‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 479 sur 503 · PRESQU'ILE DES BALKANS · texte numérisé non relu

PRESQU'ILE DES BALKANS

S'il est un coin de terre, en Europe, qui soit encore inconnu, c'est bien la péninsule des Balkans. Aucun des gouvernements qui se la partagent, sauf la Roumanie, n'a songé à en faire dresser la carie d'après les méthodes scientifiques, aujourd'hui en usage. Ce que nous savons de la Grèce, c'est la France durant son expédition en Morée qui ! nous l'a appris et nous ne serions pas fâchés I de savoir d'après quels relevés M. Kokidès a : tracé la carte qu'il en vient de publier; la Bosnie nous est un peu connue par les tra- i vaux que les Autrichiens y ont faits tout récemment. Les Russes ont rapporté de la Bulgarie certains matériaux, qu'ils se sont hâtés d'utiliser; quand on y ajoutera les relevés de Guillaume Lejean et de certains autres voyageurs isolés et qui, pour la plupari, ne disposaient pas des instruments nécessaires aux observations astronomiques; on saura tout ce dont on peut se servir pour l'un des pays les plus intéressants de l'Europe, à tant de titres divers. Les montagnes de la Turquie ou système des Balkans se relient à la chaîne des Alpes par leur prolongement qui traverse l'Illyrie, la Dalmatie et se dédouble en Croatie et en Bosnie, dont la partie la plus voisine de la mer porte le nom d'Alpes Dinariques; elles se rattachent également aux Carpalhes par les montagnes de Serbie, à travers lesquelles, à Orsova, le Danube s'est frayé le passage des Portes de Fer. Si toute la partie méridionale est hérissée de montagnes, le nord de la péninsule est au contraire formé par l'immense plaine du Danube, chemin de passage des invasions et du commerce. Si la chaîne qui longe la côte occidentale de la péninsule, court du N.-E. au S.-O., les Balkans se dirigent, eux, de l'O. à l'E. et envoient, dans des directions encore confuses pour nous et niai étudiées, des contreforts tels que le Shar Dagh(3,000 m.), lesSucka Go ra en Macédoine, le mont Olympe qui sépare la Macédoine de la Thessalie grecque, l'énorme massif du Despoto Dagh qui se dirige vers la mer de Marmara et sépare le bassin de la Maritza de celui du Karasou. En somme, la chaîne des Balkans qui a une longueur de 500 kil. sépare le bassin des affluents du Danube de ceux des mers de l'archipel et de Marmara; c'est au centre de cette chaîne que se trouve le massif le plus large et les cimes les plus élevées, 2,330 m. Des contreforts s'en détachent et courent vers le N., tandis que ^out près de la mer Noire, la chaîne bien abaissée du Tekir Dagh suit à distance le rivage de la merNoire jusqu'à laMéditerranée. Un certain nombre de passagess'ouvrent dans la chaîne des Balkans, dont certains ont joué déjà et joueront dans l'avenir, le rôle le plus important, ce sont la passe de Chipka qui conduit de Tirnovo â Kaisanlik, celle de Rosalita qui mène à Kalofer etqui forment avec plusieurs autres qui s'ouvrent dans le voisinage de Varna et de Shumla des passages directs pour pénétrer de la Bulgarie dans la Roumélie. A l'extrémité de la vallée de la Maritza se trouvent les portes de Trajan et la vallée de l'Isker qui débouche dans ce couloir qui passe à Solia, à Nisch, route directe pour Belgrade, Pesth et Vienne. Les affluents du

Danube sont la Save, qui rejoint ce fleuve à Belgrade après avoir elle même reçu la Verbilza, la Bosna, la Dria, la Morava, le Timok, l'Isker qui prend sa source au-delà des Balkans, le Vid, l'Osmo, la Unira et le Lom. Du nord dans la Valachie, le Danube reçoit, la Schyl, l'Aluta, la Dombovitza qui arrose Bucharest et la Jalomnitza. Dans l'Archipel, nous avons la Maritza dont la vallée a été employée par le chemin de fer Philippopoli- Andrinople-Conslanlinople; le Carasou , le Vardar qui tombe au fond du golfe de Salonique et la Salambria qui arrose Larisse. Sur l'Adriatique, ce sont l'Arta, qui finit au golfe du même nom, la Voioutza, la Kervasta et le Drin en Albanie, le Drin noir qui se perd dans le lac de Sculari au Monténégro et la Narenta en Herzégovine. Depuis le jour où, pour la première fois, en 1346, les Turcs avaient pénétré en Europe, appelés par Jean Cantacuzène, il s'appliquèrent à s'établir de ce côté du Bosphore et ne lardèrent pas à s'emparer de la Thrace, de la Macédoine, de la Serbie par la victoire de Kossovo en 1389, de la Bulgarie, de la Moldavie et de la Valachie dont la possession leur est assurée par la défaite des croisés à Nicopolis en 1390. C'est alors le tour de la Bosnie, de l'Herzégovine, delaThessalieeldel'Hellade. C'est après ces conquêtes que Constantinople finit par tomber le 29 mai 1 453 entre les mains des Turcs ; de tout l'empire d'Occident, la capitale étail tout ce qui restait. On n'attend pas que nous refassions toute l'histoire des invasions et des possessions turques en Europe; nous aimons mieux passer de suite à celle des défaites et des diminutions de territoire qui est plus près de nous. C'est à la fin du xvii0 siècle que celle-ci commence, à la suite du siège de Vienne dont les Turcs ne purent s'emparer, le traité de Carlowitz leur enlevait la Hongrie orientale, la Transylvanie, l'Esclavonie, la Podolie, l'Ukraine, la Morée et certains ports cédés à Venise et Azow remis à la Russie. Les défaites se succédèrent si bien, qu au commencement du siècle, les Turcs ne possédaient plus en Europe que la Valachie, la Serbie, la Bosnie et le reste de la péninsule. La Russie commença par se faire céder la Bessarabie en 1812, puis en 1829, le delta du Danube par le traité d'Andriuople, qui reconnaissait l'indépendance de la Grèce, tandis que la Servie, la Moldavie et la Valachie devenaient, de possessions véritables, de simples Etats vassaux. Sous le règne d'Abdul-Azis, le Monténégro et la Bosnie se révoltèrent, Abdul-Ahmid 11 ne pouvant venir à bout de l'insurrection des provinces slaves appuyées par la Russie, conclut avec cet Etat le traité de San-Stefano, traité qui fut revu et complété par celui de Berlin en 1878. Ce dernier est trop important pour que nous n'eu énuinérions pas les stipulations principales, car l'Europe s'y est partagé une partie de l'empire turc, préface d'une expulsion d'Europe à bref délai. A l'Angleterre l'Ile de Chypre, à la France la suzeraineté de Tunis, à la Russie d'énormes territoires en Asie mineure et en Europe, la Bessarabie jusqu'au Pruth et au Danube, possessions enlevées à la Roumanie qui recevait en échange le delta du Danube et la

Dobrutja ; à l'Autriche la Bosnie et l'Herzégovine, ainsi que certains ports de l'Adriatique, au Monténégro le port d'Antivari, débouché sur la mer qu'il ambitionnait depuis longtemps; quant à la Serbie elle s'agrandissait de la vieille Serbie et de certaines places fortifiées, dont Nisch était la plus importante ; l'indépendance complète de cette dernière, du Monténégro et de la Roumaniw était reconnue par la Porte, la Grèce recevait une partie de la Thessalie et de l'Epire, la Bulgarie passait à l'état de tributaire. Sans y comprendre la Tunisie, c'était pour la Turquie une perte de 196,622 kil. carrés. Et cependant aucune des puissances ainsi agrandies ne fut contente de son lot. La Russie qui protégeait la Bulgarie, était jalouse de l'Autriche qui soutenait la Serbie ; quant aux autres grandes puissances, comme l'Allemagne, l'Angleterre et la France, leur jeu allait consister à profiter de cet antagonisme, à essayer d'opposer l'influence grandissante de l'Autriche sur sa clientèle occidentalo pour paralyser l'ambition toujours croissante dont Constantinople est l'objectif séculaire. Du jour où cette puissance aurait dépossédé la Turquie, la mer Noire deviendrait un lac russe et aucune puissance n'y pourrait plus pénétrer que du libre consentement de l'empire moscovite. Mais entre des rivalités si acharnées, entre des compétitions si violentes, entre des avidités aussi déchaînées, il était bien difficile de tenir la balance égale. La Grèce, mécontente de son lot, voudrait s'étendre dans le nord et joindre la Macédoine, l'Epire et l'Albanie à ses possessions territoriales et s'adjoindre l'Ile de Crète où depuis longtemps les pachas turcs ont su se faire universellement détester; quant à la Bulgarie elle n'attendait que le moment favorable pour passer les Balkans et s'attribuer la Roumélie. On se demande ce qui resterait alors en Europe à la Turquie. Encore une fois, Constantinople, la capitaled'un empire jadis si puissant, en resterait le seul débris, situationqui rappelleraitsingulièrement celle de 1453. Pour celte fois, la Bulgarie qui jusqu'alors n'avait marché que d'après les conseils et les ordres de la Russie, semble les avoir prévenus; elle venait de proclamer la réunion delà Roumélie à la principauté Bulgare, lorsque la Serbie poussée par l'Autriche lui déclara la guerre ; sous quel prétexte? On ne l'a jamais pu deviner. Vaincue et reconduite jusque sur son territoire, l'épée dans les reins, l'armée serbe etson roi Milan ne furent sauvés que par un ultimatum de l'Autriche. Tu n'iras pas plus loin, dit celle-ci à la Bulgarie, et celte dernière qui se sentait abandonnée par la Russie dut obéir. Pendant ces événements, la Grèce, sous prétexte qu'elle ne pouvait voir rompre au profit d'une autre l'équilibre établi par le traité de Berlin et la Bulgarie s'agrandir aux dépens de la Turquie sans en profiter, procédait à l'armement de ses troupes, espérant, en mettant le marché à la main à l'Europe entière, que celle-ci pèserait sur la Turquie et lui arracherait encore quelque lambeau de territoire pour conserver la paix. Par malheur, il n'en a pas été ainsi et la Grèce a reçu des puissance injonction de désarmer. Mais son gouverne-

ment s'est mis dans cette position délicate qu'il lui faut à tout prix faire la guerre, pour donner satisfaction à l'opinion publique qu'il a surexcitée au dernier point ; sinon une révolution pourrait bien encore une fois mettre à la porte le souverain. En tout état de choses, le pays est à la veille de la banqueroute. Pour "résister à cette agression possible, la Porte a dû armer de son côté et ses finances sont dans un tel désarroi, que c'est pour elle une dépense ruineuse; elle vient donc d'insister auprès des puissances sur la prompte solution du différend. Pour expliquer ces événements, il n'est pas hors de propos de jeter un coup d'oeil sur la constitution de l'empire ottoman et d'examiner ses rouages ; nous y trouverons sans aucun doute la cause de la haine de tous les peuples qu'il avait soumis. C'estun empireautoritaire absolu, le sultan est en même temps le chef de la religion, comme représentant le Prophète. Tout le monde sait que le mahométisme permet la pluralité des femmes ; or, le sérail du Grand Seigneur avec ses femmes, ses eunuques, les domestiques de tout rang, de tout ordre et des deux sexes, n'absorbe pas moins du douzième du budget qui se monte à 750 millions; c'est le seul Etat de l'Europe où le souverain confisque pour ses propres besoins une part aussi considérable des revenus publics. Quant au conseil des ministres, il se compose d'un président ou grand vizir et de dix ministres. Du haut en bas de l'échelle , comme la plupart des employés et des fonctionnaires ne sont pas payés du tout, ou ne le sont que fort tard et avec des réductions, on obtient ce qu'on veut à prix d'or. L'administration turque est un type de désordre et de gâchis dans lequel certainsministresont à plusieurs reprises essayé d'apporter un peu d'ordre et d'économie, en engageant des européens dont le capacité et l'honnêteté offraient des garanties qu'on ne rencontrait que rarement chez les indigènes. Comme chaque gouverneur était jadis presque indépendant et qu'il pouvait faire ce qu'il voulait à condition de verser au trésor de l'empire les revenus fixés pour sa province, il en résultait un continuel abus de la force, des concussions, des injustices quotidiennes, sans compter que si le misérable chrétien se permettait d'élever la voix, de se plaindre lorsqu'on le tondait de trop près, il était aussitôt soumis à la bastonnade, quand on ne le branchait pas à l'arbre le plus proche. Les possessions de l'empire turc, sont de deux sortes, les unes immédiates ou sous l'autorité directe du sultan, ce sont ; la Turquie d'Europe, la Turquie d'Asie et les côtes occidentales de l'Arabie ; les secondes sont plus ou moins dépendantes, comme les territoires occupés par l'Autriche, Bosnie et Herzégovine; Chypre par les Anglais, — le mot occupation n'étant destiné qu'à ménager l'amour-propre du sultan, alors qu'en réalité c'est une prise de possession effective et nullement transitoire ; — la province autonome de la Rournélie orientale, la province tributaire de Bulgarie, la vice-royauté d'Egypte et le villayel de Tripoli. Les possessions directes en Europe ne comprennent plus que les provinces de la Thrace,de la Macédoine, de 1 Epire et de la Slacédoine avec l'Ile de Crète ; les principales ailles en sont Constantinople ou Stamboul, ivec ses faubourgs de Galata et de Pera, qui peut avoir 700,000 hab. et qui tous les jours a la suite des incendies, perd son cachet oriental, car on y construit quantité de maisons à la franque et la plupart des habitants ont aujourd'hui abandonné le costume national. Salouique, port de commerce au fond du golle du même nom; Andrinople sur la Maritza, avec 62,000 hab. ; Rodosto et Galliiioli, purls du la mer de Marmara. l'skub O0 hab.,, McrtiasCir en Macédoine, Prisùna(il,000 hab.j, Noviba/.ar avec ses sources

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