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La situation de l'Asie au centre du monde, la manière intime dont elle est rattachée à l'Europe, les liens qui l'unissent à l'Afrique, non seulement l'isthme de Suez, mais la mer Rouge elle-même, qui, loin d'être un fossé séparateur, a ses deux rivages absolument semblables, l'antique réunion de l'Amérique à l'Asie par le détroit de Behring et la chaîne des iles Aléoutiennes qui continue les montagnes volcaniques de l'Alaska par celles du Kamtchatka, la prolongation du sol asiatique jusqu'au milieu de l'Océanie par Formose, Bornéo, Sumatra et Java, voilà de quoi expliquer le rôle prépondérant que ce continent a joué pendant une longue suite de siècles, celui que le développement delà civilisation, l'énormité de sa population lui feront prendre forcément au xxc siècle et dans ceux qui suivront. L'axe du monde commence à se déplacer et si, après une longue éclipse, après un sommeil qui rappelle celui de la Belle au bois dormant, l'Asie, qui a été pour l'Europe l'initiatrice de la civilisation, reprend à la tête des peuples policés la place qu'elle s'est laissé dérober, il n'y aura pas lieu de s'en étonner. Par sa masse colossale, par son étendue qui égale presque celles de l'Europe, de l'Afrique et de l'Océanie, l'Asie surprend au premier abord. Que sera-ce donc si l'on examine un peu en détail sa contiguration physique? Du cap oriental sur le détroit de Behring, à la mer de l'Archipel, une chaîne très accidentée parcourt l'Asie sousles noms de monts Stanovoï, Jablonoï,Sayansk, Altaï, Tian-Cban ou Célestes, Plateau de Pamir, Indou-Kousch, monts de l'Iran, de l'Arménie, Caucase, et monts de l'Asie Mineare ou Taurus. Les contreforts et les éperons qui se détachent de cette chaîne, transveisaux ou parallèles, sont nombreux; nous ne citerons que les plus importants. Du Pamir, le toit dit monde, se détachent d'abord les monts Kouen-lun qui se continuent par la chaîne des ln-chan et des King Gan, ils enserrent avec la grande chaîne qui s'étage au-dessus d'eux une immense aire de pays connue sous le nom de plateau central dont la partie milieu constitue le désert de Gobi ou Cham. Du même nœud du Pamir, se détache le Kara-Koroum qui constitue avec les Kouen-lun le plateau du Thibet ; au-dessous encore court de l'O. à l'E., la chaîne de l'Himalayaet des monts Yun-lingqui envoie dans rindo-Chine et la Chine de mull-iples contreforts dont le plus long se termine au détroit de Malacca. Une disposition particulière à ces chaînes, c'est qu'elles s'ouvrent pour laisser passage aux fleuves nés sur les plateaux. Il en résulte que les chutes et les cataractes se trouvent dans la partie supérieure de leur cours et qu'ainsi ils offrent au commerce et à la civilisaiion une excellente et longue voie de pénétration. La plupart de ces chaînes sont fort élevées, l'Himalaya a des cimes de 9,000 mètres avec le Gaurisankar et le Dhawalaghiri, les Tian-Chan ont des pics de 4 à 6,000 mètres, l'Altaï, 3,500 mètres, enfin au milieu des Jablonoî s'étale le lac Baikal, le lac de montagne le plus considérable du globe. Le plateau du Thibet reçoit du golfe du Bengale et de la mer l'Oman une quantité considérable d'humi-
dité, aussi ses lacs comme le Tengri Noor et tant d'autres sont-ils toujours pleins, aussi les fleuves qui y prennent naissance sont-ils considérables et pour leur longueur et pour leur débit. Ce sont : le Gange, l'Indus, le Brahmapoutre, l'irraouaddy, le Salouen, le Mékong, le Yan-lsé-Kiang et le Hoang-ho. Grâce à cette humidité, les flancs de l'Himalaya sont tapissés d'énormes forêts qui s'étagent jusqu'aux confins des neiges éternelles et des glaciers, contraste frappant avec les monts Kuen-lun qui, ne recevant pas d'humidité sont nus, tristes et désolés et par cela même quoique moins élevés, beaucoup moins praticables que l'Himalaya. Au N. des Kuenlun, c'est le désert de Gobi dont la partie orientale ou Takla-Makan constitue, à vrai dire, un steppe qu'a l'air d'arroser le Tarim, fleuve qui meurt dans le lac ou plutôt la lagune de Lob Noor. Outre les chaînes principalesque nous venons d'énuméreret qui forment l'ossature du continent, il en est certaines autres, telles que la chaîne du Liban et de l'Auli-Liban, les quelques montagnes de l'Arabie, les monts Vindhya et les ghats de l'Inde, la chaîne de la Mandchourie et de la Corée ainsi que les montagnes du Japon. La constitution physique de l'Asie l'a partagée en deux mondes distincts, d'une part la Chine avec sa civilisaiion précoce et autochtone; de l'autre, des foyers distincts dans l'Inde, l'Asie Mineure et la Mésopotamie. Si, par sa grande munaille, la Chine a longtemps été à l'abri des incursions dévastatrices des barbares, les hauts plateaux, si difficilement accessibles et presque inabordables comme voie de commerce, l'ont entièrement isolée du reste du monde, et c'est pourquoi elle n'a en aucune façon participé au développement civilisateur de l'Occident asiatique. S'il joue, sur terre, le rôle d'isolateur, le grand plateau facilite au contraire les relations maritimes, car c'est à lui qu'il faut attribuer l'origine de ces moussons alternées qui permettent et facilitent les voyages d'aller dans l'Inde et de retour. De l'autre côté de la grande chaîne de partage s'étend jusqu'à la mer glaciale, un immense pays connu sous le nom de Sibérie. N'allez pas croire qu'on n'y trouve que des glaciers et de la neige. Au-dessous du cercle polaire, la végétation arborescente a déjà cessé, il est vrai, et, jusqu'à la mer, ce n'est plus qu'une immense toundra glacée qui ne verdit que pendant quelques semaines de l'été. Mais outre ses immenses forêts aussi inépuisables que celles de l'Amérique du Nord, la Sibérie possède encore d'énormes plaines excessivement fertiles où toules les céréales viennent dans la perfection. Quant à la population, si la rigueur du climat n'en permet pas une densité aussi considérable que dans des régions plus clémentes, on y trouve cependant encore des villbsde 30,000, 20,000 et 15,000 hab. Tomsk et Irkoutsk, Tobolsk et Krasnoiarsk sont les cités les plus importantes. La partie orientale, la plus montagneuse, la plus froide et la moins peuplée fait avec la Chine un commerce assez important de fourrures qu'elle échange contre des thés. Là, la population s'est condensée sur les côtes et des établissements militaires fort importants ont été créés à
Petropavlosk sur la côte orientale du Kami chatkà, à Okhotsk au fond de la mer du même nom et à Vladivostok sur la mer du Japon. Ce dernier pays est composé d'Iles montagneuses dont l'altitude atteint souvent 3,000 mètres et dont le Fusi-Yama cette montagne que les peintres du Japon ont rendue fameuse, a 4,300 mètres. Ce sont, en partant du N., les Kouriles, Yeso où se sont réfugiés les derniers représentants delà race autochtone :lesAïnos, Niphon, Sikok, Kiou-Siou, l'archipel Liou-Kiou à l'extrême S. et au large, dans le Pacifique, le groupe des Bonin-Sima. La superficie totale du Japon égale les quatre cinquièmes de celle de la France, mais sa population de 36 millions est presque égale à la nôtre, ce qui indique une fécondité plus grande. Longtemps fermé comme la Chine aux idées européennes, c'est-à-dire au progrès et à la civilisation occidentale, le Japon est, depuis la chute du Tiicoun et l'anéantissement radical du système féodal et de ses représentants les Daimios, entré très résolument dans la voie des réformes. Aux pays occidentaux, mais plus particulièrement à la France dont le rapproche le caractère de ses habitants, il a demandé des instructeurs dans toutes les branches de la science. Après avoir été pendant un temps très court, le tributaire de l'Europe, le Japon fabrique aujourd'hui tout son outillage industriel, ses chemins de fer et ses vaisseaux cuirassés, son artillerie et ses machines de tout genre. Comme le peuple est intelligent, plein de goût et de bonne volonté, il a su en quelques années appliquer à son agriculture comme à ses innombrables mines les méthodes savantes de l'Europe. Très pittoresque est le pays, et la mer intérieure, qui sépare Sikok de Niphon jouit d'une réputation qui n'est nullement usurpée. Tokio ou Yeddo, Osaka, Yokohama, Nagasaki, Kaposima, Hakodadè, Nagoya, etc., sont les villes les plus populeuses et les plus importantes au point de vue commercial qu'on rencontre dans ce pays d'avenir où la religion dominante est le bouddhisme, mais mêlé de quantité de légendes, dont quelques-unes empruntées au sivaïsme, qui eu ont altéré le caractère. Ce que nous venons de dire de la transformation opérée au Japon, nos successeurs pourront le répéter à propos de la Chine. Le Céleste Empire, si immuable jusqu'ici, s'est aperçu que sa formidable population de 400 millions d'habitants, armés comme au moyen âge, était impuissante à résister aux soldats aguerris, aux engins perfectionnés de l'Occident. C'est le souci de sa sécurité qui aura fait entrer l'empire du soleil couchant dans la voie du progrès. Déjà nous avons pu nous apercevoir à la fin de la guerre que nous venons de soutenir contre la Chine que ce n'est pas eu vain qu'elle avait dépensé tant d'argent. Si la Chine a commandé à l'Europe des cuirassés dont elle n'a pas encore su su servir, si l'essai de l'établissement d'un chemin de fer a rencontré jusqu'ici de la part df fonctionnaires tardigrades, un obstacle invincible, il n'en est plus de même aujourd'hui et le gouvernement du Filsduciel nousdemande lui-même de le doter de ces puissants instruments de la civilisaiion, les chemins de fer
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et les télégraphes. On climat tempéré dans la plus grande partie de cet immense empire déplus de 4 millions de kil. carr., des voies naturelles merveilleuses, telles que l'Amour, le Peiho, le Hoang-Ho, le Yang-tse- Kiang et le Si-Kiang, réunis par d'immenses canaux, jadis admirablement entretenus, une terre annuellement fertilisée par les alluvions de tous ces fleuves, c'étaient d'excellentes conditions pour produire au delà des besoins pourtant si considérables d'une population très dense. Aussi les soies, les thés, les riz, les métaux étaient-ils depuis longtemps des articles d'exportation rémunérateurs, tandis que la Chine n'acceptait de l'étranger que quelques cotonnades, quelques lainages anglais. Le commerce extérieur ne serait pas considérable si l'opium n'en faisait presque tous les frais. Jusqu'en 1885, on n'a compté en Chine que dix-neuf ports ouverts au commerce étranger, il est vrai que par cela même, ils avaient pris une importance considérable. De ce nombre étaient Changhaï, Canton, Fou-tcheou, Tching-Kiang et Han-Keou. Citons encore, parmi les principales villes : Pékin la capitale, Nangkin,Tientsin, Swatow, Singao, Taiyuan, Ning-Po, Macao et Hong-Kong qui, bien qu'appartenant aux Portugais et aux Anglais n'en font pas moins partie véritable du Céleste empire. Encore bien des ressources qu'on peut tirer de la Chine étaient-elles ignorées ou peu connues ; en première ligne il faut citer les immenses mines de houille qu'on rencontre partout et que les habitants n'exploitent qu'à fleur de terre. Qu'on parcoure l'ouvrage du baron de Richthofen, le récit de voyage de J'abbé David, sans compter tant d'autres relations plus ou moins scientifiques, l'on sera émerveillé des richesses innombrables qu'offre à l'exploitation intelligente ce pays attardé. Quant au Tonkin, à 1 Annam et à la Cochinchine, nous en dirons quelques mots lorsque nous nous occuperons des colonies françaises. Enserré entre les possessions anglaises de la Birmanie que l'Angleterre vient d'augmenter en s'emparant des états du roi Thibau et les états de l'Indo-Chine soumis au protectorat de la France, s'étend le royaume de Siam, plus grand que la France de 200,000 kil. carr., mais dont la population n'est évaluée qu'à près de 6 millions d'hab. Au reste, il faut bien l'avouer, ce ne sont là que des chiffres hypothétiques, car jamais on n'a nombre les tribus indépendantes du Laos qui paraissent être de la même race que les Chans qu'on rencontre dans la Birmanie supérieure jusqu'aux confins de Yunnan. Le Siam est traversé par deux grands fleuves, le Menam, qui descend des montagnes du Laos et le Mékong que Doudart de Lagrée et Francis Garnieront été les premiers à explorer dans son cours supérieur. Laissons de côté l'Inde anglaise et les petits états indépendants du Nepaul et du Boutan dans l'Himalaya, états dont l'indépendance n'existe que parce que l'Angleterre s'en soucie peu, négligeons leurs 3,500,000 hab. et leurs capitales de Katmandou et de Tassisoudon pour nous étendre un peu plus longuement sur cet ensemble d'états qui sont connus sous le nom de plateau de l'Iran, ce sont l'Afghanistan, le Bélouichistau et la Perse. Si jadis ces localités ont été le siège de puissants empires, elles sont, depuis longtemps, convoitées par les deux peuples qui dominent en Asie, par les Russes et les Anglais, parce qu'elles constituent la voie la plus directe vers l'Inde. Au N., l'Indou-Koiisch, détaché du Pamir, étale ses chaînes parallèles, traversées par des défilés importants, notamment la passe de Kaîber, et celle de Zulfikar et rejoint les monts Elbrouz, chaîne volcanique à travers laquelle ne s'ouvrent, non loin du mont Demaveud
(3,620 m.) que les portes de la Caspienne. Puis de 10. au S.-O. s'étagent les gradins des monts Elvend, chaînons parallèles qui laissent échapper quelques affluents du Tigre et envoient, dans le golfe Persique et dans la mer d'Oman descours d'eau sans importance. En somme, les localités les plus importantes de l'Afghanistan comme Caboul, Hérat, Candahar, sont situées dans des vallées parallèles que doit forcément suivre tout envahisseur. Les Russes, qui , depuis quelques an nées, se sont singulièrement rapprochés de l'Inde en s'établissant dans le Turkestan, àTashkend, à Samarcande, à Khiva, ont déjà traversé le désert de Kara-Koroum et la Turkménie; ils étaient avant-hier à Merv, hier à Saraks sur la frontière de Perse ; ils se rapprochent aujourd'hui de Hérat qui est leur objectif de demain. Puis, comme les transports avec ces steppes et ces déserts sont chose difficile, coûteuse et pénible, ils établissent un chemin de fer qui part de la rive orientale de la Caspienne et est déjà à moitié route de Saraks. Au point de vue physique, le Turkestan est sans valeur n'étant composé que de sables aujourd'hui incultes, arrosé par des fleuves jadis tributaires de la mer Caspienne; le Syr Daria, qui descend des monts du Ferganah pour se jeter dans le lac d'Aral après avoir bordé le désert de Kysul-Koum, l'Amou-Daria qui ne porte plus aujourd'hui au même lac — d'ailleurs bien diminué d'étendue depuis les temps antiques — qu'un maigre filet d'eau, alors qu'autrefois ses eaux réparties en une multitude de canaux d'irrigation fournissaient la vie à une immense étendue de pays maintenant retournée au désert, enfin au S. le Mourghab, qui passe à Merv se perd non loin de là au milieu des sables du désert, l'absorption et l'évaporation étant plus considérables que l'apport. Au S. de l'Afghanistan, sur lequel l'Angleterre a l'œil fixé, s'étend le Béloutchistan, royaume dont la capitale est Khélat et dont la principale rivière, l'Helmend, se perd dans une immense lagune, le lac Hamoun. Quant à la Perse, ce n'est plus que l'ombre d'elle-même. La Médie, la Susiane et la Perse, ces provinces fameuses dans l'antiquité, sont bien mortes et l'on ne dirait jamais quand on foule le soi des villes modernes de Téhéran, d'Ispahan, de Chiraz, de la ville sainte de Meched, de l'ancienne Ectabane qui s'appelle aujourd'hui Hamadan, deYezd, deTauris près du lac Ourmia, du port de Bouchir,que ce pays a été fameux entre tous les empires par sa civilisation et sa grandeur. Trois fois grande comme la France, la Perse actuelle ne compte pas 8 millions d'hab., encore le quart de ceux-ci vit-il à l'état nomade. La grande péninsule arabique est une terre de transition; c'est encore l'Afrique mais ce n'est pas l'Asie, car celle-ci ne commence à proprement parler qu'à partir de cette large dépression au fond de laquelle coulent le Tigre et l'Euphrate. Tout l'intérieur n'est qu'un immense désert sablonneux avec quelques oasis dans les parties abritées et certains chaînons peu élevés. C'est seulement au S. au long de la côte qui réunit le détroit de Bab-el-Mandeb à celui d'Ormuz qu'on rencontre quelques montagnes dignes de ce nom. Aussi accrochent-elles les nuages qui se forment sur l'océan Indien et sontelles mouillées de pluies bienfaisantes qui y entretiennent une végétation continuelle.
C'est cette partie qui portait le nom d'Arabie heureuse, c'e^t l'antique pays de cette reine de Saba dont les relations avec Salomon sont légendaires, c'est là qu'au moyen âge s'établit à Mascate un royaume arabe dont l'iman avait su étendre son influence et ses relations commerciales depuis la côte de Malabar dans l'Hindouslan jusqu'à Mo-
zambique sur la côte occidentale d'Afrique. Nominalement, une grande partie des Arabes sont soumis à la Turquie; mais si lâche que soit ce lien, il leur pèse et ils savent parfaitement se dérober aux devoirs et aux exigences de cette situation; les gouverneurs de La Mecque, la métropole du mahométisme et de Médine, aussi bien que les cheikhs de Sana, d'Hodeida, de Moka, de Mahalla, ou l'iman de Mascate, sont à peu près impuissants sur les populations de leur voisinage immédiat, encore moins pourraient-ils exercer le moindre contrôle sur les Ouahabites du Nedjed. La Syrie et la Mésopotamie sont également, des pays que le souveuir de3 événements dont ils ont été le théâtre rend intéressants au plus haut degré pour tout esprit un peu cultivé. Le Tigre et l'Euphrate coulent à travers cette immense plaine de la Mésopotamie, se réunissent auprès de Bagdad pour se séparer, se réunir encore sous le nom de Chatt-el-Arab et se terminei dans le golfe Persique par un énorme delta sur les bords duquel se trouve Bassora l'une des villes fameuses des contes des Mille et une nuits. C est dans cette plaine qu'ontvécu ces cités à l'histoire étonnante, Ninive, Seleucie, Ctesiphon, Babylone, c'est là le siège de ces empires immenses dont l'histoire certaine ne commence à nous être connue que depuis qu'on a appris à déchiffrer les inscriptions cunéiformes de leurs monuments.
Quant au fleuve, il n'a guère été exploré depuis Chesney en 1840 et le pays que parcourent des hordes d'Arabes pillards est malsain aux voyageurs et aux archéologues. Pourtant quelle admirable moisson il a déjà fournie aux Botta, aux Place, aux Rawlinson, aux Oppert et à tant d'autres savants l Que de découvertes restent à faire qui touchent tout aussi bien à l'histoire d'Assyrie ou d'Egypte qu'à celle de Rome qui y logea ses cohortes d'avant-garde, qu'à celle des croisés qui y construisirent de belles forteresses gothiques semblables à celles dont le sol de la Syrie et de la Palestine est pavé. Mais allez donc librement parcourir ces difficiles régions 1 Allez donc soudoyer des ouvriers — si vous en trouvez — pour faire des fouilles 1 Pourtant cela s'est fait déjà bien des fois, pourtant, cela s'accomplira encore, c'est ainsi que, chaque jour, des peuples nouveaux entrent dans l'histoire; hier c'étaient les Hittites, que sera-ce demain ? Mais à l'O. de cette plaine fertile de la Mésopotamie s'étend une zone déserte qui va jusqu'à la chaîne cotière qui longe la Méditerranée, c'est là que fut Palmyre la ville de Zénobie; c'est dans cette région qu'existe Damas, ques'allonge la vallée du Haouran. Le Liban et l'Anti-Liban sont terminés par les chaînes plus humbles, mais en partie volcaniques, de la Palestine que ponctue à l'extrême S. le massif imposant du Sinal. Le Jourdain, la mer Morte, le lac de Tibériade, Jérusalem, voilà des noms qui font revivre dans l'esprit du chrétien tout un inonde de souvenirs, qui ravivent des croyances connues dès le berceau. Héliopolis, Alep, Antioche, Césarée, Saint-Jean-d'Acre, vocables qui évoquent devant l'historien le fantôme des chevaliers bardés de fer, à la croix rouge sur l'épaule, aussi bien que de ces intrépides soldats qui venaient d'Egypte avec Bonaparte et dont un grand nombre devaient mourir de la peste sous les murs de Jaffa 1 Nous pénétrons maintenant dans l'Asie Mineure que se partagent peu fraternellement Russes et Turcs, terrain marqué d'avance pour les luttes futures de deux peuples, dont l'un est arrivé au déclin de l'existence, alors que l'autre plein de vie, de force et d'ambition, semble avoir devant lui un long avenir de gloire et de prospérité.