CORPS DES OS DE LA JAMBE
qui perdit ainsi quatre pouces de l’os , fut également effectuée avec succès par ce praticien (1) , et l’avait déjà été par Smith et Noble , chez un homme qui mourut de variole au bout de six semaines. Ayant à détruire une exostose , un spina-ventosa, des hydatides, MM. A. Gooper, Siebold et Wickham (2) s’en tinrent à l’excision partielle, et réussirent.
Dans le cas de nécrose invaginée , tout le corps de l’os peut être mortifié. La science possède des exemples nombreux de cette espèce, et dans lesquels presque toute la diaphyse du tibia dut être extraite. Sans parler des observations mentionnées plus haut , et de celle qu’en rapportent Weidman, Bousselin (3), Chopart (4) et M. Champion (5), je rappellerai le fait d’une jeune fille qui après une fièvre putride eut toute l’épaisseur du tibia nécrosée d’une épiphyse à l’autre. On enleva le cylindre mortifié , et le chirurgien Antheaume fit voir plus tard à M. Herpin (6) , qui en rapporte l'observation, que cette demoiselle était parfaitement guérie , au point de pouvoir se livrer à la danse et à toute sorte d’exercices , comme si elle n’avait jamais éprouvé de mal à la jambe. M. Herpin cite aussi l’exemple d’un militaire qui, par suite d’un coup de sabre sur le milieu du tibia droit, finit par se trouver dans le même cas. Le chirurgien divisa le séquestre en deux portions, parvint dès lors sans difficultés à les extraire, et guérit si bien le malade que celui-ci ne songea pas même à demander sa réforme.
Souvent aussi l’os n’est malade qu’au centre et de manière à n’offrir les fragments nécrosés que sous forme d’esquilles ou de séquestres irréguliers. Dans le premier cas, le stylet tombe sur un corps sonore, mobile, en apparence assez volumineux. Dans le second , l’instrument indique des rugosités , des surfaces fongueuses ou anfractueuses , mais rien d’irrégulier. De toute façon , il convient de découvrir la
(1) Champion, thèse, p. 85, 86.
(2) Jæger, Oper. cil., p. 20.
(3) Observ. sur la nécrose , Acad, royale de médecine, janvier 1782.
(4) De necrosi ossiurn , 1776.
(5) Thèse, etc., obs. 22, p. 90.
(6) Constitution méd. de Tours. 1817, 2«trim., p. 14.
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région gonflée du tibia dans toute son étendue. Si l’hypérostose n’a pas une longueur de plus de trois pouces , après bavoir découverte en relevant un lambeau semi-lunaire des téguments , on doit en enlever la voûte avec le trépan ou bien avec la molette concave. De cette façon , on arrive par une large ouverture dans la caverne du tibia , que Ton nettoie des fragments, des fongosités qu’elle renferme , que l’on cautérise même avec le fer rouge si son intérieur est affecté de carie.
Quand la nécrose est réellement invaginée , le gonflement de l’os est généralement très étendu. Le grand lambeau dont j’ai parlé étant renversé de dedans en dehors, met toute la surface antérieure du tibia sous les yeux du chirurgien. On se sert alors ou de la scie en crête de coq , ou de la scie à chaînette , ou des molettes concaves , puis de coups de ciseau pour faire sauter les brides , les ponts ostéiformes qui vont d’une fistule à l’autre, et qui s’opposent à la sortie du séquestre à extraire.
Une fois à nu , ce séquestre se laisse facilement enlever , si l’une de ses extrémités est libre au niveau d’un point quelconque de la rigole qu’on vient de créer. Dans le cas où ses deux bouts, encadrés du côté des épiphyses ne permettraient pas de l’ébranler ou de l’enlever , on devrait, à l’instar de M. Herpin , le rompre vers son milieu pour en extraire ensuite les deux moitiés séparément, en tirant par en bas celle d’en haut, et par en haut celle d’en bas. Pour cela, il suffit presque toujours de glisser le bec de la spatule ou l’extrémité d’un ciseau, d’un levier solide quelconque sous la partie moyenne du séquestre , et de le soulever avec force en prenant un point d’appui sur le côté le plus ferme de l’os nouveau. Cette rupture est cependant assez difficile dans quelques cas pour que Dupuytren ait senti le besoin de faire construire parle fabricant Charnière un ostéotriteur particulier, sorte de trépan exfoliatif d’ailleurs assez compliqué. Une fois la nécrose enlevée, on régularise les bords de la rigole qui la contenait, on remplit cette rigole de boulettes de charpie, et l’on ramène doucement au-devant le lambeau soulevé des téguments.