ENTENDRE
ENQUÉRIR (S'), S'INFORMER. STenquérir, c'est faire des enquêtes OQ des recherches plus ou moins diligentes, curieuses, étendues ou profondes, pour acquérir la connaissance^ une connaissance ample ou exacte, ou même la certitude de la chose, ^informer, c'est seulement chercher, demander des himières, des éclaircissements pour savoir ce qui est. — S'enquérir dit plus que informer; comme quérir dit plus que chercher, requérir que demander, etc. ^enquérir, en latin inqui" rere, c'est scruter, fouiller en dedans, dans le fond, intits quœrere, comme le remarquent les vocahulistes. En demandant une chose àquelqu'un on s'en informe; en la demandant à plusieurs personnes pour juger par leurs témoignages comparés, ou en pressant on poarsuiyant de questions une personne instruite, on s*enquiert. Ainsi, celui qui questionne ^enquiert; celui qui demande s'informe. A force de s'enquérir, on découvre; à force de it informer, on apprend. (R.)
ENSANGLANTÉ. V. Sanglant.
EN SECRET. V. Secrètement.
ENSEIGNER, APPRENDRE, INSTRUIRE. Donner l'enseignement, l'iiiStraction. Enseigner se dit des choses de l'esprit; apprendre, des beaux-arts, des arts d'agrément, des exercices du corps ou de la main; instruire, de ce qui a rapport à l'éducation morale. On enseigne à quelqu'un les langues, les lettres, les sciences, la méthode : on lui apprend la musique, le dessin, la peinture, rescrime, l'équitation, la gymnastiqtie, l'écriture, un métier: on l'instruit sur la religion, sur ses devoirs, sur les règles de conduite dans le monde, etc.
ENSEMBLE , A LA FOIS. Ensemble signifie de compagnie, les uns auprès des autres, les uns avec les autres. Tous les chevaux sont ensemble dans la môme écurie ; ils partiront ensemble, de compagnie. — A la fois signifie en même temps. Deux fusils partent à la fois et ne partent pas ensemble, — Ensemble indique une certaine liaison entre les choses ; à la fois n'indique qu'un rapport de temps. Deux livres qui sont à côté Tan de l'autre dans une bibliothèque, sont ensemble sur le même rayon ; ils tombent ertsemble, lorsque dans leur chute ils s'accompagnent et restent près l'un de l'autre, ou l'un sur l'autre. Deux livres qui sont éloignés l'un de l'autre peuvent tomber à la fois, c'est-à-dire dans le même moment; mais ils ne peuvent pas tomber etisemble, puisqu'ils n'étaient pas ensemble avant de tomber, et qu'ils n'y sont pas davantage en tombant. (L.)
ENSEMENCER. V. Semer.
ENSUITE. V. Après.
ENTASSER. V. Amasser.
ENTENDEMENT. V. Esprit.
ENTENDRE, COMPRENDRE, CONCEVOIR. Entendre a rapport au matériel du discours ; on x^entend pas un discours, on ne se fait pas des idées conformes à ce qu'il présente, lorsqu'on ne donne pas aux termes la même valeur que leur donne celui qui nous parle, ou dont
226 S7a03ITMBS FBàHÇAIS.
Bons Usons Tomnage; lorsqu'on ne sai^ pas les Tials rapports graromaticanz des phrases, des expressions entre elles. — Comprendre a fi^KK>ri anz idées qni sont présentées. Cest apereeroir la liaison des idées dans nn jngemenl, la liaison des propositioos dans un raisonnement. On ne comprend pas on raisonnement^ lorsqu'on ne saisit pas la liaison logique des propositions qni le composent. — Concevoir a rapport à l'ordre, au dessein^ au plan de la chose qni nous est présentée. On ne conçoit pas un projet, brsqu'on ne se fût pas une idée juste de l'ordre, in dessein, des effets des choses qni sont présentées à notre esprit et des rapports de leurs diverses parties. (L.)
Entendre s'applique très-bien aux circonstances du discours^ au ton dont on parle, au tour de la phrase, à la délicatesse des expressions; tout cela s'entend. Comprendre parait mieux conrenir en lait de principes, de leçons, de connaissances spéculatiyes; ces choses se comprennent. Concevoir s'emploie avec grâce pour les formes, les arrangements, les projets, les plans; enfin tout ce qui dépend de l'imagination se conçoit. — Il est difficile d'entendre ce qui est énigmatiqne, de comprendre ce qui est abstrait, et de concevoir ce qui est confus. (6.)
ENTENDRE, ÉCOUTER, OUÏR. Entendre, c'est être frappé des sons : écouter, c'est prêter l'oreille pour les entendre. Quelquefois on n'entend pas, quoiqu'on écoute; et souvent on entend sans écouter. Ouïr n'est guère d'usage qu'à l'infinitif, au passé défini et au temps composés du participe passé; il diffère à'entendre, en ce qu'il mai que une sensation plus confuse : on a qnelqefois oui parier sans avoir entendu ce qui a été dit. — Il est souvent à propos de feindre de ne pas entendre. 11 est malhonnête d'écouter aux portes. Pour répondre juste, il faut avoir ouK distinctement. (6.)
ENTENDU. V. Adroit, capable.
ENTERRER. V. Inhumer.
ENTERREMENT. V. Funérailles.
ENTÊTÉ. V. Têtu.
ENTÊTEMENT. V. Fermeté.
ENTÊTER. V. Infatuer.
ENTHOUSIASME, EXALTATION. Tous deux expriment une grande activité, un transport de Tàme ou de l'esprit, excité par quelque chose de grand, de beau, de noble, d'élevé, de puissant. Mais l'enthousiasme n'est qu'un élan momentané, et le plus souvent, il est produit par une cause extérieure qui a touché vivement notre &me : l'exaltation est un état mental d'une plus longue durée ou même habituel, et dont la cause est dans les idées, dans l'esprit lui-même.
L'un et l'antre se passionnent vivement et sont sous l'influence active de rimagination; mais l'enthousiasme est une sorte d'inspiration qui donne une plus grande puissance aux facultés de l'esprit; Vexaltation est une sorte de fièvre morale qui trouble ou égare ces facultés, presque toujours au delà des bornes de la raison. On dit l'enthousiasme pôé-
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tique ^ Venthousi€ume guerrier; et l'exaltation relig^ense^ Vexaltation des faualiques.
ENTIBR^ COMPLET. Une chose est entière, lorsquVUe n'est ni mntjlée, ni brisée, ni paitagée, et qne toutes ses parties sont jointes ou assemblées de la façon dont elles doivent Tôtre. Elle est complète, lorsqu'il ne lui manque rien, et qu'elle a tout ce qui lui convient. Le premier de ces mots a plus de rapport à la totalité des portions qui sei^ vent simplement à constituer la chose dans son intégrité essentielle. Le second en a davantage à la totalité des portions qni contribuent à la perfection accidentelle de la chose. — Les bourgeois, dans les provinces, occupent des maisons entières, à Paris, ils n'ont pas toujours des appartements complets. (G.)
ENTIÈREMENT, EN ENTIER, TOTALEMENT, EN TOTALITÉ. Entièrement modifie le verbe, l'action exprimée par le verbe : en entier modifie la chose, l'objet sur lequel tombe cette acdon (61, page 20). Quand vous avez fait entièrement une chose, la chose est faite en entier ; vous n'avez plus rien à faire et il n'y a plus rien à y faire. J'ai lu entièrement cet ouvrage, c'est-à-dire que ma lecture est achevée. Je l'ai lu en entier y c*est-à-dire qae j'ai lu l'ouvrage tout entier. — L*adverbe suppose une action divisible en plusieurs degrés d'efficacité ou d'énergie : la phrase a(brerbiable suppose une chose divisible en j[)lnsieurs parties qui doivent former un tout complet. Vous avez entièrement compté une somme; la somme est en entier dans le sac. La pesie a cessé entièrement, et non en entier, La peste en elle-même ne se divise pas comme un tout qui a plusieurs parties; mais son cours ou son action a plus ou moins de force, et passe par divers degrés d*aflraiblissement jusqu'à son entière cessation. — En entier indiquera aussi ce qui se fait tout à la fois, en un seul coup, par un seul acte, tout ensemble; tandis ^\x* entièrement désigne une succession d'actes, ou une action dont les influences divisées se portent sur divers objets. Une ville est entièrement engloutie par plusieurs secousses de tremblement de terre : par une seule ouverture subite de la terre, elle est engloutie en entier, (R.)
Il en est des expressions totalement et en totalité comme des deux autres : totalement modifie l'action et a rapport à Tagent; en totalité a rapport à Tobjet.
ENTOURAGE. V. Entours[les).
ENTOURER, ENVIRONNER, ENCEINDRE, ENCLORE. Enelùre, c'est enfermer une chose comme dans un rempart, former tout autour une clôture, de manière qu'elle soii cachée, défendue. Un parc est enclos de murs, pour que les personnes n'y entrent pas, et que le gibier n'en sorte point. Ce verbe ne se dit qu'au propre. — Enceindre, c*est renfermer une chose dans une enceinte, Ventourer dans toute sa circonférence, comme d'une ceinture, de manière que n'étant nulle part ouverte ou découverte, d'un c6té ses limites soient fixées, et de
S28 5TH01fTU£S FKAHÇAIS.'
l'antie son accès soit défeoda. Ce mot, pca usité, ne se dit que d*ane étendue assez considéraltle. Une ville est enceinte de murailles, on lût enceindre de fossés une forêt La clôture est permAnente et à demeure; Venceinte peut être mobile et seulement tracée. -^ Les idées distinctives des deux verbes précédents sont bien marquées. U n'en est pas de même d'environner et d'entourer : leur étymologie ne donne que l'idée générale et commune de mettre une diose autour d'une autre, de former un cercle autour de celle-ci, de la revêtir ou enfermer dans toute sa circonférence. On entoure et on environne une Tille de murs; et l'on dira de même enceindre et enclore une ville. — Je serais disposé à croire que ce qui entoure touche de plus près à la chose qu'il entoure, qu'il forme tout autour une chaîne plus serrée, qu'il a des rapports plus étroits avec elle; tandis que ce qui environne peut être plus ou moins éloigné, plus vague, moins continu, plus détaché et plus indépendant de ce qu'il environne. Je me fonde sur certaines façons de parler uûtées : un anneau entoure le doigt; un bracelet entout^e le bras ; une bordure entoure un tableau; mais les deux environ^ netit la terre; des places fortes environnent un État, etc. — Ainsi ce qui est autour d'ane chose en est tout près; mais environ ne signifie qu'à peu près; les alentours ne s'étendent pas aussi loin que les environs. La chose entourée est c(»nme le centre de ce qui l'entoure; la chose environnée n'a nécessairement qu'un rapport de position avec ce qui ^environne. — Ces mots s'emploient également au figuré : entourer s'y renfermera dans un cercle plus étroit, et il indiquera des rapports plus intimes; environner, plus libre et plus pompeux, embrassera un champ plus vaste, et conviendra surtout dans les grandes images. L'homme est environné de misères; le pauvre en est entoura. (R.)
ENTOURS (LES), LES ALENTOURS, L'ENTOURAGE. Ces mots signifient également les personnes dont on est entouré. Mais l'expression les entours dit quelque chose de plus intime et de plus habituel que les alentours : les entours de quelqu'un, c'est sa famille, au milieu de laquelle il vit, et ses amis les plus intimes; ses alentçurs sont les personnes qu'il fréquente, qui sont en liaison avec lui, ses connaissances, ceux que l'on appelle légèrement des amis. L'entourage est l'ensemble des entours et des alentours (24, page 8)
ENTRAILLES. V. Viscères.
ENTRAINER. V. Tixtiner.
ENTREMISE, MÉDIATION. L'enfremifi» est Taction d'une personne qui , possédant la confiance de deux autres personnes éloignées l'une de l'autre, fait connaître à l'une et à l'autre leurs intentions respectives, et propose ou fait réussir entre elles quelque affaire à leur satisfaction '. réciproque. — La médiation est l'action d'une personne qui travaille à ; rapprocher Tune de l'autre, ou les unes des autres, d'autres personnes divisées par des prétentions, des passions ou des sentiments opposés, et à opérer une conciliation qui fasse cesser entre elles toute quereUe tout
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débat, toute contestation^ tonte mésintelligence. — On propose son enironise ponr commencer ou conduire une affaire. On propose sa médiatien pour faire cesser des guerres, des inimitiés, des procès, etc. ( L.)
EKT9KD«ISH:. V. Projet
ENTRETENIR, FOMENTER. Entretenir signifie simplement faire Qii*ane chose continue d'être, de subsister dans l'état où elle est. Fomenter ajoute à cette idée celle de fournir le principe qui fait que la chose est ce qu'elle est. Ces deux mots se prennent en bonne ou &b manvaise part. On entretient l'amitté, la concorde, par la douceur, par la complaisance; on la fomente par des services essentiels et extiuordinaires. On entretient des troubles en laissant subsister les causes qui les ont produits et qu'on pourrait détruire; on la fotnente en donnant à ces causes plus de force, plus d'activité, plus d'énergie. (L.)
ENTRETIEN. V. Conversation.
ENVAHIR. V. Usurper.
EN VAIN. V. Vainement.
ENVIE, JALOUSIE. Voici les nuances par lesquelles ces mots diffcreat : 1^ On est jaloux de ce qu'on possède, et envieux de ce que possèdent les autres; c'est ainsi qu'un prince est jaloux de son autorité. La jalousie est donc en quelque sorte juste et raisonnable , puisque, suivant Texpression de La Rochefoucauld, eUe ne tend qu'à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que Venvie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres. — 2» Quand ces deux mots sont relatifs à ce que possèdent les autres, envieux dit plus que jaloux. Le premier marque une disposition habituelle et de caractère; l'autre peut désigner uu sentiment passager : le premier désigne aussi un sentiment actuel pins fort que le second. On peut être quelquefois jalovx, sans être oatorellement envieux: là jalousie, surtout au premier mouvement, est nn sentiment dont on a quelquefois peine à se défendre; Venvie est nn sentiment bas, qui lOnge et tourmente celui qui en est pénétré. La, jalousie, dit Duclos, est l'effet du sentiment de nos désavantages comparés au bien de quelqu'un : quand 'il se joint à celte jalousie de la haine et une volonté de vengeance dissimulée par faiblesse, c'est €Kvte. (B.)
ENVIER, AVOIR ENVIE. Nous envions aux autres ce qu'ils possèdent; nous voudrions le leur ravir. Nous avons envie pour nous de ce qui n'est pas en notre possession ; nous voudrions ravoir. Le premier est nn mouvement de jalousie ou de vanité : le second l'est de cupidité ou de volupté. — Les subalternes envient l'autorité des supérieurs. Les enfants ont envie de tout ce qu'ils voient. — Il me parait qu'on se sert plus à propos d'envier pôUr les avantages personnels et généraux; mais qvL*avoir envie va mieux pour les choses particulières ^t détachées de la personne. Ainsi l'on dit envier le bonheur de quel- 4lQ'nn,et avoir envie d'un mets. (6.)
ENVIE (AVOIR), VOULOIR. V. Vouloir.
ENVIRONNER. V. Entourer,
ENVOYÉ. V. Ambassadeur.
ÉPAIS. V. Dense.
ÉPANCHEMENT, EFFUSION. Épancher, verser èa peatclùAt, en inclinant doucement , répandre goutte à goutte. Effusion , écouièiiient abondant^ débordement, profusion, prodigalité. — V effusion estdoLe plus vive, plus abondante, plus continue que Vépanchemcnt : par une meurtrissure, il se fait un épanchement de sang; il y en aura effusion par une large plaie. — Ces mots conservent leur liifl'éiencc au figuré. On dit souvent Véjtanchemenl et Veffusion ùvl cœur. Un cœur sensible cbercbe à se soulager par des épanchements : un cœur trop plein obercbe à se décharger par des effusions. Les passions douces et discrètes se communiquent par des épanchements : les passions violentes et unpétueuses se répandent par des effusions. (R. )
ÉPANDRE, REPANDUE. Épandre marque l'action simple, faite lentement ou doucement; il est d'ailleurs d'un usage peu fiéqueut, et il se dit le plus ordinairement d'un fleuve ou d'une rivière qui étend paisiblement ses eaux. Il s*emploie figurémcnt , et réveille Tidée d*une action bienfaisante. Répandre marque une action plus forte ou plus vive, une disposition plus grande, une effusion faite de tous c6tés ou de haut (5, pages).
ÉPARGNE. V. Économie.
ÉPIER, ESPIONNER, GUETTER. Épier ei espionner sigBiûaniYun et l'autie observer secrètement et adroitement les actions, les discours d'autrui , ou ce qui se passe en quelque lieu : mais on épie ce que l'on soupçonne, et dans le but de s'en assurer; on espionne pour apprendre ce que Ton ignore entièrement ou dont on n'a qu'une connaissance imparfaite. En outre, et c'est là ce qui distingue le mieux ces deux actions, celui qui espionne trompe sur ses intentions et même sur sa qualité, et il n'observe que pour faire un rapport à Thomme qui l'emploie et le paie.
Guetter, c'est observer d'un lieu où l'on s*est posté dans le dessein (le suiitrendre ou simplement d'attendre quelqu'un : « Le chat guette la souris; les voleurs guettent les passants; un créancier guette son débiteur pour lui demander de l'argent». (Acad.)
ÉPITHÈTE, ADJECTIF. Vépilhète et Vadjectif se joignent an substantif pour en modifler l'idée principale par des idées secondaires : mais l'idée de Vadjectif est néessaire, elle sert à déterminer et com« ri!éter le sens de la proposition; et l'idée de Vépithète n'est souvent qu'utile, elle sert à l'agrément et à l'énergie du discours. Retranchex d'une phrase Vadjectif ,éi\e esfincomplète , ou plutôt cVst une autre proposition : retranchez-en Vépithète, la proposition pourra rester en tière, mais déparée ou aifaiblie. L'esprit chagrin attriste en quoique sorte les objets les plus riants : la paie mort frappe également du
ÉRODIT.
pied à ia porte des cabanes et à celle des palais. Supprimez dans la première phrase Tadjectif c^a^rm, elle n'a plus de sens : supprimez dans la seconde Tépithète pàle^ le sens reste, mais l'image est décolorée. (B.)
ÉPOUVANTABLE. V. Affreux.
ÉPOUVANTE, V. Appréhension,
ÉPOUX. V. Mari.
fcPBEUVE. V. Expérience.
ÉPUBATION , ÉPURER. V. Dépuration.
ÉPURER, PURGER. V. Purger,
ÉQUIPAGE. V. Train.
ÉQUITÉ. V. Justice.
ÉQUIVOQUE. V. Ambiguïté,
ERRER, VAGUER. Errer, c'est aller çà et là, sans suivre de route certaine. Vaguer, c'est errer d'une manière rague et vaine, c\ Taveriture, sans suivre aucune route déterminée, sans s'arrêter nulle part, sans but, sans dessein , sans raison, sans retenue. Des peuples errantsne se fixent nulle part; ils changent souvent de lieu : des peuples vagabonds ne s'arrêtent pas; ils sont, pour ainsi dire, toujours en course, sans fixer un terme à leurs mouvements. — Quand on erre, on est tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre : quand on vague, on est partout, on n'est nulle part. L'homme égaré erre: l'homme oisif vague : sans boussole vous errez ; au gré des vents, vous vaguez, — Avec de Tinconstance, on erre : avec de la légèreté on vague. L'esprit erre d'objet en objet, de pensée en pensée : l'imagination vague au loin, et de la manière la plus disparate, de rêveries en chimères. ( R.)
ERREUR. V. Bévue.
ÉRUDIT, DOCTE, SAVANT. Vérudit et le docte savent des faits dans tous les genres de littérature : Vérudit en sait beaucoup; le docte les sait bien. Le docte et le savant connaissent avec intelligence : le docte connaît des faits de littérature, qu'il sait appliquer; le savant connaît des principes, dont il sait tirer les conséquences. — Une bonne mémoire et de la patience dans l'étude suffisent pour former un érudit : ajoutez-y de l'intelligence et de la réflexion, vous aurez tm homme docte : appliquez celui-ci à des matières de spéculation et de sciences, et donnez-lui de la pénétration, vous en ferez un savant. Si l'on peut empbyer indifféremment les termes A*érudit et de docte, c'est lorsqu'on ne vent indiquer que l'objet du savoir, sans rien dire de ia manière dont on sait. Si les termes de docte et de savant peuvent être pris l'un pour l'autre, c'est lorsqu'on ne veut désigner que la manière intelligente et raisonnée dont ils savent, et que l'on fait abstraction de l'objet du savoir. Mais les termes à*érudit et de savant ne peuvent jamais se mettre l'un pour l'autre; parce qu'ils diffèrent en tout point, et par l'objet et par la manière : cette différence est si grande, que savant est toujours un éloge, au lieu que l'on dit quelquefois par une sorte de
233 SYKONYUES FRANÇAIS.
■lépris, qu'on homme n'est qu'un erudit, — Ces trois termes se diseni des personnes ; mais il n'y a que docte et sawint qui se disent des m ^mges. On dit d*un livre qui contient beaucoup de faits de littératui^ tt ^and nombre de citations, non pas qu'il est érudit, mais qu'il esl lempli à'ét'udUion. On dit un docte commentaire pour ivarquer qiU Ténldition y est employée avec discrétion et avec intelligence. Un od Tiage est savant, quand on y traite les grands principes des science lig^oureuses, ou qu'on les y emploie pour la fin particulière que l'on s^ propose. (B.)
ESCALIER, DEGRÉ, MARCHE. L'escalier est proprement la partie d'un bâtiment qui sert à monter et à descendre ; un degré est l'une d^ ces parties égales de Vescalier qui sont élevées les unes au-dessus dd autres. — Degré est encore synonyme de marche. Mais le premier est pins propre à indiquer la hauteur de l'une de ces divisions égales dans Te9calier, et le second convient mieux pour marquer le giron de cliacane de ces divisions. Ainsi les degrés sont égaux ou inégaux, selon qoe les hauteurs sont égales ou inégales; et les marches sont égales oui inégales^ selon que les girons en sont également ou inégalement éteo-i Ans. On monte les degrés, et l'on se tient sur les marches, ( B.)
ESCLAVAGE. V. Servitude.
ESCLAVE. V. Captif.
ESCORTER. V. Accompagner,
ESCROC, ESCROQUEUR. Le mot escroc a formé le verbe escroquer^ d de ce verbe est venu escroqueur. Cette considération suffit pow faire ^stiuguer ces deux mots : escroc exprime la qualité vicieuse du sujet; eseroqxieur le représente agissant (40^ page 12). Ce dernier, comme le remarque l'Académie, ne s'emploie guère qu'avec un complément.
ESPACE, INTERVALLE, DISTANCE. Espace, terme de philosophie, est le nom de l'étendue ludéfinie. Dans ses applications usuelles^ ce mot désigne presque toujours une étendue limitée et ordinairement superficielle : «Ce bois occupe Vespace d'une lieue». (Acad.) Ain^i ^uand on dit espace, on considère au moins deux des trois dimensio&s de rétendue; tandis (\}i*irUervaHe et distance n'ont rapport qu'à une seule dimension, longueur ou largeur, ou bien hauteur ou profondear.
Lorsque espace se dit du temps, on considère, dans toutes les parties 4e son étendue et dans son ensemble, la durée indiquée : « Ce travail a été fait dans Vespace de six mois ». Intervalle et distance ne repiésentent jamais que l'image de deux points séparés et qui ne sont joints ^e mentalement par une ligne idéale.
Intervalle exprime une idée de vide, de manque, d'interruption, soit dans Vespace, soit dans la durée. « Lorsqu'on range une armée en Itttaille, on laisse certains intervalles entre les bataillons. Cette comète ■e reparaît qu'à de longs intervalles, » (Acad.) Distance exprime nne idée d'éloignement plus ou moins grand entre deux points de Vesfact CB entre deux époques : « Le général tenait toiyours l'ennemi à da-
Esroin. 233
tance. Il y a une distance de six lieues entre ces deux villes. Du siège de Troie à la naissance de Jésus-Cbiist, il y a une distance d'environ douze siècles». (Acad.} Mais distance est peu usité dans ce dernier sens. ESPÉRANCE. V. Espoir,
ESPÉRER, ATTENDRE. Espérer signifie à la lettre voir en avant, dans l'avenir^ et par une restriction reçue, prévoir quelque chose d'heu* reux. Attendre, signifie être attentif, avoir l'esprit tendu vers ce qui doit arriver. — Ainsi espérer indique primitivement un acte de pré' voyance; et attendre, une continuité dL*attention. On espère, on se flatte^ on aime à croire qu'une chose arrivera : on attend ce qui doit arriver, OD y songe, on s'en occupe. On espère donc le succès; on attend l'ôvénement. Le succès qu'on espère est un succès heureux; l'événement qu'on attend peut être heureux ou malheureux. On attend Tévénement même, de même qu'on espère le succès en lui-même. Un accusé espère «n jugement favorable; il a/^«irf son jugement. — On espèi'v même contre toute espérance : espérer ne désigne donc pas nécessairement une confiance appuyée sur quelque motif, comme l'a dit l'abbé Girard; l'espérance est même assez loin de la confiance. On attend ce qu*on a lieu de croire qui sera : Yattente est donc accompagnée ou plutôt eUft est fondée sur la confiance. On espère ce qu'on désire; on attend ce qn'on croit. On espère gagner à la loterie; et on attend impatiemment qu'elle se tire. On attend le jour ; on espère qu'il sera beau. Vous espérez un service de quelqu'un; vous l'attendez d'un ami. — Ce n'est donc pas précisément une grâce ou une faveur qu'on espère plutôt, comme l'a encore avancé l'abbé Girard; mais on e^p^re un bien incertain, et l'on attend une chose ou nécessaire ou très-probable. Vous espérez une grâce ou une récompense avant qu'on vous l'ait promise; après qu'on vous l'a promise, vous l'attendez. (R.) ESPION. V. Émissaire.
ESPIONNER. V. Épier.
ÎSPOIR, ESPÉRANCE. Espoir n'indique qu'un sentiment peut-ôtra
passager, une disposition actuelle; tandis ({{Vespérance désigne plutôt
^e disposition habituelle, un état ou une modification plus ou moins
constante (26, page 8). Vespérance fait des actes; elle habite pour
ainsi dire en nous; tandis que nous n'avons souvent qu'un espoir
^êger, instantané, qui passe, qui s'éclipse comme une lueur, un éclair.
^'espérance s'étend sur tous les genres de bien que nous désirons
obtenir, avec plus ou moins de penchant à croire que nous les obtien-
^ons. Vespoir s'adresse proprement à cette sorte de biens dont nous
désirons ardemment la possession, et dont la privation serait pour nous
in malheur. Ije désir et la crainte qui accompagnent Vespoir, sont
[J^jours plus ou moins vifs ; il n'en est pas toujours de même dans
^'^^ance. L'espoir, tout détruit, mènerait au désespoir : Vespérance,
^îoni\\ée, ne nous laisse souvent dans le cœur qu'un sentiment de
peine. (R.)
23/| SYNONYSJES FRANÇAIS.
AjoutoDS que Vespérance, toujours moins vive que Vespoir, repose sur des bases bien plus assurées.
ESPRIT, RAISON, BON SENS, JUGEMENT, ENTENDEMENT, CONCEPTION, INTELLIGENCE, GÉNIE. Le sens liltéral d'esprit est d'une vaste étendue : i! renferme mêiîie tous les divers sens des autres mots qui lui sont joints ici en qualité de synonymes ; et par conséquent il est le fondement du rapport et de la TessemMance qu'ils ont entre eux. Mais ce mot a aussi un sens particulier et d'un usage moins étendu qui le distingue, et en fait une des différences comprises sous l'idée commune : c'est selon cette idée particulière qu'il est ici placé, défini et caractérisé. — L'esprit est fin et délicat; mais il n'est pas incompatible avec un peu de folie ou d'étourderie : ses productions sont brillantes, vives et ornées; son propre est de donner du tour à ce qu'il dit, et de la grâce à ce qu'il fait. La raison est sage et modérée; elle ne s'accommode d'aucune extravagance ; tout . ce qu'elle fait ne sort point de la règle ; ses discours sont convenables au sujet qu'elle traite, et ses actions ont toute la décence qu'exigent les circonstances. Le bon sens est droit et sûr; son objet ne va pas au delà des choses communrs; il empêche d'être la dupe des charlatans et des fripons; et il ne donne ni dans le ridicule du langage affecté, ni dans le travers de la conduite capricieuse. Le Jugement est solide et clairvoyant; il bannit l'air imbécile et nigaud, met aisément au ftiit des choses, parle et agit en conséquence de ce qu'on dit et de ce qu'on propose. La conception est nette et prompte ; elle épargne les longues explications, donne beaucoup d'ouverture pour les sciences et pour les arts, met de la clarté dans les expressions et de Tordre dans les ouvrages. VintelUgence est habile et pénétrante ; elle saisit les choses abstraites et difficiles, rend les hommes propres aux divers emplois de la société civile, fait qu'on s'énonce en termes corrects et qu'on exécute régulièrement. Le génie est heureux et fécond ; c'est plus un don de la nature qu'un ouvrage de l'éducation : quand on a soin de le cultiver, on en e^ toujours récompensé par le succès; il met du caractère et du goût dans tout ce qui part de lui *. — La bêtise est l'opposé de Y esprit; la folie l'est de la raison; la sottise l'est du bon sens: l'étourderie l'est ùii jugement; la stupidité l'est de la conception; l'mcapacitô l'est de Vintel agence, (G.)
ESPRIT FAIBLE. V. Ame faible.
ESPRIT (OUVRAGE D'), OUVRAGE DE L'ESPRIT. « Tout ce que les hommes inventent dans les sciences et dans les arts, est un ouvrage de r esprit : les compositions ingénieuses des gens de lettres, soit eo prose, soit en vers, sont des ouvrages et esprit. On entend par ouvrage d&resprit un ouvrage de la raison et de cette intelligence qui distingue
i . Ce qui distingue essentiellement le génie des antres Tacnltés qni lu' ^^* comparées dans cet article, c'est qu'il iuveute, qu'il crée, et qu'il est Itii-même.
ÉTnB. 235
l'homme de la bête : on entend par ouvrage desprit on onTrage de la raison polie et de cette fine intelligence qni distingue un homme d*an homme . » ( Bh.)
Ouvrage desprit ne se dit qu^e des compositions littéraires dans lesquelles l'auteur a fait preuve d'esprit ou d'un véritable talent d'écrl- Taiu : on ne le dirait pas d'un ouvrage purement scientifiquCt tel qu'un traité de géométrie ou de mécanique^ ni même d'un écrit littéraire où fi raient défaut l'esprit et le talent.
ESQUISSE, ÉBAUCHE. V esquisse n*est que le canevas, les premiers traits d'une composition : Vëbauche est un commencement d'exécution de l'œuvre.
« Ainsi, quand on dit d'un tableau, J'en ai vu Yesquisse, on fait entendre qu'on en a vu le premier trait au crayon; et quand on dit. J en ai vu l'ébauche, on fait entendre qu'on a vu le commencement de son exécution en couleur. » (Enc.)
ESSAI. V. Expérience.
ESSOR- V. Vol, volée.
EST. V. Levant.
EST NÉCESSAIRE (IL). V. // faut.
EST (C) POURQUOI. V. Ainsi.
ESTIMER." V. Apprécier.
ÉTABLIR. V. Fonder.
ÉTAT. V. Condition et Situation.
ÉTERNEL. \: Perpétuel.
ÉTONNER, ÉTONNEMENT. Y. Surprendre.
ÉTOUFFER, SUFFOQUER, ^/ow/fer, c'est arrêter la respiration soit en privant d'air, soit en empêchant le jeu des poumons pir une forte pression extérieure. Suffoquer, c'est, proprement, boucher le canal de la respiration : un objet qui obstrue l'orifice de la trachée artère, un embarras dans les bronches, suffoquent.
On dit, par exagération, que l'on étouffe, lor.squ'un air très-dense et chargé de gaz acide carbonique rend la respiration difficile. Suffoquer se dit ordinairement du manque de respiration qui arrive par quelque cause intérieure ou par l'effet d^une vapeur nuisible : a Un catarrhe l'a suffoqué. La douleur le suffbquait et lui 6tait la parole. Les larmes, les sanglots le suffoquent» Être suffoqué par la vapeur du soufre ». ( Acad.) On dit aussi qu'un air brûlant suffoque, et, par exagération, suffoquer de oolèie, d'indignation; c'est-à-dire être animé d^une vive colère, d'une vive iodignation que l'on renferme avec effort au dedans de soi.
ÉTOURDIMENT, A L'ÉTOURDIE. V. Aveuglément.
ÊTRE, EXISTER, SUBSISTER. Être est le terme général exprimant une idée renfermée dans la signification des deux antres mots. Employé absolument, il marque l'existence essentielle, ou l'existence au moment où elle se produit : « Dieu est. Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut. »
2?^ SYNONYBIËS FRANÇAIS.
Êire exprime aussi Texistence morale^ et c'est pour cela (^ail joint rattribut au sujet : « Dieu est tout-puissant. »
Exister affirme expressément et avec force qu'une chose e*^, qu'elle a la propriété à^'étre : « Ce qui frappe nos sens existe ». Il se dit nonsMlement des substances réelles, mais de toutes choses, même d'une f we eonception de notre esprit : « Il existait un complot ». (Acad.)
Subsister^ c'est continuer à être, à rester debout sous {sub, 14, page 5) 1» atteintes auxquelles Tobjet a pu jusqu'à présent résister; c'est ne fm avoir été détruit, mais exister encore. Subsister emporte donc iine ilée de durée continue, sous l'action d'une cause de destruction qui fourtant ne change pas l'objet au point de le rendre mécomiaissable : • La plus grande partie du Golisée subsiste encore ». (Acad.) Il signifie anssi demeurer en force, en vigueur (en latin vigere) , et se dit, dans c» sens, des lois, des coutumes, des traités, des propositions que l'on avance et autres choses semblables : « Cette loi subsiste encore. Tandis fae les traités subsisteront, I/amitié ne peut subsister sans Testime ». fAead.)
Exister exprime aussi la durée, mais la durée simple, sans aucune idée de rapport à un danger, à une cautse de destruction : « Tant qne cstte loi existera», (Id.)
ÊTRE ALLÉ. V. Allé (être).
ÊTRE D'HUMEUR, ÊTRE EN HUMEUR. Chacune de ces phrases ngnifie être en disposition : avec cette différence, qu'être dhumeur se <il d%ine disposition habituelle qui tient de l'inclination, du tempéravtnt, de la constitution naturelle ; et quV^re en humeur marque tonjfNirs une disposition actuelle et passagère. Ainsi quand on dit : « Je ne sms pas dhumeur à rebuter les gens qui me demandent quelque chose; a isCest pas dhumeur à souffrir une insulte » ; on entend par là /e tempérament, le naturel, une disposition ordinaire et habituelle. Mais fsand on dit : « Je ne suis pas en humeur d'écrire, de me proruener, ie faire des visites » ; on veut dire seulement qu'on n'est pas dispose à tout cela dans le moment qu'on parle. (Bh.) ÊTRE EXCELLENT. V. Exceller.
ÊTRE PRÉSENT. V. Assister.
ÊTRÉGIR, RÉTRÉCIR. Rétrécir s'emploie plus souvent quV^réfcir, cq>endant ce dernier mot convient mieux lorsqu'il s'agit d'objets ayant WTO dimension relativement moindre, ou bien d'un moindre rétrécis- •cment. D'après la valeur du préfixe re, rétrécir, signifie rigonreii- •emeiit, rendre plus étroit ce qui l'était déjà, ou rendre très-é(riî |5;r page 3).
ÏTROIT, STRICT. On dit au physique étroit et non strict : un laî^i^ élrwt, une voie ^/roiïe, etc. Étroit sert aussi à désigner, au fig"'*é, <^ relations intimes ou de fortes liaisons : alliance étroite, étroite «wtié, etc. Stnct n'a point cette acception. — Mais on dit, le sc/i." ^rmt ou strict d'une proposition, un droit strict ou rffroiY, devoir