GRÈCE
Bien qu'il se soit passablement agrandi depuis sa création (1832), le royaume de Grèce est encore un des plus petits de l'Europe; car il n'a que 64,688 kil. carrés avec une population de deux millions d'hab., c'est-à-dire 31 par kil. carré. La Grèce peut être divisée en trois parties principales, une portion rattachée au continent qui comprend l'Epire, la Thessalie et l'Hellade, la presqu'île de Morée ou Péloponèse, les îles qui comprennent outre Eubée ou Negrepont, l'archipel de la mer Eubée connu sous le nom de Cyclades, ainsi que les lies Ioniennes semées dans la mer de ce nom, depuis l'Epire jusqu'au cap le plus méridional de la Morée. Le caractère dislinctif des deux premières de ces régions, c'est leur morcellement par des montagnes en bassins étroits, n'ayant entre eux que des communications difficiles. Celte constitution du sol explique, éclaire d'un jour éclatant toute l'histoire de la Grèce, sa division en petits états, ayant chacun leur régime propre, tenant à leur individualité, toujours en lutte pour chercher à étendre leur suprématie les uns sur les autres et ne se réunissant, ne se fédérant que lorsque l'ennemi arrivé aux portes de la Grèce menace de meltre lin à ces luttes fratricides en réduisant sous un même joug brutal et barbare toutes ces petites républiques. La grande arête delà Grèce continentale, c'est lePinde, terminaison delà cri ;ine des Balkans dont quelques cimes, telles que le KaravietleBoudzikaki, atteignent 2,123 m. Lorsqu'il arrive au Voulgara, le Pinde se divise en deux chaînes dont l'une, les monts Othrys, se termine au golfe de Volo, tandis que la seconde se termine à Missolonghi, après avoir envoyé des contreforts jusqu'au lac Copaïs; c'est non loin de là que se trouve isolé le mont Parnasse aux cimes désolées; quant à l'Olympe (2,973 m.), il est situé dans la partie de la Thesialiequiappartient encore à la Turquie; l'Ossa et le Pélion sont situés dans la chaîne côlière à l'entrée du golfe de Salonique, et les fameux défilés des Thermopyles se trouvent dans le contrefort du Pinde qui finit au lac Copaïs; tout à fait au fond du canal qui sépare 1 Eubée de la Grèce, dans le golfe Maliaque. Enfin, au centre du Péloponèse est le plateau de I'Arcadie, d'où se détachent cinq chaînes qui forment l'arête de presqu'îles séparées par des golfes, c'est ce qui a fait donner à toute cette contrée le nom de Morée à cause de sa ressemblance avec la feuille du mûrier. Dans la région du Magne se dresse le mont Taygete, encore un de ces sommets dont le nom nous est familier depuis le moment où nous avons commencé d'apprendre la langue d'Homère. Toutes ces montagnes, le sol même de la Grèce et ses îles sont d'origine volcanique. Cette force souterraine se fait encore parfois sentir; nous avons vu, il n'y a pas longtemps encore, une lie arriver à la surface de la mer puis disparaître quelques jours après; enfin, tout le monde a entendu parler de la petite lie de Santorin qui doit son origine à l'une de ces commo- Uons qui ébranlent encore parfois le sol de la Grèce. Avec cette quantité de montagnes la Grèce ne peut posséder un climat unique, dans le nord il est assc? semblable à celui
du centre de l'Europe, tandis que partout ailleurs il se rapproche de celui de l'Afrique. Dans l'Attique les étés sont chauds et les hivers rigoureux; quant aux neiges, qui tombent abondamment pendant l'automne et l'hiver, elles fondent au premier beau jour. L'hydrographie est absolument sans importance, les montagnes sont en général trop rapprochées de la mer et les vallées trop étroites pour que les rivières aient un cours bien long et puissent recevoir des affluents. Il en est cependant un certain nombre que nous énumérerons, non point en raison de leur importance, mais à cause des souvenirs qu'elles évoquent. Ce sont sur la mer Ionienne l'Aspropotamos ou Acheloiis qui descend des montagnes de l'Epire, reçoit les eaux du lac Vrakhori long de dix lieues sur une de large, et Anghelo Castro, et se jette dans la mer par un delta fangeux; sur la Méditerranée, l'Iri ou Eurotas qui arrose Sparte et se jette dans le golfe de Marathonisi ; sur la mer Egée, l'Inachos, rivière insignifiante qui passe à Argos et dans le voisinage de laquelle se trouvent les marais de Lerne, repaire de cette hydre légendaire dont Hercule aurait débarrassé le pays, le Céphise grossi del'Illissos qui passe dans le voisinage d'Athènes et le Mêlas ou Mavropotamos qui se perd dans le lac Copaïs. Ce lac, qui n'a pas moins de 150 kil. carrés dans les basses eaux et 230 au moment de la foute des neiges, se vide par les nombreux canaux souterrains ou Katavothra qui, passant sous la chaîne cotière, débouchent dans l'Euripe. Si ces canaux sont comblés par des détritus alluvionnaires, le lac déborde au loin et ravage les campagnes voisines. C'était là un accident fréquent dans l'antiquité; on sait que les Grecs entreprirent à plusieurs reprises des travaux importants pour s'opposer à ces inondations et l'on a retrouvé la trace des puits que fit creuser l'ingénieur Cratès à l'époque d'Alexandre pour nettoyer les Katavothra. En somme, pendant l'été ce n'est pas un lac, mais un marais desséché en grande partie etcullivé; qui le serait davantage si les exhalaisons malsaines ne chassaient les habitants enfiévrés. La situation géographique de la Grèce, son voisinage de l'Asie Mineure et toutes ces lies semées sur la mer comme pour marquer les étapes d'une marine encore dans l'enfance et qui n'ose pas se risquer au large, ses golfes profonds, ses ports et les abris de toute sorte qu'ils offraient à la marine, ces avantages naturels semblaient marquer le rôle prépondérant qu'elle devait jouer. Egine dans le golfe d'Athènes, Poros en face de Trezène, Salamine fameuse par la victoire de la flotte grecque commandée par Themistocle sur les Perses, Hydra et Speizia qui jouèrent un rôle important lors de l'insurrection grecque, Eubée ou Negrepont avec ses montagnes pittoresques garnies de forêts séculaires, avec ces vallées lertiles où bouillonnent des sources thermales, enfin les Cyclades dont les plus importantes sont Andro, Tino, Syra, Paro etiNaxia, sans parler de Delos consacrée à Apollon, et de Milo où a été découverte la Vénus, qui fait l'orncmenl de notre Louvre ; telles sont avec les Sporades, les lies principales de l'Ar-
chipel qui appartiennent à la Grèce. Dansl» mer Ionienne sont situées les Iles du même nom, qui, d'abord possédées par Venise, furent ballottées jusqu'en 1815 entre la France, la Turquie et la Russie. Elles furent à cette date érigées en une république sous le protectorat anglais qui ne les lâcha, malgré l'hostilité avouée et toujours grandissante des habitants contre les fonctionnaires anglais, qu'en 1863, époque où elles furent réunies à la Grèce. Ce sont, au nord, l'Ile accidentée de Corfoi4 avec ses riches plantations d'orangers et de citronniers, ses vignes, ses oliviers et ses abondantes moissons," la petite île de Paxo, Sainte-Maure ou Leucude aussi fertile que Corfou, Theaki ou Ithaque, la patrie d'Ulysse, Céphalonie, île rocheuse et privée d'eau, Zante, la « fleur du Levant » à la végétation luxuriante, si gaie d'aspect et si riante, enfin, Cérigo jadis consacré au culte de Vénus. Les villes principales de la Grèce sont : Athènes et son port, le Pirée, qui, à lui seul, compte 25,000 hab.; Thèbes, Patras, Sparle, Corinthe, Coron el Modon. Il n'y a rien d'étonnant, après l'énumération que nous avons faite des nombreuses chaînes de montagnes de la Grèce, à ce que ce pays soit riche en minéraux de tout genre. Cesoiit les plombs argentifères à Laurion, jadis exploités par les Grecs et dont les rejets sont traités à nouveau par une compagnie française qui continue en même temps les fouilles, le plomb à Siphanto, le cuivre, le zinc, le fer, le manganèse, le pétrole, le soufre à Santorin, les salines à Lamia, à Missolonghi et ailleurs, le marbre à Paros, au Pentélique, etc., la meulière à Milo, l'albâtre à Skyros; mais toutes ces richesses ne sont pas encore exploitées comme elles le seront le jour où le réseau des chemins de fer se sera développé. On ne peut dire que la Grèce ne soil un pays agricole, cependant les cinq sixièmes du territoire sont encore occupés par des forêts, des landes et des montagnes stériles et pelées. Malgré tous les progrès que la Grèce a accomplis depuis qu'elle est rentrée en possession d'elle-même, l'agriculture ne s'est pas sensiblement développée, ce qui tient à la fois au défaut de capitaux, au manque de bras, à l'absence des voies de communication et à l'ignorance presque absolue des nouvelles méthodes de culture. Sous ce dernier rapport, il y a considérablement à faire. Outre la pluparldes céréales cultivées en Europe, la Grèce produit du lin, du chanvre et du coton, de la garance et du tabac ; le mûrier, l'olivier et la vigne constituent pour le pays des richesses fort appréciables, car, si le raisin sert à la fabrication de vins assez estimés, ce sont surtout les raisins d;ts de Corinthe, bien qu'on les exporte de la (irèce entière, qui rapportent le plus. Il ne faut paoublier non plus les fruits de l'oranger, du citronnier, du figuier, etc. Enfin lesforêts, qui n'occupent pas moins de 540, 000 hect. .seraient pour la Grèce d'un produit très rémunérateur si elles étaient bien administrées et surtout gardées. Les incendies de forêts sont chose journalière, les pâtres mettent le feu à de vastes espaces pour assurer à leurs brebis de jeunes pousst-s au printemps, et le plus souvent on met 'e feu à une forêt pour le olaisir de mal faii i> et pour se procurer