‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 72 sur 163 · FORT · texte numérisé non relu

FORT

dvL moment établissent des choses qui n*ont souvent que peu de durée. On établit une nouvelle façon de parler^ on ne la fimd^ pas.

FONTE , FUSION. On opère la fusion et il en résulte la fonte; aussi le mot fonte se dit-il du fer fondu et de certains métaux composés : canon de fonte, mortier de fonte, etc. Ainsi, fitsion exprime essentiellement l'action de fondre ou de se fondre [10, page 7) : Les métaux entrent en fusion, c'est-à-dire commencent à fondre. Fonte se dit relativement au résultat^ à l'effet produit par l'action^ à la nature de Vobjet qui a été soumis à la fusion : on fait des ouvrages en fonte, on jette une statue en fonte, et Fon veille à ce que la fïision se fasse bien.

On dit la fonte des neiges, la fonte des hoineurs^ parce que dans ce qui fond uatuiellement^ on ne considère paiS l'action, mais Tefiet pro- :luit, le résultat.

Fusion s^eniploie aussi au figuré. On fait la fusion de deux partis, de deux systèmes^ c'est-à-dire que l'on opère la réunion, Talliance de deux partis, que l'on réunit en un seul les deux systèmes.

FORCE. V. Énergie.

FORCER. V. Obliger.

FORGER A ou DE. V. Obliger à.

FORÊT. V. Bois.

FORFAIT. \ . Faute, péché.

FORME, FAÇON. V. Façon.

FORME, FORMULE. FORMALITÉ. Manière de faire, de procéder, eu matière d'écrits authentiques.

ÏA forme d'un acte, d'une lettre de change, etc., s'entend des contritions piescrites par la loi ou par les règlements : ainsi la lettre de change doit être datée, elle doit énoncer la somme à payer, le nom de celui qui doit payer, l'époque et le lieu où le paiement doit s'effectuer, etc. La formule est le modèle qui contient les termes formels et ^^près dans lesquels l'écrit doit être conçu, et qu'il suffit de copier pour que l'écrit soit dans la forme légale. On voit que la forme est généiale, et que la formule est la forme restreinte, la foi^ne déterminée.

Formalité désigne certaines formes dont récrit doit être subsidiaiïement revêtu pour avoir un caractère légal ou pour remplir ceitaines <5onditions. Formalité se dit aussi de la manière de procéder dans les affaires judiciaires, administratives ou religieuses; et il signifie, en style familier, cérémonie, acte d'une civilité recherchée.

En outre, formule se dit par extension de certaines façons de s'exprimer dont on se sert habituellement dans les diverses relations de ^ vie : « Des formules de politesse ». (Acad.)

FORT, FORTEMENT. Fort a deux sens bien distincts; il signifie ^* rigoureusement : « Frappez fort, poussez fort » (Acad.) ; 2» exlrôloement, beaucoup, bien : « Il pleut fort; Cela lui tient fort au cœur;

is.

262 SYKONTUES FRANÇAIS.

Etle est fort aimable » (Id.). Fortemmt signifie, an propre , vigon reusemeot, solidement : « Il le saisit fortement par le milieu du corps et l'enleya de terre. Attacher /br/emen^ une chose à une autre » (Acad.); c'est-à-diie attacher solidement. Au figuré, fortement signifie avec ■ énergie, avec ardeur: « 11 a insisté fortement sur ce point ». (Id.)

Ces explications et ces exemples suffiraient pour bien fixer l'esprit sur remploi de ces deux adverbes : il ne faut pas néanmoins peidre de Tue les considérations générales qui sont exposées dans l'introduction, page 18, no 60, et que nous avons appliquées aux mots cher, chèrement. En réalité, fort et fortement ne sont synonymes que dans le sens de vigoureusement : or, comme nous l'avons dit, frappez fort, c'est frappez d'wn coup fort; poussez fort, c'est poussez d'w» coup fort, d'une impulsion forte. Ainsi, fort est relatif aux circonstances de l'action; mais fortement est relatif à Taction du sujet : cela se voit assez dans cette phrase : « Il le saisit fortement par le milieu du corps et Tenlcva de terre ». On ne devra pas oublier non plus que fort dit moins que fortement, et que je crois fort ne signifie pas du tout la même chose que/e ct^is fortement (60, page 19).

FORT, FORTERESSE. Lieu fortifié contre les attaques de l'ennemi. Le fort est un ouvrage enterre ou en maçonnerie, à peu de distance d'une place forte, ou très-éloigné de toute autre fortification, i\ qui n'est occupé que par une garnison. Lbl forteresse est une petite ville fortifiée qui a non-seulement une garnison, mais aussi des habitants. La forteresse est souvent protégée par des forts détachés.

FORT, TRÈS. V. Très.

FORT, VIGOUREUX. V. Vigoureux.

FORTUITEMENT. V. Accidentellement,

FOI'.TUNE. V. Hasard.

FORTUNÉ, HEUREUX. Selon la valeur intrinsèque des mots, /brtuné siguilie favorisé de la fortune; heureux, jouissant du bonheur ou d'un bonheur. On est donc proprement fortuné par de grands avan- - tages on par des faveurs signalées de la fortune : on est heureux par la jouissance des biens qui font le bonheur ou y concourent. — Les biens extérieurs tendent fortunés, lois même qu'ils ne rendent pas vraiment heureux, La satisfaction intérieure rend vraiment heureux sans rendre fortuné. Celui à qui tout rit et succède, celui qui est entouré de l'abondance et de la joie, est fortuné : celui qui est content de son sort et de lui-même, celui qui jouit dans son cœur de la paix , est Heureux. Fortuné ne partage point avec heureux ce sens particulier. Ainsi les prétendus heureux du siècle ne sont en effet que fortunés. L'ambiiion peut être fortunée : la modération seule est heureuse. — Nous appelons aussi quelquefois fortuné et hcurettx ce qui nous est ♦ favorable ou avant<igeux, ce qui contribue à nous rendre heurettx ou fortunés, avec la même difierence. (R.)

FOSSÉ, FOSSE. Le fossé est une excavation faite en loag pour clore,

pouncuo. 263

pou enfermer qnelqae espace de terre^ pour faire écouler les eaaXy pour la défense d'une place^ pour empêcher le passage, etc Fosse se dit de toute excavation qui n'a qu'une médiocre longueur et autour de laquelle on peut aisément circuler. On fait des fosses pour construire des puits, des caves, des citernes, pour planter des arbres, etc.

FOU, EXTRAVAGANT, INSENSÉ, IMBÉCILE. U fou ma que par la raison, et se conduit par la seule impression mécanique. Vextro" vagant manque par la règle, et suit ses caprices. L'insensé manqae par l'esprit, et marche sans lumière. V imbécile manque par les organes, et va par le mouvement d'autrui sans aucun discernement. — Les fous ont rimagination forte : les extravagants ont les idées singulières : les insensés les ont bornées : les imbéciles n'en ont point de leur propre fond. (G.)

FOUDRE. V. Tonnerre.

FOUETTER, FUSTIGER, FLAGELLER. Fouetter, terme générique, se dit à regard de tous les instruments et de quelque manière qu'on les emploie, même des mains. Fustiger, c'est toucher rudement avec des verges. Flageller, c'est fouetter ou plutôt fustiger violemment et même ignominieusement. — Nous attachons ordinairement et particulièrement au fouet l'idée de peine ; à la fustigation, celle de correction; à la flagellation celle de pénitence. — Fustiger et flageller ne s'appliquent qu'aux personnes ; mais fouetter se dit des animaux et même des objets inanimés. On fouette les chevaux, les chiens, pour Jes faire obéir; l'enfant fouette sa toupie avec une lanière pour la faire tourner. (R.)

FOUGUE et FOUGUEUX. V. Impétuosité, impétueux.

FOULK. V. Affluence.

FOURBE, FOURBEIUE. La fourbe est le vice du fourbe, dit l'Académie, l'habitude de tromper, la disposition à tromper. La fourberie est une action particulière du fourbe, ou, comme le dit l'Académie, une tromperie coupable qui tient de la fourbe»

Fourbe se dit aussi dans le sens de fourberie; mais avec plus de force, pour exprimer une tromperie basse et odieuse, la tromperie d un homme profondément fourbe. Réciproquement, fourberie se dit quelquerois de la disposition à tromper, mais disposition moins grande, moins caractéristique, défaut plutôt que vice.

FOURCHU, FOURCHÉ. Qui est en fourche. — Fourchu, adjectif du substantif fourche, expiime simplement l'état; il se dit de ce qui est ûalnrellement en fourcbe, ou de ce qui Test dans toute son étendue, ^ne barbe fourchue (Acad.) Test naturellement; un menion fourchu *st un menton qui de sa nature se trouve divisé en deux par un léger sillon à sa suiface; des arbres fourchus le sont dès leurs racines et en soitaut de terre.

fourché, participe passé du verbe fourcher, exprime l'état passif et ^ dit de ce qui a été fait ou disposé en forme de fourche, ou bien do ce^

26A SYlfONYBI£S FRANÇAIS.

qui étant d'abord en droite ligne^ se bifurque, en quelque sorte de soimême, à une de ses extrémités. Des cheveux fourches (AcsA.) sont des cheveux que Ton a disposés d'une certaine façon ; un arbre fourche est en forme de fourche à la partie supérieure du tronc; un pied fourché Test à son extrémité, tels sont les pieds des chèvres, des m(«ctons^ etc.

FOURVOYER (SE), S'ÉGARER. Se fourvoyer, formé da vieux mol français fors (du latin foras), hors^ dehors, et de voie (latin via), signifie sortir de la voie, quitter le bon chemin et en prendre un qui ne conduit pas au but, ou qui n'y conduit pas directement. S*égam^ (probablement du latin evagari, errer, aller çà et là), signifie ne pins reconnaître son chemin, et ne savoir comment faire pour retrouver k bon, ni de quel côté se diriger.

Qui se fourvoie peut rentrer dans la bonne voie, sinon il court le risque de s'égarer : qui s*égare s'est nécessairement fourvoyé auparavant.

La différence est la môme au figuré.

FRAGILE, FAIBLE. L'homme fragile dilSère de l'homme faible, eo ce que le premier cède à son cœur, à ses penchants; et le second, à des impulsions étrangères. La fragilité suppose des passions vives; et la faiblesse suppose l'inaction et le vide de Tàme. L'homme fragile pèche contre ses principes; et l'homme faible les abandonne, il n'a que des opinions. L'homme fragile est incertain de ce qu'il fera, et l'homme faible de ce qull veut. — Il n'y a rien à dire à la faiblesse; on ne la change pas. Mais la philosophie n'abandonne pas l'homme fragile : elle lui prépare des secours, et lui ménage l'indulgence des autres; elle réclaire, elle le conduit, elle le soutient, elle lui pardonne. [Enc)

La religion est donc supérieure à la philosophie ; car tout ce qae celle-ci se vante de faire en faveur de l'homme fragile, et qui n'est que trop souvent inefficace dans ses mains, la religion le fait d'une manière bien plus sûre et bien plus abondante. Elle fait plus, elle n'abandonne même pas l'homme faible, qui devient fort dans celui qui le fortifie. Dieu a choisi ce qu'il y avait de faible parmi les hommes, pour confondre ce qu'ils avaient de fort : et le triomphe de la religion a été d'inspirer à l'âge et au sexe le plus faible, un courage invincible au milieu des tourments; et aux âmes les plus fragiles, une fermeté inébranlable contre les tentations les plus séduisantes, les plus constantes, les plus dangereuses. (B )

FRAGILE, CASSANT, FRÊLE. Fragile, qm se 6me facilement; rassant, qui est sujet à se casser, qui se casse aisément. Or une chose brisée est mise en pièces, en différents morceaux , en éclats : il suffit qu'il y ait solution de continuité pour qu'un objet soit cassé, Jk^oos brisez un vase de porcelaine ou de verre, si vous le mettez en pi( ces : vous le cassez, si par un coup vous le fendez ou en détachei un mo^ 'ceau.

PRANCUIS£. 265

On peut donc dira de certaios corps, tels que le Terre ou la porcelaine, qu'ils sont flragiles on qu'ils sont cassants, suivant l'idée que l'on veut eiprimer. Mais tous ne diriez pas de certains métaux, comme le fer aigre, qu'ils sont fragiles, vous diriez qu'ils sont cassants. ,

« Un corps frêle est celui qui, par sa consistance élastique, molle et déliée, est facile à ployer, courber, rompre : ainsi la tige d'une plante est frêle, la branche de l'osier est frêle. Il y a donc entre fragile et frêle cette petite nuance, que le terme fragile emporte la faiblesse du tout et la raideur des parties; et frêle pareillement la faiblesse du tout^ mais la mollesse des parties. » {Enc.)

Cassant ne se dit qu'au propre : frêle et fragile s'emploient souyent au figuré.

a Nous disons d'un appui, d'un soutien , d*un support, en général de tout ce qui porte, qu'il est frêle. Nous disons des biens périssables,, passagers, sujets à se dissiper, à s'évanouir, qu'ils sont fragiles. » (R.)

« Une santé qui s'altère aisément et que peu de chose dérange, est frêle : la fortune, les richesses, les grandeurs de ce monde, la plupart de nos espérances sont des choses fragiles. » (B.)

FRAIS, FRAICHEUR V- Fwid.

FRANC. V. Loyal.

FRANC, FRANCHEMENT; NET, NETTEMENT. On a vu dan» l'Introduction, page 18, n* 60, que parler franc, parler net^ c'est parler d'un ton franc, d'un ton, d*im langage ou d'un style net. Ces phrases» de même que celles-ci : « Il le démentit franc et net » attirent l'attention sur les circonstances qui accompagnent l'action : ce qui frappe, c'est le ton, c'est la forme du langage. S'agit -il, au contraire, de caractériser l'action en la présentant comme l'effet des sentiment» qu'éprouve ou doit éprouver le sujet, des pensées qui l'occupent ou doivent l'occuper, on emploiera les adverbes franchement, nettement . « Parlons franchement; Je lui ai dit nettement la vérité». (Acad.)

FRANCHISE, LIBERTÉ. V. Liberté.

FRANCHISE, SINCÉRITÉ. V. Sincérité.

FRANCHISE, VÉRACITÉ. La franchise est dans le caractère; elle se trahit souvent elle-même: la véracité esi dans les principes qui nous guident moralement; elle ne se montre que quand elle doit et qu'elle veut se montrer.

«Lliomme vrai dit fidèlement ce qui est; l'homme fi^nc dit librement ce qu'il pense : le premier est incapable de fausseté; le second est incapable de dissimulation. Vous opposerez à celui-là le personnage faux, à celui-ci le personnage dissimulé. — L'homme vrai dit sa pensée, parce qu'elle est la vérité : Thomme franc dit la vérité, parce qu'elle est sa pensée. — La véracité tient à la droiture naturelle du cœur, ou à un sentiment profond de l'ordre , qui ne permet pas de trahir la vérité. La franchise appartient à un esprit dominé par sa pensée et secondé par une humeur brusque, vive^ indocile, libre de toute

SG6 STROSTMCS FRANÇAIS.

contrainte, qai ne lui permet pas de dissimuler ce qu'il pense. — Sou» mis h cette règle, l'homme vrai ne parle que quand il le veut, et ne dit que' ce qu'il doit dire. Mecé par son penchant^ l'homme franc parlera quelquefois quand il faudra se taire^ et dira ce qu'il ne de?» pas dire. » (R.)

FRAPPER. V. Battre.

. FRAYF.UR. V. Appréhension.

FRÊLE. V. Frogiie.

FREQUEMMENT. V. Souvent.

FRÉQUENTER , HANTER. L'idée propre de fréquenter est celle de ' «encours, (raffluence; Vidée distinctive de hanter, celle de société, de compagnie. Rigoureusement parlant, c'est la multitude, la fouie qui fréquente; et elle fréquente des li( ux, des places ; c'est une personne, ce sout des paiticuliers qui liantent; et ils hantent des personnes, des assemblées. —Nous disons qu'un port, un marché, un chemin sont fréquentés f parce qu'il y aborde, il y accourt, il y passe beaucoup de monde. Nous ne disons pas qu'une place, une rue, un bois sont han- ' tés, parce que ce mot n'exprime pas un concours de monde qui va, mais l'habitude d'une personne ou de quelques personnes qui vont dans un certain monde, une certaine société. — Par extension^ l'on a dit, en parlant d'un particulier, fréquenter les personnes; et l'on a dit fréquenr ter les lieux, sans y ajouter Tidée d'un concours de monde. Mais nne personne en fréquente une autre qu'elle visite souvent, tandis qu'elle hante plutôt une classe, un ordre de gens avec lesquels elle vit, bonne ou mauvaise compagnie. On fréquente un lieu quel qu'il soit : on hante proprement des lieux d'assemblée, les églises, les cabarets, etc. Un dévot fréquente les églises; assidu aux offices publics, aux assemblées du peuple, il les hante. On dit fréquenter les sacrements, pour dire aller souvent à confesse, à la sainte table : on ne dira pas les hanter, car il ne s'agit pas là de se familiariser ou de se réunir avec des sociétés. (R.) '

FRIAND. V. Gourmand.

FRICHES. V. Landes.

FRIPON. V. Lanx)n.

FRIVOLE, FUTILE. Les objets sont frivoles, quand ils n'ont pal nécessairement rapport à notre bonheur ni à la perfection de notre . éire. Les hommes sont frivoles, quand ils s'occupent sérieusement des objets frivoles, ou quand ils traitent légèrement les objets sérieux. — Un objet est futile, lorsqu'il n'est d'aucune importance, lorsqu'il d^ vaut pas le moindre des soins qu'on pourrait prendre pour l'acquérir ou pour le conserver. Un homme est futile lorsqu'il s'attache à ces . sortes d'objets. — Frivole se dit donc proprement des objets qui n'ont point de solidité; qui trompent toujours nos espérances; qui satisfont pour un moment nos fantaisies, et sur lesquels l'esprit vole sans méditer, sans s'éclairer ; qui amusent un moment sans attacher, sans fi^^^i

Tvm. 267

on plutôt qui font passer de distractions eu distractions. — Futile se dit proprement des choses qui n'ont point de consistance, qui sont vaines et fugitives, qui ne produisent aucun résultat utile. — Un homme frivole s*occupe de sa parure, de jeux, des plaisirs, iorsqVil derrait s'occuper des devoirs de son état : un homme futile parle et agit sans raison, sans réflexion, inconsidérénicut, sans but utile. (L.)

Une chose qui ne mérite pas notre attachement, ni notre estime, ni nos recherches, est frivole. Un bien qui ne tient qu'à Topimon, à la fantaisie, à l'illusion, est futile. — La science, avec les spéculations même les plus hautes, mais sans influence sur les mœurs, serait frivole. La science des mots, saus l'application aux choses, serait fiitile. (R.)

FROID, FROIDEUR, FROIDURE; FRAIS, FRAICHEUR. Le f^id est à la froideur et le frais est à la fraîcheur, ce que le chaud est à la chaleur : ainsi ce qui a été dit louchant ces deux derniers mots, s'applique parfaitement aux autres. (V. Chaud, Chaleur.)

La froidure est le nom particulier du froid répandu dans l'air, et ce mot s'emploie pour indiquer l'état habituel de Tatmosphère dans telle saison ou dans tel pays.

Au figuré, le froid, la froideur se disent des personnes. Le premier exprime le flegme, l'indifférence naturelle d'un caractère que rien ne peut jamais émouvoir; le second marque rindifférence d'une personne qui n*est point remuée dans tel moment, mais qui peut l'être dans un autre; ou bien encore la lenteur, l'indifl^érence , la mollesse dans l'action : « Il lui répondit avec son f^oid ordinaire. La froideur d'un accueil ». (Acad. )

On dit prendre le frais, parce que ce mot exprime la sensation agréable que produit la fralc/ieur : on ne dit pas prendre la fraîcheur, pas plus qu'on ne dit avoir la chaleur. La fraîcheur produit le frais y comme la chaleur produit le chaud. « Si les effets de la fraîcheur sont agréables et salutaires, c'est le frais; s'ils sont nuisibles, c'est encore la fraîcheur : « En entrant dans cette cave, on sent une fraîcheur qui saisit». (Laveaux.)

FROTTAGE, FROTTEMENT. Frottage ne se dit que du travail d'un frotteur d'appartement, ou de l'action de frotter un objet pour le rendre poli, luisant. Frottement est le terme propre dans tout autre cas ; il s'emploie seul au figuré.

FRUGAL. V. Sobre.

FRUSTRER. V. Priver.

FUGITIF. V. Fuyard.

FUIR, ÉVITER, ÉLUDER. On fuit les choses et les personnes qu'on craint, et celles qu'on a en horreur. On évite les choses qu'on ne veut pas rencontrer, et les personnes qu'on ne veut pas voir ou dont on ne veui pas être vu. On élude les questions auxquelles on ne veut ou Ton ne peut répondre. ^ On fuit en courant; or évite ea se

268 STNONTUES fltANÇAIS.

détonman»; on élude en donnant le chauge. — La peur fait fuir devant son ennemi; la pradence en fait quelquefois éviter la présence; et fadressc en fait éluder les attaques. — On dit fuir et éviter le danger : mais le fuir, c'est ne pas s'y exposer; Véviter, c'est n'y pas tomber. (G.)

FUNEBRE, FUNÉRAIRE. Funèbre, d'après sa terminaison, signifie qui fait, qui constitue les funérailles ou qui en présente l'image (51 page 16); il se dit de tout ce qui compose les funérailles : <r Ornements, honneurs funèbres; pompe, oraison, convoi, appareil, chant fUnèbren. (Acad.) Funéraire signifie relatif aux funérailles (49, page 15)^ et ne se dit guère que des frais qu'elles ont occasionnés.

Funèbre se dit au figuré dans le sens de triste, sombre, lugubre, efirayant : « Cri funèbre ». (Acad.) 11 se dit aussi de certains oiseaux nocturnes dont le cri a quelque chose de sinistre.

FUNÉRAILLES, OBSÈQUES, ENTERREMENT. Enterrement Q&\.\% terme général et ordinaire : il se dit soit de l'action d'eu terrer le corps, soit des cérémonies qu'on observe pour le porter et le mettre en terre, soit enfin du convoi funèbre. Funérailles (du latin funus) et obsèques {d'obsequium), ne se disent que des cérémonies et du convoi, et ajoutent à Vidée générale ^^enterrement , le premier celle de douleur et de deuil, le second celle de devoirs et d'honneurs.

« C'est la douleur qui préside, pour ainsi dire, aux funérailles; et c'est la piété qui conduit les obsèques. — Les funérailles et les obsèques annoncent un enterrement fait avec plus ou moins de cérémonies; mais le mot pompeux de funérailles annonce surtout des obsèques pompeuses. L'église ne fait que des obsèques; et le faste en fait des funérailles. » (R.)

FUNESTE. V. Fatal,

FUREUR, FURIE, a Le mot de fUreur, dit Vaugelas, dénote davantage ragitalion violente du dedans, et le mot de furie, l'agitation violente du dehors ». Ainsi le mot de fureur se rapporte à ce qui agit en nous comme cause, et furie se rapporte à l'effet produit.

« La fureur est en nous, la fUrie nous met hors de nous. La fïtreur nous possède, la furie nous emporte. Vous contenez votre fiireur, à peine il en jaillit des étincelles : vous vous abandonnez à la /Urt>, c'est un tourbillon. La fureur mène à la furie, » (R.)

Quoique fureur se dise plus particulièrement des êtres animés, parce qu'ils renferment en eux la cause, le principe de leurs actions, et que furie, par la raison contraire, convienne mieux aux choses, cependant le premier peut s'appliquer à des objets inanimé» : «parce que, dit Roubaud, il est naturel d'animer et assez ordinaire de personnifier les objets qui, par leur impétuosité naturelle, semblent avoir une sorte de vie; la fureur des vents, des vagues, des flammes, des tourbillons. Furie s'applique à propos aux hommes et à tous les êtres animés qui, par Taveuglement , la brutalité, Ténormité de leur fureur, semblent entièrement dépowvus de modération ou de frein, cX rentrer dans U

Page 1