ASSOCIER
nous assiègent, comme nous assiégeons les choses et les personnes : il n'y a que les .personnes ou des êtres moraux qui obsèdent; ils n'o6tèàent que les personnes. — • Les courtisans assiègent le trône et obsèdent le prince. Des eaux, des neiges qui vous entourent et vous enferment^ tous assiègent. Des parents, des domestiques qui vous isolent et vous circonviennent, vous obsèdent. — Les maux nous assiègent, nous ou notre vie : les passions nous obsèdent, comme des démons familiers. — On assiège, t^ Tassiduité, les assauts, les poursuites , pour parvenir à un but quelconque : on o6f éde par Tassiduité, l'artifice, la malignité, pour parvenir à gagner et gouverner la personne. Ainsi obséder quelqu'un, c'est Yassièger sans cesse, le circonvenir ou l'envelopper par les circuits artificieux de la séduction, pour s'emparer de son esprit et de ses volontés. L'obsession a pour hut la possession. — Assiéger désigne les attaques du dehors; mais obséder marque surtout la persécution intérieure. Vous n'êtes pas assiège par une pensée, une imagination, une vision, une illusion qui vous poursuit sans cesse malgré vous; vous en êtes obsédé : Vobsession est dans votre esprit même. ( R.)
ASSIETTE. V. Situation.
ASSISTER, ÊTRE PRÉSENT. On assiste à quelque chose par devoir, par hienséance ou par tout autre motif : On assiste à la messe^ c'est un devoir religieux; on a assisté aux débats d'une affaire judiciaire que l'on a voulu suivre. Ainsi assister est le terme propre, quand notre présence est un effet de notre volonté , déterminée à cela par la chose même qui se passe ou doit se passer devant nous avec ou sans notre participation.
Être présent marque simplement la coïncidence de deux faits parfaitement indépendants l'un de l'autre : notre présence et la chose qui se passe sous nos yeux. Cette locution convient donc , lorsqu'il s'agit de quelque chose de fortuit, d'imprévu, et surtout d'un événement, d'une action dont on n*est que témoin. On a assisté \ un spectacle que l'on a voulu voir : on a été présent à un accident qui a eu lieu dans la rue. On assiste à un combat auquel on prend part : on est présent à un combat que l'on voit de loin.
Assister s'emploie aussi, figurément, dans le sens de vivre à la même époque où se sont passés certains faits historiques : // a assisté aux gloires de V empire*
ASSISTER, SECOURIR. V. Secourir.
ASSOCIER, AGRÉGER. Associer signifie, littéralement, unir ou joindre à la société; et agréger, du latin ad gregem, signifie joindre au troupeau, à la troupe.
On associe quelqu'un à un corps qui forme une société se recrutant d'elle-même, et qui tient des séances, des assemblées, comme, par exemple, l'Académie Française, l'Académie des Sciences, etc. On agrège quelqu'un à un corps composé de personnes excerçant la même pro*
80 STNONTMSS FRANÇAIS.
fession, mais qni ne forment point une société. Les facultés de }ettre8> de médecine, agrègent des docteurs; TUniversité nomme agrégét, après un concours^ certains gradués qni aspirent à être professeurs dans un lycée.
ASSUJETTIR. V. Soumettre,
ASSUJETTISSEMENT, SUJÉTION. Ges mots désignent la dépendance, l'obligation, la gène on la contrainte. — Agsufetiissement désigne plutôt un état habituel dans lequel on est fixé; sujétion, la situation actuelle dans laquelle on se trouve. Les lois, les règles, l'autorité, l'empire, les coutumes, les bienséances, nous imposent des assujettissements: les actes, les actions, les soins, les travaux, les devoirs imposés par les lois sont des sujétions, — - Le mot sicfétion n'annonce qu*une dépendance, une obligation, une assiduité vague et indéterminée, sans indiquer par lui-même à qui et à quoi l'on est sujet. Le mot assujettissement annonce une dépendance, une soumission, un dévouement déterminé ou préparé par la préposition à, qui, dans la composition du mot, indique la sujétion à une personne. On est dans la sujétion dès qu'on n*est pas à soi, à sa propre disposition; on est dans l'assujettissement lorsqu'on est à quelqu'un, à une cbose. La sujé" tùm n'énonce donc que la situation ou l'état de la chose ou de la personne : Yassujettissement annonce de plus un rapport formel à ce qui assujettit la personne ou la chose. (R.)
ASSURÉ. V. Sûr,
ASSURER, RASSURER. Rendre stable, affermir; et au figuré, insiôrer l'assurance. — On dit également au propre assurer et rassurer, c'est-à-dire rendre ferme, stable; mais avec cette différence que le premier convient lorsque le danger n'est que possible ou éventuel, et le second quand le danger est imminent : « Cette plancbe vacille, mettezy un clou pour Vassurer; il faut rassurer cette muraille, elle menace ruine ». ( Acad.^ En effet rassurer dit plus qu'assurer; il signifie assurer fortement, avec plus de soin ( 5, page 3 ] .
11 en est à peu près de même au figuré. « Ainsi, dit Roubaud, vous assurez celui qui n'est pas ferme ou résolu, qui n'a pas assez de force ou de confiance, qui n*est pas dans un état de sécurité. Vous rassurez celui qui est abandonné à la crainte ou à la terreur, qui est tout à fait hors de l'assiette naturelle, qni ne peut être ramené et tranquillisé qu'avec beaucoup de soins, de secours, de réconfort. »
ASSURER, AFFERMIR. Assurer, c'est faire qu'une chose ne vacille pas, qu'elle reste en place, qu'elle ne soit pas exposé à tomber. On assure un objet en le rendant stable par la consistance de sa position ou par des liens qui le fixent. Affermir, c'est littéralement rendre ferme. « On affermit, dit Girard , par de solides fondements ou par de bons appuis pour rendre la chose propre à se maintenir ou à résister aux impulsions et aux attaques. »
On ass9.ire une muraille, un plancher, une poutre, en l'étayant. On
ATTEN-DRE. 81
effb^tuxïe muraille en consolidant ses fondations ou en augmentant sou ^[Hûsseur; onnfpnTnit un plancher en le reprenant en sous-œuvre, et en y faisant des réparations qui augmentent sa force et sa solidité.
Au figuré, assurer signifie rendre ferme et sûr : a Faire dessiner souyent un écolier pour lui assurer la main » (Acad.); ou simplement, rendre sûr : « Assurer son indépendance ». ( Id. ) Affermir, c^est rendre ferme et stable, plus diffîcile à ébranler, à troubler : « Affermir le courage, il/fenntr quelqu'un dans une résolution. Affermir le crédit public. Affermir la tranquillité publique ». (Acad.)
ASSURER, AFFIRMER. Assurer qu'une chose est, c'est donner cette chose comme sûre et certaine : affirmer une chose c'est soutenir qu'elle est vraie. On assure à des personnes qui ne nient pas, qui doutent seulement, et qui sont disposées à admettre la chose : on affinm une diose à l'égard de quelqu'un qui nie; V affirmation suppose néces* sairement la négation. Aussi celui qui affirme doit-il être ou se mon trer fermement convaincu; il insiste fortement, et au besoin il soutiendrait son dire par le serment. Lorsque je dis : On assure qt^une bataille a été livrée, je présente le fait comme probable plutôt que comme certain : je ne prétends pas être convaincu de la réalité de la chose, et les personnes auxquelles je parle ne nient pas ce fait; tout au plus elles l'admettent comme douteux. Mais si j'ai assisté ou si j'ai été présent à cette bataille et que j'en apporte la nouvelle à quelqu'un qui prétend que le fait n'est pas vrai , je dirai : J'affirme qu*une bataille a été livrée à tel endroit.
ASTUCE. V. Adresse.
A TERRE. V. Terre.
ATRABILAIRE. Y. Mélancolique.
A TRAVERS, AU TRAVERS. V. Travers (à).
ATROCE. V. Grand, énorme.
ATTACHE, ATTACHEMENT. Attaclie est ce qui attache, un lien; attachement, ce par quoi on est attaché, une liaison (19, page 6). Attache se dit au propre et au figuré, attachement ne se dit qu'au figuré, il désigne un sentiment : l'attache vient de quelque cause que ce soit; Vattachement vient du coeur. On tient à l'objet pour lequel on a de l'attache: on aime celui pour lequel on a de Vattachement. On a de Yaitacbe pour la maison que l'on habite, et de Vattachement pour des personnes avec qui l'on vit. Une simple habitude avec une personne fait une attache; une liaison fondée sur le rapport des sentiments et des caractères est un attachement. Le hasard, l'intérêt, l'habitude, les convenances, forment les attaches : la nature forme des «^tachements. On a des attachements; l'on se fait des attaches. (R.)
ATTACHÉ. Y. Adhérent.
ATTACHER. V. Uer.
ATTAQUER. V. Assailiir.
ATTENDRE. Y. Espérer.
$2 8YN0NYUES FRANÇAIS.
ATTENTION, APPLICATION, CONTENTION. L'i4«e«f ion est l'opération de Tesprit qui tend vers un objet (10, page 5), et s'y attache pour le considérer. L'application est une attention suivie et éérieuse : c'est l'acte de Tesprit qui se fixe, qui s'applique sur un objet d'étude, et y adhère en quelque sorte. La contention est une application forte et pénible de Tesprit à quelque objet de méditation : elle suppose une certaine complication dans la matière étudiée, et par conséquent difficulté dans cette étude.
Dans l'attention et dans Vapplication l'esprit se porte Ters la chose, de sorte que le sujet sort pour ainsi dire de lui-même et se met simplement en rapport avec Tobjet : dans la contention, au contraire, l'esprit se replie sur lui-môme et concentre toutes ses forces pour surmonter les difficultés et se rendre maître de l'objet.
ATTENTION, EXACTITUDE, VIGILANCE. Le mot attention est pris ici dans une acception un peu différente de celle que nous lui avons donnée dans Tarticle précédent : il signifie faculté d'être attentif à toutes les parties d*un travail que l'on fait ou d'une affaire dont on s'occupe.
« L'attention fait que rien n'échappe; l'exactitude empêche qu'on n'omette la moindre chose; la vigilance fait qu'on ne néglige rien. — Chez les Romains, un même homme était magistrat attentif, ambassadeur exact et capitaine vigilant. — L'auteur, pour bien écrire, doit être également attentif aux choses qu'il dit et aux termes dont il se sert, afin qu'il y ait du vrai et du goût dans ses ouvrages. Le commissionnaire, pour bien exécuter, doit être exact dans le temps comme dans la manière de faire les choses , afin que tout soit fait à propos et comme on le souhaite. Le général d'armée doit être vigilant sac les marches des ennemis et sur les siennes, afin de profiter des avantages et de ne pas manquer Toccasion. — L'honmie sage est attentif k sa conduite, exact à ses devoirs, et vigilant sur ses intérêts ». (G.)
ATTENTIONS. V. Égards.
ATTÉNUER, EXTÉNUER. Affaiblir; diminuer les forces, l'embonpoint. — Atténuer^ c'est littéialement porter à la ténuité ( 10, page 5 ). Exténuer exprime une diminution plus grande, un afiîaiblissement plus considérable : le préfixe extractif ou privatif ex marque que le sujet a été privé de toutes ses forces ( 9, page 4 ).
Atténuer signifie aussi rendre moins grave : « Ce délit est beaucoup atténué par les circonstances. » (Acad.) L'Académie fait observa qu'exténuer sigmÛQ figurément, au sens moral, affaiblir, diminuer; et elle donne cet exemple : « Il essayait ainsi à'exténuer le crime, l'accusation y» : mais elle ajoute que ce sens a vieilli et que l'on dit aujou^ d'hui atténusTm
ATTESTER, CERTIFIER, ATTESTATION, CERTIFICAT. Attester, du latin adtestare (ad, à, pour; testis^ témoin) signifie littéralement
ATTRAITS. 8à
dipgôrtN son témoignage à on fait ^ : certifiei*, c'est faire ou établir la certitude d'un fait
On atteste une chose qui est ou qui pourrait être contestée : on certifie une chose sur laquelle s'élèye ou pourrait s'élever quelque doute. Mon ami se plaint que vous n'ayez pas tenu la promesse que vous hd avez faite; tous prétendez que vous ne lui avez rien promis: S'atteste que vous lui avez fait cette promesse eu ma présence. Vous ioutez de quelque chose que je vous aononce; je vous certifie que lela est.
La même nuance distingue les deux mots attestation et certificat, Ua homme arrêté conmie vagabond n'ayant ni feu ni lieu, demande an maire de sa commune une attestation constatant qu*ila un domicile dans cette commune. Un maire déliv1;^ à. un de ses administrés un certificat d'indigence 9 parce que cet homme est réellement indigent, ce qu'on ne conteste pas, mais ce dont on pourrait douter. Vous donnez un certificat à un domestique qui vous a fidèlement servi, afin de pr6- Tenir tout doute sur la probité de cet homme*
ATTIRANT, ATTRACTIF. Attirant, féminin attirante, ne s'emploie qu'au figuré et ne se dit que des personnes ou de ce qui appartient aux personnes; il signifie qui séduit, qui amène adroitement à ses fins, et il montre la qualité agissante (42, page 12, à la fin du numéro) : Manières fort attirantes. (Acad.) Attractif est un terme didactique signifiant qui a la propriété d'attirer, et il ne se dit que des choses : Force attractive; onguent attractif. (Id.)
ATTITUDE. V. Position.
ATTOUCHEMENT. V. Tact.
ATTRAITS, APPAS, CHARMES. On dit les attraits du plaisir, les attraits de la vertu, les appas de la volupté, les appas du jeu, les charmes de la musique, les charmes du pouvoir et de la grandeur.
« Attraits^ ce qui attire, ce qui tire à soi. Le propre des attraits est donc de nous faire pencher, incliner, aller vers un objet. Appas a beau* coup d'analogie avec appât, et cette analogie est fondée sur une origine commune. Le propre des appas est d'exciter, comme l'appât, le goût et l'envie de posséder l'objot et d'en jouir. Les appas ont donc un plus grand effet que les attraits. Comme Vappdt trompe, les appas peuvent tromper; et l'on est bien fondé à dire des appas trompeurs et perfides. — Charmes est le même mot que charme, enchantement, avec une analogie bien sensible. Le propre des charmes est de nous frapper et de nous enlever par une force secrète, mystérieuse, toutepuissante, irrésistible. -*- Ainsi, les attraits préviennent favorablement et nous attirent; les appas flattent le cœur ou les sens et nous
I. AtUitet signifie aussi prendre à témoin : J'atteste l9 eiêl qui /• dis la vérité; ■ait dans ce sens il n'est pas synonyme de cerlifief.
sédtiisent; les charmes s'emparent en quelque sorte de nous et nous encliantent ». (R.)
ATTRAPER. V. Happer.
ATTRIBUER, IMPUTER. On attribue les choses, un fait positif, et Ton se croit fondé à, les attribuer à telle ou telle personne. On impute surtout la valeur des choses, le mérite de l'acte ou de Taetioii, et le plus souvent par simple conjecture.
« Vous attribuez un ouvrage à celui que vous en croyez l'auteur, le facteur immédiat: vous tmpu/ez un événement à celui que vous en préjugez la cause plus ou moins éloignée, ou même indirecte, ou accidentelle. Vous attribuez une faute à celai qui, selon vos connaissances, l'a commise ou fait immédiatement commettre : vous imputez une mauvaise action à celui qui, selo» vos conjectures ou vos suppositions, en a été la première cause ou le premier moteur. Celui qui, par son action directe, a produit, effectué une chose, est dans le cas qu'on la lui attribue; celui qui, par son influence, ses conseils, ses instigations, a amené une chose, est dans le cas qu'on la lui impute. — On vous attribue ce qui est réel ou qu'on croit Tétre : on vous impute ce qui n'est pas dans vos actions, ou même une chose qui n'est pas. On vous attribuera un discours, un propos qui a été tenu : on détouinera le sens de vos paroles, pour vous imputer ce que vous n'avez jamais pensé. — On attribue un fait positif, articulé : on impute bmss'i des choses vaigues, indéterminées. — Attribuer se prend indifféremment en bonne et en mauvaise part; imputer se prend plutôt en mauvaise part. On attribue une bonne comme une mauvaise action, des vertus comme des vices : on impute une mauvaise action plutôt qu'une bonne, des vices plutôt que des vertus ». (R.)
ATTRIBUER (S'). V. Approprier (i^).
ATTRISTÉ. V. Affligé.
ATTRISTER, CONTRISTER. Attrister, c'est porter à k tristesse {ad tristitiam, d'où adtristare^ 10, page 5); contrister, c'est avoir la tristesse avec soi, en soi, ou bien avoir beaucoup de tristesse, le prélixe corn marquant aussi accumulation (4, page 3).
Ainsi contrister dit plus qu'attrister. « Attristé, dit l'abbé Giraid, désigne im déplaisir plus apparent que profond, et qui ne fait qu'effleurer le cœur : contristé marque une personne plus touchée, et des maux plus grands ou plus prochains. On est attristé d'une maladie popolaire, d'une continuation de mauvais temps, des accidents qui arrivent sous nos yeux, quoique à des personnes indifférentes : on est | contristé d'une calamité générale, des ravages que fait autour de nous ; une maladie contagieuse, de voir ses projets manques et toutes ses espérances évanouies».
AUBERGE, HOTELLERIE, HOTEL. Ces trois mots se disent également de maisons où les voyageurs et les étrangers sont logés et lûème nourris. Auberge, autrefois héberge, du verbe héberger^ était le