ILES BRITANNIQUES
La position isolée, insulaire du Royaume- Uni de Grande - Bretagne et d'Irlande, à l'extrême ouest de l'Europe, est encore plus avantageuse que celle de la France. Si l'Angleterre s'est mêlée à presque tous les conflits qui ont désolé le continent européen, ce n'est que bien rarement qu'elle a eu à souffrir chez elle des horreurs etdes désastres de la guerre. Cette situation insulaire est certainement cause de la direction imprimée à toute sa politique et, en développant forcément chez elle le goût de la marine, elle l'a conduite aux expéditions lointaines et aux entreprises coloniales qui l'ont entraînée dans de si terribles guerres il est vrai, mais qui ont répandu dans le monde presque tout entier, le goût des marchandises anglaises. La propension naturelle des Anglais aux choses du commerce et de l'industrie s'est d'ailleurs trouvée singulièrement aidée par les ressources si abondantes en minéraux du sol britannique. Les deux facieurs les plus importants de l'industrie, le fer et la houille s'y trouvent en effet en quantité considérable; enfin, l'abondance de la population, les lois qui assuraien' à l'aîné l'héritage paternel et par cela même l'empêchement pour la petite propriété de se constituer, la rigueur du climat, tout concourait à faire des Anglais des marchands, des marins et des colons. Ils n'ont pas manqué à cette inéluctable nécessité. On sait que les lies Britanniques ont été détachées aune époque moderne, du reste de l'Europe, et que la Manche est un détroit de création récente. Les rochers de la Cornouaillos, sont contemporains de ceux de la Bretagne, et les falaises crayeuses de la côte anglaise appartiennent à la même formation que celles de la Normandie. Les montagnes de l'Angleterre et de l'Ecosse sont disposées d'une façon singulière et représentent assez fidèlement un plissement gigantesque du sol. De même que dans la Coruouailles où elles sont absolument isolées, dans le N. de l'Angleterre, comme en Ecosse, elles courent parallèles lesuncs aux autresdu S.-O. auN.-E., laissant entre elles des vallées profondes, dont certaines ont été utilisées pour la construction des canaux et des chemins de fer. Dans l'Ecosse septentrionale, ce sont les monts de Ross et les Grampians. Ces derniers s'élèvent jusqu'à 1,350 m., forment avec les Cheviots, ce qu'on appelle les highlands, tandis que l'énorme vallée qu'ils laissent entre eux et qui court du golfe de la Clyde à celui de Forth, porte celui de Lowland ou basse terre. A ces ci i Hère lices topographiques, correspondent, chez les habitant-, des différences de caractère et de mœurs que Walter Scott, celui qui a su le mieux rendre le type écossais, a peintes de main de maître. Ainsi donc, toute la partie orientale de l'Angleterre n'est qu'une plaine immense, égayée de distance en distance par des ondulations de terrain et des collines peu élevées qui servent à rompre la monotonie du paysage. Il résulte de cette disposition que les tleuves les plus longs et les plus considérables par leur débit se jetlent tous dans la mer du Nord, Ce sont, en remontant du S. au N., la Tamise, qui arrose Oxford, Windsor, traverse Londres et à partir de Woolwich, forme un large estuaire sur
les bords duquel s'étagent les quais Gravesend, de Sherness, de Chatam et de Ramsgate. Là s'échelonnent tous ces navires aux pavillons multicolores, qui viennent, de tous les points du vaste univers, apporter ou emporter ces marchandises innombrables qu'on rencontre aussi bien au centre de l'Afrique, que dans les derniers points habités des régions polaires. L'Humber, sur lequel est situé llull, qui l'ait tant de commerce avec l'Allemagne ; la Tyne, qui passe à Newcastle ; la Tweed, qui finit à Berwick; le Forth sur i estuaire duquel est située Edimbourg et le Tay avec son port de Dundee. Sur la mer d'Irlande, ce sont la Severn, sur l'estuaire de laquelle se trouve Cardiff, d'où partent tant de navires charbonniers; la Mersey avec son port de Liverpool, fameux dans l'univers entier et en Ecosse, la Clyde, qui arrose Gla;gow. Ajoutons, puisque nous en sommes à parler de l'hydrographie, qu'on renconte au milieu des montagnes d'Ecosse, nombre de lacs ou lochs, excessivement pittoresques et que deux canaux ; l'un le canal Calédonien, qui court du golfe de Lorn au golfe de Murray; l'autre, le canal de la Clyde au Forth, séparent l'Ecosse en trois tronçons et mettent en communication les mers d'Irlande et du Nord. De l'autre côté du canal Saint-Georges, s'étend l'Irlande, Erin ou la Verte, comme on disait jadis. Là, la constitution physique est encore plus singulière. L'île singulièrement découpée du côté de l'Atlantique en baies profondes et étroites, en presqu'îles effilées par l'assaut séculaire des vagues et des tempêtes venues du large, n'est pas parcourue par des montagnes qui la divisent en deux versants. Seuls des groupes de h au tes collines, au N. et au S., ces dernières n'atteignant pas 1,200 m. etsur les côtes de la mer d'Irlande, quelques massifs isolés et peu élevés, viennent un peu différencier l'aspect uniformément bas du centre de cette grande île. Là, les eaux semblent avoir peine à s'écouler vers la mer, elles s'attardent et constituent nombre de lacs, dont quelques uns sont assez importants (lac Neagh). Aussi, si en Angleterre toutes les rivières sont reliées entre elles par une centaine de canaux, l'absence des montagnes, l'abondance des eaux ontencore plu.favorisé en Irlande, la constitution de ces voies naturelles. DuN. au S. et de l'E. à 10. courent des canaux qui relient entre eux tous les centres principaux ; il en est un, le canal Royal, qui relie Dublin à Sligo, sur la baie de Donegal, qui parait être le centre de tout ce système. Quant aux lleuves, quand nous aurons cité le Shannon, au fond de l'estuaire duquel s'abrite le havre de Limerick, le Blackwater et le Lill'ey qui se termine à Dublin, nous aurons épuisé la liste des principaux. Aux trois îles que nous venons d'énumérer, il faut ajouter, dans la mer d'Irlande, l'Ile de Mail et Anglesey, qu'un chemin de fer, enjambant le détroit de Menai, relie au continent. A la pointe occidentale de l'Angleterre, l'archipel des Scilly ou Sorlingues où les anciens venaient chercher l'étain ; à l'extrémité septentrionale de l'Ecosse, l'archipel des Orcades, les Shetland, plus au N. et les Hébrides, sur la côte N. occidentale de l'Ecosse, dont les plus importantes sonl
Skye et Lewis, Tires, Muti, Islay, Bule elAr rau à l'entrée du canal du Nord. Le caractère maritime duclimat des Iles Britanniquej est fortement accentué. Conlinuellemenl mouillé par les pluies qu'amène le ventd'O , baigné d'un épais brouillard qui pénètre jusque dans les habitations les mieux closes, I». sol des îles Britanniques se refuse à quantité de cultures qu'on trouve sur le continent, sous les mêmes latitudes. Non seulement la vigne n'y pousse pas, mais aucune des céréales qui font la richesse de la France n'y peut venir. Aussi les Anglais ignorent-ils presque complètement le pain qu'ils ont remplacé par les pommes de terre, tandis que les Ecossais se nourrissent d'une sorte de bouillie d'avoine. Si le blé ne peut mûrir en Angleterre, ce qui fait la gloire et la fortune de celte île et plus particulièremen encore de l'Irlande, ce sont ses gras pâturages qui nourrissent des troupeaux innombrables de bestiaux. Aussi, d'accord en cela avec les prescriptions de l'hygiène, les Anglais font-ils de la viande le fond même de leur nourriture, tandis qu'ils remplacent le vin par la bière et les liqueurs fortes. La laine de leurs moutons, les cuirs de leurs bœufs sont les matières premières de leurs manufactures qu'alimentent les immenses bassins houillers répandus dans toutes les directions. En Ecosse, c'est aux pieds des Grampians, en Angleterre, c'est dans le pays de Galles et dans la chaîne Pennine, que s'extraient annuellement les 4 60 millions de tonnes de houille que consomme ou qu'exporte le Royaume-Uni. Le plus souvent, c'est la proximité de la mine qui a décidé de la prospérité des villes. Glasgow, qui est aux piedsdes Grampians et sur le canal de la Clyde au Forth, possède aujourd'hui 500,000 hab. qui se livrent à la fabrication du colon, du savon et des produits chimiques. Dans le voisinage, se trouvent des mines de fer et de pierre à bâtir. Newcastle et Sunderland servent de porls d'embarquement pour le charbon et desservent quantité de villes industrielles par chemin de fer, notamment Bradford et Leeds dont les fabriques d'objets en laines sont connues; Sheffield, renommée par sa coutellerie et Manchester, qui exporte des cotonnades dans l'univers entier. A part ces villes, il faut citer Londres, qui n'a pas moins de 4,000,000 hab., ville qui s'étend sur une étendue considérable, dont les monuments artistiques, les musées, les jardins, les docks et les magasins font une des capitales de l'esprit humain et, si l'on ne s'occupe que de commerce, la ville la plus importante du globe tout entier. Edimbourg, la capitale de 1 Ecosse, n'a pas inoins de 290, 01 0 hab. Dublin en compte 350,000. Liverpool sur la Mersey, n'en a pas moins de 550,000. lliimingham en compte 400,000 ; quand nous aurons cité Aberdeen, Dundee, Perlh, Inverness, Stirling, Dumfries en Ecosse ; Durham.Hartlepool, Scarborough, Darlinglon. York, Lincoln, Nottingham , Norwicli , Colchester , Brighton, Bain, Exeter. Worcesler, Blackburn, Douvres, Folkstone, New-Haven. Soulhamplon, Swansea, Birkenhead, Plymoulh, Portmouth, le grand port militaire, et Woolwich, l'arsenal de la marine , nous n'anrnu;
donné qu'une énamération bien sèche et bien incomplète de toutes les localités importantes de l'industrieuse Angleterre.
Il faut dire que, pour arriver au chiffre d'affaires véritablement colossal, — le commerce extérieur seuls'élève à 16 milliards de francs et le mouvement des ports comprend 60 millions de tonneaux, — les Anglais ont su mener à un haut degré de perfection tous les ressorts d'une administration fort compliquée. Leurs lignes de chemin de fer comprennent un réseau égal à celui de la France, bien que la superficie du pays soit deprès des deux cinquièmes inférieure, quand la population est presque égale à la notre puisqu'elle s'élève à 35.000.000 d'habitants et qu'elle serait bien plus considérable sans l'émigration irlandaise qui lui enlève tous les ans, pour les jeter aux Etats-Unis, des milliers d'individus. Si les chemins de fer sont aussi nombreux, s'il transportent à bon- marché marchandises et voyageurs, les canaux si nombreux, si bien aménagés, leur viennent encore en aide pour relier les centres industriels aux ports d'embarquement et aux mines de toute nature. Si, malgré la réforme religieuse qui les a de bonne heure émancipés du pouvoir papal, les Anglais se mon trent encore aujourd'hui rigoureux observateurs de certaines pratiques, si, au point de vue politique, ils n'ont pas encore adopté le suffrage universel et s'ils, sont à chaque instant, arrêtés dans leur lutte vers le progrès et la liberté par les entraves de la routine et d'un respect superstitieux pour les choses du passé, il n'en est pas de même, fort heureusement, dans tout ce qui touche à la vie sociale. Là, les Anglais sont d'un pratique à faire frémir, se montrant aussi peu soucieux de nuire à leurs voisins, de leur déplaire ou de les blesser, ne respectant aucune convention sociale, considérant comme négligeables toutes les considérations qui nous gêneraient, nous, dans la conclusion d'une affaire. Il s'agit pour eux d'arriver, et le plus rapidement possible. Aussi, tous les moyens leur sont bons, même les moins licites. C'est aussi que leur esprit d'initiative a pour aide l'association et la coopération qui n'en est qu'une forme raisonnée. La concurrence a, chez eux libre cours et les monopoles sont inconnus, au grand avantage du public qui est mieux et plus rapidement servi. Aussi, tournent-ils eu dérision et nos scrupules d'honnêteté et notre outillage arriéré. Leurs Trade's Unions, leurs associations, laissent bien en arrière nos sociétés de secours mutuels qui ne lavent pas défendre le travailleur contre son exploitation outrée par le patron. C'est grâce a ces qualités et même à ces défauts propres à l'individu, ainsi qu'au sentiment exagéré de sa valeur comme peuple, de son amour de la patrie, du respect que chaque Anglais porte en soi pour la vieille Angleterre, que ce peuple est arrivé à la haute situation politique, commerciale et coloniale qu'il occupe dans le monde. C'est parce qu'il y a chez lui quelque chose de supérieur aux querelles des partis, aux haines personnelles qu'il a montré et qu'il montre tous les jours dans les questions de politique extérieure, un esprit de suite qui fait absolument défaut à nos hommes d'Elat. Mais, il faut bien le reconnaître, la situation si longtemps brillante de l'Angleterre est à la veille de subir une éclipse : dune part, l'étendue tous les jours plus considérable de ses colonies l'entrainc