‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 95 sur 163 · LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE

LANDES, FRICHES. Lande annonce une étendue qne friche ne «iemande pas. Il y a des friches dans des cantons, des landes dans des provinces. Les landes sont de mauvaises terres qui ne donnent que <juelques misérables productions; les friches sont des terres incultes ou négligées, auxquelles il ne manque que la culture. Dans un pays neuf, des colons cultivent d'abord les friches et laissent les landes. La lande est telle par sa nature même; \dL friche n'est telle que faute de culture. ( R. )

LANGAGE, LANGUE, IDIOME, DIALECTE, PATOIS, JARGON. Ce qu'il y a de commun entre ces termes, c'est qu'ils marquent tous la manière d'exprimer les pensées : c'est par là qu'ils sont synonymes; voici les différences par où ils cessent de l'être. —Le mot de langage «st le plus général, et il ne comprend dans sa signification que l'idée qui lui est commune avec tous les autres, celle de la manière d'exprimer les pensées, sans aucune autre détermination; en sorte que l'on donne le nom de langage à tout ce qui fait ou paraît faire connaître les pensées : de là vient que l'on dit même le langage des yeux , un langage par signes, tel que celui des muets; le geste est un langage muet. — Les autres mots ajoutent à cetle idée générale et commune, celle du moyen dont on se sert pour rendre sensible l'expression des pensées; chacun de ces termes suppose que la parole est le moyen, et par conséquent que le langage est oral. C'est par cette nouvelle idée qu'ils diffèrent tous du mot langage : mais puisqu'elle leur est commune, ils sont encore à cet égard synonymes entre eux ; et il faut chercher les idées accessoires c[ui les distinguent. — Une langue est la totalité des usages propres à une nation pour exprimer les pensées par la parole. Tout est usage dans les langues : le matériel et la signification des mots, l'analogie et l'anomalie des terminaisons, la servitude ou la liberté des constructions, le purisme ou le barbarisme des ensembles. Les mots en sont consignés dans les dictionnaires; l'analogie en est exposée dans les grammaires particulières de chacune. — Si, dans le langage oral d'une nation, on ne considère que l'expression des pensées par la parole, d'après les principes généraux et communs à. tous les hommes, le nom de langue exprime parfaitement cette idée. Mais si l'on veut encore y ajouter les vues particulières à cette nation, et les tours singuliers qu'elles occasionnent nécessairement dans sa manière de parler, le terme à'idiome est alors celui qui convient le mieux & cette idée moins générale et plus restreinte. De là vient qae l'on donne le nom d'idiotisme aux tours d'élocution qui font propres à un idiome. -^ Si une langue est parlée par une nation composée de plusieurs peuples égaux, et dont les États sont indépen dants les uns des autres, tels qu'étaient anciennement les Grecs e iels que sont aujourd'hui les Italiens et les Allemands; avec l'usage générâd des mêmes mots et de la même syntaxe, chaque peuple peut avoir des usages propres sur la prononciation on sur la déclinaison

332 SYNONYMRS FRANÇAIS.

des mêmes mots : ces usages subalternes, également ic^gitiroes à cause de l'égalité des États où ils «ont autorises, constituent les dialectes de la langue nationale. — Si, comme les Romains autrefois et comme les Français aujourd'hui, la nation est une par rapport au gouyernement, \1 ne peut y avoir dans sa manière de parler qu'un usage lôgitime. Tout autre usage qui s'en écarte dans la prononciation, dans les terminaisons, ou de quelque autre façon que ce puisse être, ne fait ni nne langue ou un idiome à part, ni un dialecte de la langue nationale : c'est un patois, abandonné à la populace des provinces; et chaque province a le sien. — Un jargon est un langage particulier aux gens de certains états vils, comme les gueux et les filous de toute espèce ; ou c'est im composé de façons de parler qui tiennent à quelque défaut dominant de Tesprit ou du cœur, comme il arrive aux petits-maîtres , etc. Le mot de jargon fait donc toujours naître une idée de mépris, qui ne se trouve point à la suite des termes précédents; et si on l'emploie quelquefois pour désigner quelque langage bien autorisé, c'est alors pour marquer le cas que Ton en fait dans le moment» plutôt que celui qu'il en faut faire dans tous les temps. (B.)

LANGOUREUX. V. Languissant.

LANGUE. V. Langage,

LANGUISSANT, LANGOUREUX. Languissant, qui languit, qui est en langueur : langoureux, qui ne fait que languir, qui outre ou affecte la langueur (44, page 15). Ainsi, on est naturellement languissant; et on fait artificieusement le langoureux. On a bien Tair languissant, mais on prend l'air langoureux. — S'il n'y a pas de Taffectation dans le langoureux, il y a du moins quelque chose d'excessif, d'immodéré» d'habituel, de singulier dans sa manière d'être. Ainsi l'on dira d'un convalescent qu'il est encore un peu languissant, et d'un autre, qu'il est encore tout langoureux. Vous trouverez langoureux celui qui parait toujours languissant, (R.)

LARCIN. V. Vol.

LARES, PÉNATES. Les lares et Us pénates sont, dans la mythologie, des dieux ou des génies tutélaires des habitations, des maisons, des villes, des contrées, de tous les lieux. — Les lares peuvent être particulièrement considérés comme des dieux protecteiurs de l'habitation et de la famille en général; elles pénates, comme les dieux tutélaires de la maison intérieure ou de la chose domestique K Les lares gardaient surtout la maison, des ennemis du dehors; les pénates la préservaient des accidents intérieurs : ils présidaient particulièrement au ménage. — Nous disons poétiquement ou familièrement nos pénates, et non pas nos lares, pour nos foyers domestiques ; on va revoir ses pénates, on les salue. (R.)

1 . Gicéron, de nalurd dsorumf n, 68, dit ffnè lés ftinateê Mût ainsi appelés paTC» qu'ils résident dans l'intérienr (ptnitùi), on parce qu'ils veillent à la provisioi» {penut) de la maison. (R.)

LARGESSE. V. Libéralité.

Larmes, pleurs. Larme est la dénomination propre de l'iiameur limpide que la compression des muscles fait sortir du sac lacrymal et découler de l'œil. Pleur, mot détourné de sa signification naturelle *, désigne une espèce particulière et une abondance de larmes, ou des larmes abondantes et accompagnées de cris, de sanglots, de lamentations, des éclats de la douleur. Le rire> la joie, Tartiflce, comme la douleur, Taffliction, une surprise extraordinaire, enfin toute cause physique qui produit une compression des muscles de Tœil, fait couler des larmes. Les pleurs sont toujours marqués par quelque chose de lugubre, par une émotion violente, des signes éclatants, une iospiration et une expiration précipitée. — Voyez ces termes mis en opposition par de bons écrivains : les pleurs renchérissent toujours sur les larmes, H ne faut pas, dit Saint-Évremont, que les larmes d'une absence soient aussi lugubres que les pleurs des funérailles. La tragédie en pleurs, dit Boileau, nous arrache des larmes pour nous divertir. — - Rien n'est plus doux que de douces larmes; tout est amer dans les pleurs. Les larmes soulagent , et les pleurs semblent aigrir la douleur. — On dit nne larme et non pas un pleur : voilà pourquoi j'ai dit qu'il y avait dans les pleurs une sorte d'abondance ou de continuité. Il n'appartient qu'à Bossuet de dire un pleur *; et encore ce pleur est une lamentatiou, suivant le sens naturel du mot. — On dit de grosses larmes, et non pas de gros pleurs : la larme a une forme comme la goutte, comme la larme batavique; mais les pleurs se mêlent et se confondent toujours pour former des ruisseaux : on dit aussi des larmes de sang, plutôt que des pleurs de sang ; parce que le mot larme a un rapport particulier à la liqueur qui découle, et que pleur ne désigne proprement que l'éclat de la douleur. (R.)

LARRON, FRIPON, FILOU, VOLEUR. Ce sont des gens qui prennent ce qui ne leur appartient pas; avec les différences suivantes. Le larron prend en cachette ; il dérobe. Le fripon prend par finesse ; il trompe. Le filou prend avec adresse et subtilité ; il escamote. Le voleur prend de toutes manières , et môme de force et avec violence. — Le larron craint d'être découvert ; le fripon, d'être reconnu; le filou, d'être surpris ; et le voleur, d'être pris. (G.)

LAS, FATIGUÉ, HARASSÉ. Ces trois termes dénotent également une sorte d'indisposition qui rend le corps inepte * au mouvement et à l'action. — On est las, quand on est affecté du sentiment désagréable de cette inaptitude : et cette lassitude, faisant abstraction de toute cause, peut être forcée ou spontanée; forcée, si elle est l'effet et la suite d'un mouvement excessif; spontanée, si elle n'a été précédée d'aucun

i. Pleur vient da latin ptoratut, gémissements, lamentations, cris plaintifs. (R.) t. Là commencera ce pleur éternel; là, ce grincement de dents qui n'aura jamaia éê fin. Oraieon funèbre d'Anne de Gonzagwe» I. Inepte, dans ce sens, ne se dit aujourd'hui que de l'esprit et non dn corps*

exercice violent qne l'on paisse en regarder comme la cause. — On est fatigué, quand par le travail ou le mouvement, on s'est mis dans set état d'inaptitude. — On est harassé, quand on ressent une fatigue excessive. (B.) Voir l'article suivant.

LASSER, FATIGUER. La continuation d'une même chose lasse; la peine fatigue : on se iasse à se tenir debout; on se fatigue à trayailler. — Être ias, c'est ne pouvoir plus agir; être fatigué, c'est avoir trop agi. — La lassitude se fait quelquefois sentir sans qu'on ait rien fait; elle vient alors d'une disposition du corps, et d'une lenteur de circulation dans le sang. La fatigue est toujours la suite de Taction; elle suppose un travail rude , ou par la difficulté ou par la longueur. — Dans le sens figuré, un suppliant lasse par sa persévérance, et il fatigue par ses importunités. On se lasse d^attendre : on se fatigue à poursuivre. (G.) LAUDATIP. V. Louangeur.

LE, LES. Y. Homme (r).

LE, TOUT. V. Tout.

LÉGAL, LÉGITIME, LICITE. Légal, ce qui concerne la loi; légi^ time, ce qui est entièrement selon la loi, fondé en raison et sur un droit rigoureux; licite, ce qui est permis par la ioi, laissé à la volonté, abandonné au libre arbitre : une chose est licite, dès que la loi ne l'a point déclarée mauvaise. (V. Licite, Permis,) — Légal se dit proprement (les formes, des observances, des choses prescrites par la loi positive, sous peine de nullité ou d'animadversion de la part de la loL Légitime se dit proprement des choses fondées sur injustice essentielle ou sur la loi sociale dérivée de la loi naturelle de justice, en un mot, isur un droit qu'on ne peut violer sans tomber dans l'injustice. Licite se dit proprement des actions ou des choses que les lois regardent du moins «omme indiflféientes, et qu'elles rendraient moralement mauvaises^ si elles les défendaient. — Mon action est légale, lorsqu'elle est faite dans les formes prescrites. Mon action est légitime, lorsque je ne fais qu^user de mon droit sans attenter au droit d'autrui. Mon action est licite, lors- <iu'eile est autorisée ou qu^elle n'est nullement défendue. — Une élection est illégale, si on n'y observe pas toutes les conditions requises par la loi. Une puissance est illégitime, si elle exerce la force sans droit, contre notre droit. Un commerce est illicite, quoique bon dans l'ordre naturel, si la loi le défend en vertu d'un droit. (R.)

Légitime, étant suivant le droit, se dit, par extension, de ce qui est juste, fondé en raison : « Ses vœux sont légitimes; Sa douleur est légitime ». (Acad.) LÉGAT. V. Nonce.

LÉGÈREMENT, A LA LÉGÈRE. Nous disons au propre : «Veto, armé légèrement ou à la légère ». L'adverbe légèrement a rapport au sujet ; il indique l'efl-et que le sujet éprouve (61 , page t20 ) : à /a légère sl rapport aux vêtements ou aux armes qui, par leur forme et leur

Page 1