‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 497 sur 503 · GRECE · texte numérisé non relu

GRECE

une distraction dont on croit ne pas faire les frais, car on ne sait pas encore qu'appauvrir l'Etat c'est s'appauvrir soi-même. Les pâturages n'étant en Grèce ni nombreux ni plantureux, il est tout naturel que le nombre des bestiaux ne soit pas fort considérable; cependant les chevaux, malgré leur petitesse, ont une réputation d'endurance peu commune ; les ânes sont forts et vigoureux, et les chèvres sont répandues partout au grand dommage des plantations et des forêts. Quant & l'industrie, elle a accompli de grands progrès depuis quelques années, et la plupart des fabriques sont mues par la vapeur; ce sont des filatures de soie et de coton, des forges et des fonderies, quelques tanneries et mégisseries, des fabriques d'huile et de savon, des constructions navales pour la marine marchande, des distilleries d'alcools et de liqueurs. Le commerce extérieur est évalué à 20Û raillions de francs, le mouvement des ports à 8 millions de tonneaux, et le tonnage de la marine indigène à 425,000 tonneaux, chiffre énorme pour une population si peu considérable. Comme nous le disions plus haut, les voies de communication sont encore trop peu nombreuses; on ne compte que 1 26 kil. de chemins de fer en exploitation, et les routes carrossables, qui n'existaient pas avant l'émancipation, car le pays n'était alors sillonné que de sentiers, ont été tracées et certaines construites avec rapidité; de 183 3 à 18S'2, c'est à-dire en cinquante ans, on a décidé la création d'un réseau de 3,000 kil. de routes, ce qui ne veut pas dire que toutes soient ouvertes à la circulation, il s'en faut. Mais la Grèce est un pays si tourmenté, l'escalade des montagnes et la traversée de torrents à sec en été, mais énormes, en hiver, ont nécessité tant de travaux d'art qu'il ne faut pas s'étonner de la lenteur qu'on a mise à les faire, d'autant que l'argent lait le plus souvent défaut. L'étranger s'en console en disant que si le pays y perd en prospérité il y gagne en gardant sa physionomie et son pittoresque, c'est un argument qui a sa valeur en ce temps d'uniformité à outrance. Cependant, une entreprise est en cours d'exécution qui doit apporler à la Grèce des revenus assez considérables et qui sera avantageuse pour la marine de tous les peuples, en ce sens qu'elle abrégera la route et qu'elle évitera la navigation dans les parages tempétueux du cap Malapan, c'est le percement de l'isthme de Corinlhe. C'est là une entreprise ancienne, car on sait que Nérun avait commencé des travaux dans ce but et l'on a retrouvé un certain nombre de puits qui avaient été creusés à celle époque. Quant aux Grecs, profitant de la petite dimension de leurs bâtiments, ils avaient, raconte-t-on, installé une sorte de chemin glissant sur lequel leurs navires, tirés à bras, étaient transportés d'une mer à l'autre. C'est en 1855 que ce projet a été repris par M. de Lesseps et, de concert avec le général hongrois Tùrr, une société s'est fondée dans le but de couper cet isthme et d'y pratiquer un canal de 8 m. de profondeur sur 22 m. de large; les travaux oniélé commencés en 1882 et se continuent depuis lois sans rencontrer d' obstacles. La population de la Grèce était évaluée en chiffres ronds à deux millions en 1880; à lu ili !

qui se sont succède, à tous les mélanges avec

les Avares, les Slaves, les Albanais et les Turcs, les Grecs ont résisté; ils ont gardé la foi dans leur nationalité et dans leur résurrection alors même qu'ils étaient le plus impitoyablement foulés par les Turcs. Non seulement ils ont conservé leur langue à peu près pure, mais ils l'ont imposée comme leurs mœurs à une partie de leurs vainqueurs dont ils ont fait des Grecs. C'est un exemple de vitalité remarquable. L'instruction primaire est gratuite et obligatoire; la religion, c'est le catholicisme orthodoxe; l'armée compte 30,000 hommes; la marine, deux cuirassés seulement, mais un grand nombre des navires de la marine marchande pourraient être rapidement transformés en bâtiments de guerre, et montés par d'aussi excellents marins que sont les Grecs, ils feraient subir, à n'en pas douter, les plus grands dommages à la Qotte qu'ils auraient à combattre. Après leur longue période de gloire et de guerres intestines qui, en les affaiblissant, les firent passer jqIus facilement sous la domination d'Alexan- Ire, la Grèce subit celle de Rome et fut avec tout l'Empire la proie des barbares : Goths, Huns, Avares, Bulgares, Slaves, Vandales ou Sarrasins. Seul un petit coin du pays, le Magne, région montagneuse et difficile, servit de refuge et de rempart aux descendants des Spartiates et des Messéniens, qui surent défier toutes les attaques et se conserver purs de tout mélange. Si la Grèce même était morte, son esprit, sa langue, sa littérature étaient devenus ceux de l'empire d'Occident. Constantinople avait remplacé Athènes, mais avec un mélange de barbarie que n'avait pas connu la vaillante petite cité. Au Moyen Age, les Croisés français s'établissent en Grèce, ils y introduisent la féodalité, se partagent le territoire et se bâtis-ent des forteresses; c'est un morcellement général, un émieLlement incroyable entre tant de seigneurs jaloux les uns des autres. Cet étal de choses dure jusqu'au moment où les Turcs conduits par Bajazet pénètrent en Grèce. A partir de ce moment, ce fut fini, un voile sanglant recouvre toute l'histoire delà Grèce; les persécutions, les exactions, les meurtres, les viols, sont choses ordinaires, el l'on ne peut traiter autrement ces chiens de giaours qui refusent d'embrasser le mahométisme, ou qui, s'ils se font musulmans, conservent fidèlement chez eux les pratiques et le culte catholiques. Il en est bien quelques-uns qui, réfugiés au milieu des montagnes inaccessibles, échappent à la servitude et les armes toujours a la main, peuvent garder un semblant d'indépendance, ce sont eux qui s'allient avec les Vénitiens ou les Génois, avec tous ceux qui combattent le Turc, mais leur nombre est infime, leur existence misérable et le pays presque toul entier subit un joug de 1er. Le réveil de l'opinion publique et de l'amour de la patrie, coïncide avec les dernières a'nnées du xvin" siècle. Les Grecs croient trouver auprès de l'empereur de Russie, qui pratique leur religion, un protecteur et un défenseur, ils s'adressent à lui et obtiennent de naviguer librement sous pavilJnr' je. Cette liberté n'était rien, elle fcyerib i- pendant faciliter singulièrement l'é- >iia<iC?pstion. Des maisons de commerce se fondent a l'étranger, qui prospèrent et amassent des capitaux qui serviront à la lutte future. I r mouvement est précipité par le courant d idées libérales jetées aux quatre vents

du globe par 13 Révolution Française et on commence à espérer des jours meilleurs. L'un les patriotes qui contribuèrent le plus efficacement à propager les idées de révolte contre la Turquie, fut Rhigas qui sut fédérer toutes les villes de la Grèce. La lutte des Souliotes contre Ali, pacha de Janina, fut le signal de la révolte et une fois l'indépendance prononcée à Epidaure, la lutte devint générale. Cette épopée merveilleuse, qui attend encore son Homère, a mis en relief certains noms comme ceux de Miaoulis et de Canaris, ces deux intrépides marins et capitaines de brû lots. Le ravage systématique de la Morée, par Ibrahim-Pacha, la défense héroïque du Missolonghi causèrent dans toute l'Europe une indescriptible émotion. Partout ceux qui faisaient profession d'idées libérales se firent les soutiens de la Grèce, nulle part ce ne fut avec plus d'enthousiasme qu'en France, où poètes et journalistes, orateurs et militaires prêtèrent à l'insurrection le précieux concours de leur ardente sympathie. Quoi qu'il en soit, la Grèce, épuisée par sept ans d héroïques efforts allait succomber, lorsque l'alliance de la France, de l'Angleterre et de la Russie, par la destruction de la flotte turque à Navarin en 1829, par une expédition qui chassa Ibrahim de la Morée, vint assurer et reconnaître l'indépendance de la Grèce. Ruinée, ravagée, appauvrie de population, mais libre, la Grèce regardait l'avenir avec confiance. Le premier roi de Grèce, après la mort de Capo d'Islria qui périt assassiné en 1831, fut un prince de Bavière, Othon, qui, pour n'avoir pas cédé aux ambitions effrénées de ses sujets lors de la guerre de Crimée et s'être opposé à leurs tentatives d'agrandissement territorial, fut renversé en 1862. Son successeur lut un fils du roi de Danemark, Georges Ier, qui prit le pouvoir dans des circonstances excessivement critiques. Bien que l'Angleterre lui eut cédé les lies Ioniennes, les revendications de la Grèce ne furent pas arrêtées pour cela et lorsque l'Ile de Crète se révolta contre la Turquie, elle trouva un appui moral et des secours matériels auprès de la Grèce, qui lui expédia de l'argent et des volontaires ; et si les grandes puissances n'avaient fait entendre à Athènes les conseils de la raison, nul doute qu'un conflit n'eut alors éclaté entre la Grèce et la Turquie. En 1878, lorsqu'une conférence se réunit à Berlin pour discuter les questions intéressant la péninsule des Balkans, la France prit l'initiative d'une demande de rectification de frontières en laveur de la Grèce qui obtint alors les parties méridionales de la Thessalie et de l'Epire. Mais cet agrandissement n'a pas rempli tous les desiderata de la Grèce; elle a profité de l'inqualifiable agression de la Serbie contre la Bulgarie, pour procéder à des armements considérables et essayer de la voie d'intimidalion. 11 ne parait pas jusqu'ici que cette politique d'agrandissement quand même, doive rencontrer de l'Europe un favorable accueil. En tout cas, elle cause à la Grèce des dépenses absolument hors de proportion avec son modeste budget de 90 millions, et ce ne devrait pas être pour ses hommes d'Etat l'un des moindres soucis qu'une situation qui tend à grever lourdement l'avenir et à singulièrement augmenter la délie nationale, qui est aujourd'hui do 500 millions.

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L'Italie est placée au centre des trois péninsules qui se détachent de l'Europe pour pénétrer dans la Méditerranée. Avec les îles de Sicile et de Sardaighe, la presqu'île italiole n'a pas moins de 296,000 kil. carr., c'est-à-dire à peu près les deux tiers de la superficie de la France; mais sa population est bien plus dense, car rlle compte 28 millions et demi d'habitants soit 96 par kil. carr., alors que la France n'en compte que 71. 1,'Italie se partage en deux zones bien distinctes, la plaine el la montagne. Au N., des Alpes à l'Adriatique, s'étale la grande plaine de Lombardie dont l'abondance des eaux a permis de faire l'un des pays de l'Europe les mieux cultivés. Protégée au nord, comme par un mur, par l'immense et épaisse chaîne des Alpes contre les vents du N. et du N.-E. qui sont généralement si froids, la grande plaine de l'Italie septentrionale, qui n'est que de quelque pieds au-dessus du niveau de la mer, parait avoir été, à une époque géologique récente, une immense extension de la mer .Adriatique, golfe qu'ont progressivement et insensiblement comblé les riches depuis alluvionnaires qu'arrachaient aux montagnes le Pô, ses nombreux affluents et les torrents neigeux qui les alimentent. Le plus grand fleuve de l'Italie, le Pô traverse de part en part cette immense plaine, grossi qu'il est par des tributaires descendus du massif alpestre et des Apennins septentrionaux. Aussi, son cours g 'ossit-iJ jusqu'à son embouchure. Il emporte avec lui tant de vase et de boue que son lit s'exhausse sans cesse et que tout le fond de l'Adriatique se remplit à ce point qu'on peut prévoir le moment où le rivage italien louchera celui de l'istrie. Adria, jadis port fréquenté, est une ville terrestre el les lagunes vénitiennes se comblent tous les jours. Le Pô a d'ailleurs subi dans son cours d'autres transformations que l'étude atteniive de la grande carte publiée par l'élal-major autrichien fait toucher du doigt; bien des sinuosités ont disparu, des canaux d'irrigation se sont creusés et l'on ne peut aujourd'hui comprendre les travaux d'approche durant le siège des grandes villes qu'il arrose, que si l'on rétablit, si l'on restitue l'ancien état de choses. Les affluents les plus considérables du Pô sont: le Tossin, qui s'échappe lu lac Majeur; l'Adda, eflluent du lac de Coine, l'Oglio émissaire du lac lseo et le Mincit», issu du lac de Garde. 11 est encore un cours d'eau qui, pour n'être pas encore un affluent du Pô, le deviendra certainement dans un temps donné, c'est l'Etsch ou Adige qui rejcint les lagunes septentrionales du Pô et contribue, comme llsonzo, la lirenta et la Piave, qui se jette au fond du golfe de Venise, au comblement de l'Adriatique. Tout le reste de l'Italie, depuis l'endroit où elle se soude aux Alpes, dans le golfe de Gênes, est partagé en deux versants par la chaîne des Apennins qui se prolonge au sud jusqu'au cap Spartivento. A propos de ces montagnes, il est plusieurs remarques intéressantes a faire: d'abord on doit reconnaître que la ligne de partage des eaux ne coïnGide pas avec celle des plus hauts sommets. Si la première suit à peu près le milieu de la péninsule, la seconde se rapproche

singulièrement de l'Adriatique qu'elle domine quelquefois presque à pic ou vers laquelle descendent ses pentes rapides et courtes. 11 en resuite que les fleuves les plus gros arrosent le versant occidental; ce sont l'Arno qui passe à Florence et se termine à "la Maremme, le Tibre, ce fleuve si fameux dans l'histoire de Home, dont les rives septentrionales, connues sous le nom de Campagne de Rome, ont une réputation si méritée d'insalubrité, et qui débouche dans là mer Tyrrhéniunne au milieu des Marais Pontins. Plus au sud, une autre plaine également basse, renommée celle-là pour sa fertilité, est celle de Naples que les Italiens appellent Campagna felice. Le Yolturno, un 11 uve qui se jette dans le golfe de Gaéte, marque une rupture dans la chaîne de l'Apennin, et si les montagnes reprennent au delà de ce cours d'eau pour s'étendre jusqu'à Keggio après avoir envoyé un contrefort dans le golfe de Tarente, il n'en est pas moins vrai que la vallée du Volturno offre une route facile pour passer d'une mer à l'autre. Les principaux affluents de l'Adriatique sont : l'Esino, la Potenza, la Pescara, le Sangre et l'Ol'anto, dont les vallées s'enfoncent au milieu de la chaîne centrale et ont constitué pour relier les chemins de fer eôtiers, des facilités naturelles que les ingénieurs italiens se sont bien gardés de négliger. Sur le versant occidental de l'Italie court, presque parallèlement à la chaîne centrale, une série de hauteurs volcaniques de formation plus récente; ce sont, outre le Vésuve (1,200 m.) dont les éruptions, malheureusement trop fréquentes, ont jadis enseveli les villes d'Herculanum et de Pompeia, puif les champs phlégréens dans les environs de Naples, les lacs de Bulsena el de Bracciano, cratères de volcans éteints et plus au sud dans la mer Tyrrbénienne, les îles Lipari avec leur volcan endormi, mais toujours vivant, le Slromboli (940 m.), et enfin l'Etna (3,300 m.), en Sicile, le phisélevé des voicans européens. Presque tout le reste de cette grande île triangulaire est couvert de montagnes d'une élévation médiocre et non volcanique dont la principale chaîne court sur le rivage septentrional de l'E.àl'O., el semble former au delà de la faille du détroit de Messine le prolongement des Apennins. Quant à l'île de Sardaigne, qui a servi de refuge pendant le premier Empire au souverain du Piémont, elle est, comme on sait, séparée de la Corse par les Bouches de Bonifaccio; presque partout montagneuse, spécialement dans sa partie orientale, sa cime la plus élevée est le mont granitique deGenargentu (4,900 m.). fine plaine assez vaste, appelée le Campidano, s'élend entre les montagnes de la côte orientale et la chaîne occidentale depuis la baie de Cagliari jusqu'à la ville d'Oristano; c'est là seulement qu'il a été possible jusqu'ici d'établir un chemin de fer. Des lies qui bordent le rivage occidental de l'Italie, les plus connues sont Ischia et Caprera dans le golfe de Naples; la première ravagée par un récent tremblement de terre, la seconde qui servit de retraite au fameux général Garibaldi, l'un de ceux qui contribuèrent le plus efficacement à la réunion en un seul de tous les Etats de l'Italie. Citons encore Elbe av«c sa

capitale Porto Ferrajo, célèbre comme lieu d'internement de Napoléon Ier en 18îi. Si, dans la plaine de la Lombardie, les In sont aussi rigoureux que dans les ba- plaines de l'Ecosse, si les lagunes de Véi gèlent l'hiver, l'été y est en revanche aussi chaud qu'à Rome. Au centre de l'Italie, à parlir de Florence, l'hiver est plus clément, avec une égale chaleur estivale ; plus on s'enfonce dans le sud, moins e-t sensible la différence enlre les saisons. L'été dans la Campagne de Rome, lorsqu'un épais brouillard s'élève du sol, est presque insupportable; mais à Naples et dans l'Italie méridionale, le ciel est pendant des mois entiers, sans un nuage et l'air est si transparent, que des objets très éloignés paraissent être à portée de la main. Les pentes méridionales des Alpes sont garnies d'une abondante végétation forestière, les châtaigniers escaladent les revers des montagnes jusqu'à 2,500 pieds, puis ce sont des hêtres et des chênes au-dessus desquels s'étagent les pins et enfin ces jolies plantes alpestres et les gras pàlurages, qu'interrompent seuls les neiges perpétuelles.

Quant aux Apennins, la flore méditerranéenne y prodigue ses lauriers, ses myrtes, ses chênes-lièges auxquels succèdent les arbres forestiers et les pâturages qui ne sont pas recouverts de neiges permanentes. Quant aux rivages maritimes, ils sont enrichis d'une admirable végétation, extrêmement variée où l'on rencontre les oliviers, les aloès, les orangers, les citronniers, les pêchers, les figuiers, les abricotiers, les amandiers et les dattiers; on dirait un verger bien tenu. Quant à la Sicile, sa végétation a un caractère africain très prononcé. Si l'Italie a été longtemps partagée en une multitude de républiques, royaumes ou duchés, on ne peut pas dire pour cela cependant que ces divisions arbitraires répondissent à des différences de races. Si, aux Ligures, aux Ombriens et aux Etrusques, pour remonter aux populations dont nous ayons le plus lointain souvenir, populations qui ont exercé sur le développement de la civilisation une influence considérable, se sont mêlés au S. les Grecs et les Phéniciens, puis les Gaulois, les Cimbres et les Teutons, les Goths, les Lombards, les Allemands, les Arabes, les Espagnols et les Normands, le mélange de ces envahisseurs avec la race indigène, est si bien fait, l'unification est si complète que d'un bout de la péninsule à l'autre, on ne dislingue plus guère de différences ethniques. L'italien a survécu à toutes ces causes de corruption, et si l'on constate encore aujourd'hui quelques différences de dialectes absolument analogues à celles que l'on rencontre dans d'autres pays, la langue la plus pure, la langue littéraire, est celle qu'on parle en Toscane, c'est celle de Dante, de Boccace et de tant d'autres auteurs de talent ou de génie. Si l'Allemagne a eu maintes fois à souffrir des incursions de la France, incursions qu'elle lui a d'ailleurs rendues avec usure, l'Italie a longtemps été le théâtre de la furia fran~ cese; mais sa division en principautés minuscules et en républiques jalouses les unes des autres, ne lui a pas permis de rendre la pareille a sa désagréable voisine. Pendant

une partie du Moyen Age, ce sont les républiques de Gênes et de Venise qui jouent à I extérieur le rôle prépondérant, qui fondent sur les rivages de la Méditerranée, aussi bien en Corse, qu'en Dalraatie, en Asie Mineur, que sur les bords de la mer Noire, des colonies importantes, qui font avec l'Orient un commerce considérable et apportent par caravanes toutes ces épiceries dont le prii allait considérablement baisser au commencement du xvie siècle, alors que les Portugais seront arrivésdans l'Inde et que les Espagnols auront atteint par le détroit de Magellan les Philippines et les archipels voisins. Ce sont ces mêmes Elats qui ont envoyé dans l'Asie centrale ces pléiades d'ambassadeurs, de négociants et d'explorateurs qui donnent à l'Occident les premières notions exactes sur les vastes empires de l'Orient et sur les révolutions dont ils sont le théâtre. Puis viennent les luttes intestines, l'influence croissante de la papauté, l'intervention toujours sollicitée de la France dans ces guerres fratricides. Que ce soient Charles VI II, Louis XII, François 1er, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, la République, l'Italie est ce malheureux théâtre sur lequel la France et la maison d'Autriche sont aux prises, elle est longtemps l'enjeu des batailles. Lorsqu'un pays est aussi longtemps ravagé, lorsqu'il sert de passage à des armées considérables qui vivent sur le paysan, il est difficile qu'il puisse se développer, que ses ressources naturelles soient mises en exploitation et que les conditions de l'existence ne se ressentent pas étrangement du défaut de sécurité, de l'incertitude des événements et qu'on n'en soit pas réduit à vivre au jour le jour. Telles sont les conditions défavorables au milieu desquelles s'est si longtemps débattue l'Italie. Au lendemain de l'Empire, alors que ses enfants avaient été entraînés par Napoléon aux quatre coins de l'Europe, alors qu'il avait semé leurs ossements, aussi bien sur les monts espagnols que dans les plaines de la Russie, la situation de l'ILalie, telle que l'avait fait le traité de Vienne, était rien moins que réjouissante. L'immortel Stendhal en a tracé un curieux tableau qui, pour être sombre et lugubre, n'en est pas moins d'une vérité frappante, ainsi qu'eu témoignent les souvenirs de Massimo d'Azeglio. Puis, peu à peu les événements ont marché, on a longtemps hésité avant de tenter de rejeter au delà des Alpes les Autrichiens si profondément haïs. Le jour où la maison de Savoie s'est mise à la tête du mouvement national, où Charles-Albert n'a pas craint de risquer son royaume de Piémont, ce jour-là, il a inconsciemment posé sa candidature au royaume d'Italie. L'un de ses partisans les plus acharnés, l'un des patriotes les plus éclairés est ce comte Ralazzi, qui a tant fait pour l'unité de l'Italie. Mais, si ces idées, ces théories avaient rencontré auprès du gouvernement français une faveur que le plus élémentaire tact politique aurait dû, au contraire, faire rejeter de parti pris, si la France a été engagée par son dernier souvevain J.ms une lutte terrible qui avait pour cause I.' principe des nationalités, il faut avouer ijue l'Italie s'est montrée peu reconnaissante et pour le souverain qui avait accueilli les idées de ses hommes d'Etat et pour le peuple qui avait versé pour elle son sang sur les champs de oalaille. Il n'y a pas longtemps encore, nous recueillions des preuves de ce mauvais vouloir, de cette jalousie ombrageuse qui lui a fait autrefois tant de mal, lorsque nous avons étendu notre protectorat sur la Tunisie, cette anueie, ceproloiigeiiieulderAlgerie.il faut

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espérer que cette manière de reconnaître les services rendus ne sera bientôt plus de mode au delà des Alpes et qu'un accord parfait régnera entre les deux nations latines. L'Italie n'y pourra d'ailleurs que gagner, en ce sens que les millions qu'elle consacrerait à la guerre, elle pourra les employer plus utilement au développ^-niHii/ intellectuel de ses peuples, à l'amélioration de ses routes, de ses chemins de fer, de ses canaux, en un mot à tous ses besoins matériels et intellectuels. Si jadis l'Italie a produit des grands maîtres dans tous les arts, sculpture, peinture, architecture, musique et poésie, il n'en est pas moins vrai que, pendant une longue période, la plupart de ses habitants sont demeurés étrangers aux premiers principes de l'instruction, que le nombre de ses mendiants, favorisé par le lazzaronisme; que celui de ses brigands dans les Deux- Siciles et jusqu'aux portes de Rome a longtempséteconsidérable.Depuisson unification, de grands eiforts ont été tentés par le gouvernement pour remédier à cet état de choses, et nombre d'établissements religieux, confisqués par le gouvernement, ont été appliqués à l'instruction publique. Il n'existe pas moins de 22 universités en Italie, il est vrai, mais, si l'instruction supérieure, si l'instruction secondaire même ont reçu de grands encouragements, il reste encore terriblement à faire en ce qui touche à l'enseignement primaire. Un pays qui accueille à coups de pierres les médecins qui se dévouent pendant une épidémie de choléra, — etee sont là des faits qui se sont passés non seulement dans les campagnes, mais à Messine même — est encore considérablement arriéré. La somme de préjugés, de crédulité, de paresse qu'il faut vaincre et supprimer est énorme ; c'est une œuvre longue, difficile et qui demande un dévouement acharné. Des statistiques soigneusement élaborées par les ministères de l'instruction publique et du commerce, il ressort que les progrès sont lents, mais constants dans les dilférentes branches de revenus. La plus grande partie de la péninsule est propre à la culture (83 p. 100 de l'ensemble); c'est, comme nous l'avons dit, l'immense plaine de la Lombardie et les environs de Naples. Malgré cela, l'Italie ne fournit pas pour ses besoins ; elle a recours à la Russie, à l'Egypte et même à l'Amérique du Nord. Rien que les riz de la Lombardie soient comparables à ce que la Caroline produit de plus beau, la demande est si considérable que l'Italie va acheter jusqu'en Birmanie et dans les autres pays d'extrême Orient des riz qu'elle fait venir dans ses ports et qu'elle expédie ensuite comme nationaux. Certaines classes de la population se nourrissent presque exclusivementde polenta et de macaroni, mets nationaux, qui on tle niaise t l'avoine pour base. Certaines autres consomment le seigle en quantité, aussi l'ergotisme est-il une maladie coin m une en Lombardie principalement. Comme nous avons eu plus haut l'occasion de le faire soupçonner, le royaume d'Italie est riche en forêts, particulièrement l'Ile de Sardaigne, les districts du lac de Come, les territoires de Gênes et de la Toscane méridionale. L'huile d'olives est un des principaux articles d'exportation. Le vin, qu'on fait aujourd'hui beaucoup mieux qu'autrefois, mais qui sert encore, le plus souvent, pour renforcer nos \ins français, commence adonner des revenus considérables. Les vins les plus fins sont ceux de l'Italie méridionale, deCastellamare et de la Sicile, Marsala et Zucco. Les chevaux, les bestiaux, les beurres et les fromages (parmesans) de la Lombardie, les

moutons de la Toscane, les ânes et les mules de la Sicile, les porcs de IVmbrie, telles sont les principales productions de l'Italie, Ajoutons que la pêche n'emploie pas moins de 6,000 bateaux et de 26,000 marins, dont un certain nombre s'appliquent particulièrement à la récolte du corail et des éponges dans la baie de Naples, à Livournc, sur les côtes des Baléares, de l'Algérie et de Tunisie. Le plus important produit minéral de l'Italie est le soufre ; les solfatares de Sicile sont inépuisables, puis viennent le f">r, qu'on trouve particulièrement en Lombardie et en Ligurie, le plomb de la Toscane, le sel marin à Cagliari, les marbres de Carrare, etc., etc. La soie est produite, filée et tissée en Lombardie, les glaces et les mosaïques de Venise, les porcelaines de Milan el de Florence, les chapeaux de paille de Vicence, tels sont les principaux articles des manufactures italiennes. Au point de vue commercial, si l'Italie a longtemps été séparée du reste du continent européen par la chaîne des Alpes, aujourd'hui que celle-ci est percée de tunnels, les grands porls italiens, Gênes, Venise et Brindisi, comme ses grandes villes, Turin, Milan, Florence, Rome, Naples sont en communication directe avec le continent. Son commerce extérieur se fait principalement avec la France, la Grande-Bretagne, l'Autriche et la Suisse. Les principaux ports de mer sont : Gênes, Livourne, Civila-Vecchia, Naples (la seconde ville de l'Italie sous le rapport de l'importance des aiïaires), Castellamare; Messine, Païenne et Catane en Sicile; Brindisi, tête de ligne de l'extrême Orient; Ancône, Chioggia el Venise sur l'Adriatique. La Spezzia, entre Gênes et Livourne, est l'arsenal maritime de l'Italie, dont la marine militaire, qui compte déjà un nombre si considérable de cuirassés, est l'objet de soins incessants el l'orgueil national. Alexandrie, Mantoue avec Peschiera, Vérone et Legnano, qui forment le fameux quadrilatère, sont les principales places fortes à l'intérieur. Nous disions plus haut que l'unification de l'Italie était accomplie; nous oublions qu'il y existe encore un Etat indépendant, la petite république de Saint-Marin, qui n'a que 24 milles carrés d'élenduo et 8,000 hab. A l'Italie se rattache le groupe des îles de Malte, Gozzo et Comino, qui, bien que lui appartenantgéographiquement, sont entre les mains de l'Angleterre qui a su y établir un arsenal formidable et en faire une de ses plus sûres étapes sur la route de l'Orient. Le gouvernement italien, jugeant que le moment n'était pas opportun pour réclamer de l'Autriche la cession de certaines provinces ilaliennesqu'elle détient encore, a tout récemment cherché un dérivatif à l'opinion publique. C'est pour cela qu'il a un moment, jeté les yeux sur la Tunisie; puis, lorsque nous avons étendu notre protectorat sur cette province, il s'est rejeté sur laTripolitaine. Une étude attentive des ressources de cette régence lui ayant démontré que les profils de sa possession n'équivaudraient pas aux dangers de son acquisition, le gouvernement italien a dû se rejeter d'un autre côté. C'est ce qui l'a déterminé à s'établir sur la mer Rouge, dans la baie d'Assab, en profitant des événements d'Egypte, à Massaoua, porls qui permettront sans doute à l'Italie de faire avec l'Abyssinie un certain commerce, si nous ne savons pas le détourner sur notre colonie de Tadjourah, par où passe la route la plus directe et la plus facile.

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