AFRIQUE
A. la considérer dans son ensemble, l'Afrique ifiectela forme d'un énorme triangle. De tous tôtés entourée par la mer : au N. par la Méditerranée, àl'O. par l'Atlantique, au S.-E. par l'Océan indien et à l'E. par la mer Rouge, elle n'est rattachée à l'Asie que par une étroite et courte langue de terre, 1 isthme de Suez. La surface de cet énorme continent est plus de trois fois celle- de l'Europe. Que si nous comparons l'Afrique aux autres parties de la terre, nous n'en trouverons aucune qui soit aussi peu d*coupée, qui présente une ligne aussi continue de rivages pour ainsi dire inaccessibles. C'est que l'Afrique est partout bordée d'une chaîne côtière qui s'élève presque au bord de la mer. Ce sont, au S. du canal de Suez, le Djebel Attaka qui s'élève à 800 m.; plus b«s les montagnes de l'Abyssinie, hautes de 13 à 1,400 m. sur l'océan Indien, les massifs du Kénia et du Kilimandjaro qui atteignentprèsde 6,000 m. et sont coiffés de neiges éternelles; auprès du Nyassa, ce sont les monts Livingstone hauts de 4,000 m. et la chaîne de Drakenberg qui se dresse comme un mur le long de la mer et se termine au S. par les fameuses montagnes du cap de Bonne Espérance et de la Table. Sur le rivage de l'Atlantique s'étagent des terrasses interminables dont les sommets les plus élevéssont les monts Kameroun et Kong, terrasses ou dunes qui vont rejoindre la chaîne de l'Atlas. Cette dernière après avoir bordé le Maroc sur l'Atlantique, court de l'O. à l'E. jusqu'à la Tunisie et atteint près de 4,000 m. au-dessus de la mer. Les brèches à cette enceinte sont rares et le plus souvent étroites, ce sont les embouchures des principaux fleuves, de sorte que toutl'intérieur decet immense continent a longtemps échappé aux recherches des voyageurs et ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du xix" siècle qu'on a pu se faire une idée exacte de cet énorme area. Il constitue un immense plateau et, pour être plus exact, deux plateaux inégalement élevés, l'un qui correspond à la base du triangle et le moins élevé, c'est l'Afrique septentrionale, l'autre, perpendiculaire à la base, c'est l'Afrique australe. Légèrement bosselée est la surface du sol; au N., le relief s'accuse avec le massif du Ahaggar qui se termine par la chaîne désolée du Tibesti; au S. se dressent les monts Mushinga qui séparent le bassin du Congo de celui du Zambèse et cette chaîne, à l'E. des grands lacs, qui forme l'extrémité occidentale du grand plateau de l'Afrique équatoriale. Quant aux dépressions elles sont nombreuses. Outre les vallées plus ou moins larges du Nil, de la Medjerda, du Chéliff, de l'oued Draa, du Sénégal, de la Falémé, du Niger, du Congo, de l'Orange, du Zambèse et du Djob, elles sont constituées par les lacs Noun, Tsana, Victoria, Albert, Bangouelo, Moero, Nyassa, ces six demi ers situés au dessus de la mer, Ngami et Tchad, sans parler des chotts algériens et tunisiens non plus que des oasis d'Aujilah et de Siouah. Comme traits caractéristiques de ce continent, ajoutez l'immense désert du Sahara au N. et celui de Kalahari au S. Faisons cependent une remarque caractéristique. Pour atteindre la mer, les fleuves doivent se frayer un passage, et renverser la chaîne :£tière. Aussi sont-ils
tous barrés par une série de cataractes qui opposent à la navigation les plus grands obstacles. Non loin des rivages de l'Afrique, ou plus au large, se rencontrent les archipels des Açores, de Madère, des Canaries, des lies du cap Vert, les îles de Fernando Po,duPrince, Saint-Thomas et Annobon dans le golfe de Guinée, de l'Ascension et de Sainte-Hélène en plein Atlantique; dans l'océan Indien, l'île de Madagascar avec les archipels des Comores et desMascareignes; des Seychelles, des Amirantes et Socotora, cette dernière à l'entrée de l'océan Indien, comme Périm est à la porte de la mer Rouge. — La géographie politique de l'Afrique est en voie de transformation et l'on peut dire, tant les changements sont continuels que c'est un perpétuel recommencement. Il esteependant certaines parties de l'Afrique chez lesquelles les transformations sontplus lentes, nousvoulons parler des Etats barbaresques. C'est ainsi qu'on a désigné de tout temps la partie septentrionale de l'Afrique qui borde la Méditerranée et qui comprend la Tripolitaine, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc. En ajoutant aux 200,000 kil. carr. des terres cultivables situées dans le Tell, les 600,000 kil. environ qui s'étendent dans le Sahara, le Maroc est moitié plus grand que la France et cependant on ne lui donne qu un peu plus de 6 millions d'hab. A proprement parler, le pouvoir du sultan ou shérif n'est que nominal sur un grand nombre de tribus. Maroc, la capitale Fez, Rabat, Meknez , Tetuan , Ouezzan , Mogador et Tanger, le principal port, telles sont les villes les plus importantes d'un empire dont le commerce extérieur ne s'élève guère qu'à 55 millions de francs et se fait avec l'Angleterre, l'Allemagne, la France et l'Espagne. Des anciennes conquêtes faites par cette dernière puissance au Maroc pendant le moyen âge, il ne lui reste que quelques territoires sans importance appelés presidios et dont le plus connu est Ceuta, en face de Gibraltar. Au-delà de la chaîne de l'Atlas, qui court presque parallèlement à la Méditerranée, s'étend une énorme zone de terrain sablonneux, à peu près privée de pluie, qui part ce l'Atlantique pour s'arrêter à la faille duN'l, qu'elle enjambera ainsi que la mer Rouge. C'est le Sahara dont la superficie, un peu inférieure à celle de l'Europe n'a pas moins de 9 millions de kil. carr. que parcourent ou qu'habitent 3 millions de Touareg, de Maures et de Tibbous. Nombreuses ont été les erreurs des anciensgéographesquivoyaientdansle Sahara le fond d'une mer desséchée, alors qu'il est presque partout au-dessus du niveau de la mer. C'est la destruction systématique des forêts «jui a donné au Sahara cette absence presque absolue de végétation. Jadis , il recevait des pluies abondantes et régulières qui engendraient de nombreux et d'importants cours d'eau. Pour la plupart, ce ne sont plus que des fleuves desséchés ou souterrains, comme l'Igharghar et le Mia, mais les nomades qui en connaissent le cours ont su jalonner leurs routes de commerce de puits abondants et leurs oasis de sources jaillissantes qui fournissent aux dattiers et aux arbres fruitiers qui croissent à leur ombre une exubérante végétation. Adrar,
Tafilet, le Mzab, Rliadamès, Ghat, Mourzouk, Koufra ne sont pas autre chose que des oasis d'importance variée, que des étapes sur les routes de transit. Le Sahara est plus mouvementé dans certaines parties qu'on ne le pourrait croire, et nous devons citer les monts neigeux du Ahaggar bien peu connus encore, et ceux du Tibesti où Nachtigal a failli perdre la vie. Quant aux populations énumérées plus haut, elles sont sédentaires sauf les Touareg. Leur amour du pillage est l'obstacle le plus sérieux à la restauration des anciennes voies de commerce fréquentées au temps de la traite des nègres. Au S. du Sahara s'étend parallèlement une zone énorme de pays très riches et très fertiles pour la plupart, mais dont certains ont été, à la suite de guerres répétées, pour longtemps ruinés. Ils sont connus sous le nom générique de Soudan. La géographie physique de toute cette région n'offre pas de lignes bien arrêtées qui permettent de la saisir d'un simple coupâ'œil. A l'O. et surles bords de l'Atlantique, c'est d'abord le bassin du Sénégal, de la Gambie et de la Mellacorée qui prennent leurs sources dans une série de chaînes qui partant au S. des montagnes de Kong s'élèvent par leFouta Djalon, le royaume de Segou et le Kaarta. Puis vient un peu plus à l'E. le bassin du Niger dont on n'avait fait jusqu'au xvme siècle qu'un seul fleuve avec le Sénégal. Ce bassin, s'il est parfaitement délimité au S. par la chaîne de Kong, n'est séparé du Sahara, dont il a presque îe même niveau, que par le revers d'un certain nombre de plateaux entre lesquels il faut citer ceux d'Adghag, d'Aïrou et d'Aghadès; enfin à l'E. une série de hauteurs qui se ramifient dans le Haoussa, le Sokoto, le Zagzeg et jusque dans l'Adamoua encaissent ses affluents inférieurs de la rive gauche. Au centre, du continent nous trouvons le bassin lacustre du Tchad qu'alimente le Chari dont les affluents prennent leur source dans le massif isolé du Dar Four, et d'où sort pendant les inondations le Bahr el Ghazal. Enfin plus à l'O. s'étend le Soudan dit Egyptien. Ce qui au N. , constitue la véritable frontière entre le Sahara et le Soudan, c'est la limite des pluies tropicales qui changent complètement l'aspect du pays et donnent naissance à une végétation exubérante dont les géants sont les baobabs. Le Niger prend sa source à l'endroit où les monts du Fouta se détachent de la chaîne du Kong, coule d'abord du S.-O. au N.-E. jusqu'audelà de Sansanding, se relève vers le N. jusqu'à Tombouctou, marché fameux au Moyen Âge et aujourd'hui bien déchu, court quelque temps de l'O. à l'E. puis descendant vers le golfe de Guinée, reçoit sur sa rive gauche, le Sokoto et le Benoué et s'épanche dans l'Océan par un immense delta marécageux. A un cours aussi long correspond un débit considérable; le Niger récoltant une bonne partie despluies qui mouillent le Soudan. Les localités principales que baigne le Niger sonl Bammakou où la France a récemment planté son drapeau, Segou, Tombouctou, Sansanding, Gogo, Yaouri, Lokodja et Abo où commence le delta et siège de factoreries européennes. Quant au lac Tchad, situé à 244 m. au-dessus de 1* mer, il reçoit au S. un fleuve
considérable, la Chari, formé de plusieurs rivières. Non loin du Tchad qui paraît avoir été plus étendu autrefois qu'aujourd'hui, qui se déplace et déborde au loin pendant la saison des pluies, existe une petite nappe d'eau, le lac Fittri. Avec cette abondance d'eau, ces inondations périodiques qui déposent d'épaisses alluvions aussi fécondes que celles du Gange ou de Mississipi, l'indigo, le coton, le maïs, le riz, la canne à sucre, le café et les graines oléagineuses poussent merveilleusement; l'arbre à beurre et mille autres essences aussi précieuses prospèrent, sans compter qu'à côté de ces richesses végétales la terre renferme dans son sein des trésors non moins abondants, tels que l'or et le cuivre, et que le règne animal fournit à l'homme des objets d'échange recherchés : l'ivoire, les plumes d'autruche, les peaux de gazelle, les chevaux, etc. Quoi d'étonnant que dans ces fertiles contrées la population soit très dense I On compte 40 millions de nègres au Soudan, les uns presque sauvages, tels que les habitants du Ouadaï, les autres relativement civilisés comme ceux des environs du lac Tchad, du Bornou, du Baghirmi, ceux du Haoussa, du Sokoto, du Zagzeg qui sont mêlés aux Peuhls ou Foulahs et sont mahométans. Que si maintenant, au point de vue politique, nous cherchons à nous faire une idée des royaumes distribués sur cette zone immense, nous trouvons à l'E. le Ouadaï, royaume fermé queNachtigal etMatteucci ont eu tant de peine à traverser en sens inverse et dont la capitale est Abechr, le Baghirmi qu'arrose le Chari, le Bornou avec sa capitale Kouka, le Haoussa avec ses marchés fameux de Kano, Sokoto, Yaouri, Yakoba, qui n'a pas moins de 150,000 hab., l'Adamaoua, au S. du Bornou, le Zagzeg, le Gouandou et le Noupé sur le Niger inférieur, le Massina avec sa capitale Tombouctou, sans compter, au-dessous, les royaumes nègres de Tombo, de Mossi et de Gourma. Sur la côte de Guinée, s'échelonnent au milieu de populations régies par une série de roitelets indépendants les uns des autres, quantité de colonies européennes, sans parler delà république de Libéria fondée en 4822, des royaumes des Ashantis, du Dahomey et du Yoriba. Au-dessous du Soudan, sur un area qu'il est encore impossible de délimiter, car on ne connaît pas ou l'on n'a pas identilié encore la plupart de ses affluents, s'étend l'immense bassin du Congo. C'est le cœur de l'Afrique, le noyau de l'amande, pour employer l'expression de Stanley. De la chaîne qui borde la rive occidentale du lac Nyassa, tombe une rivière, le Chambezi, qui -épanche dans le lac Bangouelo. A l'extréuité occidentale de cette nappe, le Loua- 'oula, se glisse au pied des monts Lokinga. ■ nue lelacMoero,surles bords duquel mouut Livingstone, puis coule vers le N.-O.et recueille une rivière aussi importante, le -oualaba qui a traversé les lacs Lohemba, kassilietKarnolondo ; on est alors dansle Maiiyéma. Le fleuve, à sa sortie du Kamolondo, prend le nom de Loualaba, passe à Nyangoué, marché important, et reçoit prèsde l'équaleur une grosse rivière qu'on croit être le Lomami. Presque aussitôt barré par une énorme cataracte qui a recule nom de Chutes de Stanley, le Congo ou Zaïre s'élargit, s'étale au loin, forme quantité d'îles et de bras, reçoit sur sa rive droite, l'Arrouimi, le Mobangi qu'on croit être le Ouellé de Schweinf urth, la Licona . l'Alima. Sur sa rive gauche, ses affluents sont après le Lomami, le Lubilasch, l'ikelemba, le Kassaï, qui vient d'être reconnu par le lieutenant Wismann et qui reçoit le Kouango. Un tel fleuve aurait permis depuis longtemps de pénétrer au cœur du noircon-