‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 489 sur 503 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

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dérables, qui sont causes de leur abaissement actuel, qui ont amené la perte et la ruine de leur immense empire colonial, il ne parait pas que les leçons, pourtant si dures, qu'ils ont reçues les en aient le moins du mon de corrigés. ïïe sommes-nous pas à la veille de voir se renouveler les luttes fratricides des carlistes et les scandales des règnes de Christine et d'Isabelle? Et la situation serait encore plus difficile aujourd'hui; les idées républicaines ont fait considérablement de progrès en Espagne. Dans toutes les grandes villes, à Barcelone notamment, dans tous les centres miniers comme dans toutes les villes industrielles où les ouvriers sont nombreux, dans l'armée même et dans la marine, les idées de réforme ont rencontré d'ardents apôtres. On sent très bien que jamais un gouvernement monarchique ne renoncera aux errements qui sont les véritables bases de son pouvoir. Déjà l'on a fait l'essai de la république; si les circonstances, si l'opposition des classes privilégiées, si l'influence encore prépondérante du clergé n'ont pas permis à ce régime de s'implanter en Espagne, ses adeptes n'ont pas renoncé pour cela à de nouvelles tentatives, et ils ont habilement continué leur propagande et leurs promesses qui ne sont pas toutes réalisables, on le sait bien. C'est pour n'avoir pas voulu suivre le mouvement qui emporte l'humanité tout entière, c'est pour n'avoir pas voulu encourager l'industrie nationale et continuer à tirer des colonies les immenses revenus auxquels elle était habituée que l'Espagne a perdu presque tous les pays transocéaniques qu'elle avait soumis à ses lois; c'est pour cette même raison qu'elle a été, il y a quelques années, à la veille de perdre Cuba, la dernière possession importante qui lui restât. Le Mexique, l'Amérique centrale, le Pérou, l'Equateur, le Chili, le Paraguay, l'Uruguay lui ont échappé après de longues guerres qui ont fait une terrible consommation d'hommes et de numéraire. Aussi, ne sera-t-il pas sans intérêt de passer en revue les quelques colonies qui restent à l'Espagne, de nous éclairer sur leur valeur et de juger des progrès qu'on pourrait leur faire accomplir en un espace de temps relativement court, si l'on s'en voulait donner la peine. En Amérique, ce sont Cuba et Porto-Rico, îles extrêmement fertiles, mais dont la première, exploitée à outrance par les gouverneurs espagnols, écrasée de droits et d'impôts, ravagée par les indépendants sous la conduite de Cespedès aussi bien que par les troupes du gouvernement, ne rend plus, de nos jours, la centième partie de ce qu'elle produisait au xvin"1 siècle. Certains districts particulièrement fertiles où les plantations de canne à sucre succédaient sans interruption aux cultures du tabac, comme les Cinco-Villas, où les plantations étaient innombrables, n'étaient plus, à la lin de la guerre, qu'un épouvantable disert semé de ruines, où la végétation sauvage reprenait tous ses droits. Ce sont les mêmes procédés de gouvernement, les mêmes exactions, les mêmes injustices, le même mépris pour tout ce qui n'était pas espagnol, qui a aliéné I cette nation toutes ses colonies. Pour elles, la mesure était tellement comble qu'elles auraient mieux aime, disparaître de la surface de la terre que de continuer à subir le joug de l'Espagne. Une fois la premère étincelle parue, la première insurrection éclatée, cefulcomme une traînée de poudre et toutes les colonies américaines prirent Jes armes. Elles ne les déposèrent que le jour où leur métropole reconnut leur indépendance. En Océanie, l'Es-

pagne possède encore le riche archipel des Philippines, aux ressources agricoleset minérales inépuisables, il est vrai, mais quelesEspagnols n'exploitent pas, ne connaissent mêmes pas, dont nos compatriotes, Marche et Montano, leur ont plus d'une fois signalé l'existence. Ajoutons-y les archipels des Mariannes aux revenus on ne peut plus minces, et des Carolines qui viennent de donner lieu à un conflit avec l'Allemagne, question épineuse soumise par les deux parties à l'arbitrage du pape, qui a jugé en faveur des Espagnols. Mais ce sont là des îlots sans valeur commerciale, sans industrie et sans autres productions que quelques cocotiers; aussi, peut-on dire que c est purement pour la gloire que l'Espagne a si ardemment lutté pour leur possession. Dans l'Atlantique, nous n'avons plus à citer que les Canaries jadis conquises sur les Guanches par notre compatriote Jean de Béthencourt, et qui se composent de Palma, Gomera, Hierro, Lancerote, Palmas, Fuertaventura et Ténériffe, dont le pic fameux disparaît au milieu des nuages. Quand on aura ajouté dans le golfe de Guinée les lies de Fernando-Po, d Annobon et de Corisco, on en aura fini avec ces infimes débris d'un empire colossal, à ce point qu'il était bien vrai ce mot connu, que le soleil ne se couchait pas sur les possessions espagnoles. — La décadence de l'Espagne a gagné son voisin le Portugal et de l'immense empire colonial que ce dernier s'était créé au xvi° siècle, il ne lui reste plus que quelques bribes insignifiantes. Un peuple qui a joué dans l'histoire des découvertes un rôle aussi prépondérant, dont les hardis marins ont accompli tant de conquêtes et tenté tant d'expéditions aventureuses, ne peut être cependant traité avec dédain et l'on doit étudier les causes d'une situation dont il n'a peut-être pas une conscience entière, mais dont sont alarmés ses hommes d'Etat et qui afflige tous ceux qui se sentent quelque sympathie pour ce vaillant petit peuple. Que la plus grande partie des côtes d'Afrique aient été découvertes par des Portugais, cela ne fait doute pour personne. Que Vasco de Gania, Diaz, Albuquerque, Almeida, Ataïde, Noronha, Tristan da Cunha, Magellan et tant d'autres aient porté en Amérique, en Afrique, en Asie et jusqu'en Océanie la gloire du Portugal, et aient créé des colonies importantes, il faut s'en réjouir. Mais, comme le dit Michelet, la faiblesse de la population du Portugal , peu en rapport avec l'étendue de ses conquêtes, le défaut de lien unissant les comptoirs, mais surtout les désordres et les exactions des administrateurs, et cet insupportable orgueil qui les empêchait de se mêler aux peuples qu'ils avaient subjugués, telles furent les causes de la perte de cet immense empire colonial et par cela même de l'abaissement et de la décadence du Portugal. Chose curieuse, les Portugais, malgré tant de liens qui devraient les rapprocher des Espagnols, ont continue à former un peuple absolument distinct. Qu'un voyageur quittant la ville espagnole de Tuy franchisse le Minho qui la sépare de Valença, il trouvera autant de différence qu'entre les habitants de Douvres et de Calais. Cette dissemblance entre deux peuples aussi voisins, que ne sépare en bien des localités qu'une frontière diplomatique, car la péninsule ibérique forme un tout géographique, est difficilement explicable. Estce jalousie ? Et pourquoi les Espagnols considèrent-ils généralement les Portugais comme une race inférieure? Il nous semble qu'il s a là une injustice criante et que rien

ne vient expliquer. Quand nous aurons rap. pelé que le Portugal, situé sur les bonl> ila l'Atlantique, reçoit les vents et les pluies de l'O., que sa chaleur, qui devrait être accablante en raison de sa position géographique, est tempérée par les brises de mer et par un courant d'eau froide qui longe les côtes de la péninsule, quand nous aurons dit qu'à ce climat, moins continental que celui de l'Espagne, correspond, chez les habitants, une activité que ne connaissent pas les indolents Espagnols, nous aurons à peu près dit tout ce que comportent les étroites limites du cadre qui nous est imposé. Plus de cinq fois plus petit que la France, le Portugal est, toute proportion gardée, infiniment moins peuplé que cette dernière, car, aux 38 millions de Français, le Portugal ne peut opposer que 4,500,000 hab., soit 49 hab. par kil. carré, alors que la France en compte 71 . La province la plus prospère de tout ce petit royaume est celle de Entre-Douro-e-Miuho. La rade de Lisbonne, qui passe pour une des plus belles du monde, cette ville de 250,000 hab., qui s'échelonne sur les pentes extrêmes de la Sierra de Estrella avec son château, son cloître, sa cathédrale, ses masses blanches de maisons produit sur le voyageur une impression ineffaçable. La ville commerçante d'Oporto avec ses 106,000 hab., l'université de Coimbre, Cintra, le fameux couvent d'Atcobaça, Batalha, Leira, sont les villes les plus importantes à des points de vue divers. Quant au commerce du Portugal, qui est resté pendant de si longues années le tributaire de l'Angleterre, il n'est pas fort important, et consiste principalement en vins, parmi lesquels ceux de Porto et do Madère sont les plus connus. Au Portugal, il convient de rattacher les Açores, car cet archipel n'est pas une colonie, mais il fait partie intégrante du royaume. En Afrique, le dcmaine colonial du Portugal est encore considérable, il comprend les îles du cap Vert, l'archipel des Bissagos, un certain nombre de comptoirs en Guinée, les îles du Prince et de San Thome, ainsi que les provinces d'Angola, de Benguela sur la côte occidentale, et de Mozambique sur le rivage oriental d'Afrique. Bien que les Portugais aient, ces dernières années, singulièrement reculé à l'intérieur Jes limites des territoires qu'ils occupent ou sur lesquels ils se donnent des droits, ils se sont cependant laissés distancer par la France et par l'association africaine dans la reconnaissance et la prise de possession de pays qu'ils auraient dû explorer ou exploiter depuis des siècles. Il semble aujourd'hui qu'ils veuillent réparer le temps perdu et les beaux voyages de MM. Brito Capello et Ivens comptent parmi les plus intéressants qui aient été accomplis de nos jours dans ces régions. En Asie, les Portugais ne possèdent plus que Goa, Damao et Diu, dernières épaves, et bien peu florissantes, de leur vaste empire; en Chine, Macao qui fait un commerce assez important mais qui a commence de décliner depuis l'ouverture des ports chinois. En Océanie, ils ne détiennent plus qu'une partie de Timor, une île à la vérité fort intéressante par sa population, par ies richesses de sa flore et de sa faune, mais dont l'importance économique ou stratégique est presque nulle. En résumé, après avoir brillé au xv" et au xvie siècle d'uu très vif éclat, la fortune du Portugal a subi longtemps une éclipse totale; il semble aujourd'hui que le vaillant petit peuple d'autrefois cherche à se reprendre et à se galvaniser. Nos vœux l'accompagneront dans cette énergique tentative.

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