GROS
propre est fluide, qxA coule; et le sens figuré^ peu solide, chancelant, sans consistance, mou, amolli, énervé.
Grêle se dit de toute chose qui de sa nature est long et menu : « Des jambes grêles, une taille grêle; la tige de cette plante est grêle ». (Acad.) Fluet ne se dit guère que du corps, de la constitution on complexion, de la mine et du visage; et il indique de la faiblesse, un défaut^ une infirmité, ou quelque chose de mou, d'efféminé, de trop délicat.
Une chose grêle peut cependant, par sa constitution, être forte et résistante. « Le cerf, dit Laveaux, a les jambes grêles, mais elles sont fortes et vigoureuses; les vieillards ont ordinairement les jambes fluettes, et elles sont faibles et sans action. »
On dit voix grêle, c'est-à-dire voix aiguë et faible de sa nature. Si fluet pouvait se dire dans ce cas, c'est qu'il s'agirait d'une voix molle, cbancelante, languissante.
On dit d'une belette, qu'elle a le corps fluet; et ici fluet parait être pris dans le sens primitif du latin fluidus: il fait entendre que le corps allongé de l'animal coule, se glisse facilement partout.
GROGNON, GROGNARD, GROGNEUR. Le ^rop-non grogne accidentellement et non par défaut de caractère : une personne aimable et même enjouée, peut par extraordinaire être grognon à midi; mais elle ne le sera plus une heure après. Les causes du mécontentement du grognon sont d'ailleurs assez légères; aussi grognon se dit-il fréquemment des enfants.
Les motifs qui mécontentent le grognard et le grogneur sont plus graves; mais ces deux mots n'ont pas tout à fait la même signification : le mot grognard a plus de rapport à l'humeur, au caractère (41, page 12) : le mot grogneur a plus de rapport à l'acte, à la manière de grogner (40, page 12). Le grognard est toujours disposé à grogner, à murmurer sourdement; il en cherche, pour ainsi dire, l'occasion, et cela le rend triste et maussade. Le grogneur grogne souvent et à haute voix, avec éclat : il en est fatigant; mais il ne grogne que quand l'occasion se présente.
GRONDER. V. Quereller.
GROS, GROSSIER. Qui n'est pas menu, petit, fin, délicat. L'adjectif gros s'emploie quelquel'ois dans un sens qui parait analogue à celui de grossier ; mais g7*os qualifie toujours par rapport au volume , et grossier par rapport à la façon. Ce qui est gros n'est pas menu, petit, fin : une chose grossière n'est ni menue, ni fine, ni délicate, ni bien faite; son imperfection vient de ce qu'elle n'a pas été travaillée avec art (48, page 15). Du gros drap est du drap épais et fort, bon du reste et bien fabriqué : du drap grossier est du drap mal fabriqué et de qualité inférieure. La môme différence existe entre grosse toile et toile grossière, gros souliers et souliers grossiers.
Ou ditj au figuré, gros mots, grosses paroles, c'est-à-dire jurements.
384 SYNONTIIES FRANÇAIS.
paroles offeasanies; et discours, propos grossiers, paroles grossières, c'est-à-dite contraires à la bienséance, à, la pudeur; langage grossier^ rude, barbare, peu civilisé. Grossier signifie aussi malhonnête^ incivil
GROSSIER, IMPOU. Y. Impoli
GROTESQUE. V. Burlesque.
GROTTE. V. Antre.
GUÈRE. V. Peu.
GUÉRISON. V. Cure.
GUERRIER. V. Belliqueux.
GUETTER. V. Épier.
GUEULE. V. Bouche.
GU£UX. V. Pauvre.
GUIDER, CONDUIRE, MENER. Gwtcfer signifie, littéralement, faire voir, enseigner, tracer, montrer la voie , une voie inconnue , cachée. Conduire vient du radical ducere, qui signifie être à la tête, commander, tirer à soi, diriger la marche; et c'est le sens du mot conduire, auquel la préposition cum ajoute l'idée d'avec, ensemble: union ( 4, page 3). Mener signifle conduire par la main ou conome par la main (de manus, main), faire aller, se liire suivre, entraîner avec soi, se rendre maître ou par force ou par manège. — L'idée propre et unique de guider est d'éclaiier ou montrer la voie. L'idée de conduire est de diriger, régir, gouverner une suite d'actions. Celle de mener est de disposer de l'objet ou de sa marche. La lumière seule guide . on conduit par le commandement comme par l'instruction et par le concours : l'autorité, la force, la supériorité, l'ascendant vous mènent. Le mot conduire partage avec guider l'idée. d'enseignement, et avec mener celle d'empire. On guide celui qui ne saurait pas aller sans guide : on conduit celui qui n'irait pas ou qui irait peut-être mal sans conducteur : on mène celui qui ne peut pas, ne veut pas, ne doit pas aller seul, sans une main qui le tienne. Il y a dans le piemier une pure ignorance; dans le second, de la soumission ou une défiance de soi-même; dans le dernier, de la dépendance, de Timpuissance on de la faiblesse. — Le sens ordinaire de ces mots est le même au figuré. L'art guide le médecin; le médecin conduit le malade; et la nature mène le malade à la santé ou à la mort. La raison nous guide et nous conduit : elle nous guide en nous montrant ce qu'il faut faire; elle nous conduit, lorsqu'elle nous fait faire ce qu'elle juge convenable. Nos passions nous mènent , lorsqu'elles nous ravissent la raison, qu'elles nous entraînent avec violence, qu'elles disposent de nous sans nous. (R.)
GUINGUETTE. V. Cabaret.