GRACE
GLORIFIER (SE). V. Prévaloir {se).
GLOSSAIRE. V. Dictionnaire.
GLOUTON. V. Gourmand.
GLUANT. V. Visqueux,
GOINFRE. V. Gourmand.
GONFLÉ. V. Enfld.
GOUFFRE. V. Précipice.
GOULU. V. Gourmand.
GOURMAND, GOINFRE, GOULU, GLOUTON, FRIAND, GOURMET. Le gourmand dame à manger, à faire bonne chère; il faut qu'il mange, mais non sans choix. Le goinfre est d*un si haut appétit, ou plutôt d'un appétit si brutal, qu'il mange à pleine bouche, bâfre, se gorge de tout, assez indistinctement; il mange et mange pour manger. Le goulu mange avec tant d'avidité, qu'il avale plutôt qu'il ne mange, ou qu'il ne fait que tordre et avaler, comme on dit; il ne mâche pas, il gobe. Le glouton court au manger et mange avec un bruit désagréable, et avec tant de voracité, qu'un morceau n'attend pas l'autre, et que tout a bientôt disparu devant lui; il engloutit, on le dirait du moins. Ainsi, le loup est particulièrement appelé un animal glouton.— Gourmand est un mot générique ; car le vice, pris en général, s'appelle gourmandise. Mais l'usage journalier est de le réduire à une espèce paiticulière de mangeurs; et cette espèce, c'est celle des gens qui se livrent trop à leur goût, pour les bons morceaux principalement. ~ Le friand aime les morceaux délicats, les savoure et s y connaît bien. Grande et bonne chère, voilà pour le gourmand: chère fine et délicate, pour le friand, (n.)
Le gourmet est celui qui sait bien connaître et goûter le vin. (Acad.)
GRACE, FAVEUR, SERVICE, BON OFFICE, PLAISIR. Grâce dit quelque chose de gratuit, un bienfait gratuit, un service gratuitement rendu : faveur dit quelque chose d'affectueux, le gage d'un intérêt particulier, le soin du zèle pour le bonheur ou la satisfaction de quelqu'un. Vous èles gratifié par un bien, par un avantage qui ne vous est point dû : vous êtes favorisé par des biens, par des préférences qui vous distinguent. — La grâce exclut le droit et par conséquent le mérite strict : la faveur fait acception des personnes , sans exclure tout titre. La grâce est étrangère à la justice : la faveur est opposée à la rigueur. La récompense n'est point grâce, car elle est due. Mais par abus on l'appelle grâce, dès qu'il y entre de la faveur. — « Un service, dit Duclos, est un secours par lequel on contribue à faire obtenir quelque bien. » Le propre du service est d'être utile à celui à qui on le rend, soit par soi-même, soit par autnii, et avec le dévouement ou l'attachement d'un véritable serviteur. — Le bon office est l'emploi de notre crédit, de notre médiation, de notre entremise, ou de nos autres moyens, pour faire valoir, réussir, prospérer quelqu'un. Le propre du bon office est de marquer d'une manière afiectueuse,et d'inspirer, autant
qa'on le peut, l'intérêt qu'on prend à autrui, comme si Ton remplissait un devoir à son égard. — Ld plaisir est une de ces choses agréaJbles ou obligeantes que l'occasion nous présente à faire pour autrui, et que nous faisons sans cesse les uns pour les autres dans le commerce de la vie civile. Le propre du plaisir est de procurer un agrément, une commodité, un contentement, un plaisir à quelqu'un, par l'envie que nous avons de lui plaire ou de lui complaire. — La faveur distribue des grâces. Le zèle rend des services. La bienveillance inspire des bons offices. La complaisance ou l'honnôteté civile fait des plaisirs. (R.)
GRACE, PARDON. V. Absolution.
GRACE (DE RONNE). Y. De bon gré.
GRACES, AGRÉMENTS. Les grâces naissent d*une politesse naturelle accompagnée d'une noble liberté : c'est un vernis qu'on répand dans le discours, dans les actions, dans le maintien, et qui fait qu'on plaît jusque dans les moindres choses. Les agréments viennent d*UD assemblage de traits fins que l'humeur et l'esprit animent; ils remportent souvent sur ce qui est plus régulièrement beau. — Il semble que le corps soit plus susceptible de grâces; et l'esprit d'agréments. L'on dit d'une personne, qu'elle marche, danse, chante avec grâce, et que sa conversation est pleine d'agréments. (G.)
GRACIEUX, AGRÉABLE. L'air et les manières rendent gracieux. L'esprit et l'humeur rendent agréable^ — On aime la rencontre d'un homme gracieux; il plaît. On recherche la compagnie d'un homme agréable; il amuse. — Les personnes polies sont toujours gracieuses; et les personnes enjouées sont ordinairement agréables. — Qu'il est difficile de ne pas s'attacher où l'on trouve toujours, à la suite d'une réception gracieuse, une conversation agréable! (G.)
GRACIEUX, AFFABLE. V. Honnête.
GRAIN, GRAINE. Ces deux mots sont synonymes en ce qu'ils signifient également une semence qu'on jette en terre pour y fructifier : mais le grain est une semence de lui-même, c'est-à-dire qu'il est aussi le fruit qu'on en doit recueillir; la graine est une semence de choses iifférentes, c'est-à-dire qu'elle n'est pas elle-même le fruit qu'elle doit produire. On sème des grains de blé et d'avoine pour avoir de ces mêmes grains; on sème des graines pour avoir des melons, des fleurs, des herbages, etc. — Le mot de graine fait précisément naître l'idée d'une semence propre à germer et à fructifier, ce que ne fait pas celui de grain. Ainsi l'on dit que le chènevis est la graine du chanvre; mais on ne dit pas qu'il en est le grain '. Ils conservent même cette analogie de signification dans le sens figuré : « Td a sa mémoire chargée de sages et prudentes maximes des grands
1. On dit pourtant nn grain de chènevis; mais comme on dit nn grain de sable, pour assigner mi des éléments individuels oa de la graine de cliènevis, oa d'un mon/teau do sable. (B.)
GRANDEUn. 281
hommes^ qui n'a pas lui-même ua grain de bon sens. Il est difficile que d'une mauvaise graine il vienne un bon fruit. (G.)
GRAMMAIRIEN^ GRAMMATISTE. Tous deux se disent de celai qui enseigne la grammaire ou qui a écrit sur la grammaire; mais grammatiste est un terme de dénigrement (47^ page 15); il signifie mauvais grammairien,
GRAND, CONSIDÉRABLE. V. Considérable.
GRAND, ÉNORME, ATROCE. Ces trois épithètes se rapportent au crime, et marquent ici le degré d'intensité. -^ Grand est nue ex{»*ession générique employée au physique et au moral, pour exprimer la hauteur^ l'élévation, l'étendue; elle s'applique aux choses qui surpassent les autres du même genre, mais qui n'excèdent pas les propor* tiens connues. — Grand suppose donc ime extension déterminée. Il y a des crimes plus ou moins grands, comparés^avec d'autres de même espèce. — Énorme, du latin enormis, formé de norma, règle, avec l'adversative ou plutôt l'exclusive e (9, page 4), signifie littéralement hors de la règle, outre mesure. C'est une expression figurée qui rappelle l'excès. — Le mot crime applicable à toutes les infractions du pacte social, n'a qu'une valeur indéfinie. L'épithète grand en fixe l'étendue et le classe; celle à^énorme le distingue, le met hors des rangs. — Atroce, du latin atrox, dérivé d'ater, noir, horrible, cruel, ajoute à l'idée de grand et d'énorme celle d'un concours de circonstances qui l'aggravent. Tullie, faisant passer son char sur le cadavre de son père; Néron, faisant assassiner sa mère, commettent des crimes énormes; mais Caracalla, faisant poignarder devant lui son frère dans les bras de sa mère; mais Atrée faisant boire à Thycste le sang de ses enfants» commettent des crimes atroces. (R.)
GRAND MONDE (LE). V. Monde.
CANDEUR D'AME, MAGNANIMITÉ, GÉNÉROSITÉ. La grandeur dame est dans les sentiments élevés au dessus des sentiments vulgaires. La magnanimité est la grandeur dame dans toute sa hauteur, sa perfection, sa plénitude. La générosité est la qualité qui distingue une bonne race, lliomme d'une àme forte : gens race, désigna chez lies Latins l'espèce de famille que nous appelons maison. — On conçoit assez que la grandeur dame est cette sorte d'instinct qui nous fait tendre au grand et découvrir le beau. Il est facile de se convaincre que la générosité se distingue surtout par ce grand caractère qui nous fait user de nos avantages, relâcher de nos droits, sacrifier nos intérêts en faveur des autres ; et c'est par cette idée que ce mot devient quelquefois synonyme de libéralité. Mascaron, dans Toraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, trace un si beau portrait du magnanime, qu'il craint qu'on ne fasse à son personnage le même reproche qu'un prophète faisait autrefois à un roi : Tu n*es qu'un homme, et tu fais comme si tu avais le cœur dun dieu. — La grandeur dame fait de grandes choses. La générosité iiûi de grandes choses par des cfibi-ts
'282 smoNYiiES français.
d'nn âésiutéressement sublime et au profit d*autrui. La magmnimiti fait les grandes cboses sans efforts et sans idée de sacri^ce, comme le Tulgaire fait des choses simples et communes. — La grandeur ttàme se déteimine par des moti£i nobles et honorables. Les motifîs les plas purs et les plus sublimes déterminent la générosité. La magnmmti n'a pas besoin de motifs pour se déterminer : c*esi le bien, c'est le vrai| c'est le beau qu'elle considère ; elle y tend comme à son centre. (R.)
GRATITUDE. V. Reconnaissance.
GRASSET, GRASSOUILLET. V. Maigret.
GRAVE, SÉRIEUX Un homme grave n'est pas celui qui ne rit jamais; c'est celui qui ne cboque point les bienséances de son état, de son âge et de son caractère. L'bomme qui dit constamment la vérité, par haine du mensonge; un écriTain qui s'appuie toujours sur la rai* son; un prêtre ou un magistrat attachés aux devoirs austères de leur profession; un citoyen obscur, mais dont les mœurs sont pures et sagement réglées, sont des personnages graves: si leur conduite est éclairée et leurs discours judicieux, leur témoignage et leur exemple auront toujours du poids. — Llionmie séneux est différent de rbomœe grave : te moin don Quicbotte qui médite et raisonne sérieusement ses folles entreprises et ses aventures périlleuses. — Le grave est au sérieux , ce que le plaisant est à l'enjoué : il a un degré de plus, et ce degré est considérable. — On peut être sérieux par humeur, et même faute d'idées. On est grave par bienséance, ou par l'importance des idées qui donnent de la gravité. (Enc.)
GRAVITÉ, GRAVITATION, PESANTEUR. L'idée commune est ceUe de la propriété que les corps ont d'être pesants et de s'attirer réciproquement.
« La gravité, dit l'abbé Girard, est précisément la même chose que -la pesanteur, avec un peu de mélange de l'idée de poids, c'est-à-dire -qu'elle désigne une certaine mesure générale et indéfinie de pesan- Vîur. »
Il me semble que la nuance qui distingue ces mots, est qaepesaiir ' )€ur désigne purement et simplement la force, le fait naturel; tandis 4ue gravité ajoute à cette idée celle des corps graves ou , comme on dit quelquefois, des graves soumis à la pesanteur : ainsi l'on dit, les lois de la pesanteur, et non les lois de la gravité; on dit, au contraire, le centre de gravité, et non le centre de pesanteur, paice que l'on onsidère a'ors un point du corps.
Gravité ne se dit que quand on parle de corps très-rapprochés de la terre : gravitation se dit des corps célestes, soleil, planètes, comètes, considérés relativement entre eux : « La gravitation d'une planète vers un'» autre ». (Acad.)
GKÉ (DE BON). V. De bon gré.
GUÉLE, FLUET. Gréic, du latin gracilis, mince, menu, maigre, effilé, élancé, petit : /luet, probablement du latin fluidus, dont le sens