‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 481 sur 503 · BELGIQUE ET LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

BELGIQUE ET LUXEMBOURG

dres où on ne compte pasmoins de 90 morts pour 100 naissances, c'est le résultat d'une vie surmenée de travail, abreuvée de privations et de soucis, c'est encore, il faut bien l'avouer, la suite des chômages et des grèves, le prix de l'ivresse dans laquelle tant de misérables cherchent l'oubli de leurs peines et le reposdc leurs fatigues. Onésime Reclus, qui écrivait il y a dix ans, peignit ainsi, dans sa Terre à vol d'oiseau, les habitants de la Belgique : «De même que les Belges-Flamands sont en réalité des Hollandais, ou, si l'on veut, des Bas-Allemands, les Belges-Wallons sont simplement des Français, qui, dans les villes, parlent notre langue et, dans la compagne usent de dialectes français, tels que le hennuyer dans le Hainaut et le liégeois dans le pays de Liège. Sur les o, 100,000 hab. de la Belgique, plus de 2,500,000 ne connaissent que le flamand et 2,200,000 ne parlent que le wallon ou le français. Plus de 300,000 (surtout à Bruxelles et dans les grandes villes des Flandres) usentà la fois des deux langues. 35,000 hommes parlent allemand principalement dans le Luxembourg; 20,000, française! allemand. Les deux nationalités ne s'aiment point. La jeune littérature flamande, qui aspire à détacher les Flandres de tout ce qui rappelle le wallon, et qui penche vers l'Allemagne à force de vouloir s'éloigner de la France, a, pour ainsi dire, pris comme devise Wat rvalsch dat is falsch sla dod ! « Ce qui est wallon est faux, tuez-le ». Comme on le voit, l'antagonisme existe entre les deux races sur un autre terrain et pour d'autres causes que celles qui divisent aujourd'hui les Français et les Allemands. Il y a la sans doute antipathie instinctive, irraisonnée? Mais, après nous être arrêtés aussi longuement sur le caractère des Belges et les produits de leur industrie, il est temps de dire quelques mots de leur gouvernement. La constitution de 1831 adonné un roi à la Belgique qui, d'accord avec unmini:>tère responsable, exerce le pouvoir exécutif, tandis que la puissance législative est remise à une chambre des représentants (un député pour 40,000 hab.), et un sénat également élu parle peuple. Le budget de l'Etat monte à 380,000,000 et la dette s'élève à un milliard et demi; quant à l'armée elle peut réunir sous les drapeaux 100,000 hommes. La Belgique est divisée administrativement en neuf provinces : Brabant, Anvers, Limbourg, Flandres orientale et occidentale, toutes contréesflamandes, leHainaut,Namur, Liège et le Luxembourg belge, provinces wallones. Dans le partage accompli en 1831 entre la Hollande et la Belgique, toutes les colonies sont restées à la première et c'était justice, car c'était elle qui les avait fondées et qui avait cimenté de son sang leur union à la mère-patrie. La Belgique n'a donc pas de colonies à proprement parler. Cependant le roi actuel, Léopold II, au moment où Stanley venait d'accomplir son étonnante odyssée sur le Congo, où il revenait en Europe tout ébloui des richesses de l'Afrique centrale, de la densité de sa population, de la fertilité de certains de ses districts, comprit que là s'ouvrait un champ immense à l'industrie et au commerce; que c'était un terrain tout neuf où ceux qui arriveraient les premiers se créeraient une clientèle innombrable auprès de laquelle il serait facile d'écouler des tonnes et des tonnes de marchandises. 11 entra donc en pourparlers avec le voyageur et, sans s'étendre sur ses plans, sans dévoiler ses arrière-pensées, il organisa un comité d'études du haut Congo qui fui, bientôt après, transforme en une association internationale afrkaine sous sa orésidence Lp but avoué à

ce moment, c'était de faire appel aux capitaux du monde entier sans distinction de race» ou d'origine, d'enrôler des voyageurs, des explorateurs et des savants de tous les pays pour ouvrir ce marché si riche au commerce universel. Certaines contrées eurent la naïveté de répondre à ces demandes et d'envoyer de l'argent et des voyageurs au Congo. Quant à nous, nous nous rappelons encore l'ouverture qui fut faite en ce sens aux membres de la Société de géographie de Paris et le peu d'em •

firessement qu'elle reçut auprès d'eux. Puis, orsque le pays fut exploré à grands traits, quand un certain nombre d'Anglais, de Suédois et même d'Allemands eurent recueilli toutes les informations désirables, on établit, au prix de fatigues incroyables, un certain nombre de comptoirs sur le Congo inférieur et l'on entreprit ia reconnaissance des affluents de ce magnifique cours d'eau. Cependant, la présidence de l'association africaine ne suffisait plus au roi des Belges, il lui fallait un litre plus ronflant et surtout une possession plus effective des territoires que des voyageurs de tant de nationalités avaient explorés, croyant agir dans l'intérêt général et anonyme de toutes les puissances européennes. Sous le prétexte de mettre fin aux réclamations mutuelles que s'adressaient les anciens possesseurs de coloniesà lacôle occidentale et d'examiner les contrats qu'ils avaient fait signer aux roitelets de la côte d'Afrique, un congrès fut réuni à Berlin à la fin de 1884 et ces grandes assises auxquelles furent convoqués les représentants de toutes les grandes puissances intéressées, consacrèrent la fondalion de l'Etat libre du Congo, le reconnurent comme possession du roi des Belges et en fixèrent approximativement les limites. Aujourd'hui, Léopold H est donc possesseur d'un immense territoire au centre de l'Afrique qu'il entend bien exploitera la mode actuelle et, dans ce but, il est entré en pourparlers avec un syndicat de banquiers qui ont l'intention de construire un chemin de fer latéral au Congo suivant les plans de Slanley et les devis approximatifs de cet ingénieux explorateur.

Déjà le nouvel état est adorné de quantité de fonctionnaires, vice-roi, ad min is traie urs, capitaines qui grèvent un budget dont les revenus sont encore à connaître. Mais ce sont là choses qui ne nous regardent pas; nous avons assez à faire pour explorer et exploiter les pays que M. de Brazza a soumis à notre influence. Bien que le grand-duc de Luxembourg soit aujourd'hui le roi de Hollande, et que, par suite, il eût été plus à propos de parler du duché de Luxembourg en même temps que des Pays- Bas, la situation géographique de ce pays enclavé entre la France au S., le Luxembourg belge à l'O. et l'Allemagne au N. et à l'E., le réunit plutôt à la Belgique qu'à la Hollande. Ce grand-duché, bien que jouissant d'une constitution particulière, t'ait partie de l'association douanière allemande et cependant il constitue un Etat neutre bien que ses chemins de fer appartiennent à l'empire allemand, anomalies entassées qui disparaîtront le jour où, le roi Guillaume venant à fermer les yeux, la Prusse jugera à propos de réunir cet Etat purement et simplement à l'Empire. Avec ses 2,587 kil. carrés el sa population d» 210,000 hab., ce pays essentiellement français, puisqu'il parle celle langue, el catholique; produit, 256,000 tonnes de fonte, c'est dire que l'industrie y est singulièrement développée. La ville principa le est Luxembourg; les fortifications de celle ville, qui était une des places les plus forles de l'Europe, ont été démolies en 1867.

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