ESPAGNE
l.a forme de la péninsule ibérique est assez curieuse; elle présente, sur le golfe de Gascogne, une ligne droite, et, à partir du cap Saint-Vincent jusqu'à Barcelone, les côtes soûl découpées en forme d'une série d'arcs oV cercle plus ou moins ouverts qui sont très topiques. Bien des fois, on a insisté sur le raractère africain de l'Espagne , nous ne parlons ici qu'au point de vue physique, rien n'est plus exact. Au cours de ce travail, nous avons parlé de la percée relativement récente du détroit de Gibraltar; l'Espagne n'était antérieurement à la rupture de cet islhme qu'une prolongation de l'Afrique, prolongation bornée au N. par les vallées de l'Aude et de la Garonne. Bien que la péninsule ibérique constitue, au point de vue géographique, une unité, une entité parfaite, elle a, ûe tout temps, au point de vue politique, été partagée en deux royaumes distincts. La réunion ne s'est faite que pendant un court espace de temps, et elle n'a pas été à l'avantage du Portugal, qui y a perdu une partie de ses colonies. Du cap Creux au cap Finistère court, sur une ligne presque droite, une '■haine fort imposante de montagnes, les Pyrénées, qui se continuent le long du golfe de Gascogne et sur le bord de l'Atlantique, parles monts Cantabres, lesquels envoient dansla Galice de nombreux éperons etcontreforts. A la hauteur de la source de l'Ebre, se détache des Cantabres la chaine des monts ibériques qui court presque parallèlement au lleuve et longe la mer depuis Castellon de la Plana jusqu'à l'embouchure du fleuve. A un noeud de cette chaîne, à peu près par sa moitié, se soude une nouvelle cordillère qui court de l'E. à 10. à travers l'Espagne el le Portugal, et se termine à l'embouchure du Tage après avoir porté les noms de Sierra de Estrella, Sierra de Gala, Sierra de Grados , Sierra de Guadarraniar , Somo- Sierra. Un peu plus bas et parallèlement, se déroulent la Sierra de Guadalupe, les monts de Tolède et les monts Universels; ces deux derniers laissant entre eux le plateau de la Nouvelle-Castille élevé de 650 m. au-dessu; de la mer. Enfin, dans le même sens, mais avec des intervalles, s'étagent les sierras de Monchique qui finit au cap Saint- Vincent, de Aracena et la Sierra Morena composée de chaînons parallèles. Quant au rivage de la Méditerranée, il est borde presque sans interruption par deschaines plus ou moins larges qui portent dans leur partie méridionale le nom de Sierra Nevada. La disposition de toutes ces montagnes est assez caractéristique et l'on trouve peu de pays où existe une disposition aussi particulière, une orientation aussi générale. Quelques-unes atteignant au-dessus de la mer un niveau déjà respectable; c'est ainsi que certains pics de la Sierra de Grados s'élèvent jusqu à ^,700 pieds, tandis que, dans la Sierra Nevada, quelques cimes atteignent jusqu'à 3,500 m. ; aussi voit-on de très loin au large cette ligne dentelée de monts grgentés par la neige qui se détachent éclatants sur le fond d'un bleu .-ombre du ciel méridional. 11 résulte de cette abondance de montagnes que la surface de l'Espagne qui a 20,000 kil.carr. de moins que la France estfort accidente*. C est au centre de cette fiu'iire que
se rencontrent les deux plateaux de la Vieille et de la Nouvelle-Castille, tandis que, presque partout ailleurs, sauf dans l'Aragon et l'Andalousie, qui sont de grandes plaines, on ne trouve que vallées plus ou moins larges, plus ou moins longues. Aussi le nombre des fleuves de l'Ibérie, sans être considérable, est-il assez important. Comme presque tous prennent leur source dans la chaine côtière de la Méditerranée ou au centre du continent, la longueur de leur cours est considérable. Au N., dans la Méditerranée, c'est l'Ebre qui prend sa source dans la Vieille- Castille sur le revers méridional des monts Cantabres avec ses affluents de gauche l'Aragon et la Segre, puis le Guadalaviar qui se jette au Grao dans le golfe de Valence, le Xucar qui passe à Cuença, et la Seguia qui arrose Murcie. Sur le golfe de Biscaye les montagnes sont trop voisines de la mer pour que les cours d'eau aient quelque importance; mais c'est sur l'Atlantique qu'on rencontre les fleuves les plus considérables de la péninsule. En partant du N., ce sont : le Minho, le Douro grossi de la Pisuerga qui traverse Valladolid, tandis que lui-même passe à Zamora, et, après avoir servi de frontière à la province portugaise de Tras os Montes, finit à Oporto; le Tage, sur les bords duquel se trouvent les villes espagnoles d'Aranjuez et Tolède, le cités portugaises d'Abrantes, Santarem et de Lisbonne, la capitale du royaume où il forme un large et bel estuaire capable de recevoir les plus gros navires. Son affluent le plus considérable est le Sarama, qui reçoit à son tour le Manzanarès, cette rivière sans eau qui a l'air d'arroser Madrid; puis c'est le Guadiana qui passe à Badajoz et le Guadalquivir qui arrose Andujar, Cordoue, Séville, et se termine an port fameux de San Lucarde Barrameda, d'où partirent tant d'explorateurs du Nouveau-Monde; son affluent, le Xénil, passe à Grenade. Citons encore dans la Méditerranée l'archipel des îles Baléares qui fait partie intégrante du royaume, groupe d'Iles importantes qui ont donné à l'Espagne ses meilleurs cartographes et ses marins les plus audacieux, ce sont : Majorque, Minorque,Fornientera et Iviça avec l'Ilot de Cabrera où furent déportés les prisonniers français qui furent livrés à Baylen par le général Dupont entre les mains des Espagnols. Bien qu'elle soit presque aussi grande que la France, l'Espagne n'a que 17 millions d'habitants. Il est bien difficile de reconnaître dans la race espagnole, telle qu'elle est aujourd'hui, ies traces ethniques de ses premiers habitants ligures et ibères, car les croisements ont été multiples, avec les envahisseurs qui y ont, tour a tour, séjourné jusqu'aux temps modernes, Celtes, Phéniciens, Grecs, Romains, Vandales, Wisigoths et Arabes. Si le type résulte de ces multiples croisements, le caractère national a emprunté à chacun de ces peuples quelques qualités ou quelques défaut;. Ombrageux, très vifs sur le point d'honneur, aventureux, adonnes aux plaisirs (spectacles et courses de taureaux), goûtant les arts et la littérature, passionnes pour leur passé de gloire, fort en retard au point de vue de l'ins- . ... i.on, très adonné- aux cérémonies du culte
et soumis à l'influenre d'un clergé qui ne craint pas de se mêler aux luttes de la politique, les Espagnols sont L'énéralement indolents et paresseux, et c'est à ce vice qu il faut attribuer l'état arriéi [u
se trouvent sous tant de rappnrts. Ce n'est pas cependant que leur patrie ne leur fournisse tous les éléments d'une grande prospérité. Les mines sont fort nombreuses : le fer de Somorostro, le cuivre, le plomb, le zinc, le mercure d'Almadcn, les marbres ne sont pas exploités comme ils devraient l'être. Leurs vins sont renommés entre tous; leur terre, aujourd'hui si négligée, est cependant féconde, et les Arabes, au moyen d'irrigations ingénieuses, avaientsu la faire produire. Combien de ces champs jadis couverts de riches moissons sont aujourd'hui en jachère! Combien de localités de l'Espagne sont de véritables déserts poussiéreux où la dent des moutons transhumants ne trouve qu'une maigre pitance! Et pourtant, quelques villes sontindustrieuses, ce sont : Barcelone, le port le plus important de l'Espagne au pointdevue du chiffre des affaires, Valence etMalaga; certaines cités se font remarquer par h-urs monuments qu'on vient visiter de l'Europe entière, ce sont: Séville, Cordoue, Grenade, etc. Santander.Cartluu'ène et Cadix sont des porls militaires et des arsenaux de premier o-dre. Pampelune, Vitona,Bui l'u-, Valladolid, Saiamanque, Oviedo. Léon, Ségovie, Murcie, A!icante,Tarragone, peuvent êlrecitéesà des litres divers. A l'Espagne on peut rattacher la petite République d'Andorre, vallée située au milieu des Pyrénées, au sud du département de l'Ariège, et qui placée sous la suzeraineté de la France et de l'évêque d'Urgel, s'administre elle-même, pas toujours très sagement ainsi qu'on s'en est aperçu il y a peu d'années. Bien des circonstances ont pesé sur l'Espagne d'un poids terriblement lourd, c'est que des fautes considérables ont été commises par son gouvernement, fautes dont le contre-coup se fait encore sentir. Lorsque Colomb eut découvert l'Amérique , le bruit se répe.naitbientôlque l'or s'y récoltait à pleines mains, que les perles et les diamants y pavaient le sol. Quantité d'aventuriers se précipitèrent dans ces pays neufs et avec une avidité merveilleuse s'appliquèrent à leur faire rendre des revenus immenses. On s'habitua insensiblement au bien être, on négligea la terre, comptant que les trésors du Nouveau-Monde seraient inépuisables. Lorsqu'on chassa d'Espagne les Arabes, les Morisques et les Juifs, c'est toute la population industrielle et commerçante, c'est tous les cultivateurs qu'on chassa du pays. Il n'y resta plus que des nobles trop liers pour s'abaisser à des métiers manuels Les longues guerres et les invasions des règnes de Louis XIV et de Napoléon contribuèrent a ruiner le pays. L'amour du panache et du galon, le goût des pronunciamentos, au moyen desquels on arrive si rapidement au faite des honneurs et de la fortune, les dissensions religieuses, telles sont, en bref, le3 causes d'un état de cho.-es lamentable. Quand on sait toutes les qualités que posseaent, comme hommes, les Espagnols, on est douloureusement surpris de leur voir tant de défauts comme peuple. Et .-es défauts consi-