‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 491 sur 503 · EUROPE · texte numérisé non relu

EUROPE

loi générale, les cours d'eau suivent la direction que leur imposent les massifs montagneux, c'est ainsi que les Alpes, les monts de Bohême, les Karpathes, les Pyrénées, les montagnes de Norvège et les différentes sierras espagnoles envoient dans des directions imposées d'importants cours d'eau. Il est cependant des contrées qui échappent complètement à cette loi, et nous n'en donnerons pour exemple que l'Asie centrale où nombre de chaînes, pourtant fort importantes, sont coupées par de gros fleuves. L'Europe n'échappe pas à cette anomalie. Avant de se dérouler à travers l'Allemagne, l'Elbe franchit l'Erzgebirge et le Danube perce les Karpathes aux Portes de fer. Les fleuves ont une influence considérable sur le développement des pays qu'ils baignent et, sous ce rapport, l'Europe est admirablement partagée. Si elle no possède aucun cours d'eau qui puisse lutter avec les Amazones, le Mississipi et le Congo, elle est arrosée par quantité de rivières navigables qui ont permis, avant l'invention des chemins de fer, de faire communiquer avec la mer le centre du continent. Par malheur, les plus importants n'ont pas rendu les services qu'on était en droit d'en attendre : le Volga qui reçoit un si grand nombre d'affluents, qui traverse la plus grande partie de la Russie, se jette dans une mer intérieure, ce qui empêche tous ces chemins qui marchent, pour employer l'expression de Pascal, de servir de voie de communication avec l'extérieur. Quant au Danube qui, depuis Ulm, où il devient navigable, reçoit plus de G I Inbutairesen état de porter bateau, il est obstrué dans la partie inférieure de son cours par une barrière rocheuse difficile à franchir et, de plus, les alluvions de son embouchure changent continuellement l'état des passes. Un autre avantage qu'on tire des rivières, c'est de pouvoir s'en servir pour féconder un pays. Ce que les Egyptiens ont fait pour le Nil, les Italiens l'ont pratiqué pour le Pô; ils l'ont endigué, rectifié, canalisé afin de pouvoir le saigner à loisir et, grâce à ce système, la Lombardie est devenue un des plus riches pays de production du riz. C'est ce qu'avaient fait jadis les Arabes en Espagne, mais l'indolence et l'indifférence des possesseurs actuels du sol a laissé perdre tous ces beaux travaux par manque d'entretien et la stérilité de la péninsule ibérique est résultée de ce coupable abandon. Le grand nombre des lacs delà Suisse et de la haute Italie, la multitude de nappes d'eau qu'on rencontre dans la Scandinavie et dans le N.-O. de la Russie, les fiords, ces sortes de coupures si longues, si étroites, taillées à pic dans le rivage, les lacs de l'Ecosse, ceux de l'Irlande, tous ces accidents du sol sont généralement représentés comme la caractéristique des pays qui ont été profondément affectés par la période glaciaire. Quant au climat de l'Europe, on peut facilement l'expliquer, si l'on réfléchit à ce que nous avons dit plus haut des traits physiques de ce confinent. Toute la partie N.-O. de l'Europe est échauffée par le Gulf-stream, dont les chaudes effluves sont particulièrement sensibles en Irlande et aux Sorlingues, où le laurier rose pousse en pleine terre et sur une partie de notre Bretagne qui jouit d'un climat extrêmement tempéré. Quand on pense que l'Irlande est sous la même température que le Labrador et qu'il existe une différence de climat au-^si grande entre ces deux pays, on est profondément étonné. Mais ce n'est pas seulement au Gulf-stream qu'il faut faire honneur de cotte anomalie, un courant glacé qui descend de la mer de Baffin, longe les côtes septentrionales de l'Amérique et joue pour cette parlie du monde un rôle inverse de celui du Gulf-stream vis-à-vis de l'Europe. Mais plus on s'enfonce dans l'intérieur du continent, plus les vents du S.-O. qui se sont

échauffés au contact de ce fleuve d'eau brûlante perdent de leur chaleur, et plus la température s'abaisse. On doit également remarquer qu'un courant d'eau froide prolonge les côtes du Portugal, c'est pour cela qu'en été la température est moins élevée à Lisbonne que dans le reste du bassin delà Méditerranée. L'humidité de l'atmosphèrequi se résout en pluie, provient de l'évaporation de l'Océan. Dans notre continent, elle nous est apportée par les vents du S.-O. ; en thèse générale,^ conversion de ces vapeurs invisibles en nuages eten pluies, leur condensation est due à un abaissement de température. Il résulte de ce fait, que, pourles localités situées à égale distance de la source d'humidité, celles où l'écart entre la température locale et celle de la source d'humidité sera le plus grand, recevront la plus grandequantité de pluie. Aussi, dans le N. et dans l'O. de l'Europe, les montagnes forçant l'humidité à s'élever vers des régions plus froides, les pluies sont plus fréquentes que dans l'E. La grande plaine de la Russie que le plateau de Valdai domine est exposée au vent de l'E., qui, passant sur les monts Ourals, transforme en neige et en glace le peu d'humidité qu'il emporte ou qu'il rencontre dans l'air ambiant. Telles sont les principales causes de la clémence relative du climat de l'Europe occidentale et de la rigueur de celui de l'E. de ce continent. On comprend que nous ne nous arrêtions pas sur certaines causes locales q-i viennent modifier le climat, telles que les vents de mistral, le bora qui souille sur la côte occidentale delà péninsule balkanique, le sirocco, le iôhn,etc. Nous ne dirons rien ici de la géographie politique de l'Europe, puisque nous aurons à nous arrêter en détail sur chacune des contrées qui la composent. Rappelons seulement à combien de reprises la carte de ce continent a été remaniée, bouleversée, changements qui durent encore et qui se reproduiront tant que le monde subsistera. Depuis le jour où nos ancêtres se nourrissaient des coquillages de la mer et laissaient sur le rivage ces monceaux de débris de cuisine, depuis le jour où ils chassaient l'auroch, l'ours des cavernes, le tigre et l'elephas primigenius, quelles transformations ils ont subies au point de vue physique encore moins qu'au point de vue intellectuel. Le jour où l'homme sut faire jaillir l'étincelle d'un caillou, pouvait-on imaginer les changements que la découverte delà vapeur, les applications de l'électricité allaient apporter aux habitudes, aux moeurs, non seulement des Européens, mais des h»mmes dans tous les pays, et cependant toutes ces merveilles étaient contenues dans cet éclair d'un instant. Si misérables que fussent ces populations, elles s'élevèrent insensiblement à un niveau plus élevé, grâce aux rapports tous les jours plus fréquents qu'elles entretinrent avec les nations asiatiques où longtemps auparavant, s'étaient développés des centres de civilisation. Et cependant qu'elles étaient encore barbares ces tribus, lorsque César pénétra les armes à la main dans la Gaule, l'Helvétie, la Belgique et la Bretagne 1 Puis, après l'éclat passager qu'elles durent à leur initiation aux arts, aux lettres mêmes parles Romains, vinrent ces terribles invasions qui emportèrent l'empire et, avec lui, toute espèce de civilisation. Que de siècles il faut à l'Europe replongée dans la barbarie, pour se reprendre, pour regagner le niveau qu'elle avait atteint! Aux luttes du moyen âge succèdent les guerres religieuses et maigre tant de sang répandu, tant de chefsd'œuvre détruits, elle monte, elle monte toujours, la civilisation, etavec elle s'améliorent les conditions de l'existence, la moyenne de la vie humaine augmente et la transformalion s'opère pour le grand bien de l'humanitê.

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