FRANCE PHYSIQUE
A. l'eitrémité occidentale du continent européen, regardant au N. l'Angleterre, au S. la terre d'Afrique, < ju i lui o lire sur le rivage méditerranéen, les terres fertiles du Tell que domine le double massif de l'Atlas, à l'O. les profondeurs infinies de l'Atlantique sur lequel les hardis marins delà Bretagne et du golfe de 'Biscaye n hésitèrent pas à se lancer, durant le Moyen Age, à la poursuite des grands cétacés, la France occupe une admirable position que l'abondance et la sûreté de ses ports, la profondeur de ses estuaires rendent encore plus avantageuse. Exposées aux rudes assauts de l'Atlantique si souvent en furie, les côtes occidentales de la France ont subi et subissent encore de terribles modifications. Elles s'étendaient jadis bien plus loin, mais si le massif granitique de la Bretagne oppose aux vagues déchaînées une résistance obstinée, c'est surtout à partir du golfe du Morbihan que les ravages se sont produits. La topographie maritime des environs de Vannes a l'époque de la conquête romaine ne ressemblait nullement à ce qu'elle est aujourd'hui. Noinnoulier, il n'y a pas longtemps encore était soudée au continent; les marais de la Saintonge et de l'Aunis n'étaient pas si considérables et l'île d'Oléron n'était séparée de la terre que par un chenal qu'un homme pouvait franchir en s'aidant d'un bâton. Quant à l'embouchure de la Gironde, elle est absolument méconnaissable, ainsi qu'en témoignent les cartes hydrographiques, pourtant si récentes, que nous possédons. Toute une partie de la côte, et notamment la poinle du Médoc, a été emportée ; quant au rivage du golfe de Gascogne, il était envahi par les sables qui menaçaient de s'étaler jusqu'au centre du pays, lorsque l'ingénieur Brémoutier érigeant en système les tentatives d'Amauieu de Ruât et d'autres propriétaires riverains, trouva le moyen de fixer les dunes par des plantations de pins qui font aujourd'hui la richesse des Landes. Sur la Manche, la transformation des côtes est due à d'autres causes; le golfe de Sainl-Malo s'est creusé par l'affaissement du sol, le mont Saint-Michel s'est isolé, les falaises de craie de la côte normande s'éboulent sous l'effort, des courants venus delà mer du Nord, les bancs de sable et les dunes de la Flandre et de l'Artois changent continuellement de place, tandis que les alluvions de la Seine modifient tous les jours les contours de son estuaire. Mais nulle part ces dernières modifications ne sont plus sensibles que dans la Méditerranée à l'embouchure du Rhône. Sans rechercher avec MM. Desjardins et Lenthéric l'emplacement des fosses mariennes, ni la profondeur du port d'Arles , on peut rappeler que Louis IX s'est embarqué à Aigues-Morles, aujourd'hui en pleine tcrn- nour la croisade. Ces côtes, si dentelées, si découpées offrent aux marins quantité de golfes, de baies et de ports naturels que l'industrie de l'homme est encore venue perfectionner. Que si, maintenant, un observateur, placé sur un des sommets du plateau central, pouvait avoir une vue générale de la France, il serait frappé de son peu de relief et des direction- «•ariôc» de siv- chaîne» .1.; collines ot de
montagnes, qui semblent faire l'éventail pour envoyer aux trois mers qui la bordent les eaux de la France, tout en obéissant à une loi générale qui les pousse du S.-O. auM.-E. Du haut des dômes et des volcans éteints du massif central vous voyez se détacher vers le N.-E. la eliaine granitique aux multiples contreforts des monts de la Marche et du Limousin qui envoient à la Loire nombre. d'affluents et dont les dernières ondulations après avoir, par les collines du Poitou, rejoint le petit massif granitique de la Vendée, vont en s'abaissant rallier l'embouchure de la Loire. Du soulèvement volcanique du Cantal se détachent de hauts plateaux coupes de vallées étroites et resserrées qu'on appelle des causses ; c'est à travers ces canons que s'échappent le Lot, l'Aveyron et le Tarn, affluents de la Garonne. Le massif du Cantal est relié par les monts de la Margeride aux montagnes du Gévaudan d'où s'échappent l'Allier et la Loire, séparés l'un de l'autre par la chaîne du Velay et du Forez qui se dirige du S. au N. Entre les dômes et les monts du Forez comme entre ces derniers et les monts du Lyonnais, dans les vallées élargies de l'Allier et de la Loire, s'étendent des plaines fertiles, fonds d'anciens lacs, la Limagne et le Forez. Voilà donc bornés au S . le bassin de la Loire et au N. le bassin de la Garonne. A l'E. de la longue chaîne des Pyrénées, qui s'abaisse par les Albères vers la Méditerranée et par les Aldudes vers l'Océan, chaîne qui sépare la France de l'Espagne, se dirigent vers le N., les Corbières orientales, qui séparent le bassin du Tech de celui de l'Aude, puis les Corbières occidentales se continuant par les Montagnes noires, les Guarrigues et les Cévennes. Ces dernières à leur tour, suivant la même direction prennent successivement les noms de monts du Vivarais, du Lyonnais, du Charolais, du Morvan. Puis, après s'être légèrement intléchies vers le N.-E., des monts Faucilles partent les deux chaînes de l'Argonne qui enserrent enlre elles l'étroite vallée de la Meuse; plus loin, la chaine se recourbe encore et se dirigeantdu N.-O. au S.-E., elle se redresse tout a coup et, sous le nom de Vosges, envoie de nombreux contreforts dans l'Alsace, la Lorraine et jusqu'en Allemagne et en Belgique. Enfin, le long de la frontière de la Suisse, court le Jura qui , sans la trouée qu'y perce le Rhône à sa sortie du lac de Genève, rejoindrait l'épais massif des Alpes dont un grand nombre de contreforts parcourent le Uauphiné et la Provence. Est-il bien utile de citer les collines du Perche et du Maine qui vont rejoindre en Bretagne les monts d'Arrée et les montagnes Noires; les collines du pays de Caux aussi bien que celles de l'Artois valent-eiles bien la peine qu'on s'y arrête? Certes, voilà bien des noms de montagnes; mais, à part les Pyrénées, les monts d'Auvergne, les Cévennes, les Vosges et les Alpes, le niveau de toutes ces chaînes n'est pas bien élevé. En certains endroits ce ne sont à la vérité que des ondulations de terrain qui suffisent à la vérité pour délimiter un champ de drainage. Si la France possède les sources et le cours supérieur de l'Escaut et de la Meuse, elle ne possède eu
réalité que quatre grands tleuves : la Seine. la Loire, la Garonne et le Rhône. Chacun de ces fleuves reçoit quantité d'affluents qui arrosent de belles plaines fertiles ou qui enserrent des plateaux renommés pour leur fécondité. Les affluents de la Seine sont, à droite: l'Aube, la Marne et l'Oise, grossie de l'Aisne; à gauche ce sont: l'Yonne, le Loing et l'Eure. La Loire, qui e>t fort voisine de la ligne de partage ne reçoit à droite et, encore dans son cours inférieur, que la Sarthe grossie du Loir et de la Mayenne; mais sur sa rive gauche, ses tributaires sont: l'Allier, le Cher, l'Indre, la Vienne et la Sèvre. Tandis que la Garonne, qui prend sa source en Espagne, bien que la disposition de la chaîne des Pyrénées place tout entière en France la pittore-que vallée connue sous le nom de val d'Aran, reçoit à droite le Tarn grossi de l'Aveyron, le Lot et la Dordogne ; elle n'a pour affluents de gauche que le Gers, qui passe à Auch et la Baîse qui arrose Comiom. Quant au Rhône, tout le monde sait qu'il prend sa source dans un nœud de? Alpes, non loin du Danube et du Rhin, qu'il traverse le lac de Genève et fait une série de détours avant d'arriver à Lyon d'où il pique droit au S. pour tomber dans la Méditerranée. La Saône, grossie du Doubs, semble continuer directement, à partir de Lyon vers leN., le cours du Rhône qui reçoit à gauche l'Isère, la Drùnie et la Durance, tandis que son seul affluent de droite est l'Ardèche. Outre ces principaux bassins, il en est un grand nombre de moins importants parmi lesquels nous citerons ceux de la Somme, de la Rille, de l'Orne, de la Rance sur la Manche ; de la Vilaine, de la Charente et de l'Adour sur l'Océan ; du Tech, de l'Aude et du Var sur la Méditerranée. Comme bien on pense, nous avons laissé de côté quantité de rivières intéressantes à des titres divers, mais on peut voir que les trois mers qui baignent les côtes de notre patrie sont abondamment arrosées. Cette multitude de cours d'eau est due aux grands massifs montagneux qui, condensant l'humidité des nuages qu'il arrêtent, les fout tomber en pluies abondantes qui alimentent des sources innombrables. Une seconde cause en est dans la prédominance des vents d'O. qui, chargés de l'humidité et de la chaleur qu'ils ont empruntée à l'Océan, procurent au climat de la France une douceur qui est favorable au développement de la vie. Encore bien plus considérable était autrefois le nombre de nos rivières, mais le déboisement systématique du pays, le dégazounement des montagnes ont tari nombre de sources et causent presque tous les ans des inondations terribles qu'il serait facile d'empêcher si l'on s'adonnait avec suile à la reconstitution de nos antiques forêts. Ce n'est pas que nous tenions à ramener cette humidité malsaine qui rappelait les bords de la Tamise; nous savons trop bien que les terres défrichées ont été livrées a la culture, et que la population, si augmentée depuis l'époque de la conquête romaine, ne trouverait pas à vivre sur un territoire si encombré de bois et de marécages. A part la Loire et l'Allier, tous les cours d'eau qui descendent du nias»i/
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reutral courent sur un sol rocheux et imperméable ; de plus, comme ils ne sont pas alimentés par la fonte des neiges des aciers, il en résulte qu'en été ils n'ont qu'un maigre débit et qu'en hiver, il s'étalent au loin dans les campagnes qu'ils ravagent à l'envi. C'est ce qui a fait endiguer la Loire alimentée dans son cours moyen par des affluents venus du plateau central, c'est ce qui cause les inondations de la Garonne qui reçoit du N. ses tributaires descendus de ce cirque immense qui des monts du Limousin, finit aux montagnes Noires. Le Rhône lui, débite une bien plus grande quantité d'eau, puisqu'il ne reçoit à l'O. qu'un affluent insignifiant, l'Ardèche, et que tous ses tributaires viennent des Alpes où les neiges ei les claciers les alimentent constamment. C'est grâce à cela qu'il est toujours navigable même en été, mais les détritus de toute sorte mais surtout les rocs et les cailloux que ses affluents entraînent, lui ont formé un immense delta qui s'accroit tous lesjours. Quant à la Seine, son débit est beaucoup plus régulier et la plupart de ses affluents venant de contrées boisées, coulant sur un terrain perméable lui donnent une égalité presque constante. Aussi, depuis surtout que ses rives ont été protégées, que des écluses sagement réparties lui assurent une profondeur suffisante, elle est devenue le siège d'une navigation qui tend tous lesjours à prendre une plus considérable importance. Mais à travers les ehaines de montagnes ou de collines qui divisent les bassins, il existe des passages naturels. Bien que leur importance soit aujourd'hui fort diminuée par les moyens mécaniques que nous employons pour forer les tunnels; ils ont autrefois servi de grands chemins aux envahisseurs et, de nos jours ils ont été, presque tous, utilisés pour y faire passer des canaux ou des chemins de fer et parfois les deux en même temps. Sous le rapport des voies de communication, la France est encore fort mal partagée bien que cette question, qui est pour le commerce d'une importance de premier ordre soit depuis quelques années constamment à l'ordre du jour. Nous ne possédons encore que 4,400 kil. de canaux proprement dits, si l'on y ajoute les 7,000 kil. des rivières navigables cela ne fait encore que H, 400 kil. La plupart de ces canaux mettent en communication la France et la Belgique; plusieurs autres relient les bassins du Rhin, du Rhône et de la Loire à celui de la Seine, enfin le canal du Midi permet aux marchandises arrivées par Bordeaux d'atteindre le Rhône sans doubler l'Espagne, sans passer par le détroit de Gibraltar. Quoi qu'il en soit, le nombre des canaux de la France est beaucoup trop restreint et certaines localités en sont complètement déshéritées. C'est ainsi que la Loire, par aucun de ses affluents, n'est mise en communication avec la Garonne et cependant quand on songe que ce sont le plus ordinairement des objets très lourds et iort encombrants qui sont transportés par les canaux : de la houille, des céréales, des vins, des betteraves, etc., on s'étonne que le gouvernement n'ait pas encore mis a exécution le plan que lui présentait M. Krantz pour l'achèvement du réseau de dos voies navigables. La plupart des trouées dont nous parlions ont été aussi utilisées pour le passage ries chemins de fer; car, bien souvent, on a commencé par employer les facilités naturelles avant da\uii recours à des travaux