesse {ad trislitiamy d*où adtristare); eontripter, c'est avoir la tristesse avee soi, en soi, on bien avoir beaucoup de tristesse s le préfiie com marque aussi accumulation. (Y. 4, page 3, et 10, page 5.)

AKFr.CS. /liS

ensemble. « Ces mots expriment deux manières de cons^aérer un mouvement qui tend au même bnt. Par la première on considère le mouvement seulement comme tendant au but; par la seconde^ on le considère comme divisé en plusieurs parties qui tendent simultanément an môme but par des voies diflërentes. Les ruisseaux qui affluent à une rivière concourent à la grossir, et produisent tous ensemble un effet commun. — Vaffluence ne désigne pas, comme on Ta dit, nn nombreux rassemblement; elle ne désigne que le cours de la chose an but où elle tend, ou son arrivée au but où elle tendait. Vaffluence des vaisseaux ne produit aucun rassemblement; les eaux qui affluent dans la mer s*y perdent dans son immensité. — On ôiixmegTKnàeaffluence de personnes, de choses, pour dire l'arrivée simultanée en un endroit d'un grand nombre de personnes ou de choses. Il y a une grande affluence d*étrangers, de marchandises dans une ville; on ne veut marquer par là que l'arrivée au but. — On dit qu'une foire attire un grand concourt, parce que les personnes qui s'empressent en même temps de s'y rendre ont moins pour but Tendroit même, que différents motifs qui les y attirent et qui les fout concourir au même but. Les uns y viennent pour vendre, les autres pour acheter; d'autres pour leurs plaisirs; et le mot foire n'indiquant pas un endroit fixe, mais seulement un établissement passager, a plus de rapport au concours momentané des personnes, qu'à Vaffluence qui tend & un endroit fixe et permanent » ( L. ).

Foule et multitude n'expriment point une idée de mouvement comn;c affluence et concours : ils ne désignent l'un et Tautre qu'une quantité considérable de personnes ou d'objets : il y a foule, quand cette quantité dMndtvidus occupe un espace relativement trop petit ou étroit, d'où résulte la presse, la gène, la confusion : de là Tidée de quantité excessive; aussi se sert-on souvent de ce mot au figuré, dans le sens de grande abondance, de multiplicité : J^ai une foule doccupations; il allégua une foule de raisons ( Acad. ). Multitude exprime simplement l'idée dhin très-grand nombre, sans aucun rapport avec l'idée d'espace; ce mot ne s'emploie qu'au propre.

AFFRANCHIR, DÉLIVRER. Affranchir, c'est, littéralement, donner la franchise, rendre franc; délivrer, c'est rendre la liberté. On affranchit ou on s*affranchit de l'esclavage» de la domination, d'un devoir, d\ine sujétion, d'un préjugé, d'un droit, de tout ce qui impose une obligation ou tient dans une sorte de servitude. Ou délivre quelqu'un en lui rendant la liberté qu^l avait perdue accidentellement. Au figuré, on délivre ou on se délivre de ce qui gèno la liberté naturelle on de ce qui lui nuit : ainsi on délivre d*un embarras, d'une entrave, d'un poids, d*un fardeau, d'une charge, de visites importunes, etc.

AFFRES, TRANSES, ANGOISSES. Le mot affres peint tout à la fois les frémissements et les frissons, les terreurs et l'effroi, les efforts et le désespoir du malheureux frappé de toutes les horreurs d'une mort présente, éprouvant ses plus cruels ravages, et rassemblant las

ic&tes d'une vie épuisée pour échapper à sa fureur. Ce mot a une ex* pression si forte et si pleine^ qu'il semble se refuser aux épithètes propres à augmenter la valeur des substantifs. On ne dit pas de grandes affres, comme on dit de grandes transes, de grandes angzisses, — La transe e&i l'effet qu'une grande peur produit sur l'esprit, comme le grand froid sur le corps. On est transi de peur, comme on l'est de froid, lorsque la peur nous saisit de manière à nous faire trembler, à émousser nos sens, à éteindre notre activité, à nous glacer. Ce mot convient pour exprimer la crise de la mort, mais il ne nous en retrace pas tontes les horreurs et la scène entière avec des couleurs aussi fortes que celui à! affres. Aussi sert-il souvent à désigner Tétat assez ordinaire où nous jette la forte appréhension d'un malheur, d'une perte, d'un funeste succès. — Le mot angoisse désigne un état de peine, de douleur pressante, de détresse, d'anxiété, causé par des embarras, par des difficultés, par la nécessité. Quand Corneille dit qu'Albe jette des cris d'angoisse et les Romains de joie, il nous montre les Albains oppressés par la douleur d*avoir perdu deux de leurs champions, et par la vive crainte d'être bientôt privés du dernier. >- Les angoisses, si naturelles au mourant, ont beaucoup de ressemblance avec les transes et les affres, toutefois avec des traits particuliers, tels, par exemple, que l'étranglement par de rudes étreintes (R.).

AFFREUX, HORRIBLE, EFFROYABLE, EFFRAYANT, ÉPOU- VANTABLE, TERRIBLE. Ce qui est affreux inspire le dégoût ou Téloignement; on a peine à en soutenir la vue, on détourne ses regards pour ne pas l'apercevoir. Ce qui est horrible excite Taversion et l'horreur; on ne peut s'empêcher de le condamner. Une chose effrayante cause de la frayeur : une chose effroyable cause de l'effroi; ce dernier l'emporte sur effrayant, car l'effroi est plus que de la frayeur. D'ailleurs effrayant exprime simplement le fait d'effrayer, et ce qui est effrayant peut effrayer à tort : effroyable exprime non-seulement le fait de causer de l'effroi ; mais il fait entendre en outre que la chose effroyable l'est avec raison, de sa nature, actuellement et même par les conséquences qu'elle peut avoir: un songe est effrayant, ime guerre est efffvyable.

Épouvantable enchérit sur effrayant, mais non sur effiHtyable: l'aspect de ce qui est épouvantable fait reculer d'étouoement et de terreur. Ce qui est terrible inspire de la terreur sans exciter de l'horreur, du dégoût, de l'effroi ou de l'éprouvante : cette terreur peut même otre mêlée de respect, et le mot terrible se prend alors en bonne part : <c Un Dieu tetTible ». Il se prend souvent au figuré, dans le sens d'étonnant, étrange, extraordinaire dans son genre : // fait un temps terrible; cet homme fait une terrible dépense (Acad.).

AFFRIANDER, AFFRIOLER. Attirer par quelque chose d'agréable. « Affriander supi)Ose quelque chose de solide et de substantiel : affno- Ur suppose des choses légères et seulement agréables. Ou affriand^

AGRANDIR. kl

avoc des mets délicats de toute espèce ; on affriole avec des bonhons, avec des sucreries^ avec des confitures » (L.).

Ces deux mots sont familiers, et ils s'emploient au figuré en pa'^'' t dn gain, du profit, des présents.

AFFRONT, INSULTE, OUTRAGE, AVANIE. « Vaffront esl un trait de reproche ou de mépris lancé en face de témoins; il pique et mortifie ceux qui sont sensibles à Thonneur. V insulte est une attaque faite avec insolence; on la repousse ordinairement avec vivacité. Uoutrage ajoute à Vinsulte un excès de violence qui irrite. U avanie est un traitement humiliant qui expose au mépris et à. la moquerie » (G).

l^affront a plutôt trait au caractère de celui qui le reçoit ; Vinsulte et Voutrage, à sa dignité d'homme ou à son rang; Vavanie aux simples égards de politesse qui lui étaient dus. AFFUBLÉ. V. Vêtu.

AFIN. V. Pour.

A FOISON. V. Beaucoup.

AGACER. V. Harceler, AGIR. V. Faire.

AGISSANT. V. Actif.

AGITATION, ÉMOTION, TROUBLE, TOURMENT. Au moral, l'émotion n'est qu'un simple mouvement de Tàme : Vagitation est une succession à*émotions diverses et quelquefois contraires, ou bien la fluctuation inquiète de l'esprit qui passe vivement d'une idée à une autre, sans parvenir à trouver celle qui peut Tarrèter et le satisfaire. Le trouble est le désordre qu'une vive agitation produit dans l'àme ou dans l'esprit. Le tourment est une grande peine dont la cause est déterminée, à la différence de Vagitation, qui peut exister sans raison connue. Une pensée qui obsède Tesprit le tourmente : le doute, Tindéci sien, l'absence même d'une pensée qui puissent le fixer, V agitent.

AGRANDIR, AUGMENTER (sens actif), AJOUTER. Agrandir c'est rendre plus grand en étendue : augmenter c*est rendre plus considérable eu nombre, en abondance, en hauteur ou élévation, en force, en puissance. On agrandit une chambre, un jardin, une ville: on augmente le nombre des pièces d'un appartement, celui des plantes d'un jardin, la hauteur et l'épiiisseur d'un mur. Agrandir n dionc rapl>oit à l'espace et signifie rendre plus vaste, seulement dans le sens de la largeur ou de la longueur : augmenter a rapport à la quantité multipliée ou à retendue rendue plus grande dans le sens des trois dimensions, ou seulement de la hauteur ou profondeur ou épaisseur. 4c En agrandissant son terrain, dit l'abbé Girard, on augmente son bien. On agrandit sa maison quand on lui donne plus d'étendue par la jonction de quelques bâtiments faits sur les côtés; mais on dit qu'on l'augmente d'un étage ou de plusieurs chambres. » m On qfoute une chose à une autre. On augmente la môme. Le mot

68 8TN0NYMES FRANÇAIS.

\jouter fait entendre qu'on joint des choses différentes; ou que, sî Mies sont de la même espèce, on les joint de façon qu'elles ne sont pas confondues ensemble^ et qu'on les distingue encore l'une de l'antre après qu'elles sont jointes. Le mot augmenter marque qu'on rend la chose ou plus grande ou plus abondante^ par une addition faite de façon que ce qu'on y joint se confonde et ne fasse avec elle qu'une seule et même chose, ou que du moins le tout ensemble ne soit considéré après la jonction que sous une idée identique. Ainsi l'on ajoute une seconde mesure à la première^ et un nouveau corps de logis à l'ancien; mais on augmente la dose et la maison » (G.).

AGRÉGER. V. Associer.

AGRÉABLE. V. Gracieux,

AGRÉMENT (L'), L'AGRÉABLE. V. Utilité (t).

AGRÉMENT. V. Approbation.

Agréments, v. Grâces.

AGRICULTEUR, CULTIVATEUR, COLON. Le mot agricutteur a un sens plus étendu que celui de cultivateur. Vagriculteur est un grand propriétaire, instruit dans la science de l'agriculture et qui fait valoir lui-même ses terres : le cultivateur est un petit propriétaire qui cultive son champ ou son jardin, dont les produits le font vivre lui et sa famille; ou bien c'est un amateur qui s'adonne à un genre particulier de culture. Le colon est un cultivateur non propriétaire, qui rend au possesseur de la terre une portion convenue des récoltes. Ce mot se dit plus ordinairement de celui qui fait partie d'une colonie ou qui habite une colonie.

AIDER. V. Secourir.

aïeux. V. Ancêtres.

AIGRET, AIGRELET. Aigret est un diminutif ôî^aigve, et aigrelet est un diminutif d*aigret (57, page 18). Ce qui est aigret est sur; ce qui est aigrelet est suret. Aigrelet se dit figurément du ton, des discours, etc.

AIGUILLONNER. V. Exciter.

AIMER, CHÉRIR. Nous aimons généralement ce qui nous plait, soit personnes, soit toutes les autres choses; mais nous ne chérissons que les personnes, ou ce qui fait en quelcpie façon paitie de la nôtre, comme nos idées, nos préjugés, même nos erreurs et nos illusions. — Chérir exprime plus d'attachement, de tendresse et d'affection» Aimer suppose plus de diversité dans la manière. L'un, chérir, n'est pas objet de précepte et de prohibition; l'autre est également ordonné et défendiu par la loi, selon l'objet et le degré : l'Evangile commande d'aimer le prochain comme soi-même, et défend à*aimerlà créature plus que le Créateur (G.).

Chérir, c'est aimer avec tendresse et prédilection. On aime de mille manières ; il n'y a qu'une manière de chérir. Vous aimez l'objet qui vous est agréable, vous croyez qu'il peut contribuer à votre bonheur.

AIR (l'). /|9

L*objet qtie vous chérissez vous est précieux : vous sentez qu'il est nécessaire à votre félicité, à votre existence peut-être. Ce que vous aimez est un bien que vous voulez posséder : celui que vous chérissez est un heureux que vous voulez faire (R.).

AIMER MIEUX , AIMER PLUS. Aimer mieux ne marque qu'une préférence d'option, et ne suppose aucun attachement : Aimer plus marque une préférence de choix et de goût, et désigne un attachement plus gi-and. — De deux objets dont on aime mieux V\m que l'autre,, on préfère le premier pour rejeter le second : mais de deux objets dont on aime plus l'un que l'autre, on n'en rejette aucun; on est attacha à riin et à l'autre, mais plus à l'un qu'à Tautre. — Une âme honnête et juste aimerait mieux être déshonorée par les calomnies les plusatroces, que de se déshonorer elle-même par la moindre des injustices > parce qu'elle aime plus la justice que son honneur même (B.).

AINSI, C'EST POURQUOI. Ainsi servant à tirer une conclusion. signifie cela étant, en ce cas, puisque cela est. — Cest pourquoi signifia c^est par cette raison que, c'est à cause de cela que. « Vous auriez dii me prévenir, ainsi vous avez tort » ; c'est-à-dire cela étant vous avez tort. « Il fait beau, mW allons nous promener »; c'est-à-dire puisque cela est, etc. « Je crois la chose bonne et utile; c* est pourquoi je la fais»; c'est-à-dire c'est par cette raison, c'est à cause de cela queje la fais.

« C'est pourquoi^ dit Roubaud, exprime la raison, le motif, le principe ou la cause déterminante d'une chose; raison donnée dans le discours qui précède la phrase que cette locution commence. <f Dieu est bon,. c'est pourquoi il nous envoie des maux qui nous rappellent à lui. Ce père est trop indulgent, c'est pourquoi son fils est plus indocile. Vous m'aimez, & est pourquoi vous me corrigez. » Dans tous ces exemples, tfest pourquoi indique que la première proposition est la raison de l'autre : c'est toujours un raisonnement très-facile à réduire en syllogisme. — Ainsi sert à des comparaisons simples entre des objets qui n'ont entre eux qu'une simple ressemblance, comme dans cet exemple : « Le hibou cherche l'obscurité, ainsi le méchant cherche les ténèbres.» il en est de même , lorsque ce mot établit une dépendance entre deux piopositions. On dira : « Un péclieur (le bon larron) s'est converti à 1 heure de la mort, ainsi ne désespérez pas. Un seul l'a fait, ainsi ne présumez pas » : voilà un motif, une raison tirée d'un exemple. « Le malheureux est une chose sacrée, ainsi vous devez le respecter religieusenœnt » : voilà une conséquence. « Nous avons affaire dans le même quartier, ainsi allons-y ensemble » : voilà une pure convenance. Dans tous ces cas, ainsi désigne une conformité, une analogie, «un accord, entre les objets énoncés dans les propositions qu'il lie ensemble, de manière que l'une prouve ou justifie, appuie, développe ou éclaircit l'autre » (R.).

AIR (L'), LES AIRS. On se donne, on prend Fair, les airs, rfe* Qirs de tel caractère ou de tel personnage. Le singulier s'emploie lors-^

ÔO SYNONYMES FRANÇAIS.

qu'il s'agit du caractère, de la qualité réelle de la personne; le pluriel quand ou n'entend parler que de Tlmitation du ton et des manières. Se donner /'air d'un fat, c'est se montrer ce que l'on est réellement, se faire reconnaître pour fat; prendre son air de grand seigneur, c'est du même se montrer grand seigneur, faire voir que Ton est tel. Se donner ou prendre les airs d'un fat, d'un grand seigneur, c'est imiter le ton, le langage, les manières de ces personnages. De même, prendre, se donner des airs de maître, de savant, de bel esprit, c'est, comme le dit 1 Académie, vouloir s'attribuer sans raison une autorité de maître, affecter de passer pour savant, pour bel esprit, quoiqu'on ne le soit pas.

AIR, MANIÈRES, FAÇONS, L'air semble être né avec nous; il frappe à la première vue. Les manières viennent de l'éducation; elles se développent successivement dans le commerce de la vie. Il y a à toutes choses un bon air qui est nécessaire pour plaiie: ce sont les belles manières qui distinguent l'honnête homme ^. — L'atr dit quelque chose de plus fin; il prévient. Les manières disent quelque chose déplus solide; elles engagent. Tel qui déplaît d'abord par son air, plaît ensuite par ses manières. — On se donne un air : on affecte des manières. On dit composer son air, étudier ses manières (G.).

Dans le commerce du monde , les façons sont des formes , des formalités, des cérémonies, des choses convenues : les manières sont des modes, des modifications, des accompagnements, des accessoires, des * paiticularités remarquables des actions. Il est plus agréable d'être reçu sans façon qu'avec beaucoup de cérémonie. La manière de donner vaut souveat mieux que ce qu'on donne. — Deux synonymistes ont prononcé que les façons ont quelque chose d'étudié, d'affecté, de recherché; et les manières, quelque chose de plus simple, de plus naturel; de plus vrai. La vérité est que les façons tiennent à un cérémonial établi; et dès lors elles supposent une sorte de recherche; an lieu que les manières sont de la personne même; et de là il résulte que les manières ont quelque chose de plus particulier, de plus remar* quable que les façons. Il n'en est pas moins vrai que les façons souvent sont plus naturelles, par exemple dans l'homme essentiellement poli, et les manières plus recherchées, par exemple dans im homme habituellement affecté. Aussi un homme est façonné, par là même qu'il est formé aux usages du monde; mais il est maniéré, lorsqu'il se singularise par des manières outrées qui ne sout ni dans la nature ni dans les mœurs. — On dit les manières et non les façons. d'ime nation. Cet usage est généralement reçu et bien fondé; car, selon les

1. C'est à-dire l'homme bien élevé, rhomme de bonne compagnie : rexpies* non honnête homme se prenait souyent dang ce sens à l'époque ùh l'abbé Girard

écrivait.

AISfi. 51

remarques précédentes, les manièfes sont des traits distinctifs^ des singularités remarquables^ etc. (R.)

AIR, laiNE, PHYSIONOMIE. Air et mine s'entendent dn visage seul ou bien do visage et de tout l'extérieur de la personne. Dans ce dernier sens, il y a entre air et mine cette différence que le premier désigne tout l'ensemble de la personne, son caractère et sa mauiëre d*ètre extérieure , Tintérieur se manifestant au dehors par Texpression de la figure , par Tattitudc , par le maintien , par les gestes^ etc.; tandis que le mot mine a particulièrement rapport à Texpression de la figure et surtout des regards, et se dit plutôt de Tapparence que de la réalité du caractère : Un bon soldat a Yair d*un brave; un poltron fait souvent mine d'être brave.

U en est à peu près de même lorsque ces deux mots se disent du visage seul : Vair s*entend des qualités ou des défauts de l'âme qui se peignent sur la figure; et la mine, des apparences qui se montrent surtout dans les regards, ou même simplement des linéaments du visage; exemples : «Tel'homme a Vair bon, tel autre a Vair méchant. Il a la mine fausse, trompeuse, hypocrite. Cette femme a une iolie mine» (Acad.).

Physionomie ne se dit que de la figure, et ce mot s'entend nonseulement des qualités du cœur qui s'y reflètent, mais aussi de celles de l'esprit: aussi la physionomie est-elle Texpression la plus vraie, la plus complète de la personne. On ne peut pas faire à volonté sa physionomie, comme on modifie son air ou sa mine.

AISE, CONTENT, RAVI. Ils expriment la situation agiéable de rame avec une sorte de gradation, où le premier, comme plus faible, se fait ordinairement appuyer de quelque augmentatif. Cette gradation me parait avoir sa cause dans le plus ou le moins d'intimité qu'ont avec Fdme les choses qui lui procurent de l'agrément. — Nous sommes bien aises des succès qui ne nous regardent qu'indirectement. L'accomplissement de nos propres désirs dans ce qui nous concerne personnellement, nous rend contents. La forte impression du plaisir fait que nous sommes ravis (G.).

AISÉ, FACILE. Aisé vient d.*agere, agir; facile yieni de facere, faire. Agir exprime purement et simplement l'action ou la chose : faire embrasse le dessein, Touvrage entier. Facile suppose donc une intelligence; aisé s'arrête à l'opération. Celui-ci n'a point d'autre rapport; l'autre a un rapport particulier avec la puissance. La faculté, disaient les Latins, est comme la facilité ^ ou le pouvoir libre de faire. Une chose est donc aisée en elle-même , quand elle se fait ou même quand elle nous laisse sans gène, au large, à Taise, avec liberté, commodément. Une chose est facile par rapport à nous, quand nous pouvons la faire, quand elle est faisable sans peine, sans effortfti

t. Facullas quaii facHitaê,

sans beaucoup de travail. — Une chose ne vous paraît pas facile, quand vous croyez y voir des difficultés; quand elle a des difficultés « elle n'est pas aisée. Tout est facile au génie, c'est une grande puissance : rhabitude rend tout aisé, elle exerce. — Facile est donc plus propre pour exprimer l'opération de l'esprit et ses productions : aisé, pour exprimer Taction sensible et le travail des mains. Un problème est facile à résoudre, une machine q^X aisée à exécuter. — Un style , des vers sont aisés, par Tarrangement des mots et des phrases; ils sont faciles par l'arrangement des idées et le naturel des ôxpressious t ceux-là se lisent bien, ceux-ci coulent de source (R.).

AISES, COMMODITÉS. Les aises disent quelque chose de voluptueux et qui tient de la mollesse. Les commodités expriment quelque chose qui facilite les opérations ou la satisfaction des besoins, et qui tient de Topulence^. Les gens délicats et valétudinaires aiment leurs aises : les personnes de goût, et qui s'occupent, recherchent leurs commodités (G.).

A JAMAIS. V. Jamais.

AJOUTER. V. Agrandir.

AJUSTEMENT, PARURE. Ajustement signifie proprement disposition , arrangement de toutes les parties de l'habillement quel qu'il soit, simple ou orné. Ce qui est ajustement contribue à l'harmonie nécessaire de l'ensemble : ce qui est parure est superflu et de luxe. 11 y a plus de grâce dans Vqfustement, plus d'éclat et de magnificence dans la paître,

A LA FIN. V. Enfin,

A LA FOIS. V. Ensemble,

A LA LÉGÈRE. V. Légèretnent.

A LA LETTRE. V. Littéralement.

A LA RENCONTRE (ALLER). V. Aller.

ALARME. V. Appréhension.

ALENTOURS (LES). V. Entours (les).

A L'ÉTOURDIE. V. Aveuglément.

ALIÉNER. V. Vendre.

ALIMENTER. V. Nourrir.

ALIMENTS. V. Subsistances.

ALLÉ (ÊTRE), AVOIR ÉTÉ. « Être, dans les temps où ce verbe prend l'auxiliaire avoir, dit l'Académie, se dit quelquefois pour aller, mais avec cette différence que, dans /ai été à Rome, par exemple, j'*ai été fait entendre qu'on y est allé et qu'on en est l'evenu; et que ians il est allé à Rome, le verbe il est allé marque que celui dont on parle n'est pas encore de retour. »

Le verbo être n'a pu se prendre dans le sens d'aller que par suite

i. De ropnlence c^est beaucoup dire : ne suffit-il pas d'être riche ponr se protarcr toutes ses cominodités 7

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