‹ Nouveau éléments de médecine opératoire accompagnés d'un atlas de 22 planches in-4*0 gravées, représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 105 sur 128 · CORPS DE LA JAMBE · texte numérisé non relu

CORPS DE LA JAMBE

IL Extrémité inférieure. La carie et la nécrose de la malléole interne n’avaient été traitées jusqu’à ces derniers temps que par l’amputation ou la résection de l’extrémité articulaire du tibia. Un praticien dont parle ïheden (1) laissa mourir un de ses malades faute d’avoir osé l’opérer autrement, et Théden cite deux autres cas du même genre. Sous ce point de vue la pratique a fait quelques progrès. Si la maladie reste en dehors de l’articulation, la molette concave de M. Martin permet de l’enlever sans détruire la continuité de l’os, sans ouvrir la cavité synoviale du voisinage, et de substituer une opération simple, peu dangereuse , qui n’expose les fonctions du pied à aucun trouble, à une opération grave et des plus délicates de la chirurgie.

Pour la pratiquer, je taille un lambeau en demi-lune à bord libre antérieur, que je renverse d’avant en arrière sur son bord postérieur et le sommet de la malléole interne. Cela fait, je dégarnis soigneusement l’os de son périoste et des couches îardacées qui l’entourent. Pendant qu’un aide tient le lambeau tégumentaire renversé vers le talon avec une bride de linge , le chirurgien place et conduit le tranchant de la molette en champignon de la partie antérieure à la partie postérieure de la malléole , en même temps qu’un aide entendu fait manœuvrer l’arbre de l’instrument. Enlevant ainsi l’os lame par lame , on peut le creuser profondément sans danger, pourvu qu’on respecte l’articulation par en bas, et les coulisses fibro-synoviales des tendons en arrière. Il est temps de s’arrêter, au reste, dès que, sous le trait de la scie, toute la surface traumatique présente une teinte rougeâtre, un sablé , un pointillé sanguin. Si quelques parcelles de cette surface restaient jaunes, réellement malades à une trop grande profondeur , on abandonnerait la molette, pour l’attaquer séparément soit avec le trépan, soit à coups de ciseau.

J’ai pratiqué cette opération une seule fois sur la malléole interne : elle ne me présenta aucune difficulté , et ne donna lieu à aucun accident grave; mais le jeune homme, qui en était d’abord guéri, fut repris, quelques mois après, de carie au radius, puis au bassin, puis au genou, puis au même pied,

(1) l\eue Bemerkungen und Erfarung., etc., t. I, p. 73, ou t. II, 2e part.

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et il est retourné en cet état dans son pays. Il semble , du reste , que cette opération ait été pratiquée une fois aussi avec la scie de M. Heine (1).

III. Extrémité supérieure. La partie supérieure du tibia, spongieuse , épaisse, très vasculaire, est souvent atteinte d’un mélange de carie et de nécrose soit dans son centre , soit à sa surface. Chez une femme qui vint à l’hôpital Saint- Antoine en 1828, pour s’y faire traiter d’un énorme abcès sous-rotulien, il suffit de fendre les téguments dans l’étendue de trois pouces, pour mettre à nu et faire sauter une large lame nécrosée du tibia. Un jeune homme qui avait eu de nombreux abcès au tiers supérieur de la jambe, avait là une nécrose si profonde, que je fus obligé, en pénétrant avec le trépan, puis avec la gouge au niveau de l’épine du tibia, d’aller de bas en haut et d’avant en arrière jusqu’à quelques lignes du cartilage articulaire, pour la détruire complètement. Chez un autre malade que j’opérai en 1836 à l’hôpital de la Charité , j’eus à détruire , au moyen de la molette concave , une grande étendue de la face interne du tibia , puis à creuser cet os au moyen de la gouge dans l’étendue de plusieurs pouces, si bien qu’il en résulta une caverne à loger plus de la moitié du poing. Aucun de ces malades n’a succombé, mais ils ont tous été un temps infini à guérir : ce dernier, admis à Bicêtre , a même été soumis , trois ans plus tard , à l’amputation par M. P. Guersant.

Le procédé opératoire est d’ailleurs entièrement subordonné ici au degré, au siège précis , et à la forme de la maladie ; en sorte qu’on a besoin tantôt d’une incision cruciale , tantôt d’une incision elliptique , tantôt d’une incision simple, et de toutes les espèces de scie ou d’ostéotomes.

B. Péroné. Le corps du péroné paraît pouvoir être détruit sans de graves inconvénients pour les usages de la jambe et du pied. Desault (2), qui voulait exciser ainsi un ostéo-sarcome , a, dit-on, été témoin d’un cas où l’absence d’une grande étendue de cet os n’apportait presque aucun trouble à la marche et à la station.

(1) Gaz. méd. de Paris, 1834, p. 644.

(2) Journal de chir., t. IV, p. 254,

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