‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 494 sur 503 · FRANCE POLITIQUE · texte numérisé non relu

FRANCE POLITIQUE

A prAs avoir parlé sommairement de la topographie de la France, de ses voies de cornmunicalion naturelles et factices, après avoir énuméré les productions du sol, il est à propos de jeter un coup d'oeil sur son industrie. Dans l'Atlas avec texte qu'il vient de publier, M. Foncin adopte comme classifications de l'industrie des divisions qui nous paraissent aussi rationnelles qu'ingénieuses. La première des industries, celle qui a le pas sur toutes les autres, c'est l'industrie alimentaire. Il part de là, pour passer en revue les établissements qui ont pour but la transformation des céréales. Ils sont presque toujours situées au centre ou dans le voisinage des localités où se pratiquent ces cultures; c'est ainsi que la minoterie s'est établie à Corbeil et à Paris, c'est-à-dire à portée de la Beauce et delà Brie, ces deux énormes plaines où se cultive en grand le froment; à Moissac pour les blés du Midi, dans tous nos grands ports pour les céréales qui arrivent de l'étranger: Russie ou Amérique. La fabrication du sucre de betteraves (8,100,000 quintaux), industrie qui doit sa naissance au blocus continental, qui empêchait d'arriver chez nous les sucres de canne de nos colonies, s'est particulièrement cantonnée dans le Nord; ainsi que la fabrication de la bière, depuis surtout que l'Alsace nous a été enlevée. C'est dans le Midi et dans le Centre que se fabriquent les vins et Cette a, pour les vins d'Espagne, une réputation européenne; c'est du département du Gers que nous viennent les eaux-de-vie d'Armagnac et dans la Charente que se fabriquent le cognac et les fine-chaïupagne. Mais, si l'étendue plantée en vignes n'est pas inférieure à 20,000 kil. carr. ; si la production estencore égale à 30 millions d'hectolitres, elle a jadis été bien supérieure avant que le phylloxéra ait commencé ses ravages. Certaines villes ont des réputations spéciai«s, l'.hartres et Pithiviers pour leurs pâtés, Reims pour ses biscuits et ses vins de Champagne, l!;ir, pour ses confitures, etc. Il existe d'ailleurs des cartes spéciales qui donnent tous les produits de nos villes et cette France gastronomique ne manque pas d'intérêt. Les industries du vêtement viennent ensuite. Les 40 millions de kil. de laine que nous récoltons en France sont insuffisants pour la fabrication des draps qui nous habillent, aussi fait-on venir d'Allemagne, du Cap et surtout d'Australie, une quantité considérable de laine, cependant les villes qui fabriquentees étoffes (3,000,000 de broches), sont voisines des lieux de pâturages ou d'engrais; ainsi en Normandie, nous avons Elbeuf et Louviers, Reims en Champagne, Lille et' Roubaix en Flandre; il en est de même pour les industries du chanvre et du lin. toutes sont situées dans le voisinage des lieux de production, le Nord et le Calvados (8,000,000 debroches); enfin la fabrication des étoffes de soie (1 million de broches), a pour centre Lyon et sa banlieue, ce qui tient à ce que les départements du bassin du Rhône, comme le montre l'Atlas de M. Heuzé, sont particulièrement propres — ainsi que la Corse — à l'élevage in ver à soie. Il faut dire que le nombre de ces animaux n'étant pas assez considérable, uous devons importer un grand nombre de

cartons de graines (csufs) de ver à soie, que nous faisons venir d'Italie, de Chine et surtout du Japon. Les tapisseries se font à Paris (Cobelins), à Beauvais, à Felletain, à la Savonnerie, à Neuilly; la verrerie, à Baccarat et à Saint-Louis; la cordonnerie surtout à Bordeaux; la ganterie, à Paris, etc. L'industrie du bâtiment a de nombreux centres, ainsi l'on tire aussi bien la pierre à bâtir des environs de Paris, de Senlis, que du département de l'Isère ou de la Lorraine; la Bretagne, fournit ses granits bleus; le Nord et la vallée de la Garonne, produisent avec leur argile des briques; Montchanin et la Bourgogne, des tuiles; les Pyrénées, des marbres, etc. Mais pour fabriquer ou pour extraire tons ces objets, il faut des outils, des machines et pour les transporter des chemins de fer. C'est donc maintenant le tour delà métallurgie. C'est là, une industrie qui s'est singulièrement modifiée et perfectionnée, depuis surtout que l'on s'est mis à employer le fer dans les constructions, et qu'on a même édifié certains bâtiments, halles et marchés, avec ce seul métal. Les procédés de fonte deviennent tous les jours meilleurs et dans la plupart des opérations de cette industrie , les machines, sans remplacer l'homme, lui ont apporté un aide infiniment précieux. Mais pour faire marcher tous ces outils mécaniques, le bois des forêts, devenu cher» et d'ailleurs impropre à cet usage, a été avantageusement remplacé parla houille. Aussi s'est-il produit en France, ce que nous avons vu en Angleterre: les grands centres industriels et manufacturiers se sont tous établis dans le voisinage immédiat des pays producteurs de charbon. Le Berry, le Bourbonnais, les Ardennes et la Bourgogne sont d'anciens centres métallurgiques; mais l'activité la pi us considérable s'est concentrée dans le bassin houiller du Nord, où nous avons à Tourcoing et à Lille, une agglomération de près de 200,000 ouvriers, la plupart Belgrs; à Lille, dans les environs et jusqu'à la frontière même, se sont créés des centres manufacturiers, qui n'emploient pas moins de 600,000 ouvriers, de sorte que le département du Nord est aujourd'hui l'un des plus peuplés de la France. Il en a été de même dans tout le bassin houiller de la Loire et du Gard; Saint-Etienne, le Creuzot,Decazeville, Alais sont les plus grands établissements industriels. Mais toutes ces villes, dont quelques-unes font cependant un chiffre si considérable d'affaires et nourrissent une population si importante, que sont-elles auprès de la capitale de la France, auprès de ce Paris, si envié, si calomnié par l'étranger qui continue, malgré tant d'imprécations, à y venir dépenser snn argent. C'est que Paris n'est pas seulement une ville artistique où les musées, les monuments publics, les promenades et les places décorées de statues, ornées de parterres de fleurs, les bibliothèques attirent les artistes et les simples curieux ; c'est qu'à côté des quartiers luxueux et des palais de toute architecture, des boulevards élégants, des théâtres à la mode, il existe quantité de ruches travailleuses, de cités ouvrières, de fabriques et d'industries de tout genre. Pour tout ce qui touche à l'art.

Paris l'a toujours emporté, non seulement sur toutes les villes de France, mais encore sur celles de l'étranger. Les bronzes, la bijouterie, les étoffes d'ameublement, les tapisseries, les jouets, les confections, les modes, voilà ce qui a toujours fait la réputation de Paris. Là, le travail est organisé d'une façon toute particulière, le plus souvent tous ces objets ne sbnt pas confectionnés dans ces immenses fabriques qu'on voit à Elbeuf, à Roubaix et dans toutes les villes industrielles; les ouvriers travaillent chez eux, en famille, louant la force motrice dont ils ont besoin. C'est là un avantage considérable au point de vue de la morale et de l'économie, et cependant à Paris même et dans son voisinage immédiat, existent aussi de grandes usines; Cail, Durenne, Claparède, sont des noms connus de l'Europe entière; à Pantin, à Courbevoie, à Saint- Denis existent nombre d'industries prospères. Mais nous ne devons pas oublier que cette supériorité si longtemps incontestée qui est due principalement au goût de nos ouvriers, l'étranger cherche, depuis un certain temps, à nous l'enlever. Nous-mêmes, nous avons fini par constater, grâce aux expositions universelles, combien la distance qui nous séparait de nos rivaux s'était diminuée. Inquiets de cette situation, nous avons songé à faire quelque chose pour conserver notre antique suprématie, nous nvons établi des concours, créé des bibliothèques où tous les ouvrages relatifs à la décoration, meubles, sculpture, ciselure, serrurerie, etc., -ont mis libéralement à la disposition de nos ouvriers; nous avons ouvert au Trocadôro un musée où sont réunis les moulages de tous plus beaux morceaux de sculpture et d'architecture du monde entier; nous songeons enfin à organiser, en province, des musées commerciaux qui seront d'un profit incontestable pour tous ceux qui s'intéressent au développement de notre commerce et de notre industrie. Mais ce qui fait un tort considérable à notre production, ce sont les grèves qui profitent surtout à nos concurrents. Ajoutons qu'au point de vue industriel, nous ne sommes pas aussi bien doués que certains autres pays. Ce que nous avons de houille et de fer est insuffisant et, sous ce rapport, nous sommes tributaires de l'étranger. La main-d'œuvre est, chez nous, fort chère, ce qui ne permet pas à nos fabricants d'établir leurs produits à aussi bon compte que leurs concurrents; enfin, certains pays comme les Etals-Unis, l'Allemagne et l'Italie ont jugé à propos d'adopter le système protecteur et d'imposer à leur entrée chez eux des droits énormes sur certains produits. Ajoutons qu'amis de la routine, nous n'avons pas transformé notre matériel, ce que n'ont pas manqué de faire tous nos concurrents. En somme, le commerce extérieur de la France est évalué à neuf milliards, soit la moitié de celui de l'Angleterre; sur lesquels trois milliards et demi seulement à l'exportation. On ne sera pas surpris de cette différence entre l'exportation et l'importation, si l'on songe que c'est le cas pour tous les pays de l'Europe, sauf l'Allemagne, et l'Auiriche-Hon«rie. Quant à notre marine

marchande, elle est représentée par 350,000 tonnes, vapeur; et 700,000 à voile, soit, si 'l'on compte qu'une tonne est équivalente comme rapidité de transport à 4 tonnes à voiles en multipliantpar 4 nos tonnes vapeur, au chiffre total de 2,100,000 tonnes, ce qui place la France comme puissance maritime au troisième rang, c'est-à-dire après l'Angleterre et las Etats-Unis. Nos principaux ports de commerce sont : Marseille, le Havre, Bordeaux, Dunkerque, Calais, Cette, Rouen, Boulogne, Dieppe, Sainl-.Nazaire, Nantes, etc., Si l'on a considérablement fait ces dernières années pour l'agrandissement et le meilleur aménagement de nos ports, il reste encore plus à faire. A Dunkerque de nouveaux quais ont été construits et de nouveaux bassins creusés, ainsi qu'à Dieppe. La navigation de la Seine a été et sera encore améliorée, ce qui permettra à un certain nombre de bâtiments d'un faible tirant d'eau de remonter jusqu'à Paris. Les projets qui consistent à faire de cette ville un port de mer sont trop grandioses et trop dispendieux pour que l'on puisse les mettre à exécution en ce moment de crise financière. On sait ce qui a été fait à Marseille, la création, des immenses bassins de la Juliette, déjà insuffisants; quant à Bordeaux, il y a longtemps que des projets gigantesques sont à l'étude, ils transformeraient complètement ce port un peu éloigné de l'embouchure de la Gironde et donneraient à cette tête de ligne pour l'Amérique du Sud un développement dont elle a absolument besoin. 11 a été également question,ces dernières années, de la création d'un canal maritime qui mettrait en communication le golfe de Gascogne avecla Méditerranée, canal qui serait creusé à 8 m. pour permettre la traversée aux plus gros navires. Il n'y a qu'un seul pays, l'Angleterre, où l'argent soit aussi abondant qu'en France ; notre épargne annuelle est évaluée à 3 milliards; par malheur, ceux-là même qui se privent le plus pour économiser sont ceux qui se laissent le plus facilement prendre aux fallacieuses promesses des emprunteurs étrangers. Mais, comme le fait très bien remarquer M. Foncin, « l'argent n'est pas tout, le plus sûr et le meilleur des capitaux c'est l'homme lui-même ». Ace point de vue, la France est considérablement en arrière et sa natalité est bien loin d'égaler celle de l'Allemagne, de l'Angleterre et de tant d'autres pays. Le petit nombre de nos enfants tient sans aucun doute à l'amour du bien-être qui s'est développé chez nous depuis une cinquantaine d'années; il n'en est pas moins vrai que si nous ne trouvons pas le moyen de favoriser les familles nombreuses, soit par une diminution d'impôts, soit par des facilités toutes spéciales accordées pour leur instruction, nous nous trouverons bientôt comme reproduction au dernier rang des puissances européennes. On ne se rend pas assez compte dans le public de l'importance de l'accroissement de la population; non seulement plus un pays est riche en hommes, plus il a de travailleurs, d'émigrants, de colons, plus il a aussi de soldats pour défendre le sol sacré de la patrie, et aujourd'hui que les chances de victoire sont surtout pour les gros bataillons, l'importance de la population est un facteur des plus importants dans les luttes de peuple à peuple. Si nous avons aujourd'hui sur pied de paix une armée de 500,000 hommes qui peut être portée en temps de guerre (territoriale comprise) à 1,800,000, c'est encore plus que l'Allemagne dont les forces ne sont évaluées enlempsdeguerrequ'à l,500,0C0soIdats. Mais il faut dire qu'au point de vue militaire, notre situation est bien loin de valoir o> qu'elle était avant les malheureux

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