‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 486 sur 503 · DANEMARK · texte numérisé non relu

DANEMARK

il est peu de peuples qui soient plus sympathiques à la France que les Danois, sans doute parce qu'ils sont malheureux et qu'ils supportent fièrement leur infortune. Après avoir connu des jours de splendeur et de puissance, après avoir lancé dans le monde entier de belliqueux aventuriers qui fondèrent des royaumes, sillonné les mers de téméraires navigateurs qui découvrirent un monde, le Danemark réduità sa plus simple expression, est bien près d'être rayé de la carte du monde par son puissant et peu scrupuleux voisin. Ce petit royaume, si grand de souvenirs, si noble dans son abaissement immérité, ne comprend plus aujourd'hui que la partie septentrionale de la péninsule connue des anciens sous le nom de Chersonèse cimbrique, et un archipel d'Iles situées dans la Baltique. C'est là le sol sacré de la métropole ; nous parlerons tout à l'heure des colonies qui, sans être bien riches, sont singulièrement plus étenduos. Si la partie continentale du Danemark n'a que 3H0 kil. du N. au S.; en y ajoutant les îles que nous allons énumérer, on arrive à un tolal de 38,237 kil. carr. sur lesquels ne vivent pas tout à fait 2 millions d'hab. Le Danemark n'est que la continuation de l'immense plaine basse de l'Allemagne septentrionale; le pays est si peu élevé qu'une hauleur de 30 m. est notée et que la plus haute montagne de la péninsule, l'Himmelsberg, n'a pas plus de 188 m. au-dessus de la mer. De tous les pays de l'Europe, seule la Hollande est encore plus basse. Baigné par la mer du Nord sur sa rive orientale, le Skagerrack et le Kattegat au N. et au N.-E. le Sund, les Belts et la Baltique à l'Est, le Danemark n'est séparé du Schleswig et du Holstein qui lui ont été arrachés il y a une vingtaine d'années et sur lesquels vivent encore 150,000 Danois, que par une frontière artificielle. Les lies se partagent en trois groupes principaux qui ne forment ensemble que le tiers de l'area du royaume. Ce sont Fionie ou Fûnen avec ses satellites Langeland, Arro, Taasinge, toutes rapprochées de la péninsule dont elles ne sont séparées que parlepetit Belt; 2° puis Seeland avec ses compagnes Noën, Falster et Laaland, Amager et Saltholm entre le grand Belt et le Sund; 3° Bornholm dans la Baltique; enfin plus éloignées et séparées du corps de l'armée, sont les lies de Lœso et Anholt dans le Kattegat et Samïo entre Seeland et le Jutland. L'aspect du pays avec cette constitution péninsulaire et insulaire est fort curieux. Maltebrun en donne une peinture fidèle. Les lies ont presque partout le sol mamelonné, argileux et très fertile; entrecoupées de mille canaux, elles présentent souvent les vues les plus pittoresques. Cependant le milieu de Fionie et de Seeland où passe la grande route, n'offre que des plaines monotones, La côte orientale du jutland est l'une des plus dangereuses du monde et manque si complètement de ports et d'abris que les marins l'ont appelée la côte de fer. Découpée en élégantes collines couvertes de riches moissons, qui alternent avec le beaux bois de hêtres; elle donne l'impression d'un pays riche et d'un sol fécond. Ce u» serait pas l'exacte vérité; en bien des

endroits le sol n'est qu'un gravier ou qu'une terre rougeâtre absolument stérile et d'ailleurs les landes et les bruyères occupent encore bien de l'espace. La côte est souvent dentelée comme celle de Norwège par des brèches, des fiords dont le plus connu est le Lûmlîord qui isole complètement la partie la plus septentrionale du reste du Jutland. Il s'ouvre par un étroit chenal sur le Kattegat, et après avoir couru à l'O. puis au S.-O. sur un espace de 150 kil., il n'était séparé de la mer du Nord que par une langue de terre fort étroite. Au mois de février 4825, cet isthme minuscule ne put résister aux multiples assauts des vagues, il fut emporté, et à sa place s'ouvrit un canal dont le commerce ne peut malheureusement pas profiter, car il n'a pas assez de profondeur et ne peut être utilisé que par les bateaux à fond plat qu'on appelle kaage dans le pays. C'est d'autant plus fâcheux que la navigation au débouché de la Baltique est extrêmement difficile, les bas-fonds, les courants, des vagues courtes, mais répétées, la rendent excessivement dangereuse. Le passage le plus fréquenté est le Sund, qui est balisé et couvert de feux de position, et dans le Sund, le meilleur et plus sûr abri, est, en face de Copenhague, le Konge Dybet.

Bornholn n'est pas autre chose qu'un fragment détaché de la masse granitique de la Suède méridionale. Quant aux autres lies, elles sont de formation crayeuse, comme le Jutland. On rencontre souvent en Danemark, comme en Suède et comme dans tous les pays où la période glaciaire a laissé des traces palpables, de ces blocs erratiques dont le transport si loin de leur lieu d'origine est demeuré si longtemps mystérieux. L'un des plus considérables est un rocher de Fionie, qu'on appelle le Roc de la Dame; suivant une légende qui a cours dans le pays, il aurait été lancé de Langeland sur Fionie par une noble dame. De toutes parts, environnépar la mer, le Danemark jouit d'un climat à la vérité très humide, mais plus deux et plus égal que celui de l'Allemagne, qui est cependant plus méridionale. La pluie et le brouillard sont très fréquents et des sautes de vent se produisent très souvent. Toutefois, ce climat est plus excessif que celui de l'Angleterre et de l'Ecosse qui sont placées sous la même latitude, ainsi que le prouvent les gelées faciles des détroits. 11 faut l'attribuer àl'intluence du Gulfstream, qui ne se fait pas sentir en Danemark comme dans les lies Britanniques. Quant aux vents qui régnent le plus ordinairement, ils viennent de l'O., sauf au printemps, où ce sont les vents secs et froids de l'E. et du N.-E., qui soufflent le plussouvent. Le peu de largeur du Danemark, son absence de hautes cimes, l'empêchent de posséder de grands fleuves, mais sa constante humidité entretient beaucoup de rivières et de ruisseaux qui portent le nom commun d'aal. Les plus considérables sont le Guden Aal, long de 132 kil., qui se jette dans le Randersliord et le Ster-Aal qui n'a pas plus de 75 kil. Enfin un grand nombre de lagunes et de lacs se rencontre aussi bien dans le Jutland oriental que dans les tles. Si la constante humidité de l'atmosphère

est favorable au développmeni delav«g*o tation, la violence du vent d'O. cstcontrair< à la croissance des arbres qui sont le plm souvent inclinés vers le nord-est. Et cependant, jusqu'au xi" siècle, le Danemark a possédé d'énormes forêts d'aulnes, de frênes, de chênes, de bouleaux et de hêtres, dont il ne subsiste plus que de petites bandes sur la côte orientale du Jutland. Le centre et l'O. de la péninsule, du N. au S., présentent de larges espaces nus et sablonneux, entrecoupés de terre cultivable. Seeland et Fionie ont peu de bois, mais possèdent de la tourbe en quantité, et sont abondamment pourvues de fertiles terres à blé. Laaland produit d'excellent froment et ses champs sont entrecoupés de beaux bois de hêtres et de chênes; enfin Falster est réputée pour être le verger du Danemark Quant à Bornholm, son plateau central est envahi par d'épaisses bruyères, mais partout ailleur- la terre est fertile. C'est la seule localité du Danemark qui possède quelques ressources minérales. On y trouve un peu de houille et de la terre à porcelaine en quantité, ce qui a permis à une industrie florissante de s'établir. Parmi les végétaux indigènes citousencorele genévrier, la ronce et quelques autres lianes et arbustes à baies, la soude commune qu'on rencontre sur les côtes et la manne qui n'est cependant pas la manne officinale, qui donne un excellent eruau. Outre les pâturages naturels du S.-O. du Jutland, les habitants se sont particulièrement adonnés à la création de prairies artificielles, en desséchant les marais. Le lin, le chanvre, le sarrasin, l'orge, l'avoine, le seigle. le froment, le tabac, la pomme de terre, la moutarde, quantité de légumes ou de plantes potagères, telles qu'artichauts, asperges, melons, etc., se rencontrent partout en assez grande abondance pour permettre une fructueuse exportation. Si le raisin ne peut pousser qu'en serre, si la culture du pêcher et de l'abricotier est interdite par le climat, on se rattrape en obtenant du poirier, du prunier, et surtout du pommier, d'abondantes récoltes qu'on expédie le plus ordinairement en Suède et en Russie. Quant à la faune du pays, elleachangéavecson aspect. Le défrichement des landes, la destruction des forêts ont singulièrement diminué le nombre des animaux sauvages dont certaines espèces ont complètement disparu, comme le loup, ou sont en voie de s'éteindre, comme le sanglier, ou ne sont plus plus conservées qu'à l'état de rareté dans des parcs bien clos, comme les cerfs et les chevreuils. Cependant le gibier de poil et de plume est abondant, les lièvres, très nombreux, sont réputés pour la finesse et le parfum de leur chair; les perdrix et les bécassines sont abondantes, les oies et les canards sauvages qui rencontrent dans ce pays des conditions favorables à leur existence et à leur multiplication sont innombrables, et Veider dont le fin et chaud duvet sert à la confection des édredons, établit son nid dans les trous des rochers et les anfractuosités des falaises. Enfin les cygnes vivent en liberté dans le Lùmûord et sur les îles d'Amager et de Biniholm qu'Us n'abandonnent que si la température de-

Page 1