‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 495 sur 503 · FRANCE POLITIQUE · texte numérisé non relu

FRANCE POLITIQUE

événements de 1870. Notre frontière du nordest s'est singulièrement rapprochée de la capitale, vers laquelle tendent naturellement tous les efforts de l'ennemi; et cette frontière est absolument ouverte puisque l'Allemagne possédant une partie des Vosges, peut facilement les lourner. Nous avons bien établi de Verdun à Nancy, sur les coteaux boisés de la Meuse, tout un système de forts et d'ouvrages aétachés; nous avons bien relié Belfort à Epinal par une ligne fortifiée; Besançon, Dijon et Langres à l'ouest, Reims, Laon et la Fère au nord-ouest, sont devenus des positions de haute importance militaire, mais il était impossible de garnir de forteresses la frontière sans interruption, il y a encore ce qu'on appelle des trouées; notamment entre Nancy et Epinal, entre Verdun et Mézières. entre Rocroi etMaubeuge, entre Lille et Bergue; ces trouées sont défendues il est vrai, par des forts, mais qui ne valent pas comme importance ceux de la première ligne et qui, en tout cas, placés en arrière pourraient encore laisser passer un ennemi entreprenant. Cependant, à supposer que l'ennemi ait emporté ou tourné ces défenses accumulées, il se trouverait devant le grand camp retranché de Paris dont les fortifications ont été reportées au loin afin d'éviter, ce qui est arrivé en 1870, le bombardement d'une partie des quartiers de la capitale; et celle énorme enceinte est desservie par trois lignes circulaires de chemin de fer, l'une à l'intérieur de Paris, la seconde à deux ou trois lieues, la dernière mettant en communication directe entre eux les forts les plus avancés. Le nord-est est certainement le point le plus faible et le plus menacé de nos frontières, aussi, depuis 1871, a-t-on consacré à sa d,éfense des sommes considérables, sans négliger cependant pour cela nos autres frontières qui, plus éloignées de la capitale et garanties pardes montagnes à travers lesquelles n'existent qu'un petit nombre de passages facilement défendables, ne présentent pas un danger aussi imminent. Toutefois.ee n'est pas tout que de pourvoir à la défense de ses frontières, il faut encore songer à ses côtes et à ses colonies. Notre flotte compte aujourd'hui 360 bâtiments, dont 59 cuirassés, divisés en gros cuirassés armés d'énormes canons qui serviront à la défense au large de nos côtes, de cuirassés de second rang, pour la défense des colonies, de croiseurs à grande vitesse, le plus souvent cuirassés, qui doivent intercepter les communications et porter le fer et la flamme dans les endroits où on les attend le moins, de canonnières pour la défense des ports, des estuaires aussi bien en France qu'aux colonies, de gardes-côtes armés des canons les plus puissants et n'ayant qu'un faible tirant d'eau, enfin de torpilleurs destinés à faire sauter les navires ennemis. Tous les moyens de notre défense maritime sont accumulés dans cinq grands ports militaires, chefs-lieux d'arrondissements maritimes, ce sont :Toulon qui possède des défenses presque aussi compliquées que Paris, Rochefort situé sur la Charente et dont la rade protégée par l'Ile d'Aix, est loin d'être sûre; Lorient, qui n'offre qu'un abri, très sûr il est vrai mais excessivement restreint; Brest, qui possède une fort belle rade, mais un port insuffisant et mal protégé; enfinCherbourgquidemande de nouveaux travaux pour êjre mis à l'abri des vents et de l'artillerie ennemie à longue portée. Le budget de notre marine est de 200 millions, tandis que celui de la guerre est de 750 millions. Depuis longtemps déjà il était question d'enlever les colonies au ministère de la marine; mais on hésitait

beaucoup sur le ministère auquel on devait

les raltacher, elles furent même un moment sous la coupe du ministère du commerce; nouscroyonsqu'elles seront infiniment mieux entre les main s, comme elles sont aujourd'hui, du ministre des affaires étrangères. La séparation est aujourd'hui complète, elles auront un budget spécial, non seulement pour leur administration, mais encore pour leur défense; seulement, la conséquence naturelle de cette séparation est la création et l'organisation forcée d'une armée coloniale, projet depuis longtemps en discussion dans nos assemblées, mais qui n'a pas encore abouti. Le ministre actuel de la marine, l'amiral Aube, est arrivé au pouvoir avec des idées nettes et arrêtées sur le rôle que doit jouer actuellement notre flotte, il n'est pas partisan de ces énormes cuirassés qui coûtent des sommes considérables, et qui sont si longs à construire, qu'ils sont déjà arriérés lorsqu'ils sont mis à l'eau. D'ailleurs l'invention des torpilleurs, ces bateaux si rapides qu'ils peuvent seglisser jusqu'au milieu d'une flotte ou au centre d'un port, si terribles, que la torpille qu'ils attachent au flanc du bâtiment qu'ils ontehoisi peut faire couler ce géant en quelques secondes et anéantir ainsi des millions et un équipage considérable, semble les avoir radicalement condamnés. L'usage qui en a été fait dans notre dernière guerre avec laChine, a prouvé jusqu'à l'évidenceles avantagesdestorpilleurs, aussi l'amiral Aube est-il décidé àen augmenter le nombre etàétudier en grand tous les services qu'on est en droit d'en attendre dans une lutte contre des cuirassés. En finissant, il ne sera pas sans intérêt de jeter un rapide coup d'oeil sur la formation territoriale de la France. La Gaule, n'en était, au moment où César y pénétra, qu'à la forme politique de la tribu, bien que déjà des essais de confédération semblassent indiquer un penchant à la fusion. La conquête romaine mit fin à cette organisation primitive et les invasions successives dont notre sol fut le théâtre ne favorisèrent guère une organisation meilleure. La division du sol en royaumes, les guerres continuelles ne prirent pas fin avec Charlemagne qui ne fit que mettre la France à l'abri des invasions étrangères. Pendant tout le règne de la Féodalité, l'idée de patrie est inconnue, le sol morcelé en une multitude de petits Etats, vassaux les uns des autres, mais le plus souvent indépendants, ne favorise guère les tentatives de concentration faites par nos souverains. Hugues Capet ne possédait que l'Ile-de-France et l'Orléanais, mais à ce domaine de la couronne vinrent s'adjoindre tour à tour toutes lesprovinces de la France, œuvre séculaire mais poursuivie malgré les guerres et l'invasion par tous nos souverains. On peutdirequ'avec François 1er, au moment où il confisqua les possessions du connétable de Bourbon, la patrie était définitivement constituée; il ne s'agissait plus que d'agrandir cette entité, d'en reporter au loin les limites, afin d'atteindre les frontières naturelles. Ce fut l'œuvre de ses successeurs. La dernière acquisition que nous ayons laite, estcelledela Savoie et du comté de Nice, ces dépendances naturelles du territoire français. Si nous sommes aujourd'hui singulièrement réduits, ce n'est que pour un temps il faut l'espérer; le retour à la France de ces populations restées si françaisesdecœur, l'Alsace et la Lorraine, dépend d'une éventualité politique que nous ne cherchons pas, mais que nous saisirons avec empressement lorsciu'elle se présentera.

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