‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 341 sur 503 · NISA · texte numérisé non relu

NISA

fit de l'opposition au gouvernement royal. Après les journées de Juillet, pendant lesquelles on le vit, en compagnie de ses deux frères et d'un de ses oncles qui fut tué, combattre dans les rangs du peuple que sa polémique uvait-contribué à soulever, son aversion pour la royauté de Louis-Philippe le fit passer dans le camp républicain: il abandonna les Débats pour entrer au National, dirigé par Armand Carrel. Un petit roman grivois, le Convoi de la laitière (1831, in-8°) passa inaperçu; mais son ardente opposition au mouvement romantique le tira de l'obscurité bien plus que ses fougueuses sorties contre Périer, contre la police, contre l'état de siège et contre tout ce qui tenait au gouvernement. Ses attaques contre Victor Hugo, Alexandre Dumas, Lamartine et autres poètes à la mode, dont il remplit son Manifeste contre la litt rature facile et ses Etudes sur les poètes latins de la décadence (1834, 2 vol. in-8°, 2e éd., 1868), lui attirèrent les vives et spirituelles répliques de Jules Janin (Revue de Paris, 1834). En 1835, Nisardfut nommé, par le ministre Guizot, maître des conférences de littérature française à l'Ecole normale, et ensuite, presque simultanément, chef du secrétariat du ministère de l'instruction publique et maître des requêtes au Conseil d'Etat. Tant d'honneurs, acquis si subitement, témoignent suffisamment qu'il avait fait, en politique, une complète volte-face. C'est que déjà il professait sa fameuse théorie des deux morales : la morale de l'homme privé et celle de l'homme politique. Devenu conservateur très décidé, il obtint l'appui du gouvernement pour se faire élire député dans l'arrond. de Chàtilloilsur-Seine en 1842. Ministériel et bien en cour, il obtint en 1844 la chaire d'éloquence latine à la Sorbonne,en remplacement de Burnouf. Après la révolution de Février, qui brisa sa carrière politique et l'éloigna de l'enseignement public, il fut l'un des premiers à acclamer le prince Louis-Napoléon qui mettait en pratique sa théorie des deux morales. En 1850, il posa sa candidature à l'Académie française, en concurrence avec Alfred de Musset, et fut élu. Aussitôt après le coup d'Etat, il reconquit ses anciennes positions. Il succéda à Villemaiu dans la chaire d'éloquence française à la Faculté des lettres. En 1855, dans une de ses leçons, autant pour expliquer ses différents changements d'opinion que pour justifier le coup d'Etat, il reprit, en chaire, sa théorie des deux morales et fut hué par ses élèves, puis reconduit jusqu'à son domicile au milieu des sifflets et du vacarme. Quinze étudiant-, parmi lesquels se trouvait Rogeard, le futur auteur des Propos de Labiénus, furent poursuivis et condamnés à quelques mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel ; et le professeur, qui ne pouvait plus continuer son cours que sous la protection d'une nuée de ces sergents de ville qu'il avait conspués jadis, ne larda pas à changer sa position contre celle de directeur de l'Ecole normale (1857). Ses mesures arbitraires contre les élevés soupçonnés d'être libre-penseurs amenèrent une révolte, à la suite de laquelle l'Ecole normale fut momentanément licenciée (1867). A la suite de cet événement, Nisard, remplacé à l'Ecole normale, entra au Sénat (18 nov. 1867). Outre les ouvrages déjà cités, Nisard a donné : llist. et descript. de laviltedeNimes (1835); Mélanges (1838); Collection des Classiques latins (1838- "M, 27 vol. gr. in-8°, 2 col., avec la traduction en français); Précis de l'histoire delà littérature française (1840, in-12), une traduction de l'Eloge de la folie, d'Erasme (1S42, in-18); Histoire de la littérature frai 1844-'61,

4 vol. gr. in-8"), son œuvre capitale, dans laquelle il cherche à démontrer que depuis le siècle de Louis XIV, il n'y a plus de littérature française digne de ce nom; Etudes de critique littéraire, contenant une notice sur

Page 1