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24 mai 1891. Il était fils d'un jardinier et l'alné de sept frères. Après avoir fait ses études au collège deTarascon, il fut d'abord professeur, ensuite correcteur d'imprimerie, puis libraire. Dans ses moments perdus, il écrivait des vers français que ses compatriotes goûtèrent peu. Il entreprit donc de chanter dans une langue qui, sans cesser d'être celle des Dieux, fût en même temps compréhensible dans son pays. Ses premiers essais, publiés de 1835 à 1838, dans VEcho du Rhône, feuille qui s'imprimait à Tarascon, donnèrent le signal d'une renaissance littéraire en Provence. Il les réunit plus tard sous le titre de Li Margarideto, les Petites Marguerites (1847, in-18). Ayant groupé autour de lui quelques jeunes gens qui voulaient, à son exemple, donner un nouvel essor à la littérature nationale du sud-est de la France, il fut, en 1854, un des fondateurs du félibrige, cénacle dans lequel s'illustrèrent Crousillat, Camille Ravbaud, Félix Gras, Théodore Aubanel et Frédéric Mistral. Il créa VAlmanach provençal, publication populaire dont le tirage fut très élevé. En 1888, il remplaça Mistral comme Capoulié ou grand maître du félibrige. Ses œuvres sont assez nombreuses. Nous citerons, outre plusieurs morceaux, insérés dans le recueil des Provençales, le poème intitulé Li Sounjarello, les Songeries (1852), des Nouvelles, dont la plus importante est Li Capelan (1851, in-8°; nouv. édit. 1865, in-18); Lis Entarrochin, les Enterre-chien, pamphlet contre les enterrements civils (1874, in-8°), et des Contes provençaux, parmi lesquels se trouve le Curé de Cucugnan, composition qui rappelle nos fabliaux français du moyen âge.
ROUMÉLIE ORIENTALE. Cette province, tout en restant sous l'autorité du Sultan, est parvenue à s'unir administrativement à la Bulgarie. En vertu du traité de Berlin (1878), elle doit être administrée par un gouverneur chrétien que la Porte nomme avec l'assentiment des puissances ; le pouvoir législatif devait être confié à une assemblée provinciale, en partie élue et en partie nommée par le gouverneur. — Le premier gouverneur fut un Bulgare, le prince Vogorides, appelé aussi Aleko-Pacha. Nommé en mai 1879, il resta cinq ans au pouvoir, suivant les termes de la Constitution, et fut remplacé par sou premier ministre, également Bulgare, M. Christovitch, plus connu sous le nom de Gabriel ou Gavril- Pacha. Ce nouveau gouverneur ne tarda pas à être déposé par une insurrection. Pour d'autres détails relativement aux événements subséquents, voy. Bulgarie dans ce Supplément.
ROUSSEAU (Philippe), peintre, né à Paris, en 1808, mort à Acquigny (Eure), le 5 déc. 1887. Après avoir étudié dans l'atelier de Gros, il entra dans celui de V. Berlin, s'adonna au paysage et débuta au Salon de 1831, par un Site d'Auvergne. Son style académique laissa d'abord froid un public que remuaient profondément les brillantes productions romantiques. Ses Côtes de Normandie (1833); sa Vue de Normandie (1835) ; sa Vue de Dampierre ; sa Vue de Saint- Martin, près de Gisors ( 1 835) , sa Vue de Freneuse (1840) et plusieurs autres toiles de sa première manière passèrent inaperçues; telles furent sa Vue de Lions (1835) ; sa Vue de Sainte-Catherine, a Rouen (1837); sa Vue de Surgères (1838); sa Chaise de poste. Mais en 1844, il aborda les natures mortes et acquit de suite les suffrages des connaisseurs par sa toile intitulée: Le Rat des villes et le rat des champs, considérée comme un chef-d'œuvre de vigueur et d'originalité. A partir de ce beau succès, il peienit presque exclusivement des animaux, des fleurs et des fruits, genre dans lequel il eut peu de rivaux capables de l'égaler. D'une inépuisable fécondité, il produisit une foule de tableaux qui enlevèrent tous les suffrages; citons : le Chat et le vieux rat ; la Taupe et le lapin (1846) ; Fleurs et pa-
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pillons (1847); Basse-cour; Fruits et gibier (1848) ; le Chat et la souris (1849); Intérieur de ferme; Part à deux (1850); Un Importun; le Rat retiré du monde (1851);/a Mère de famille; Py gargue chassant au marais (1853); Deux artistes de chez Guignol; Cigogne en sieste; Chevreau broutant (1855); Chiens couplés au chenil; Lièvre chassé par des bassets; la Récréation; les Perroquets (1857); Jour de gala; le Déjeuner (1859); Musique de chambre; Cuisine (1861), la Recherche de l'absolu ; le Lièvre et les grenouilles (1863); un Marché d'autrefois; Nature morte (1SG4); Chacun pour soi (1865); le Singe photographe (1866); Résidence de Walter Scott (1868); l' Eté ;V Automne (1869); l'Office (1873); la Fête-Dieu; la Salade (1874); le Loup et l'agneau; les Fromages (1875); les Huitres; les Pavots (1876). Chaque année Philippe Rousseau élait représenté au Salon. Il obtint une médaille de 3e classe en 1845, une médaille de lre classe en 1848, de 2e et de 1" aux Expositions universelles de 1855 et 1878. 11 fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.
ROUSSEL I (Pierre), médecin, né à Ax (Ariège) en 1742, mort à Paris en 1802. 11 lit ses premières études à Toulouse, fut l'élève de Venel et de Rarlhez, se fixa ensuite à Paris, où il se lia avec Bordeu. Il pratiqua peu, mais se livra avec beaucoup de talent à l'analyse des ouvrages de médecine. Il a laissé : Système physique et moral de la femme (Paris 1775, in- 12, plusieurs fois réimprimé); Eloge de Bordeu, elc — II. (Pierre-Joseph-Alexis), publiciste, né à Epinal, mort en 1851. Il fut d'abord avocat et entra ensuite à la grande chancellerie de la Lésion d'honneur, en qualité de commis principal. 11 a laissé : Polit, de tous les cabinets de l'Europe, pendant les riynes de Louis XV et de Louis XVI (1793, 2 vol. in-8); Correspond, de L.-P.-J. d'Orléans (1800, iu-8°) ; le Château des Tuileries, son /«.si. jusqu'au 18 brumaire (1802, 2 vol. in-8°); Corresp. secrète de plusieurs personnages de la fin du xvnr3 siècle (1802, in-12); Choix de causes célèbres (1813,20 vol. in-12).
RUFISQUE, ville maritime française de l'arrondissement de Gorée (Sénégambie) sur la baie de Rufisque, au S. de l'île de Gorée; 4,000 hab. dont 150 Européens. Cette ville, qui n'était naguère qu'un simple comptoir, s'est développée avec une grande rapidité, grâce à son commerce des arachides du Cayor, dont elle est l'entrepôt et qu'elle exporte surtout à Bordeaux. Née d'hier, elle est construite tout à neuf. Ses rues, qui forment des angles droits les unes avec les autres, et qui vont d'un bout à l'autre de la ville, sont sillonnées par une voie ferrée (système Decauville) pour le transport des arachides, et sont éclairées à l'électricité. Malheureusement, le climat est très malsain, particulièrement pendantl'hivernage, époque où desorages continuels transforment Rutisque en un vaste marais, d'où s'exhalent des miasmes pestilentiels.
RUMINÉ, ÉE adj. (lat. rumen, gosier). Bot. Se diL du périsperme des graines quand certaines portions des téguments pénétrent dans son épaisseur et lui donnent une apparence veinée.
RU0LZ (François-Albert-Ferdinand, baron de RuoLZ-iMoNTCiiAL, universellement connu sous le nom de), célèbre inventeur, né à Lyon en 1810, mort à Neuilly en 1887. Entré dans la vie avec une fortune considérable qui s'élevait, dit-on, à cent mille francs de rente, il cultiva d'abord les beaux-arts et s'adonna particulièrement à la composition musicale. L'insuccès de ses opéras : Lara (Naples, 1835); la Vendetta (Opéra de Paris, 1839) l'ayant découragé, il chercha des consolations dans la science. Il se rendit célèbre du premier coup par l'invenLion d'un nouveau procédé pour dorer et pour argenter les métaux, au moyen de la pile voltaïque, en employant du cyanure
d'or ou d'argent dissous dans le cyanure de potassium. Son brevet d'invention, qui date db 1841, fut cédé peu après à Christofle. Quant à lui, qui ne s'était pas enrichi, loin de là, il obtint l'emploi d'inspecteur général des chemins de fer. Il mourut pauvre.
RUSSIE. On calcule que la population de la Russie s'augmente chaque année d'un peu plus d'un million d'habitanls. On l'évalue aujourd'hui à 104 millions d'hab., dont 87 millions pour les possessions européennes et le surplus pour les différents territoires^de l'Asie. Le commerce de ce vaste empire se développe avec une grande rapidité, surtout son commerce d'exportation par les frontières d'Asie, où il fait une rude concurrence au trafic de l'Angleterre; mais comme fournisseur des céréales de l'Europe, la Russie perd chaque jour du terrain et se laisse distancer par les Etats-Unis, où la culture, mieux entendue, donne des résultats pi us satisfaisants et moins coûteux. — L'histoire politique de la Russie continue de nous donner l'exemple d'une lutte intense entre l'autocratie et les aspirations libérales du peuple. Son histoire extérieure, depuis le traité de Berlin, qui a mis desientraves à sa marche vers Constantinople, peut se résumer en deux mots : efforts pour protéger la France, pour contre-balancer l'influence anglo-germanique et pour prendredes compensations en Asie. Les hostilités avec les turcomans, éclatèrent en 1879. Les troupes russes, d'abord vaincues par les Tekkés, se retirèrent; mais, en mai 1881, le général Skobelelf envahit de nouveau le territoire des Turcomans Tékkés, et finit par le subjuguer. Déjà l'empereur Alexandre II, assassiné par les nihilistes, avait laissé la couronne à son fils Alexandre III, qui prit de suite les mesures les plus énergiques contre les nihilistes. En février 1884, l'oasis de Merv, occupée depuis 1882, fut officiellement annexée à l'Empire, et en mars de l'année suivante les Russes attaquèrent les troupes afghanes à Pendjeh, les repoussèrent et annexèrent cette ville, malgré les protestations de l'Angleterre. L'irritation des deux rivales n'était pas encore apaisée et menaçait de dégénérer en une guerre, qui eût embrasé l'Europe et l'Asie, quand éelataen septembre 1885, la révolution de la Roumélie orientale. Cette province, en proclamant son union avec la Bulgarie, établissait la frontière que la Russie avait fixée par le traité de San-Stefano et qu'elle avait inutilement voulu faire accepter au Congrès de Berlin. Il semblait doncquele vœu d'Alexandre II fût accompli. Mais cette révolution était l'œuvre du parti national bulgare, opposé à l'intervention de la Russie, et le gouvernement de Saint-Pétersbourg prit une attitude nettement hostile à l'union des deux portions de la Bulgarie. Le tzar rappela les officiers russes qui commandaient les troupes bulgares; et à la conférence de Constantinople (nov. 1885) il insista sur le rétablissement du statu quo. Il s'opposa ensuite à la nomination par la Porte du prince Alexandre comme gouverneur de la Roumélie orientale, mais s'associa aux autres puissances pour adhérer au traité de paix, signéentre la Serbie, la Bulgarie et laTurquie le 3 mars 1886. Il éleva seulement des difficultés en insistant sur la limitation de cinq ans fiour les pouvoirs d'Alexandre ; passé ce terme a nomination du prince devait avoir l'assentiment des puissances; on comprend que le prince Alexandre fit quelque opposition à cette exigence. Les vues de la Russie n'ayant pas prévalu, cette nation déploya une grande activité pour l'augmentation de sa marine; elle ne fit pas construire moins de 26 vaisseaux ai différents modèles. En Bulgarie, les élections de juin 1886, donnèrent une forte majorité au parti national, ayant pour chef, Karaveloff, tandis que le parti russe, dirigé par Zankotï, fut complètement écrasé; c'est pourquoi la Russie complota secrètement de renverser
Alexandre; et le 21 août 1886, ce prince saisi nuitamment par les conjurés, fut envoyé, après avoir abdiqué, sur le territoire russe, d où il passa en Allemagne. Le général Kaulbars, envoyé en Ruliiarie, essaya vainement de soulever le pays et s'en retourna en déclarant que toule relation diplomatique était rompue avec la Bulgarie. Los bruits de guerre entre la France et l'Allemagne détournèrent l'attention du tzar, qui, déclarant ne vouloir pas avoir les mains liées en Orient, si la France était attaquée, parut se désintéresser de la question des Balkans. Pendant ces événements, la Russie avait consolidé sa position dans l'Asie centrale par l'achèvement du chemin de fer de l'Oxus, qui unit les armées du Turkestan à celles du Caucase et qui permet une rapide concentration de troupes à Merv, sur les frontières de l'Afghanistan. La russification des provinces Baftiques fut inaugurée à l'automne, quand le grand-duc Vladimir, visitant Riga et plusieurs autres villes, déclara que le tzar ne tolérerait plus des tendances non nationales; aussitôt l'administration des écoles fut enlevée aux pasteurs luthériens allemands; la langue allemande fut prohibée pour les maîtres et pour les élèves; on défendit même de parler allemand d<.ns les chemins de fer, et l'Université de Doipat fut reconstituée d'après le programme moscovite. — Si aucune mesure ne fut prise par la Russie pour s'opposer à l'avènement du prince Ferdinand de Bulgarie, c'est que l'empereur Alexandre voulait avoir les mains libres, en cas d'un conflit franco-allemand; mais le prince qui règne sur les Balkans sans l'assentiment et même contre la volonté du tzar, ne doit pas dormir tranquille, avec l'épée moscovite continuellement suspendue sur la tête. Au mois de nov. 1887, l'empereur de Russie rendit visite à son oncle moribond, le vieil empereur d'Allemagne. L'entrevue manqua de chaleur. Le tzar profita de sa présence à Berlin pour reprocher à M. de Bismarck le double jeu qu'il jouait en Bulgarie, en ayant l'air, pour la galerie, decondamner la conduite du prince Ferdinand, tandis qu'en secret il l'approuvait. Le chancelier d'Allemagne ayant nié l'exactitude des renseignements dont l'empereur de Russie prétendait s'être entouré, le tzar lui déclara que ces renseignements provenaient de la main même du chancelier ; que c'étaient des dépêches de M. de Bismarck. A ces mots, M. de Bismarck se récria en disant qu'il n'avait jamais rien écrit de semblable; et que ces missives étaient l'œuvre d'un faussaire intéressé à troubler l'harmonie entre les deux empires. Le tzar, dès son retour à Saint-Pétersbourg, envoya les dépêches à Berlin où elles furent imprimées. Ce qui est plus étrange encore c'est que l'apparente réconciliation du tzar et du prince de Bismarck fut immédiatementsuiviedela panique de déc. 1887, causée par une prétendue concentration de troupes russes sur la frontière autrichienne. Cette rumeur, née à Berlin comme toujours, agit d'une manière désastreuse sur la Bourse de Vienne. Plus de 300,000 hommes, disait-on, se trouvaient à peu de distance de Craeovie et de Lemberg; sept divisions de cavalerie russe n'attendaient qu'un signal pour envahir la Galicie; elles précédaient de 10 jours seulement l'arrivée de l'infanterie. C'était un bruit sans fondement, né dans le cabinet du prince de Bismarck, pour un coup de Bourse, disent les uns, pour effrayer l'Autriche et hâter ses préparatifs de défense, prétendent les autres. — L'année 1888 débuta par une crise financière, causée eu partie par les bruits de guerre, mais surtout par le projet d'introduire dans la circulation une monnaie d'or calculée de manière à déprécier la valeur du papier-monnaie. Plusieurs banques de Saint-Pétersbourg firent faillite et la valeur du rouble tomba à moins de i fr. Mais cette dépression ne dura que quel-
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ques semaines et le calme financier renaquit dès que le gouvernement eut fait savoir officiellement que la monnaie d'or ne serait pa~ créée; il s'affermit à la mort de Guillaume d'Allemagne. La célébration du 900e anniversaire de l'introduction du christianisme en Russie, eut lieu le 27 juillet avec beaucoup d'éclat et de dévotion. A la fin du même mois une cordiale visite dunouvel empereur d'Allemagne fit disparaître les craintes de guerre immédiate. Le souverain de Russie entreprit des voyages dans les différentes parties de son empire ; il parcourut la Finlande, la Pologne, la Crimée et ses nouvelles possessions du Caucase : Vladikavkaz. le nouveau port de Novorossisk, Batoum, Tiflis et Bakou. Pendant son retour un affreux accident arriva au train impérial près de Borki. sur le chemin de fer de Kharkoff, à 60 kilom. de Sébastopol. La seconde locomotive dérailla au moment où le train franchissait une moyenne de 68 kilom. à l'heure. 21 voyageurs (courtisans et officiers) furent tués; 36 furent blessés. La famille impériale échappa comme par miracle. A côté de l'empereur périt un de ses laquais au moment où il lui tendait une assiette. A ses pieds, son chien favori fut tué. On crut d abord à un nouveau complot des nihilistes; mais l'enquête prouva que l'accident était dû à la grande rapiditédu train surune voie dontles traverses étaient pourries. Pendant cette année 1888, la Russie parut se désintéresser des affaires bulgares; mais elle ne cessa pas de se fortifier sur la frontière de Galicie. Là on poussa avec une nouvelle énergie la russification des provinces baltiques. Les prêtres protestants ayant fait de l'opposition, on en jeta 37 en prison et l'on en déporta 8 à Arkhanu'el et à Astrakan On obligea les sujets allemands à évacuer le territoire; mais 35,000 d'entre eux obtinrent la permission de s'établir en Pologne en deve nantsujets russes. Un emprunt russe de 50 mêlions de francs fut émis en France et dans les