CORPS DU PÉRONÉ
Bourienne(l) parle d’un boulet qui détruisit trois travers de doigt du péroné , ce qui n’empêcha point le malade de guérir. L’extraction d’un sixième du corps de cet os, fracturé par une balle, eut le mêmejrésultat dans un cas cité par Gavard‘(2). Boyer (3) mentionne également un cas d’ablation du péroné par un boulet chez le général Duch,... , qui guérit.
J’ai dit ailleurs que Logan avait excisé une portion du péroné pour lier l’artère tibiale postérienre. J’ajouterai que Croxall (4) et Briot (5) ont imité Logan ou Gooch pour d’autres hémorrhagies de la jambe. Trois pouces du péroné carié ont été enlevés par Theben (6) chez un malade, qui mourut quelque temps après sans être guéri. Celui auquel M. Ouvrard (7) n’en excisa qu’un pouce s’est au contraire rétabli.
« Nous avons un péroné tout entier que nous avons désarticulé haut et bas, disent Percy et Laurent (8), pour mettre fin à un état ulcératif occupant toute la surface externe de la jambe gauche, lequel était causé et entretenu par la carie presque générale de cët os. » Il faut dire cependant que chez un malade dont parle M. Barbier du Bocage, cette destruction même partielle du péroné avait été suivie d’un renversement manifeste du pied en dedans. Il est du reste parfaitement prouvé aujourd’hui que le corps du péroné peut être excisé dans toute son épaisseur, et dans la plus grande partie de sa longueur sans que le pied doive nécessairement en souffrir. Nous verrons plus loin ce que Béclard, M. Roux et M. Seutin ont obtenu par cette opération.
Pour enlever ainsi le corps du péroné, il faut une simple incision s’il n’y a que de la nécrose périphérique, ou une incision elliptique dans le cas de gonflement ou de tumeur, de manière à permettre de le découvrir dans toute la lon-
(1) Journal de médecine de Dehorne, t. I, p. 215.
(2) Ancien journal dernéd., t. LXXIII, 1787.
(3) Boyer, Malad. chir., t. I, p. 241.
(4) Annal, de liilér. méd. élrang., t. III, p. 395.
(5) Essai sur les tum. arlér., p. 135.
(6) Progr. ullér., etc., p. 157.
(7) Méditai., etc., p. 157.
(8) Dict. des sc . méd-, etc.
670 RÉSECTIONS.
gueur de sa région antéro-externe. Après avoir séparé ses faces antérieure et postérieure des muscles péroniers latéraux, extenseur commun des orteils et soléaire, on aurait àle couper sdu côté de la malléole par en bas , du côté de sa petite tête j par en haut, soit avec la scie à chaînette, soit avec la scie en crête de coq conduite très obliquement , soit avec une molette plane. La séparation du reste de la masse se ferait ensuite avec promptitude, et ne pourrait plus offrir la moindre difficulté.L’artère péronière, la seule qui puisse être atteinte, sera le plus souvent évitée. Mais le pansement exigerait quelques précautions. Il faudrait qu’un appareil inamovible garnît toute la face interne de la jambe , en fixant le pied et le genou de ce côté sans empêcher de panser chaque jour la plaie. Un malade auquel M. P. Guersant (1) excisa une portion de toute l’épaisseur du péroné pour d’anciennes fongosités , a parfaitement guéri.
Si la maladie du péroné n’était qu’une nécrose invaginée , on pourrait l'attaquer de la même manière que celle du tibia. Chez un jeune homme que j’ai traité de cette façon , je fis une longue incision courbe depuis l’attache supérieure du muscle long péronier latéral jusqu à la racine de la malléole externe, de manière à circonscrire une demi-lune convexe en arrière et un long lambeau que je disséquai du bord externe de la jambe vers la fosse inter-osseuse antérieure. Pour découvrir la caverne, je me servis de la scie en crête de coq , puis de la gouge et du maillet ; mais , comme une portion pleine de l’osséparaitles deuxfragments de la nécrose, je fus obligé d’en ménagerie milieu, et d’extraire ces fragments l’un par en haut, l’autre par en bas. L’étroitesse du canal et la grande distance qui existait entre les fistules osseuses dans ce cas donnèrent à M. H. Larrey , qui m’assistait, l’idée d’une petite scie fine, coudée près du manche, avec laquelle il serait aisé de scier la voûte ou le couvercle de la nécrose , de l’intérieur à l’extérieur , en supposant qu’un long stylet flexible ne permît pas de conduire la scie articulée d’une fistule à l’autre comme sous une arche de pont. Quoi qu’il en soit, ce jeune homme, quia été pris d’une angioleucite assez sérieuse, (1) Journ. des conn. méd.-chir., 1838, p. 189.