‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 35 sur 163 · BEAUCOUP · texte numérisé non relu

BEAUCOUP

cherche les grâces avec plus de soin , et dépend du goût. — En fait d'oQvrages d'esprit^ il faut^ pour qu'ils soient beaux, qa'il y ait d» Trai dans le sujet, de Téléyation dans les pensées^ de la jastesse dans^ les termes , de la noblesse dans l'expression , de la nouveauté dans ]«v tour, et de la régularité daus la conduite; mais la vraisemblance, lavivacité, la singularité et le brillant, suffisent pour les reodreyo/i>. — te beau est plus sérieux, et il occupe, hejoli est plus gai, et il divertit. C'est pourquoi l'on ne dit pas wa» jolie tragédie; mais on peut direune jolie comédie (G.).

C'est à l'âme que le beau s'adresse; c^est aux sens que parle le joli. n est si vrai que le beau emporte une idée de grand, que le mômeobjet que nous avons appelé beau, ne nous paraîtrait plus que joli, sll était ex3cuté en petit. — L*esprit est un faiseur àe jolies choses; mais c'est l'âme qui produit les belles. Les traits ingénieux ne sont ordi* nairement que jolis ; il y a de la beauté partout où Ton remarque du sentiment. (Enc.)

BEAUCOUP, BIEN, ABONDAMMENT, COPIEUSEMENT, A FOISON. Beaucoup dénote purement et simplement une grande quantité vague et indéfinie de toute sorte de choses. Bien annonce, avec des particularités^ une grande quantité surprenante et très-remarquable. Il ajoute à beaucoup une affirmation én^ique, un sentiment, un mouvement d'admiration, de surprise, quelquefois une idée d'approbation ou d'improbation ou quelque autre idée accessoire. Pascal a dit : « U y a biettà profiter avec vos docteurs. » L'ironie est plus sensible et plus mar^ quée dans cette phrase par le mot bien, qu'elle ne le serait par le mot beaucoup. Si vous dites qu'il y avait beaucoup de monde â une fête,, votre phrase ne fait qu'indiquer histoiiquement la quantité ; mais si vous disiez qu^il y avait bien du monde, vous marqueriez de la surprise; vous dénoteriez une quantité qui vous a étomié, à laquelle vousne vous étiez pas attendu, et, par là môme, une quantité siugulière ou très-grande. — Abondamment désigne une graude quantité de productions ou de certains objets pris en grand, supérieure à la quantité donnée ou reçue pour l'usage nécessaire ou suffisant. Il indique en< outre un rapport particulier de la chose qui abonde avec la source, la cause, le principe, qui par sa vertu> son efficacité, son énergie, produit V(d)ondance. Aussi ne s'applique-t-il proprement qu'aux productions, soit dans le physique, soit dans le moral, comme dans les phrasessuivantes : 0 La terre fournit abondamment aux laborieux ce qu'elle refuse aux paresseux. Une source donne de l'eau abondamment. Le ciel verse sur nous abondamment ses grâces. » Pourquoi ne dira-t-on pasqu'un homme a des affaires, des chagrins abondamment; qu'il y a des troupes abondamment dans un canton? Parce qu'il ne s'agit là ni' de fécondité, ni d'efficacité, ni de production, de formation, etc. — Copieusement m^qaexmegtaxide quantité de certaines choses, et surtout d'objets de cousommation, dans un cercle étroit , excédant la mesure-

DICT. SES STNOKYIIEI. *

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suffisante et ordinaire. Je dis que ce mot regarde plutôt la consommation, à la différence ^abondamment, qui a plus de rapport à la production. Une terre produit des subsistances abondamment et non pas copieusement» Une personne mange et boit copieusement et non abon" damment. Ce dernier mot s'applique plutôt à de grands objets; tels^ par exemple, que les récoltes, ou aux objets considérés pu grand; mais l'autre ne roule guère que sur de petits objets, ou, pour mieux dire, sur des objets considérés en petit ou en détail; tels, par exemple, que la consommation d'un repas. Ainsi votre vigne fournit du vin abondamment; et vous en versez copieusement à vos convives. — La locution à foison désigne la grande multiplication, un fond? inépuisable de productions qui forment par touffes, par tas, par troupes, par monceaux, une abondance, une multitude telle, qu'elles semblent pulluler, renaître, se multiplier sans cesse. Il y a des fruits à frison dans un jardin, des denrées d foison au marché, des poissons à foison k la. halle, de tout à foison dans une ville, etc. Boileau dit, maif dans une description plaisante, qu'il pleut des tuiles à foison. (R.)

BEAUCOUP, PLUSIEURS. Beaucoup marque la grande quantité indéfinie ; son contraire est peu. Plusieurs marque la pluralité des objets^ personnes ou choses : il exprime donc simplement l'idée d'un nombre indéterminé et néanmoins peu considérable : son opposé est un. Une mère avait beaucoup d'enfants; elle en a perdu plusieurs, il lui en reste encore un assez grand nombre.

BEAU MONDE (le). V. Monde {le grand),

BÉGAYER. V. Balbutier,

BELLIQUEUX, GUERRIER, MARTIAL. Belliqueux, dont le principal caractère est Tamour de la guerre : il ne se dit guère que des peu* plès et nations anciennes dont la guerre était l'unique métier, et qui ne pouvaient s'accommoder à vivre dans un état de paix. — Guerrier, qui est propre à la guerre ou qui a rapport à la guerre. Les Germains, qm ont envahi une partie de l'empire romain, étaient une nation belii" queuse : les Allemands, qui leur ont succédé, sont une nation guerrière. Les premiers faisaient continuellement la guerre par amour pour la guerre; les derniers ne la font que quand ils la jugent nécessaire. — Belliqueux se dit aussi d'un prince qui aime la guerre et qui en fait sa principale occupation. Guerrier se dit d'un prince qui fait lui-même la guerre à la tète de ses troupes, et qui connaît bien l'art de la guerre. — Militaire, qui concerne la science de la guerre, qui est nécessaire pour la bien faire, qui a rapport à l'administration d'une armée : L'art militaire, la science militaire, la discipline militaire, des exercices militaires. On ne dit pas des talenis guerriers, mais des talents militaires; parce que les talents tiennent à Tart, à la science. — Martial vient du nom de Mars, dieu de la guerre; aussi Tapplique-t-on aux choses qui marquent l'autorité suprême dans les choses de l'administration mt7tfaire. Ainsi l'on dit Cour martiale^ pour dire conseil suprême

,B£RG£R« 99

établi pour juger la conduite des généraux, des amiraux, etc.; loi martiale, pour dire une loi émanée de l'autorité suprême pour l'emploi de la force armée contre les citoyens dans certaines circoustiinces eitrèmes. On dit un air martial, pour dire un air qui marque le noble sentiment de la supériorité de ses forces et de la fermeté de son courage, tel qu'on pouriait le supposer au dieu Mars. — Martial et militaire, adjectif, ne se disent point des personnes : ainsi Ton ne dit pas une nation martiale, un prince martial; ni une nation militaire, un prince militaire. Mais on dit, substantivement, un militaire pour désigner un homme qui est dans Tétat militaire, (L.) BÉNÉFICE. V. Gain. BÉNIGNITÉ. V. Bénin et Bonté.

BÉNIN, DOUX, HUMAIN; BÉNIGNITÉ, DOUCEUR, HUMANITÉ. Bénin marque l'inclination ou la disposition à faire du bien : on dit d*un astre qu'il est bénin; on le dit rarement des personnes^ excepté dans un sens irooique, lorsqu'elles souffrent les injures avec bassesse. Doux indique un caractère d'bumeur qui rend très-sociable et ne rebute personne. Humain dénote uoe- sensibilité sympathisante aux maux ou à l'état d'autrui. — La bénignité est une qualité qui affecte proprement la volonté dans l'âme, par rapport au bien et au plaisir qu'on peut faire aux autres : ce qu'il y a de plus éloigné d'elle, c'est la malignité ou le secret plaisir de nuire. La douceur est une qualité qui se trouve particulièrement dans la tournure de Tesprit, par rapport à la manière de prendre les choses dans le commerce de la vie civile : ses contraires sont Taigreur et l'emportement. Vhumanitéiési^^ principalement dans le cœur; elle le rend tendre, fait qu'on s'accommode et qu'on se prête aux diverses situations où se trouvent ceux avec qui l'on est eu relation d'amitié, d'affaires, ou de dépendance : rien n'y est plus opposé que la cruauté et le dureté, ou un certain amour-propre imiquement occupé de soi-même. (G.) Voir bonté, bienveillance, BERCAIL. V. Bergerie,

BERGER, PATRE, PASTEUR. Pâtre se prend dans un sens générique et collectif, pour Résigner tout gardien de toute espèce de troupeaux, comme le bouvier, le chevrier, le porcher, le berger; et il se dit particulièrement de ceux qui gardent le gros bétail, les bœufs, les vaches, etc. Pasteur se prend quelquefois dans un sens générique; mais il se dit proprement de celui qui garde le menu bétail. Le berger n'est qu'un gardien de moutons ou de brebis, ou plutôt il en est l'éducateur. Nous avons coutume d'attribuer au j>d/r6des mœurs grossières : je ne sais si ce n'est point par une sorte de rapport qu'on suppose entre rhomme et le gros bétail qu'on met particulièrement sous sa garde. Nous supposons, au contraire dans le berger, des mœurs simples et douces, com;iie à ses troupeaux. Nous donnons plutôt dxi pasteur des qualités morales, surtout pour l'administration , parce qu'il n'est guère employé qu'au figuré pour désigner des chefs spirituels ou temporels. (R.)

400 stnonyhes frauçais.

AdjectîTement on dit peuples pùstèurs, par opposition à peuplef chasseurs et peuples agricoles,

BERGERIE; BERCAIL. La terminaison erie étant propre à marquer ie lieu où Ton travaille^ où Ton exerce un état (22^ page 7]^ le mot bergerie signifie proprement le lieu où le berger fait son métier de soigner, de surveiller son troupeau, le lieu de la ferme particulièrement destiné à lui et aux animaux qui lui sont confiés. Gomme le mot ber^ cail a cette dernière signification, il est arrivé qu'on a cessé de l'employer au propre et qu'on ne le dit plus guère qu'au figuré, pour désigner rËglise, que Von présente coinme Tunique lieu où les fidèles puissent être en sûreté et hors duquel ils sont égarés. *

BESACE, BISSAC. En latin bis-saccus, sac double, sac à deux ipocbes, à deux fonds , bissac, Pétrone a dit bisaccium, besace, grand bissac, par la vertu de la terminaison augmentât! ve ûce.— Le gueux, le mendiant a une besace; il la porte sur ses épaules, un bout par devant, l'autre par derrière, et il met ce qu'on lui donne, même tout ce qu'il a : c'est son trésor. Le paysan, l'ouvrier pauvre a un bissac : il le porte en voyage, en course, sur lui ou sur sa monture; et il y a mis des provisions, des bardes, etc. : c'est son équipage. Voilà pourquoi nous disons proverbialement de celui qui a une grande attache pour Hpielque chose, qu'il en est jaloux comme un gueux de sa besace. Nous •disons familièrement d'un voyageur qui va sans attirail, sans bagage, sans suite, qu'il ne lui faut qu'un bissac, — Dans le sens figuré, nous disons familièrement besace pour pauvreté, misère, mendicité : Être réduit à la besace. (R.) BESOGNE. V. Travail.

BESOIN. V. Pauvreté.

BÉTAIL, BESTIAUX. Bétail se dit de l'espèce : Gros bétail, menu •bétail. (Acad.) Bestiaux se dit des individus considérés dans l'espèce : "Ce fermier a beaucoup de bestiaux, (Id.) BÊTE. V. Animal, au propre et au figuré. BÊTISE , SOTTISE. Les idées bornées constituent la bêtise; les idées fausses constituent la sottise. La première ignore et a de la peine à apprendre : la seconde sait ou peut savoir; mais elle voit de travers, elle juge mal et fait une application absurde de ses connaissances. La sottise, dit Marmontel, est surtout la suffisance de celui qui fait le capable.

Les deux mots se disent d'actions on de paroles déplacées, de méprises, de certains actes qui ont des résultats déplaisants ou fâcheux; mais on fait une bêtise par ignorance ou par inadvertance, par défaut d'attention : on fait une sottise par maladresse, par oubli des convenances, par fatuité.

BÉVUE, MÉPRISE, ERREUR. Une bévue est une faute, un manquement résultant de l'inexpérience, de la légèreté ou de la passion -qui aveugle et empêche de réfléchir. La méprise consiste à prendre on

BLESSURE. iOl

objet pour un autre : elle vient d'un défaut de coiiuaiesances ou d'un manque d'attention. Verreur est un écart de la raison : elle consiste dans une opinion fausse, que Ton adopte sans examen ou par suite d'un raisonnement vicieux; ou bien c'est une illusion qui fait mal juger des choses, une faute que nous commettons dans Tapplication de nos intentions, une inexactitude dans nos appréciations ou dans nos calculs

BIEN. V. Beaucoup et Très,

BIENFAISANCE. V. Bonté.

BIENSÉANCE. V. Décence.

BIENVEILLANCE. V. Bonté, '

BIFFER. V. Effacer,

BIGOTISME, BIGOTERIE. V. Cagotisme,

BUOU. y. JoycM,

BISSAG. V. Besace,

BIZARRE. V. Fantasque,

BLAFARD. V. Pâle.

BLAMABLE, RÉPRÉHENSIBLE. Blâmable dit plus que répréhensible; un acte, une action contraire aux bonnes mœurs, à la probité, à la loi morale ou à la loi écrite, tout ce qui est inspiré par un mauvais sentiment est blâmable, une erreur, une faute résultant d'une légèreté d'esprit ou de Tignorance, une chose contraire aux convenances, une maladresse, une étourderie, sont répréhensibles.

BLANC, BLANCHATRE; NOIR, NOIRATRE; BLEU, BLEUATRE; VERT, VERDATRE, etc. Les mots en âtre sont des diminutifs ou des dcgradatifs du mot simple qui forme leur radical (56, page 17). Ce qui est blanchâtre tire sur le blanc, est d*un blanc qui n'est pas pur, et par conséquent n'est pas d'une couleur franche. Ainsi des autres.

BLANCHISSAGE , BLANCHIMENT. Blanchissage ne se dit que du liage sale que Ton lave pour le rendre propre. Blanchiment est réellement Faction de rendre une chose blanche, ouïe résultat de cette action; il se dit des pièces de toile, de la cire, de la monnaie d'argent, etc.

BLÊME. V. Pâle.

BLESSURE , PLAIE. Blessure se dit de toute lésion que le coup on le choc d'un objet extérieur prodait soit sur la peau, soit dans les divers tissas du corps, soit enfin dans un organe ou dans Tétat des os. Une contusion, une luxation, la perforation ou la séparation des chairs causée par une balle, par une épée, par tm instrument perçant ou tranchant, sont des blessures.

La plaie est l'état morbide, l'altération de quelques parties molles du corps, résultant d'une blessure qu'on a reçue ou provenant d'une cause interne, telle que la corruption des humeurs, etc. La blessure peut exister sans qu'il y ait plaie, et réciproquement; un bras cassé est une blessure sans plaie; la plaie d'un cancer n'est point l'effet d'une àlegsure,

« Vous appelez flgurément blessure le tort, le dommage, le détri-

meni, le n^al fait par une action violente ou maligne^ à llionnenr^ à la réputation, au repos d'une personne. I^s passions font aussi des dies" sures au cœur, lorsque leurs impressions sont assez profondes. Vous appellerez p/atetf de vives douleurs, de grandes afflictions, des pertes funestes, des calamités, des fléaux, des maux plus grands que de simples blessures : Vous direz les piaies de TÉgypte, les plaies de l'État.» (R.) BLEU . BLEUATRE. V. Blanc.

BLOQUER. V. Assiéger.

BLOTTIR (SE). V. Tapir (w)-

BOCAGE, BOSQUET. Le bocage est un petit bois sans culture, isolé dans la campagne : le bosquet est une touffe d*arbres ou d'arbustes, un petit bois planté à dessein dans un parc ou dans un jardin; ou bien c'est une petite partie d'un plus grand bois, disposée pour en faire un lieu de promenade ou de repos.

BOIS, FORÊT. Réunion d'arbres qui couvrent un certain espace de terrain, ou bien le terrain même où ils croissent. La forêt est un bois d'une très-grande étendue : le bois peut n'être dans un parc ou dans un jardin, qu*une petite réunion d'arbres, plus grande néanmoins que le bocage. En outre, le mot forêt fait entendre que les arbres y sont moins soignés, plus abandonnés à la seule action de la nature, et que l'aspect des lieux est plus sombre, plus sauvage. On dit le bois des Toileries, le bois de Yiucennes, le bois de Boulogne; et Ibl forêt de Fontainebleau, là forêt de Compiègne, la forêt des Ardennes, les forêts vierges d'Amérique.

BOISSON, BREUVAGE. L'un et l'autre signifient liqueur à boire, ce que l'on boit pour se désaltérer ou pour se rafraîchir : mais boisson est le terme ordinaire, usuel; breuvage est le terme poétique. «Qui te rend si bardi de troubler mon breuvage? » dit le loup à l'agneau. Hors du style poétique , breuvage désigne une liqueur composée exprès pour produire un certain effet : une tisane, une potion , une liqueur empoisonnée sont des breuvages et non des boissons.

BOITER, CLOCHER. Boiter, c'est proprement marcher avec une sorte d'oscillation, en se jetant d'un côté, de manière que le corps est ou parait être déhanché, dégingandé, déboîté dans quelqu*une de ses parties inférieures. Clocher^ c'est marcher avec un pied raccourci ou en se jetant sur un côté trop court, de manière que le corps est ou parait être tronqué, mutilé, inégal d*un ou d'autre côté dans sa base. — Celui qui va à cloche-pied ne boite pas, mais il cloche, ainsi que cette locution consacrée l'exprime. Il ne boite pas, car le corps reste bien placé, il est droit : il cloche, car il va avec im pied raccourci. — Celui qui jette alternativement le corps à droite, à gauche, sur le pied qui porte et qui soutient, de façon qu'il tombe également sur les deux côtéSi ne cloche réellement pas; car les deux côtés et les deux mouvemciits sont égaux, mais il boite, (R. )

BOKHEUR. 103

Ces âistiuctions sont justes sans doute; cependant il convient de remarguer que de nos jours boiter se dit dans tous les cas où clocher serait le terme juste; cela tient à ce que ce dernier mot est devenu très-familier au propre, et qu'il ne s'emploie plus guère qu'au figuré.

BON CCEUR (DE), DE BON GRÉ. V. De bon gré.

BONHEUR, CHANGE, PROSPÉRITÉ. Bonheur, événement heureux; chance, probablement du latin cadentia^ ce qui tombe^ ce qui échoit, ce qui survient^ événement heureux ou malheureux qui résulte d'un ordre de choses. « H y a beaucoup de chances possibles; cette chance est la plus probable; courir la chance; se mettre à couvert de toute chance, » (Acad.)

Ainsi la cliance peut être heureuse ou malheureuse, favorable ou contraire. On a dit d'abord : La chance est pour vous (Acad.), c'est-à-dire est en votre faveur, vous est favorable; et Ton a été conduit à dire de quelqu'un qu'il avait de la chance, pour dire qu'il avait du bonheur, que tout lui réussissait^ ou qu'il s'était tiré heureusement d'un mauvais pas : mais cette locution est-elle bien française ?

Les mots chance et bonheur expriment donc des idées tellement différentes, que véritablement il n'y a pas de synonymie entre eux. Le bcTÛieur, dans le sens où nous le considérons ici, est une chance heureuse ou, conome nous l'avons dit en commençant, c'est un événement heureux: ces deux locutions expliquent le mot bonheur: mais la piemière, pas plus que la seconde, ne peut être dite synonyme de ce mot.

a Le bonheur, dit l'abbé Girard, est l'effet du hasard; il arrive inopinément. La pro^nï^ est le succès de la conduite; elle vient par degrés. » L'Académie définit ainsi le mot prospérité : heureux état, heureuse situation, soit des affaires générales, soit des affaires particulières. Il s'emploie aussi au pluriel et signifie événements heureux : Tant de prospérités qui lui sont arrivées.

C'est dans ce dernier sens que le mot prospérités est synonyme de bonheur, considéré, non plus comme daignant un seul événement heureux^ mais une suite, une succession d'événements de ce genre, liais bonheurs, au pluriel, exprime plutôt l'idée d'une suite de chances favorables et de fâcheux accidents évités; tandis que prospérités fait entendre un enchaînement de succès^ une suite plus ou moins longue et non interrompue de faveurs de la fortune.

BONHEUR, FÉLICITÉ, BÉATITUDE. État heureux de l'àme. Le bonJieur est en général la satisfaction passagère que nous éprouvons de l'accomplissement de nos vœux, de nos désirs, de nos goûts, et même de DOS caprices. Il est difficile de donner une définition rigoureuse de ce mot : chacun entend le bonlœur à sa manière, et nous courons après lui ; mais à peine l'avons-nous atteint qu'il nous échappe. Le seul bonheur pur et durable est celui que donne la paix de la conscience.

Ul félicité est un grand bonheur, un bonheur sans mélange qui remplit le cœur et comble les désirs de l'esprit.

iCâ SYNONYMES FRANÇAIS.

n Béatitude, qui est du style mystique^ dit Tabbé. Girard, désigne l'état de rimagination préinenue et pleinement satisfaite des lumières •qu*on croit avoir et du genre de vie qu'on a embrassé. Elle dépend, dans chaque religion^ de la persuasion de l'esprit. »

Béatitude se dit principalement de la félicité dont les élus jouissent dans le ciel. (Acad.) BON SENS. V. Esprit.

BONNE GRACE (DE). V. De bon gré.

BONNES ACTIONS, BONNES ŒUVRES. L'un s'étend bien plus loin que l'autre. Nous entendons par bonnes acticns tout ce qui se fait par un principe de vertu; nous n'entendons guère par bonnes œuvres •que certaines actions particulières qui regardent la charité du pro- •chain. — C'est une bonne action que de se déclarer contre le relâchement des mœurs et de faire la guerre au vice; c'est une bonne action que de résister à une violente tentation de plaisir ou d'intérêt; mais ce m'est pas précisément ce qu'on appelle une bonne œuvre. Soulager les malheureux, visiter les malades, consoler les affligés, instruire les ignoranis, c'est faire de bonnes œuvres. — Toute bonne osuvre est um -bonne action; mais toute bonne action n'est pas une bonne œuvre, k parler exactement. (Bh.)

BONTÉ, BIENVEILLANCE, BIENFAISANCE, BÉNIGNITÉ, DÉBON- NAIRETÉ , MANSUÉTUDE. La bonté est l'inclination à faire du bien : ^lie se divise en différentes sortes, ou reçoit différentes modifications «0:1 s divers noms. Bornée au désir de vouloir du bien ^ elle est la bienveillance. Elle est bienfaisance dans l'exercice et la pratique. Douce, facile, indulgente, propice, généreuse, elle est bénignité. Avec une grande facilité, la plus tendre clémence, la patience, la longanimité, la mansuétude qui part du cœur et donne à la douceur un nouveau charme, c'est la débonnaireté, — La bonté fait qu'on pardonne, on se •rend. La 6^m^tï^ fait qu'on pardonne avec facilité, on ne résiste pas. La débonnaireté fait qu'on pardonne avec joie, on offre le pardon comme •on demande une grâce. — La bonté peut être réservée, froide, sèche, :sévère même. La bénignité sera douce, ouverte, facile, empressée; mais •elle ne sera pas toujours aussi douce, aussi tolérante, aussi patiente, aussi constante, aussi généreuse que la débonnaireté. — La bonté attire; la bénignité charme; la débonnaireté confond. — La mansuétude eai une constante égalité de l'âme, qui, fondée sur une 6on^^ inaltérable et accompagnée d'une douceur inépuisable, supporte le mal de la même manière et avec la même vertu dont elle fait le bien. (R.)

La mansuétude est une vertu chrétiennne : ce mot n'est guère usité que dans le langage de la dévotion. (Acad.) — V. Bénin, doux^ humain.

BONTÉ, HUMANITÉ, SENSIBILITÉ. Ces trois qualités sont semblables en ce qu'elles tendent toutes trois au même but, le bonheur des autres; elL?s diffèrent essentiellement entre elles par leur manière

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