‹ Nouveau éléments de médecine opératoire accompagnés d'un atlas de 22 planches in-4*0 gravées, représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 109 sur 128 · ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

ARTICULATIONS

Gooch , sa pratique et celle de Cooper de Bungay en 1784 , garde le silence à ce sujet, dans ses notes sur le Traité des fractures de Pott, en 1788. Aussi faut-il arriver à 1789 pour trouver le conseil de la résection des os luxés dans nos livres classiques. C’est Manne qui l’a proposée le premier parmi nous (1). Park (2) ,qui voulut , dès le principe , étendre la résection à tous les articles , ayant fini par en réduire de beaucoup l’importance, Moreau (3) est en réalité le premier qui en ait véritablement démontré les avantages aux yeux de l’Europe chirurgicale. La dissertation de Wachter (4), publiée en 1 809, étant beaucoup plus théorique que pratique, serait restée dans l’oubli comme ceiie deChaussier (5) sans M. Champion (6), qui, par de nouveaux faits, dissipa les derniers doutes manifestés à cette occasion par les chirurgiens de Paris. Les observations de MM. Roux (7), Jeffray (8), Crampton (9) et Syme(10), sont enfin parvenus à fixer l’attention sur ce sujet.

Actuellement la résection des articulations malades n’est cependant point encore approuvée par tous les praticiens. Comparée aux amputations , ses avantages et ses inconvénients se balancent tellement, en effet, qu’il est bien permis d’hésiter avant d’en sanctionner absolument Futilité. Son manuel, délicat, pénible, ordinairement très long, présente, dans quelques cas, de nombreuses difficultés, et entraîne nécessairement de vives souffrances; elle expose à ne pas emporter tout le mal. N'enlevant que les os, elle laisse forcément la plus grande partie des autres tissus altérés. Les plaies qui en résultent , étendues, irrégulières , deviennent presque toujours le siège ou la source d’une suppuration abondante. La guérison quand elle a lieu ne s’obtient qu’au

(1) Traité clément, des malad. des os, p. 266, 1789.

(2) IVouv. métli., etc., trad. par Lassus, 1784.

(3) Obs. praliq., etc., 1803. — Rèsect . des os, etc., 1816.

(4) De arliculis exlirpandis], Gron., 1810.

(5) Soc. méd. d'émul., t. III, p. 397.

(6) Thèse de Paris, 1815.

(7) De la rèsect., etc., 1S12.

(8) Excision of carions joints, etc., 1806.

(9) Archiv. gén.de méd., U® série. — Dublin hospit. reports, vol. IV.

(10) Excis. of.deseased joints, 1831.

682 RÉSECTIONS.

bout de plusieurs mois, quelquefois même de plusieurs années. Le membre, plus ou moins raccourci, souvent immobile, ordinairement entraîné par les muscles dans un sens ou dans l’autre, reste en outre assez difforme pour n’être plus apte qu’à la moindre partie de ses fonctions.

L’amputation, généralement facile , prompte, moins douloureuse par conséquent, débarrasse sur-le-champ le malade et des os et de toutes les parties molles affectées. Portant sur des tissus sains, elle donne une plaie nette, facile à réunir, moins étendue, moins disposée à suppurer, moins favorable au développement delà phlébite et des métastases. La guérison , plus probable et plus prompte, est aussi plus franche et plus complète.

A ces objections qui ne manquent pas de force, on peut répondre toutefois que c’est au chirurgien habile à surmonter les difficultés du manuel dans les résections et d’en abréger la durée, à savoir s’il peut ou non emporter tout le mal. Une fois les os enlevés, les tissus environnants, quelque altérés qu’ils soient, reviennent le plus souvent à leur état naturel. La dégénérescence fongueuse ou lardacée de la synoviale, des ligaments, du tissu cellulaire et de la peau, n’est pas toujours un obstacle à la guérison. Les artères, les veines et les nerfs principaux étant respectés , l’opération doit en réalité avoir moins d’influence sur le reste de l’organisme que l’amputation proprement dite. Certains malades guérissent d’ailleurs très promptement, puisque M. Syme en cite qui se servaient de leur membre au bout de quelques semaines. La substance nouvelle qui s’établit à la place des têtes osseuses excisées acquiert assez de solidité pour remplacer jusqu’à un certain point l’articulation, et permettre des mouvements volontaires. A l’aide d'attelles, d’un pansement bien entendu, on peut prévenir toute déviation anormale du membre, et empêcher son ankylosé en lui imprimant de bonne heure des mouvements convenables. Enfin, quelque difforme qu’on le suppose, ce membre sera toujours propre à un plus ou moins grand nombre d’usages dont le malade serait fâché d’être privé. Au total , la masse des avantages de la résection est plus considérable que celle des inconvénients. C’est en con-

séquence une opération qui mérite , en dernière analyse , d'être comptée parmi les ressources efficaces de la chirurgie.

L'appareil se compose 1° des mêmes objets que celui de l’amputation , afin que si des accidents ou des circonstances imprévues venaient à se manifester au moment de l’opération, on pût procéder immédiatement à l’ablation du membre, au lieu do s’en tenir à la simple résection ; 2° de quelques pièces particulières, par exemple, de fortes spatules, de gouges, d’un marteau de plomb et d’un ciseau, de scies à main, en crête de coq, en rondache, en demi-cercle, d’une scie à chaîne, de la scie de Machell, ou d’une scie pliante , comme les chirurgiens anglais et américains en emploient souvent ; de la scie de M. Heine, ou des scies à molettes , de la scie de M. Thall , des ostéotomes de M. Zeis ou de M. Liston ; 3° enfin, d’une ou de plusieurs plaques minces de bois blanc flexible, de carton, de plomb ou de tout autre métal, ou simplement de compresses étroites, pliées en plusieurs doubles, propres à être glissées entre les os et les parties molles. Il faut en outre avoir un bandage de Scultet,des coussins, des attelles, ou mieux un appareil inamovible pour le pansement.

Page 1