DEMEURANT ^AU
conduiie f^u'on suppose en eux. Mais je dirais : « 11 y a des piiilosophes qm croient que les bètes pensent ainsi que les hommes » ; parce qull s'agit de la réalité de la pensée^ qu'on attribue là à la bét^ auss* bien ({u'à l'homme^ et non d*aucune modification ou manière de penser; puisqu'on peut ajouter que^ quoique ces philosophes croient que les bétes pensent ainsi que les hommes , ils ne croient pourtani pas qu'elles pensent de même çt/eux. Je dirais enfin « que les expressions d'une personne qui ne conçoit les choses que confusément, ne sont jamais justes comme celles d'une personne qui les conçoit clairement»; parce qu'il est là question d'une qualité de l'expression, ou ii*ane qualification qu'on lui donne. Par cette 'inème raison on dit : « Hardi comme un lion^ blanc comme neige, doux comme miel »^ et non pas ainsi que ni de même qu'xm lion, etc. (6.)
DEMENCE, FOLIE. La démence, àe cf^priyatif et du latin men^, esprit, raison, jugement^ est la privation accidentelle de la faculté d'établir eatre les idées des rapports vrais , et d'en tirer des conclusions raisonnal)Ies. La folie est la non-conformité de Tacte avec la raison ou avec la loi de nature. Ainsi la démence est Tétat de Tesprit, la folie est plutôt dans les actions : on tombe en démence ; on fait nue folie ou des folies. Les fous des anciens rois faisaient ou disaient des folies; mais ils n'étaient point en démence; la plupart d'entre eux avaient beaucoup <l'esprit et de bon sens.
On peut dire d'un animal qu'il fait des folie», qu'il est fou, lors- <in'il fait quelque chose de contraire à ses habitudes, à sa nature^ à son instinct. On ne dit jamais qu'il est en démence; car les animaux Qe possédant point la faculté appelée mens par les latins, ne sauraient être privés de ce qu'ils n'ont pas.
Chez un aliéné, la folie est pour ainsi dire la conséquence, Teffet de ^démence.
DÉMESURÉ. V. Immodéré.
DEMEURANT (AD), AU SURPLUS, AU RESTE, DU RESTE. «Ces différentes manières de parler servent de transitions, pour passer d'une manière marquée à quelque trait remarquable qui forme on amène la conclusion ou la fin d'un discours. — Au demeurant est propre à désigner deux sortes de rapports : celui que les parties du <liscours ont entre elles, et celui qui se trouve entre les choses mêmes. Son idée est certainement celle de demeure, d'arrêt, de stabilité. Ainsi, employée comme conjonction , cette façon de parler désigne le résultat, û conclusion, la fin, quelque chose de définitif, ce sur quoi 1 esprit, le discours s'arrête, se repose, demeure : comme liaison des choses, elle désigne ce que l'objet est en soi, dans le fond, à demeure, en sonune, d'après, avec ou malgré ce qu'on en a dit. Marot donne ûe cette manière le dernier coup de pinceau au portrait de son valet :
Sentant la hart d*ime licne à la rondo . Au d.em9urant , le meilleur (ils d» monde.
1^0 STHONTMES FRANÇAIS.
« Au •ufpluê suppose une série^ une gradation^ une cnmulation de choses au*dessas desquelles on en ajoute quelque' autre, en outre^ par réflexion, par complément,. par surcroît. 'Ainsi, après aroir rapporté les noayelles qui 'se débitent, et les raisons qu'ilpeut y aTolr d'y croire, tous ajoutez op^au surplus tous ne les garantissez pas. Don Diègue, après qu'il a sondé le cœur de son fils, estpose Taffiront qu'il a rgçu > commande la Tengeance, et > poursuit :
Au jtffplM, pèar ne te point flatter, Je te donne à eenibattre un homme i redonter.
*(Au reste désigne d'une manière Tague'cequi teste h, dite. » (R)
Oette locution annonce quelque chose qui est du môme genre que ce qui précède et" qui y feit suite : «G^est là èe qu'il y a de plus sage; au reste, c'est aussi ce qu'il y a de pte Juste». (Marmontel. ) l'ti re^^tf signifie cependant, néanmoins, malgré cela : il se dit lorsque ce qui suit n'est pas du même genre que ce qdi précède, et il exprime une sorte d'opposition : « Il est capricieux; du reste ^ il est honnèta homme ». ( Acad.)
DEMEURE. V. Maison, habitation.
DEMEURER, HABITER, LOGER. Demeurer ei ÎÙJihîier se disent Tun et Tautre par rapport au lieu topographique où l'on a établi sa résidence; loger se dit par rapport à la maison ou à la partie de la maison dans laquelle on a son appartement otsi sa chambre. « Quand les gens de distinction demeurent à Pans; dit l*abbé Girard, ils logent daDs leurs hôtels; et quand ils d(»n6tfre9v/ àla'Caïnpdgne, ils logeai dans leurs châteaux. »
La synonymie des Terbes demeurer et habiter est très -grande : on dit habiter la ville, la campagne; comme aussi demeurer à la Tille^ à la campagne. (Acad.) Dans cet exemple habiter est actif, il l'est aussi dans les suivants : a Le renne habite les contrées du nord; les peuples qui Aâ6iïen^ ces pays ». (Acad.)
' Mais habiter est souvent employé comme verbe nteutre : « Habiter dq^QS un lieu, dans tm palais; les peuples qfoi habitent sous la ligue». (Id.)
Voici ce qui distingue suttout les deux verbes habiter et demeurer -
10 £q général habiter indique le séjour ordinaire, habituel (Voir les exemples précédents y; c'est pourquoi il est plus propre à marqo^^ une longue résidence : demeurer convient mieux pour marquer une résidence temporaire. Un citadin, c'est-à-dire un homme q;oï habite la ville passe la belle saison à la campagne; il pourra dire qu'il y a demeuré tout ce temps*
20 Quand ces deux mots sont employés en même temps, demeurer se dit du lieu renfermé, compris dans celui que l'on habite : y habite Pans et je demeure dans tel quartier ou dans telle rue. Mon ami habite le faubourg Saint-Germain et demeure rue de l'Université; yhabite » Ji9 25 et je demeure au premier.
DE-USB. 181
DEMEURER y RESTER. L'idée oommnne à ces deux mots est de ne se pomt en aller; et leur différence consiste en ce que demeurer ne présente que cette idée simple et générale de ne pas quitter le lieu où ï'oa est; et que rester a de plus une idée accessoire de laisser aller les autres.— Il faut être hypocondie pour demeurer toujours chez soi, sans compagnie et sans occupation. Il y a des femmes qui ont la politique de rester les dernières aux cercles, pour dispenser les autres de médire d'elles. — Il parait aussi que le second de ces mots convient mieux dans les occasiODB où il y a une nécessité indispensable de ne pas bouger de l'endroit; et que le premier figure bien où il y a pleine liberté. Ainsi l'on dit que la sentinelle reste à son poste, et que le dévot demeure longtemps à Téglise. ( G. ) DÉMISSION, y. Abandon, DÉMOLIR. V. Abattre.
DÉMONSTRATION D'AMITIÉ, TÉMOIGNAGE D'AMITIÉ. U ne faut pas confondre entièrement démonstration avec témoignage en matière d*amitié. Démonstration va tout à Textérieur, aux airs du visage^ aux manières agiéables, aux caresses, à des paroles douces et flatteuses, à un accueil obligeant : témoignage au contraire est plus inté-. rieur et ya au solide, à de bons offices, à des services essentiels. C'est une démonstration d'amitié que d'embrasser son ami; c'est un témoignage d'amitié que de prendre ses intérêts, que de lui prêter de Targent. Les démonstrations d*amitié sont souvent frivoles; les té^noignages d'amitié ne le sont pas d'ordinaire. Un faux ami, un traître, peut donner des démonstrations d'amitié; il n'y a qu'un véritable ami qui puisse donner des témoignages d'amitié. (6h.) DÉNIER. V. Nier.
DÉNIGRER. V. Noircir, DÉNOMINATION, DÉNOMMER. V. Nommer.
DÉNONCIATEUR. V. Accusateur,
OÉNOUMENT, CATASTROPHE. Nous considérons ces moto danf leur rapport commun avec la conclusion d'une action dramatique. Le iénoûmeni défait le nœud, comme le mot le porte : la calaslropht ait la révolulion, aaivani le sens du grec katastroptie , subversion issue, etc. Le dénoàment est la dernière partie de la pièce; la catastrophe est le dernier événement de la fable. Le dénoûment démêle l'intrigue; la catastrophe termine l'action. Le dénoûment, par des développements successifs, amène la catastrophe; la catastrophe complète le dénoûment. — Le mot catastrophe exprime proprement une funeste issue, une fin déplorable, un événement tragique, un dénoûment malbeureux. (R.) DENRÉES. Y. Marchandises et Sid>sistances. DENSE, ÉPAIS. lie resserrement ou le rapprochement des parties forme la densité, l'épaisseur. — Dense est un terme de physique, et il ne s'emploie que dans le sens physique. Épais est un mot de tous les
MCT. DES 8TK0KTMBS* <'
482 SYNONYMES FRAKÇAIS»
Styles, même an figuré : bomine épais (opposa à l'homme délié), comme mie étoffe épaisse, -> Vous considérez proprement dans ie corps épais, la profondeur ou l'espace d*une surface à l'antre du corps compacte : une planche est épaisse d'un pouce; une muraille Test de deux pieds. Vous considérez dans un corps dense U gravité ou la pesanteur de la masse comparée avec le Tolume : l'or est plus dense que l'argent; le chêne que le sapin ; avec le môme volume > le lingot d'or pèse heauconp plus qu'un lingot d'argent. Il en est de même à l'égard du sapin. — Nous supposons quelquefois des intervalles trèsdistincts et très- sensibles entre les parties d^un tont que nous appelons épais. Une forêt est épaisse, une main de papier l'est aussi. Dans le corps que nous appelons dense, nous supposons peu de porcs ou des pores plus petits que dans d'autres corps : Tébène est fort dense, eu égard au peuplier. L'eau est plus dense que l'air. (R. )
DÉNUÉ, DÉPOURVU. L'homme dénué est comme nu, laissé nu, mis à nu. L'homme dépourvu est non pourvu, malpoui^u, manquant de provisions. Le premier de ces termes marque donc à la rigueur b nudité, un dépouillement, ou plutôt une privation entière et absolue r le second n'exprime, à la lettre , qu'un manque , ou une disette plus ou moins grande , par le défaut de provision ou de moyen. -» Dénué ne se dit qu'au figuré : dépourvu a les deux sens. L'bonmie dénué de biens est dans la misère : l'homme dépourvu est dans le besoin. La Bruyère nous présente souvent des personnes entièiement dénuées d'esprit; c'est la sottise pure. Il est moins rare de voir des gens dépourvus de sens commun; ce sens est peuVétre moins commun que la déraison. — Dénué s'applique fort à propos à ce qui est propre, naturel, ordinaire à l'objet, comme le vêtement au corps. Dépourvu se rapporte particulièrement à tout ce dont on a besoin ou coutume d'être joouivti ou de se pourvoir, de se prémunir, de se précautionner. Un poème est dénué de coloris; un discours est dénué de chaleur. Un peuple est dépourvu de lois ; une place est dépourvue de munitions. — Dénué demande nécessairement après lui un régime, car il n'est figurément affecté à aucun sujet qui indique nécessairement un genre de privation. Mais dépourvu, au propre, laisse quelquefois son régime sous-entendu, à cause qu'il est assez annoncé par le sujet et par le reste de la plurase. Ainsi l'on dit fort bien un marché dépourvu, une maison dépourvue, une place dépourvue; parce qu'on reconnaît sans autre explication, de quelles choses la place, la maison , le marché, sont dégarnis. (R. )
DÉPARTIR, RÉPARTIR, DISTRIBUER, PARTAGER. Départir a rapport au sujet qui donne, qui accorde, et le montre comme supérieur à ceux sur lesquels il laisse tomber, en quelque sorte, ses gr&ces, ses faveurs, ses bienfaits : « Dieu départ ses grâces avec équité ». (Acad.) Répartir a plutôt rapport aux personnes qui reçoivent; il signifie assigner ou donner à chacun sa part des bonnes coonne des mauvaises choses, et à proportion des droits ou des facultés ; a Répartir les bienf