AMÉRIQUE
Le nouveau monde se compose de deux péninsules inégales réunies par un isthme qui se restreint peu à peu pour devenir, au point où il se soude à l'Amérique du Sud (Panama), excessivement étroit. On a dit souvent que l'Amérique du Nord affecte en bloc la forme triangulaire; mais il faut, pour lui trouver cette configuration, faire complètement abstraction des nombreuses terres polaires et notamment du Groenland dont les traits physiques sont absolument ceux des régions les plus septentrionales de l'Amérique du Nord. L'océan Glacial baigne les côtes septentrionales de l'Amérique auxquelles il a arraché quantité de grandes lies, où il a découpé les presqu'îles Boothia et Melville et creusé cette véritable mer intérieure qui a reçu le nom de baie d'Hudson. Les îles, ce sont l'Ile Banks et la terre Wollaston, l'Ile Melville et l'archipel Parry, le Devon septentrional, la terre du roi Guillaume qui a vu le désastre de l'expédition de Franklin, la terre Cockburn, la terre de Baffin avec sa presqu'ile de Cumberland, avec l'île Soutbanipton à l'entrée de la mer d'Hudson. Toutes c:s terres, en général fort considérables, sont gelées pendant presque toute l'année ; elles sont séparées les unes des autres par quantité de détroits à travers lesquels il est fort difficile de se frayer un passage. Au boutdu détroitde Davis qui sépare le Groenland de la terre de Baffin, s'ouvre la mer de Baffin où, tous les ans, nombre de baleiniers viennent chasser les derniers représentants de ces gigantesques cétacés qui fréquentaient jadis l'Atlantique. Au fond de cette mer de Baffin qui a dévoré tant de navires , s'ouvre un long couloir qui s'élargit par instants pour former un peu plus loin un défilé, c'est le détroit de Smith qui donne accès à cette immense surface glacée que le capitaine Markbam appelle la mer paléocrystique. Telles sont les régions polaires, tristes et désolées, solitudes effrayantes où errent quelques misérables tribus d'Esquimaux qui trouvent difficilement de quoi subvenir à leur pénible existence. Sur l'océan Pacifique, l'Amérique du Nord déroule une ligne de rivages qui forment une courbe harmonieuse. A partir du détroit de Behring, par où les peuples de l'Asie ont autrefois pénétré en Amérique, nous trouvons d'abord la péninsule d'Alaska que continue à travers ia mer la chaîne des îles Aléoutiennes. Semblables à des pierres jetées sur un torrent; elles semblent inviter le voyageur à tenter la traversée. Un peu au dessous de cette sorte de golfe que le Pacifique a créé dans les parages du mont Saint-Elie s'étendent les dédales des archipels du prince de Galles, delà Reine Charlotte, les îles Quadra et Vancouver avec le détroit du même nom. Une fois qu'on a franchi le cap Mendocino qui a joué, dans l'histoire de la découverte de cette côte de l'Amérique, le rôle du cap Noun à la côte d'Afrique, on rencontre la péninsule californienne et la mer Vermeille que Cortez fut le premier à reconnaître. Tellessont, avec lecapCorrientes, la presqu'île d'Azuera et le golfe de Panama lesprincipales indentalions de lacôte occidentale de l'Amérique du Nord et de l'Amérique centrale. Sur l'océan Atlantique, tout au long des plages isolées du Labrador, s'étend la
grande Ile de Terre Neuve avec ses satellites Saint-Pierre et Miquelon, les îles du Cap-Breton, du Prince-Edouard et Anticosti dans le vaste estuaire du Saint-Laurent. Juste audessous on trouve la presqu'île de la Nouvelle-Ecosse, notre vieille Acadie, avec la baie Fundy, le cap Cod, puis la baie Delaware, la baie de Chesapeake, le cap Flatteras et cette longue presqu'île de la Floride où Ponce de Léon était allé chercher la fontaine de Jouvence. A partir de la pointe de la Floride s'étend en arede cercle l'énorme archipel des grandes et des petites Antilles, points extrêmes de toute une partie du continent submergé. Derrière ce rempart des Antilles se creuse le golfe du Mexique sur lequel fait saillie la presqu'ile de Yucatan, se découpent les baies de Campêche et de Honduras. Que si nous cherchons à nous rendre compte de la disposition des montagnes, nous verrons que depuis la presqu'ile d'Alaska court du N.-O. au S.E. une importante chaîne de montagnes qui dans sa partie centrale prend le nom de Montagnes Rocheuses. A l'endroit où cette chaîne est le plus compacte et le plus embrouillée, quelques-unes de ses cimes, notamment les monts Brown et Hooker dans la Colombie anglaise, le pic Fremont, le mont Lincoln (4,348 m.) sont très élevées. C'est une région déchirée par des rivières torrentueuses, coupée de canons, de ravins, de précipices dont les pentes occidentales forment un énorme plateau, le plateau de l'Utah, où se trouve le lac Salé dernier refuge des Mormons après un long exode. Sur l'océan Pacifique depuis le Saint-Elie, ce plateau forme une seconde chaîne, dont les monts des Cascades en face de l'île Vancouver, sont les plus connus. Les montagnes Rocheuses finissent, près de la Vera Cruz, par se souder à la Cordillère qui porte en cet endroit, le nom de Sierra Madré et dont les sommets les plus connus sont le Popocatepelt (5,470 m.) et le pic d'Orizaba (5,400 m.). C'est cette chaîne qu'il s'agit de percera Panama pour ouvrir un canal maritime. Non loin de l'Atlantique, court presque parallèlement la chaîne des Alleganys, depuis laNouvelle-Angleterrejusque dans l'Alabama. Les sommets les plus élevés ne dépassent pas 2,100 m. Du côté oriental cette chaîne très rapprochée de la mer n'engendre que des rivières sans importance, sauf l'Hudson. Au point de vue hydrographique la constitution de l'Amérique est fort particulière. Une chaîne immense de lacs mis en communication par des rivières, part de l'océan Pacifique pour aboutir au Saint-Laurent. Le plus septentrional est le lac du Grand-Ours, puis les lacs de l'Esclave, Athabasca et des Daims, suite de nappes dont l'eau est emportée à lamerpolairc parla Mackenzie e t à la baie d'Hudson par la rivière Churchill. La rivière Nelson et la Severn qui se jettent toutes deux dan s la mer d'Hudson y emportent les eaux du lac Ouinipeg alimenté de laSaskatcheouan, et ce lac ainsi que le Mauitoba et le lac des Bois communiquent avec le lac Supérieur, ce dernier avec le Michigan et le lac Huron. Celui-ci, par le Saint-Clair, se jette dans l'Erié et l'Ené, par les chutes fameuses de Niagara, tombe dans l'Ontario, d'où sort le Saint-Laurent. De sorte qu'on peut donner ce fleuve comme
l'émissaire de la série de lacs immenses qui se termine par le Ouinipeg, Toute eette région larustre est absolument sans analogue dans le reste de l'Amérique, elle constitue un bassin séparé qui tient plus de la zone polaire et de la période glaciaire dont elle est un des derniers et des plus importants témoigna que du reste du continent. Non loin du détroit de Bering dans l'Alaska, coule un fleuve fort important le Youkon dont la reconnaissance est toute moderne. Sur le Pacifique, le premier gros fleuve qu'on rencontreest l'Oré^on grossi de la('.oluml)ia,puis, au fond du golfe de Californie nous trouvons lerio Colorado qui descend de l'Utah et que grossit près de son embouchure le rio Gila, un fleuve qu'ont presque rendu populaire les romans de Gustave Aimard. Dans le i-'olfe du Mexique, débouche le colossal Mississipi, le Meschacebé queChaleaubriand a été l'un des premiers à nous peindre. Jolliet d'abord, Cavelier de la Sali'' ensuite ont été les premiers à l'explorer et à le descendre. A droite, ses affluents sont le Missouri, grossi de la Nebraska, l'Arkansas et la rivière Rouge, à gauche, c'est l'Ohio qui descend des Alleganys.
Toute la plaine immense qui s'étale entre les montagnes Rocheuses et celte dernière chaîne est ainsi drainée par ces énormes cours d'eau, véritables mers d'eau douce qui, pendant les inondations s'étalent sur des kilomètres, mais qui, pendant le reste de l'année permettent à une navigation excessivement active de s'organiser et d'emporter avec une rapidité merveilleuse les récoltes de blé des Etats du Nord. Avec lui, le Mississipi entraîne en toute saison une énorme quantité d'arbres, de détritus végétaux, charrie des terres et des débris de toute sorte, si bien que son delta s'avance toujours plus loin dans le golfe. A l'est du Mississipi, nous trouvons le rio Grande del Norte qui prend sa source dans les montagnes Rocheuses et sert de frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Dans ce dernier pays ce ne sont plus que des fleuves sans importance comme le Goatzacoalco et leTabasco, que nous ne citons que parce qu'ils nous rappellent les premières relations des Espagnols avec le Mexique. Dans l'Amérique centrale, nous devons rappeler qu'on a songé à utiliser le lac Nicaragua pour créer un canal interocéanique. Au point de vue politique, l'aire immense de l'Amérique septentrionale n'est divisée qu'en un très petit nombre d'Etats. A l'extrême N. , c'est le Dominion of Canada, qui a eu pour origine la colonie française fondée par Champlain, colonie qui ne nous a été arrachée qu'en 1763. Sur les 8,500,000 kil. carr., en chiffres ronds, que comprend le Dominion, l'espace vague et sans maître diminue tous les jours ; et, malgré la rigueur des hivers et le peu de durée des étés, on peut déjà prévoir l'époque où toute l'étendue sera occupée. C'est que la population d< 4,325,000 hab. , s'accroît avec rapidité et que si le tiers est français d'origine et parle cette langue, eette partie de la population est d'une vitalité, d'une fécondité incroyables. Le Canada est un pays d'immenses forêts où vivaient jadis ces innombrables animaux que chassaient les trappeurs de la compagnie de !a baie d'Hudson et les met:»
canadiens français. Dans sa partie méridionale et sur les bords des grands lacs, la population s'est adonnée à la culture des céréales qui y viennent très bien et qui grâce à la facilité des transports, peuvent être, ainsi que les blés américains, livrés sur les marchés de l'Europe à des prix qui défient toute concurrence. Le quart des antiques forêts a été exploité et a cédé la place, jusque dans le Manitoba, à d'immenses prairies où s'élèvent des millions de bêtes à cornes, de moutons, de porcs, etc. Avec les mines, houille, or et fer, dont l'exploitation n'est encore que dans l'enfance à cause du manque de chemins de fer (le Dominion n'en possède encore que 12,000 kil.), avec la pêche de la morue qui se fait sur le banc de Terre-Neuve, le Canada est appelé à un grand avenir économique et le rôle qu'il est appelé à jouer dans le monde des affaires ne doit pas être négligé par la France. Québec, Montréal, Ottawa, Toronto, HaliBax.sont les! villes principales du Dominion, au point de vue de la population et du commerce. Quantaux Etats-Unis, l'histoire de leur fondation esttoute récente. Raleigh s'établit dans laVirgiuie, les Hollandais àNew-York, les Suédois à l'embouchure de la Delaware, les Français en Louisiane et les Espagnols eu Floride et voilà le vaste empire colonial des Anglais fondé en Amérique. Mais les colons qui ont dû lutter contre les Indiens et contre les Français, qui n'ont pu étendre leurs domaines qu'au prix de guerres continuelles, se trouvent un beau jour indignement exploités par leur métropole et ils proclament leur indépendance. La guerre qui s'en est suivie, les services de Washington sont dans toutes les mémoires. Depuis cette époque, les annexions n'ont pas cessé de se poursuivre aux dépens des Indiens qui sont aujourd'hui cantonnés dans des réserves, aux dépens du Mexique à qui l'on enlève leTexas. le Nouveau-Mexique et l' Arizona. La prospérité est générale, lorsque tout est remis en question par la lutte fratricide du sud contre le nord, des esclavagistes contre ceux qui ne voulaient pas d'esclaves parce qu'ils n'en avaient pas besoin. Sortie de cette douloureuse épreuve, l'Union a repris sa marche ascensionnelle et rien ne vient enrayer ce mouvement. Les Etats-Unis sont dans une situation exceptionnelle, leurs terres extrêmement fertiles, n'ont pas été épuisées comme celles de la vieilleEurope, par une culture séculaire , les nègres leur ont été d'un précieux secours pour tirer parti des ressources des régions du sud, et plus ils s'avançaient dans l'O. plus l'émigration devenait considérable. Si la vaste plaine qu'arrose le Mississipi est aujourd'hui devenue un immense champ de blé, si l'agriculture, quels que soient les produits qu'on cultive, coton, canne à sucre, café ou céréales, est au courant des méthodes les plus perfectionnées, l'industrie n'est pas restée en arrière. Partout où l'homme a pu être remplacé par une machine, ou l'a fait. Pleins d'initiative, les Américains appliquent les perfectionnements de la science dès le lendemain de leur découverte, ils savent le prix du temps , aussi ontils multiplié leurs reseaux de chemins de fer et établi des lignes qui mettent en communication Sau-Francisco et New-York, le Pacifique et l'Atlantique. Que n'ont-ils pas, en fait de richesses minérales?l'oren Californie, l'argent dans la Nevada, le fer, la houille, le plomb, le cuivre, l'étain, le pétrole, etc.! Aussi le commeroe des Etats-Unis, importation et exportation réunies, atteint-il dix milliards. Les 39 états qui forment aujourd'hui l'Union, comptent tous quelque ville importante, nous ne ferons que citer en courant les principales: Chicago, Saint-Louis, Détroit, Milwaukee, centres du commerce des blés. San-Francisco, jadis grand marché de l'or, par «v*- s'écoulent aujourd'hui les vins et les blés