DES MOTS SYNONYMES
ET DES MOYENS DE DISTINGUER LE S^NS »ARTI€UirfiB QUI ÉTABLIT UNE DIFFÉRENCE ENTRE CES MOTS,
I. — Il faut entendre par synonymes, non pas des mots qui ont la même signification , absolument et dans tous les cas possibles, mais lies mots ou des locutions qui ayant un sens général commun, ce qui les rend synonymes les uns des antres, ont cependant chacua m)e signification propre, qui permet d'exprimer des nuances d'idées dans les cas particuliers où la pensée Texige K
Ainsi, par exemple, Tidée commune: aux trois mots terrain, terroir, territoire, et qui constitue le sens général de ces mots, est celle d'une certaine étendue de sol; mais le terrain est un espace de terre considéré par rapport à quelque ouvrage, à quelque construction. (ju'oii pourrait y faire, comme une maison, une f^br/que, etc.; la tcrmir est le sol considéré par rapport à Tagriculture : c'est la terre mise en cnltore, destinée à produire des récoltes; le /em/oir»,. est toute la terre qui forme la circonscription d'une commuoej l'étenduei d'un département, d'une province, d*un royaume, etc.
Il y a deux sortes de synonymes : les synonymes qui ont des radicaux identiques, et les synonymes qui ont des radicaux différents. Les trois mots terrain, terroir, territoire, sofi.t dans le premier cas.; ils ont le même radical, le mot terre, qui a servi à les fom^er.tous Ips trois^ mais les synonymes esclavage et servitude n'ont pas le méuic radioah le premier a été formé directement du mot français esclave, le radical du second est le mot latin servus,
1. Toyez le § I de l'Introdacttim qui précède mes Èiuit9 ti imr^figptur Im t^nonputi françaù.
DlCr. DES IT!«01iniEi. ^
S. — Dans ces deux sortes de synonymes, pour bien distinguer et marquer les nuances qui différencient des mots ayant une signification générale commune, il faut examiner :
1» L'étymolo^e de ces mots et leur composition; c'est-à-dire leui origine^ et^ s'ils ne sont pas simples, les différentes parties qui les composent.
fo Leur emploi consacré par le bon usage et par les écrivains qui font autorité.
L'étymologie est une donnée moins fréquemment utile qu'on ne le croirait d'abord : dans beaucoup de cas elle est insuffisante; dans d'autres elle peut induire en erreur, parce que l'usage a profondément modifié ou même complètement changé Tacception primitive du mot. Ainsi l'étymologie nous apprend quVtomicide, se disant de la personne qui a faH l'action, signifie celui qui a tué un homme f Acad.); mKii meurtrit r et assassin^ synonymes d.* homicide, ont précisément le même sens : Tétymologie du premier mot ne nous donne que l'idée générale commune aux trois expressions ; elle ne nous apprend donc rien de ce qu'il nous faut savoir pour connaître le sens particulier d'.i mot homicide, le sens qui le distingue de ses deux synony.Tes. Les mots meurtre, meurtrier ont la même origine que mort, et la connaissance de cette origine nous laisse dans la même incertitude. Quant au mot assassin, on le fait venir à'fiaschischin, nom d'une secte arabe qui avait pour chef le Vieux de la Montagne : ce mot a doue un sens bien difi'é* rent de celui qu'il devrait avoir en vertu de son étymologie. Autre exemple : un bourgeois n'est pas l'habitant d'un bourg; c'est pourtant la seule signification que l'étymologie donne à ce mot.
L'examen des difi'érentes parties qui composent le mot, et surtout Pétude de l'emploi qu'en ont fait les bons écrivains, sont des moyens beaucoup plus sûrs.
3. — Dans les synonymes à radicaux identiques, l'idée générale et commune est exprimée par le radical; les nuances d'idées qui distinguent les mots synonymes tiennent à une modification de sens produite par un préfixe, particule qui précède le radical et fait corps avec lai , eu par la désinence, on en&uipax une cause purement grammaticale.
Par exemple, le mot simple trainer et le composé entraîner ont le même radical : l'idée générale qu'ils expriment est celle de tirer après soi ou mener de force; mais le préfixe en donne au mot entraîner un sens particulier que n'a pas son synonyme trainer. De même dans le mot règlement la terminaison ment modifie le sens du mot règle; enfin un accident purement grammatical, celui de l'emploi de l'article partitif dans la locution avoir de la peine h faire quelque chose, suffit pour établir une assez grande difi'érence de sens entre cette locution et son synonyme avoir peine à faire.
On comprend que les mêmes modifications de sens peuvent, par les mêmes causes, avoir lieu dans des synonymes à radicaux différents
QuicoDCpie prend les synonymes pour objet de ses recherches ou de ses études, doit donc avant toules choses connaître la valeur des p^xes, celle des terminaisons et les caractères grammaticaux qui peuvent avoir une mfluence sur le sens des mots ou des locutions composées : en conséquence posons d'abord ces bases de tout travail sérieux sur les synonymes.