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COLONIES FRANÇAISES

fort loin, malgré les rapides qui l'obstruent et les farouchesPahouins anthropophages qui en défendaient l'accès. Ces premières explorations éveillèrent l'attention en France sur un fleuve qu'on supposait alors s'enfoncer au centre du continent et qui, par cela même, pourrait peut-être devenir une voie de pénétration assez commode. C'est alors que M. Savorgnan de Brazza, un tout jeune officier de marine, demanda aux ministères de la marine et de l'instruction publique, une mission pour vérifier et compléter les renseignements que l'on devait à ses prédécesseurs. Parti sans autre idée que de faire une exploration géographique, le jeune officier, en parcourant ce pays si riche et si fertile, conçut le projet de le donner à la France. Pacifiquement, sans tirer un coup de fusil, et pendant une série de voyages et d'explorations qui viennent de se termine]', il parvint à conclure des traités de commerce avec les souverains de différentes tribus jusqu'alors ennemies et créa dans l'intérieur une série de postes dont le principal est Franceville, reconnaissant le haut Ogoué, l'Aliraa, la Licona, et arrivant ainsi jusqu'au Congo où ii s'établissait à Brazzaville en face de Stanley Pool chez un souverain, dont le nom, Makoko, figure sur les cartes d'Afrique depuis le xvi" siècle. Revenant vers l'Atlantique, il reconnaissait les rivières Niari elKouilou et plantait le drapeau de la France à Punta negra. Ces annexions ne s'étaient pas faites sans difficulté, car M. de Brazza avait dû lutter contre I influence des agents de la Société africaine internationale, mais le traité de Berlin de 1885 est venu délimiter officiellement les immenses territoires que M. de Branza avait conquis à la France. Par suite de ce traité, divers établissements de l'assouationsitués dansla région du Niari, ont été cédés à la France en échange d'autresterritoires. La vallée de ce lleuve est jusqu'ici la roule la plus directe et la plus facile pour atieindrele Congo, làoù cessenlles cataractes et les chutes qui empêchent toute navigation entre Stanley Pool et Vivi ; jusqu'au jour peut-être bien lointain où sera construit un chemin de fer, c'est par là, si la France est habile, que devrapassertoutle tralicdubassin du Congo. Ajoutons que, depuis la signature du traité de Berlin, plusieurs conventions particulières sont intervenues entre la France et l'Allemagne. Elles règlent certains points de détail et fixent les limites de territoires échangés entre les parties. Si l'île de France nous a été arrachée en 1815, Bourbon nous est restée; par malheur sa fécondité est grandement altérée par une culture intensive qui dure depuis des siècles: les cyclones qui la ravagent fréquemment onl également porté une rude atteinte à sa prospérité, malgré les travaux considérables qu'on y a entrepris, chemin de fer circulaire et création d'un port en eau profonde. Un traité, qui vient d'être ratifié par la cour d'Emyrne, place définitivement Madagascar tout entière sous notre protectorat. Les événements qui viennent de se passer sont trop récents pour être sortis de notre mémoire, aussi rappellerons-nous seulement que que nous étions établis à Sainte- Marie, sur la côle orientale, que les îles Nosy- Bé, Nosy-Cumba et autres à l'entrée de la baie Pasandava, que Mayotte, l'une des Comores, étaient en notre possession depuis 1841, et que cerlaines tribus sakalaves des baies de Bali, de Bombetock et de Pasandava, sans compter les Antankares qui occupent l'extrémité septentrionale de cette grande ile, avaient reconnu notre protectorat. Le traité qui vient d'être conclu nous donne en toute propriété l'admirable haie Diego Snarez près

du cap d'Ambre, impose à la reine de Madagascar un résidentfrançais, qui surveillera les relations extérieures, et nous établit à Tamatavejusqu'à parfait paiement d'uneindemnilé de dix millions. Enfin, à l'entrée de la mer Rouge, nous avons pris possession de localités importantes : Obock et Tadjoura qui vont nous permettre l'accès de l'Abyssinie et qui nous servent, pour le moment, de dépôts de charbon sur la route de l'Inde, ce qui nous évite d'être tributaires des Anglais à Aden. De tout notre immense empire de l'Inde, il ne nous reste plus que des ports sans importance militaire, mais qui font un commerce considérable, Pondiehéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal etMahé. Depuis 1860, nous sommes établis dans la Cochinchine, nous avons depuis lors établi notre protectorat sur le Cambodge et l'Annam et nous venons de nous emparer, après une lutte fort vive et de péripéties parlementaires très émouvantes, du Tonkin. 11 est impossible, à cause de leur caractère tropical, de l'insalubrité des régions voisines de la mer, de créer dans ces pays des colonies de plantations; d'ailleurs, tout le sol est occupé et parfaitement exploité par les races indigènes. Mais, justement à cause de cela, nous pouvons y établir en peu de temps un commerce très florissant ; leTônkin produisant trop de riz pour sa consommation, il s'en fait en Chine uneexportation considérable. D'ailleurs, on sait déjà qu'au Tonkin existent des richesses minérales importantes, et notamment des mines de houille toutes voisines de la baie d'Along. Le Tonkin est arrosé par un cours d'eau, le fleuve Rouge, dont l'hydrographie est encore à faire dans son cours supérieur, mais qui parait être une route naturelle vers le Yunnan et les provinces sud occidentales de la Chine qui sont si riches en métaux précieux et en productions de toute sorte. Ce qui prouve l'importance du Tonkin comme voie de pénétration vers la Chine, c'est la conquête que les Anglais viennent de faire de la Birmanie indépendante, ce qui les rendra, comme nous, voisins limitrophes de la Chine. Bien que les avantages ici brièvement résumés de la possession du Tonkin puissent être facilement compris par tous, bien qu'on eut prouvé que l'Angleterre n'attendait que notre départ pour s'y établir, certains patriotes à courte vue n'ont pas craint de conseiller l'évacuation des pays que nous avions conquis avec tant de peines. La Chambre, bien qu'avec une infime majorité, n'a pas voulu les suivre dans cette voie funeste et nous restons au Tonkin et dans l'Annam où nous organisons notre protectorat sur des bases qui viennent d'être tout récemment fixées. En Ccéanie, nous sommes maîtres depuis 1853 de la Nouvelle- Calédonie qui nous sert aujourd'hui de lieu de déportation. Si les progrès de cette colonie ont été assez lents, ils s'accentuent tous les jours, grâce à la découverte de mines d'or et de nickel, mais surtout au développement de l'agriculture et de l'industrie pastorale. A côle de la Nouvelle-Calédonie, nous possédons les Loyalty, îles madréporiques sans grande valeur et nos colons se sont individuellement établis aux Nouvelles- Hébrides où ils ont fondé de grandsétablissements agricoles. Avec le protectorat des Touamotou, nous possédons encore en Océanie, l'archipel des Marquises et Taïti qui se trouve sur la ligne la plus directe vers Panama, c'est direl'exlension que prendra celte colonie, si nous savons y préparer d'avance les établissenents nécessaires dans un port destiné à recevoir des paquebots d'un fort tonnage.

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