‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 472 sur 503 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

Que l'on jette les yeux sur la carte et l'on constatera que l'Allemagne telle qu'elle a toujours été, telle qu'elle est encore aujourd'hui délimitée, neconstitue pas plus au point de vue physique qu'au point de vue ethnographique, une entité véritable. Si la mer lui forme, au nord, une ceinture naturelle, si les Alpes lui dessinent au sud une frontière, à l'est, pas plus qu'à l'ouest, elle n'est définie géographiquement. Cette configuration défectueuse, élastique même a influé d'une manière considérable sur son développement; elle a engendré bien des péripéties de son histoire. L'empire d'Allemagne n'est qu'une confédération d'états sous un chef unique, ce n'est pas un tout, complet en soi, comme les îles Britanniques, comme la France lors qu'elle allait jusqu'au Rhin. L'empire d'Allemagne n'est pas peuplé non plus que d'Allemands et ses annexions successives lui ont permis d'englober quantité de populations de races différentes, des Lettes, desRuthènes, des Polonais, des Danois, des Français, etc. Et cependant, en dehors des frontières que les traités lui ont données, il reste hors de l'Allemagne, tous les Allemands de l'Autriche et ceux de la Suisse. Au midi, se dressent les Alpes et les hautes terres qui s'abaissent insensiblement vers la mer du Nord aux plages marécageuses ou sablonneuses. C'est des Alpes que descend le Rhin, le fleuve le plus important de l'empire d'Allemagne, non point à cause de sa longueur ou de son débit, mais parce que c'est presque le seul fleuve national pour elle, parce que voilà des siècles que l'Allemagne lutté pour sa possession et que dans cette lutte, ont été anéantis des millions d'hommes et des capitaux immenses. Si son embouchure est, encore aujourd'hui, dans un pays étranger, on sait avec quel regret ce fait est envisagé par les Allemands, combien ils désirent s'annexer la Hollande et ses colonies. Comme voie commerciale, comme voie de transport pour les bois et les blés des Vosges, pour les houilles et les fers de la Sarre, comme moyen de communication entre l'intérieur du continent et la mer, certes le Rhin a son intérêt ; mais, depuis que la France a été chassée de ses bords, que les frontières ont été reculées jusqu'aux Vosges et protégées par les énormes camps retranchés de Metz et de Strasbourg, l'Empire s'est senti rassuré; nous ne pouvions plus faire ces pointes hardies qui nous ont tant de fois réussi et pénétrer jusqu'au cœur de l'Allemagne, comme nous l'avons fait à tant de reprises. C'est une porte aujourd'hui fermée, cadenassée même, et depuis 1871, les Allemands se sont sentis plus tranquilles chez eux. Suivons le littoral de la mer du Nord, nous rencontrons l'Ems, le Weser grossi de l'Aller et de la Fulda, dont le large estuaire a été utilisé pour la création du port militaire de Bremerhafen, l'Elbe originaire de Bohême dont le cours de plus de \ ,000 kil. qui arrose tant de villes importantes et dont l'estuaire, large de quatre lieues, forme un véritable port dont Hambourg et Altona ne sont que des quais. Un projet depuis longtemps caressé consiste à couper la base de la péninsuleque termine le Jutland par un canal, qui mettrait l'Elbe en communication avec

la baie de Neustadt, réunirait la mer du Nord à la Baltique et permettrait aux navires de guerre allemands d'éviter les détroits du Sund et du Skagerak. Ce projet est à la veille d'être réalisé. Sur la Baltique, nous rencontrons l'Oder, un peu moins long que l'Elbe qui, lui aussi et comme la Vistule, descend des montagnes de la Bohême pour s'écouler par un estuaire au fond duquel se trouve Stettin et que défendent les deux îles d'Usedom et de Wollin. Quanta la Vistule et au Niémen, ils ne passent en Prusse que dans leur cours inférieur. Enfin, le Danube qui descend de la forêt Noire, et qui arrose la Bavière, traverse tant de régions différentes, désaltère tant de peuples divers qu'on peut l'appeler un fleuve international. C'est d'ailleurs le caractère que les puissances européennes lui ont reconnu dans la partie inférieure de son cours, chargeant une commission d'empêcher tout empiétement et d'éviter tout conflit. Que si maintenant, nous énumérons les montagnes del'Allemagne, ce sont : à l'E., la Forêt-Noire et les Alpes de Bavière(t,200m. d'altitude), les plateaux du Harz, duHundsruck et duTaurus, entre lesquels le Rhin se fraye un passage, les monts de Thuringe qui se rattachent aux monts de la Bohême, dont les chaînes septentrionales portent les noms d'Erz et de Riesengebirge, pour se relier aux Karpathes. 11 résulte de la disposition générale des plus hautes chaînes de montagnes, toutes situées dans le S. une différence aussi sensible dans la nature du pays que dans les mœurs, le caractère, la religion et la langue des habitants. Au N., la zone voisine de la mer du Nord et de la Baltique est formée par une plaine basse, tourbeuse, couverte de bruyères et d'ajoncs, en général peu fertile, mais qui permet l'élève du bétail sur une grande échelle; tels sont le Hanovre et le Mecklembourg, la Poméranie et la Prusse. Plus au S. s'étend la zone si variée d'aspect et si pittoresque où se déroulent la Forêt-Noire, les Juras de Souabe et de Franconie, les monts Rothaar et le Thuringer Wald. Grâce à ses forêts, ses pâturages, ses grasses vallées arrosées par de nombreux cours d'eau, cette contrée est un centre d'activité merveilleux. Ce sont la Westphalie, la Hesse, la Saxe, la Silésie, le Wurtemberg et la Bavière; villes industrielles ou commerçantes, universités fameuses s'y côtoient au grand bénéfice du progrès scientifique. Enfin s'enfoncent au milieu des Alpes, le Tyrol, le Vorarlberg et la Styrie, provinces allemandes qui font partie de l'empire d'Autriche. Les pays du N., où se parle le bas allemand, sont protestants, ceux du S., où règne le haut allemand, sont catholiques. L'Autriche, pendant des siècles , avait su se faire une clientèle de petits états qui gravitaient autour d'elle et réaliser sous la forme impériale cette sorte d'unité nominale que semblaient rechercher les Allemands, tout en étant exaessivement jaloux de leur particularisme. Depuis Frédéric le Grand, la Prusse s'est efforcée de remplacer l'Autriche et de se créer en Allemagne, une véritable prépondérance. Les guerres de l'Empire l'y ont considérablement aidée ; c'est chez elle que l'idée du patriotisme avait survécu, «!<*<l «île qui a su inspirer aux Alle-

mands une soif inextinguible de vengeance Les événements de 1866 et la guerre de 1870 lui ont permis de reconstituer à son profil l'ancien Empire. Que cela tienne aux qualités personnelles de M. de Bismark, ou à l'auréole qui entoure le vieil empereur victorieux, il nous semble que bien des jalousies se sont apaisées et que si l'unité politique s'est faite, l'union esten voie de s'accomplir. Cette transformation de l'Allemagne est un facteur des plus importants dans les opérations diplomatiques; le vieux jeu de bascule, consistant à abaisser et à diminuer l'un pour élever et agrandir l'autre, n'est plus praticable et l'on doit désormaiscompter et compter doublement avec un pays qui n'embrasse pas moins de 540,000 kil. carr. avec une population de 45 millions d'habitants. La fécondité allemande est devenue proverbiale, et n'était l'émigration considérable qui jette en Amérique le trop plein de la population, l'Allemagne serait pour l'Europe un danger aussi redoutable que I a Chine l'est aujourd'hui pour les Etats-Unis. Fortementorganisée sous la main de fer du chancelier, l'Allemagne est absolument militarisée. La plus grande partie du budget, qui n'atteint pas trois milliards, est consacrée à développer les ressources militaires, à perfectionner l'outillage, à augmenter les fortifications, à entretenir sur pied de paix une armée de 430,000 hommes, qui peut être portée en temps de guerre à 1,500,000 soldats. C'est la Prusse qui est entrée la première dans cette voie ruineuse ofc les autres nations n'ont pu faire autrement que de la suivre et qui a détourné au profit des arts de la guerre des capitaux immenses qui auraient été bien mieux employés au développement matériel et intellectuel des peuples. La dette de l'empire d'Allemagne, malgré l'indemnité que la France lui a payée en 1871, est déjà de cinq milliards et demi. Quanta la forme du gouvernement, elle est absolument despotique; si l'armée est entre les mains de l'empereur qui a pour unique intermédiaire le major général, les relations extérieures sont confiées au chancelier, qui décide seul avec l'empereur de la politique àsuivre. Quant aux souverains médiatisés, ce ne sont plus que des vassaux dont on a brisé la résistance el dont on ne supporterait point la moindre opposition. On leur alaissé une grande situation, un budget particulier; mais, au poini de vue politique ils sont totalementannihilés. Le parlement de l'empire ou Reichstag ne possède que des pouvoirs excessivement limités ; encore le chancelier intervient-il dans toutes les discussions, afin de sauvegarder et de renforcer encore, si possible, le pouvoir de l'Etat. Au reste, celui-ci s'immisce dans toutes les questions, notamment dans les questions religieuses, et les différends de l'Empire avec la papauté ont eu assez de retentissement pour ne sortir, de longtemps, de la mémoire de personne. Tous les chemins de fer (35,000 kil.) sont sous l'autorité immédiate de l'Etat afin qu'en cas démobilisation on puisse tirer d'eux tous les services qu'on est en aroit d'en attendre. On comprendde reste qu'il ne nous serait pas facile, à nous autres Français, de vivre sous un pareil régime où la liberté individuelle est à

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