CORPS DE LA CLAVICULE. G
Des portions énormes de l’humérus peuvent être extraites ainsi. Les bras de Schmid (1) en ont donné la preuve; Ruland (2) en cite un autre exemple; Walker (3), Weidmann, Amyaud (4) , Schaack (5), Middleton (6), M. Champion, Simonin (7) rapportent des faits analogues. Aux exemples remarquables qui en ont été relatés , en outre , dans les Mémoires de l’Académie , à ceux qui appartiennent à la pratique de Dupuytren, et que j’ai vus à î’Hôtel-Dieu, on peut ajouter le suivant : Un jeune vigneron, âgé de quinze ans , eut, par suite de rougeole, une nécrose de l’humérus qu’on laissa près de deux ans sans y rien faire. M. Antheaume, chirurgien de Tours , saisissant le fragment mortifié avec des tenettes ordinaires, en fit l’extraction, et reconnut que ce fragment comprenait toute l’épaisseur du tiers supérieur et moyen de l'humérus. Malgré cette énorme perte de substance, l’os du bras reprit peu à peu sa force primitive, et permit au jeune homme de se livrer sans difficulté aux travaux pénibles de la campagne (8).
§ IV. Clavicule.
Le corps de la clavicule , fréquemment affecté d’exostose, de carie , de nécrose vénérienne, est très sujet aussi aux nécroses critiques et scorbutiques comme dans le cas de d’Angerville (9), de même qu’aux dégénérescences sarcomateuses. Ses rapports avec la poitrine, avec les vaisseaux sous-claviers surtout , le peu de prise qu’il offre aux instruments en avaient d’abord éloigné toute tentative chirurgicale. En supposant que l’idée d’enlever le milieu de la clavicule fût venue à l’esprit des chirurgiens , on y aurait bientôt renoncé d’ailleurs par la crainte de détruire du même coup les fonctions du bras. Aujourd'hui ces craintes
(1) Journ. deméd ., 168G, p. 5G-58.
(2) Bonet, t. IV, p. 140.
(3) Gaz. saint. y 1776, n° 31.
(4) Abrégé des tr ans. , trad. de Pinel; p. 324.
(5) Mursinna , Journ. de chir., t. T, p. 195.
(G) Trans. philosop., abrégé par Pinel, p. 321.
(7) Communiqué par M. Champion, 1838.
(8) Société méd. de Tours , 1817, 2e trim., p. 14.
(9) Chopart, De necrosi ossium , 177G,
656 RÉSECTIONS.
ont été surmontées. Kulm (1) parle déjà d’une résection de clavicule pour un ostéo-sarcome du poids de cinq livres,' chez un malade qui en guérit très bien , et dont l’usage du bras ne fut point anéanti. Meyer (2) raconte l’histoire d’un jeune sujet dont tout le cylindre de la clavicule nécrosé fut extrait sans entraîner d’infirmité. La même chose eut lieu chez le malade de Otto (3) , et mieux encore chez celui dont parle Pezoldi (4). On a mentionné aussi l’histoire d’un enfant qui perdit, par suite de la variole, la totalité d’une de ses clavicules, et dont le bras correspondant n’en resta pas moins apte à remplir toutes ses fonctions. Une observation rapportée par M. Gilgencrantes (5) qui dut extraire plus de trois pouces de la clavicule; les faits indiqués par M. Coulon (6) ; les opérations pratiquées par MM. Mott, Warren (7), Travers, et sur lesquelles je reviendrai plus loin, ont d’ailleurs montré que la clavicule peut être réséquée ou même extirpée en totalité avec succès.
Manuel opératoire. — Que ce soit pour une nécrose ou pour un ostéo-sarcome, le corps de la clavicule doit toujours être attaqué par sa région antéro-supérieure. Dans le cas de nécrose , il existe nécessairement quelques ulcères, quelques fistules. Après avoir incisé les téguments qui séparent ces trajets, ou avoir agrandi le seul qui existe, on voit s’il est indispensable de traiter de même les trous du nouvel os; si les ouvertures de celui-ci ne sont pas disposées de manière à permettre l’issue des fragments malades , on les attaque avec la scie en crête de coq, la scie à molette, un fort scalpel, la gouge et le maillet, comme il a été dit en parlant de la résection de l’humérus. L’espèce de plafond constitué par la partie antérieure de l’os peut être ainsi détruit en totalité , et il n’y a pas de nécrose qui ne puisse alors être extraite. En
(î) Thèse de Haller , trad. franç.
(2) Rougemont, Bibl. chir. du Nord , t. I.
(3) Gazelle de méd. nation, pour l’Allem. , 1778, n°46.
(4) Obs. méd. chir., p. 126, 1715.
(5) Journal des progrès, t. III, p. 240.
(6) Thèse citée , 1833, p, 29.
(7) Communiqué par l’auteur.