ALLEMAGNE
(fcaque instaut entravée sous prétexte d'in- j térêt général ; mais le caractère allemand diffère essentiellement du nôtre. Si le parti socialiste compte déjà un grand nombre d'adeptes, M. de Bismarck a entrepris de l'endiguer et de le réglementer depuis quelques années. II applique ce qu'on est convenu d'appeler le socialisme d'Etat; mais, au fond, ses théories ne sont qu'un leurre destiné à rendre inoffensives les revendications de la classe ouvrière. Laborieux et patients, les Allemands s'accommodent assez facilement de leur semblant de vie parlementaire; d'ailleurs le gouvernement a eu soin d'encourager par tous les moyens en son pouvoir l'instruction et laculture intellectuelle. Delà, le grand nombre d'universités florissantes, de professeurs éminents et d'élèves studieux; de là, dans ce domaine, la prépondérance des Allemands; mais il faut le reconnaître, le plus souvent, pour ne pas dire toujours, les études sont dirigées dans des vues spéciales, la glorification de la patrie allemande, le mépris pour la science des autres peuples et particulièrement des Français. C'est la haine de la France inculquée dès l'enfance aux jeunes Allemands qui a permis à laPrusse, en 1870, de pouvoir grouper autour d'elle toutes les autres puissances et de mettre fin à l'antagonisme séculaire entre le midi et le nord de l'Allemagne. C'est grâce à l'esprit scientifique, grâce aux excellentes méthodes puisées dans les écoles, grâce à l'esprit de discipline poussé jusqu'à l'exagération, que les Allemands sont devenus d'excellents soldats et des officiers instruits capables d'appliquer à l'art de la guerre toutes les ressources de la science. Mais il ne faut pas croire cependant que tout ait été sacrifié au militarisme. M. de Bismarck sait parfaitement que si des victoires donnent à une nation une influence prépondérante, à cette haute situation extérieure doit correspondre le développement du commerce et de l'industrie ; de là une politique spéciale destinée à encourager, à protéger le commerce national ; de là, chez les simples particuliers, le goût des contrefaçons lorsqu'ils se sentent inférieurs, de là le soin qu'ils mettent à attirer chez eux les bons ouvriers qui leur servent à dresser les leurs et à leur inculquer ce goût parisien, cette élégance et ce fini qui ont longtemps fait de l'industrie française la première du monde. Si les exportions universelles ont jusqu'ici prouvé que nous avions conservé notre vieille supériorité, elles ont aussi démontré que l'écart qui nous séparait de nos rivaux s est considérablement amoindri. Cela tient aux encouragements de toute sorte que le gouvernement a su donner à l'industrie en favorisant la création d'écoles spéciales, de musées professionnels, de sociétés, etc., en réservant à l'industrie nationale les commandes du gouvernement. Si l'usine Krupp est connue du monde entier, combien d'autres établissements, pour n'avoir pas une renommée aussi éclatante, produisent des objets contre lesquels il est impossible de lutter non seulement dans leur pays d'origine, mais sur tous les marchés du globe. A l'extrême bon marché de la main d'œuvrc, viennent s'ajouter le bas prix des transports par chemins de fer, la proximité de ia houille, une association douanière connue sous le nom de Zollverein, toutes conditions exceptionnelles, qui nous font absolument défaut. Si l'industrie a pris un tel développement, l'agricultuie n'est pas restée en arrière. Les conditions de sol étant défavorables, les efforts n'en ont été que plus grands, nous avons dit plus haut que les val léesdu Rhin et du Main, la Silésie étaient les seules contrées véritablement fertiles, le voyageur est étonné aujourd'hui derencontrerpartoutdes cultures iutensives (35 millions d'hectolitres de froment) ** des produits excellents. 3,090 so-
ciétés, des cours particuliers, sans parler de ceux des universités, ont répandu dans toute l'Allemagne le goûtde l'agriculture etpopularisé la connaissance des méthodes scientifiques. En résumé, les progrès faits par l'Empire, depuis 1870, ont été on ne peut plus sensibles, et l'Allemagne devient non seulement pour la France, mais pour l'Angleterre aussi, une rivale excessivement sérieuse. Le développement considérable de ses chemins de fer et particulièrement la ligne du Saint-Gothard, l'importance de ses ports, notamment Brème et Hambourg, la perfection de son outillage, l'habileté de ses négociants qui ont su se faire des émigrés allemands une clientèle nationale et plier leur mode de fabrication aux nécessités et aux habitudes de leurs clients étrangers, tels sont les principaux éléments d'tine prospérité qui ne peut que s'accroître. Que si nous entrons dans le détail des divisions politiques de l'empire d'Allemagne, divisions qui ont terriblement changé au cours des siècles, nous constaterons qu'il comprend à l'heure actuelle : la Prusse, ancienne possession des chevaliers de l'ordre Teutonique dont la capitale est Berlin sur la Sprée, avec les ports de Memel, Dantzig, Lûbeck, Colberg, Swinemûnde, Stettin et Stralsund, cette dernière ville en face de l'île de Bûgen. Ses villes principales sont en allant de l'E. à l'O. Tilsit sur le Niémen, fameuse par l'entrevue entre Napoléon et l'empereur de Bussie,Kœnigsberg, Elbing, Bromberg, Posen, Breslau, Oppeln, Glatz au pied des monts des Géants, Glogau et Francfort-sur-l'Oder,Postdam, la résidence favorite de Frédéric II, Magdebourg en Saxe, Sleswig, capitale du Sleswig-Holstein, territoire arraché au Danemark ; Hanovre, capitale de l'ancien royaume de Hanovre, Munster la capitale de la Westphalie où fut signé le fameux traité de 1648, Nassau capitale de la Hesse; Coblenz capitale de la Prusse rhénane, sans parler de Worms, de Spire, d e Mayence, de Francfort, de Cologne, etc. La Bavière a pour capitale Munich, cité bien curieuse avec ses musées et bibliothèques copiés surles temples de la Grèce. Ses villes les plus importantes sont Passau, Ratisbonne, fameuse par la diète qui s'y tint; Augsbourg, Wurtzbourg, Bayreuth, Nuremberg, etc.; Ùlm, sur le Danube, forteresse qui se rendit à Napoléon malgré sa nombreuse garnison commandée par Wurmser. Le royaume de Wurtemberga pour capitale Stuttgart et pour principales villes : Rubingen, Reutlingen, Heilbronn, etc. Dans le Wurtemberg est enclavé le duché de Hohenzollern d'où est sortie la famille impériale. Le royaume de Saxe dont la capitale Dresde est un des centres intellectuels de l'Allemagne, a pour villes les plus importantes Lutzen, Bautzen, Freyberg, Leipzig, Chemnilz. Vient ensuite la série des grands duchés de Bade, de Mecklembourg-Schwerin et Strelitz, d'Oldembourg, de Hesse et de Saxe-Weimar avec leurs capitales, Carlsruhe, Schwerin, Neu-Strelitz, Oldembourg, Cassel et Weimar où Gœthe Ut un si long séjour. Puis ce sont les duchés de Brunswick, de Saxe et d'Anhalt, toute une série .de principautés trop peu importantes pour que nous nous en occupions, et cette fameuse terre d'empire (Reichsland), formée des débris de l'Alsace et de la Lorraine dont les villes si françaises de cœur, Metz et Strasbourg, constituent pour l'Allemagne un solide rempart. On comprend qu'il nous soit impossible de nous arrêter plus longtemps sur les détails infinis de la géographie politique de l'Allemagne et que nous detionw passer sous silence quantité de localités comme Elberfeld ou tant d'autres qui sont des centres industriels fuit importants, mais ce que nous voulons rappeler, c'est que M. de Bismarck a été piqué, comme tant d'autres, de la tarentule
coloniale. Pour atteindre son but, il a eu recours à ses procédés favoris et les fonds des reptiles, comme on appelle l'argent qu'il distribuée sesjournalistes, lui ontpermis de créer une agitation faetice et de démontrer la nécessité d'une expansion coloniale. Tour à tour, il a établi l'Allemagne sur la côte occidentale d'Afrique, au fond du golfe de Guinée, aux monts Kameroun, et sur la côte des Esclaves, à Angra Pequena, il vient enfin de s'emparer d'un vaste territoire à la côte orientale d'Afrique, en face Zanzibar, sur la route des grands lacs intérieurs. En Australie il s'est rendu maître d'une partie de la Nouvelle-Guinée et des îles voisines qui ont reçu le nom d'archipel Bismark. On n'a pas oublié non plus le récent conflit qui s'est élevé avec l'Espagne au sujet des Carolines, conflit à la suite duquel les Allemands ont définitivement planté leur drapeau sur le groupe des Marchall. Enfin la presse retentit en ce moment des hauts faits des Allemands dans l'archipel des Samoa. Si nous jetons maintenant un rapide coup d'oeil sur la formation historique de l'Allemagne, nous apercevons, au plus loin que l'histoire peut remonter, le pays aux mains de nombreuses tribus germaniques dont Tacite nous a laissé une éloquente peinture. Ces tribus barbares furent initiées au christianisme et à la civilisation par des moines anglo-saxons aux v« et vi" siècles. Des tribus s'étaient fédérées et liguées entre elles et les plus connues de ces confédérations sont celles des Alemanni, des Suevi, des Thuringi, etc. Il nous faut arriver à l'époque de Charlemagne et à sa lutte contre les Saxons pour entrer véritablement dans le domaine de l'histoire des tribus allemandes. On n'a pas oublié qu'après l'extinction de la dynastie carlovingienne, les Allemands envahirent l'Italie, les démêlés de Frédéric Barberousse et du pape d'Alexandre ÎIÎ sont dans toutes les mémoires. Comme la plupart des souverains de l'Europe, les empereurs d'Allemagne prirent part aux Croisades et rapportèrent dans leurs pays des connaissances plus étendues et des goûts plus artistiques. C'est ainsi que la civilisation pénétra insensiblement dans ces cours jusqu'alors voisines de la barbarie. Le système féodal florissait à cette époque et c'est pour se soustraire au brigandage des seigneurs, en même temps que pour développer leur commerce qu'un grand nombre de villes s'associèrent et formèrent ce qu'on a appelé la Ligue hanséatique. Si à celte époque, l'empire existait, chacun des souverains ecclésiastiques ou séculiers ne cherchait qu'à secouer le joug, pourtant si lâche, qui formait de ce bizarre amalgame un tout disparate et composite. Rodolphe de Habsbourg est le premier qui essaya de mettre un peu d'ordre dans ce chaos, c'est lui qui est le fondateur de la dynastie qui règne encore sur l'empire d'Autriche et c'est à ce titre qu'on ne peut passer son nom sous silence. A l'époque de la Renaissance, l'Allemagne est déchirée par des luttes religieuses, la guerre de Trente ans à laquelle succèdent, après un instant de repos, les guerres de Louis XIV et Louis XV, puis la grande lutte de la République et de l'Empire contre l'Europe coalisée. Pendant les cinquante années qui suivent, l'Allemagne se recueille et se prépare à la revanche sous la direction de la Prusse ; enfin en 1870, éclata sous un prétexte futile cette guerre impitoyable dont nous ne sommes sortis que mutilés et ruinés. Ce qu'est devenue l'Allemagne depuis cette époque nous l'avons dit plus haut, elle est un danger considérable pou; nous, et si nous ne transformons pas rapidement notre outillage, nous sommes à la veille d'un Sedan industriel et commercial.