AFRIQUE
tlnent, s'il n'était, non loin de son embouchure, barré par les cataractes de Yellala et par une série de chutes et de rapides qui ne se terminent qu'à Stanley Pool. La plus grande partie des contrées qu'arrose le Congo est extrêmement fertile, couverte d'une population excessivement dense, adonnée presque partout à l'agriculture, à l'élève du gros bétail, là où ne sévit pas la mouche tsétsé. Là régnent des souverains puissants : Mirambo, Cazembé, Mouata Yamvo, là se tiennent des marchés fameux où s'échangent contre les marchandises d'Europe les produits indigènes. C'est sous le patronnage du roi des Belges qu'a été fondée l'Association internationale. Une conférence réunie à Berlin l'année dernière a définitivement réglé la sphère où doit s'exercer son action, là a été reconnu l'état du Congo et l'on a fixé les limites des possessions anglaises, espagnoles, portugaises et françaises. Sur la rive méridionale du Congo s'étendent les vieilles possessions portugaises du Benguela et de Loanda. De toute l'Afrique méridionale, la partie la plus élevée est la plus voisine de la mer. Le lac Ngami en forme la dépression la plus sensible; le désert de Kalahari est encore à plus de 1,200 m. au-dessus de la mer et la pointe même de l'Afrique se termine par les hautes montagnes du Cap et de la Cafrerie. Quant au bassin de l'Orange, il embrasse presque toute la partie méridionale du continent. Ce fleuve, qui se jette dans l'Atlantique par 28° 30' de lat. méridionale, prend sa source dans la haute chaîne qui longe le rivage de l'Océan indien. Sur une grande partie de son cours, il sert de limite entre les Hottentots et la colonie anglaise du Cap et la sépare, dans son cours supérieur de l'état libre d'Orange; quant à son affluent, le Vaal, il a servi de frontière entre l'état d'Orange et le Transvaal. Ces deux états fondés par des colons hollandais et des protestants français chassés par la révocation de ledit de Nantes, connus sous le nom générique de boers, ont pour villes principales Bloemfontein, Potcnesftroem, Pretoria. Les boers ont grand peine à défendre leur indépendance contre leurs jalouses voisines les colonies du Cap et de Natal qui leur interdisent, avec l'accès delà mer, la libre exportation de leurs récoltes et de leurs troupeaux. Que si nous remontons la côte du canal de Mozambique, nous trouvons, en face, la grande île de Madagascar, les possessions portugaises d'0urnzila,de Sol'ala et de Mozambique qu'arrose le Zambèse. Prenant sa source dansle pays de Mouata Yamvo, ce fleuve reçoit à gauche le Kabompo qui descend des monts Kone au S. du Bangouelo, traverse le pays des Makololos, et, après avoir reçu à gauche le Cuando, se trouve resserré entre aeux chaînes de montagnes qu'il franchit aux chutes Victoria, remonte au N., reçoit la Louangoua, coule alors de l'O. à l'E. et, à partir des chutes de Kebrabasa, descend vers l'océan Indien où il tombe par un delta près de Qtiilimané. Les Portugais ont cherché à étendre leur domination et leurs relations commerciales dans toute cette zone d'un million de kil. carr. dont la population atteint 350,000 hab. Avec le Nyassa, nous entrons dans la région des grands lacs. Ptolémée savait que le Nil sortait de deux lacs immenses, et pendant tout le Moyen Age, on avait continué de les marquer hypothétiquementsurles cartes; puis on les avait au xviii11 siècle complètement effacés, et seul, notre grand d'Anville avait marqué sur ses cartes d'Afrique un lac, le Nyassa dis Maravis. Postérieurement, ce lac avait nu" nu- disparu des cartes. La connaissance du relict du sol etdu régime des pluies
est venue expliquer la formation de cette chaîne de laes qu'on ne peut comparer qu'à ceux de de l'Amérique du Nord. Les hautes chaînes qui frangent la bande orientale de l'Afrique avec les cimes neigeuses du Renia et du Kilimandjaro accrochent les nuages qui crèvent sur les terres intérieures et versent des torrents de pluie qui remplissent toutes les cavités et engendrent cette multitude de rivières et de ruisseaux dont la nomenclature est inépuisable. Ce sont au N. du Nyassa, leTanganyika et le Louta Nzighé ou Albert qui semblent se continuer et constituer une seule et même faille, le lac Oukereoué ou Victoria et le lac Baringo au pied du Kénia. De l'Albert et du Victoria sortent les rivières qui constituent le Nil, quant au Tanganyika, il n'a qu'un émissaire temporaire le Loukouga qui le met en communication avec le Lualaba pendant la saison des pluies. Nombreuses sont les populations riveraines de ces lacs, avec lesquelles Livingstone, Speke, Grant et tant d'autres explorateurs y compris Stanley eurent maille à partir .Nous entrons ici dans le bassin du Nil. En réalité, le Nil est le père de 1 Egypte, c'est lui qui l'a créée, qui continue à la féconder de son limon. Son cours peut être partagé en trois tronçons qui ont leur caractère nettement tranché. A sa sortie des lacs, grossi des pluies tropicales, le Nil entraine un énorme volume d'eau, mais comme depuis Doufli il ne reçoit pas un seul affluent et qu'il traverse une région où l'évaporation est considérable, il finirait par se réduire à rien s'il ne recevait presque au même endroit le Babr el Ghazal, grossi du Babr el Arab, et le Saubat. A nouveau gonflé il repart vers le N. et reçoit dans la seconde zone à Khartoum le Babr el Azrek ou Nil Bleu qui sort du lac Tsana au centre de l'Abyssinie et, un peu plus loin, l'Atbara, qui descend des Alpes du Tigré. A partir de Berber, le fleuve commence à couler du S.-E. au N.-0., puis il décrit un S jusqu'à Korosko et de là descend presque en ligne droite vers la Méditerranée où il tombe par un énorme delta. La dernière partie du fleuve est semée dans la Nubie d'une série de cataractes et de rapides qui, en retardant, en modérant la crue du fleuve rendent l'inondation bienfaisante. Quand nous aurons cité près des lacs : Gondokoro; dans le Soudan, Khartoum; aans le Darfour, El Fâcher, pays que l'Egypte avait soumis à son influence et que leMahdi vient de lui enlever, plus haut, Berber et sur la côte de la mer Bouge, Souakim où les Italiens se sont installés, dans laNubieDongolajdans l'Egypte proprement dite Korosko, Assouan, Esneb, Kennet,Siout et la capitale, le Caire, Alexandrie, Rosette et Damiette sur la Méditerranée, Suez à l'entrée du canal percé par M. de Lesseps, nous aurons énuméré les villes principales de la vallée du Nil. Ajoutons, pour être complet, les oasis de Farafreh,deKoufra, de Siouah et d'Audjilah dans le désert et, sur la Méditerranée, Tripoli, qui continue à être sous la domination de la Porte. Si, maintenant, nous revenons sur nos pas en suivant les bords de la mer Rouge nous ne tarderons pas à atteindre le haut plateau de l'Abyssinie où s'étagent le Tigré, i'Amhara et le Choa avec les villes d'Adoua, Gondar, Magdala, Ankober ; la côte d'Adel, le pays des Çomalis, les environs de Magadcbou où notre compatriote, G. Revoil, a failli, l'année dernière, perdre la vie en essayant de pénétrer chez les Gallas. Enfin, au-dessous du Kilimandjaro citons encore la petite ville de Mombaz et l'île de Zanzibar avant d'arriver à la grande terre de Madagascar que nous venons, au moment où nous mettons sous presse, d'arracher à la tyrannie des Hovas.
ALGÉRIE et TUNISIE
Après avoir été le théâtre d'une lutte sanglante entre Rome et Carthage, la Barbarie fut successivement envahie par les Vandales et conquise par les Arabes. Au xvie siècle, Alger tomba entre les mains d'un chef de corsaires nommé Barberousse. On n'a pas oublié les deux expéditions de Charles-Quint contre ce repaire de forbans, non plus que les bombardements d'Alger par Duquesne, l'expédition de Gigéri et les autres opérations maritimes auxquelles donnèrent lieu les déprédations continuelles des corsaires barbaresques. Enfin, en 1827, le dey ayant insulté notre consul, une expédition fut organisée par le gouvernement de Charles X, mais c'est celui de Louis-Philippe qui procéda à la conquête de l'Algérie. Les principales opérations cessèrent bien avec la prise d'Abd-el-Kader, mais on peut dire que la conquête n'a pas duré moins de 25 ans, coûtant à la France des sommes énormes et nombre de soldats. Depuis la grande révolte de 1871, le pays est tranquille et tout porte à croire que l'ère des grandes guerres est à jamais close. Quant à la Tunisie, elle était, depuis 1595, sous la souveraineté de la Turquie, et son bey payait tribut à la Porte. Les événements qui ont amené notre intervention en Tunisie et par suite, notre protectorat sur le pays, sont trop récents pour être sortis de la mémoire.
A vrai dire, la formation de toute la côte septentrionale de l'Afrique est une, et les divisions politiques sont purement arbitraires. L'Atlas se continue en Tunisie tel que nous le voyons en Algérie, de sorte que la Tunisie est le complément naturel et forcé de l'Algérie. Ce que nous allons dire de la géographie physique de l'Algérie s'applique donc entièrement à la Tunisie.
Au long de la Méditerranée, une zone extrêmement fertile, le Tell, mais étroite et bordée parune première chaîne de l'Atlasdontleplus haut sommet, dans le Djurjura, s'élève 2, 305 m. chaîne, coupée de vallées, de plaines et, en Tunisie, couverte d'antiques forêts. Puis, entre cette chaîne et le petit Atlas, qui regarde le Sahara, la région des hauts plateaux, élevée en moyenne d'un millier de mètres et qui se termine dans la Tunisie par la réunion des deux chaînes de l'Atlas dont la première finit au cap Blanc et le grand Atlas au cap Bon. Un des traits caractéristiques de ce haut plateau est cette suite des lacs salés eu chotts, qu'on rencontre depuis la frontière du Maroc jusqu'à celle de Tunisie; ce sont les choltsGharbi et Chergui,dansle département d'Oran, le chott Zabrez, dans ie département d'Alger, le chott El Hodno et certains autres plusjpetits dans le département de Constantine. Au-dessus de ces plateaux s'élève le grand Atlas, dont les massifs principaux sont le Djebel Amour et l'Aurès, qui atteint 2,312 m. au-dessus de la mer. Quant à la dernière zone, celle qui avoisine le Sahara proprement dit, elle est constituée par une 6érie de vallées sablonneuses, de plateaux pierreux ou hamada, et de chotts dont les plus importants sont, en partant du golfe de Gabès, l'El Fedjedj, El ûjerid et Melrhir qui sont situés au-dessous de la mer, mais séparés par des seuils relativement étroits. C'est cette série de lacs qui pénètrent jusqu'au I
cœur de la province de Constantine que le commandant Roudaire avait eu l'idée de réunir pour constituer une vaste mer intérieure. Les nombreuses études auxquelles il s'était livré avec ses collaborateurs nous ont permis de nous faire de toute cette région une idée plus exacte et nous en possédons aujourd'hui une carte on ne peut plus intéressante. Devant les démentis que l'étude du sol était venue donner à ses théories, le commandant Roudaire avait tout d'abord été amené à modifier profondément son projet originel et à le réduire considérablement, car la zone située au-dessous du niveau de la mer et inondable est infiniment moins grande qu'il ne l'avait pensé. Les résultatsqu'il voulait atteindre par la création de sa mer intérieure étaient trop problématiques et discutés par trop d'hommes compétents pour que le gouvernement consentit à lui fournir les subventions dont il avait besoin. Quant au public, les avantages matériels du projet ne lui semblaient pas assez considérables pour qu'une souscription publique fut ouverte avec chance de succès. Le projet de mer intérieure, qui semblait devoir être abandonné depuis la mort de M. Roudaire, paraît aujourd'hui complètement transformé par son successeur M. Landas. L'Algérie était jadis couverte d'immenses forêts qui, en amenant des pluies fréquentes, en les arrêtant, donnaientau sol une végétation exubérante. Depuis la destruction de ces bois, la plus grande partie de l'Algérie reçoit le vent brûlant du Sahara. Dans leTell, grâce au voisinage delà mer, il pleut en hiver, mais plus on s'éloigne de la Méditerranée, plus le climat devient sec, à ce point qu'il y ades localités, comme In-Çalah, où il ne pleut guère que tous les 20 ans. La destruction des forêts a, de plus, amené des inondations terribles et, malgré les travaux gigantesques que le génie a faits en quelques endroits pour emmagasiner les eaux, malgré les barrages et les estacades , l'afflux est parfois tellement considérable qu'il emporte, avec les digues et les travaux d'art, les champs et les maisons. La zone du Tell est tellement étroite que les cours d'eau un peu importants y sont pour ainsi dire impossibles ; d'ailleurs, ceux qui existent sont presque tous à sec pendant l'été. Nommons le Sig, le Chélif, le seul fleuve qui descende du grand Atlas, le Roumel et la Seybouse. Quant aux chotts, aussi bien ceux des hauts plateaux que ceux de l'Atlas, ils reçoivent un certain nombre d'affluents dont le plus long est l'oued Djeddi qui se jette dans le chott Melrhir, sans parler de l'Igharghar qui passe à Touggourt et tomberait dans le même chott si l'on apercevait dans son lit desséché autre chose que des flaques d'eau sans courant. Telle est au point de vue physique la constitution de l'Algérie. Jadis colonie fançaise, l'Algérie constitue aujourd'hui une prolongation outre-Méditerranée du sol de la patrie. Elle est reliée à la France, dont elle n'est éloignée que de 36 heures, et à l'Espagne, par nombre de lignes de bateaux à vapeur qui partent d'Oran, d'Alger, de Philippeville et de Bône. Un câble sous-marin informe instantanément Paris des moindres événements qui peuvent ço rj?'=nr nur
cet immense territoii„e>e pfns de mille kilomètres de long, plus vaste que la France avec la Belgique, les Pays-Bas et la Suisse. Grâce au remplacement de l'autorité militaire par des fonctionnaires civils, la colonisation a pris depuis quelques années un développement notable. La révolte de 1871, qui fut suivie de la confiscation des terres appartenant aux tribus révoltées, a permis de concéder à quantité d'immigrants d'Alsace et de Lorraine des étendues de terre considérables.
La végétation du Tell offre la ressemblance la plus frappante avec celle des rivages méditerranéens de l'Europe. L'olivier, le laurier, l'oranger — Blidah est fameuse par ses plantations — le citronnier, le cèdre, le chêne, le chêne-liège, le pin, les figuiers, les myrthes, l'aloès, l'eucalyptus se rencontrent partout ; la plupart des terres cultivées sont plantées en blé et en vigne, culture qui a pris le plus grand développement depuis que le phylloxéra a presque complètement détruit le vignoble français. On fait aussi dans le Tell beaucoup de légumes et notamment des primeurs qui, depuis plusieurs années ont fait leur apparition à Paris, mais ce qui fait le plus défaut, ce qui arrête l'essor de la culture grande et petite, c'est le manque de routes et de chemins de fer. Quelques lignes sont ouvertes, à la vérité, un plus grand nombre sonf en construction et certaines sont à l'étude ou classées, mais les lignes de pénétration, les seules vraiment utiles, n'existent même pas à l'état de projet. Les principales villes ne sont encore mises en communication que par des diligences parcourant des routes qui laissent terriblement à désirer. Au nombre des produits des hauts plateaux, il faut citer au premier rang l'alfa ou sparte, plante dont on se sert principalement pour la fabrication du papier. C'est dans le département d'Oran qu'on rencontre les champs les plus étendus de cette plante qui pousse naturellement, et ce sont surtout des Espagnols qui sont employés à sa récolte. On a également utilisé une espèce de palmier nain qui sert à la fabrication des faux cheveux. Quant aux villes sahariennes, elles produisent quantité de dattes excellentes et servent d'entrepôt aux riches marchandises qui viennent du désert, bien que la plupart des caravanes aiment mieux suivre les routes qui aboutissent dans des pays musulmans où elles sont certaines de pouvoir se défaire des esclaves qu'elles amènent de l'intérieur en même temps que de l'ivoire, de la gomme, desplumes d'autruche, etc. Au point de vue minéralogique, l'Algérie est assez bien partagée. Le marbre, l'onix, le plomb, le cuivre, le zinc, l'antimoine, le cinabre, se rencontrent un peu partout. Quant au fer, il est peu de contrées qui soient plus riches, la mine de Mokta-el-Hadid près de Bône fournit plus de 400,000 tonnes par année. Malheusement, le combustible fait absolument défaut; aussi doit-on exporter à l'état brut tous ces métaux, aussi u'a-t-on pu établir jusqu'ici de hauts-fourneaux. Si riche qu'elle soit en fer, l'Algérie doit donc faire venir de France ses rails, ses machines et tous les instruments propres à l'industrie,