ROTULE
De quelque manière qu’on s’y soit pris , les surfaces saignantes doivent être ramenées en contact et prendre la place des os enlevés ; des points de suture ou de simples bandelettes , de la charpie et des compresses,; des coussins et des attelles, tout l’appareil enfin d’une fracture compliquée de la jambe , sont nécessaires pour compléter le pansement et tenir le membre dans l’immobilité la plus parfaite.
Ces procédés permettent tous d’atteindre le but qu’on se propose. Que l’on adopte l'incision cruciale de Park, qu’on taille un large lambeau quadrilatère comme M. Moreau, qu’on pénètre du premier trait dans l’article comme M. Bégin, qu’on enlève ou non la rotule comme M.Syme, l’opération est possible. x\insi que je l’ai dit en commençant, c’est à cause de ses suites, non de son manuel, qu’ elle est si redoutable, et que selon moi on doit la proscrire généralement. Je n’admettrais comme exception que les cas où les surfaces articulaires seules se trouvent altérées, de manière à ce qu’il fût permis d’enlever tout le mal en n’excisant qu’un pouce ou deux de chaque os; commecela existechezlemaladcdeM.Jæger, par exemple.
ARTICLE IY. — Rotule.
Si la rotule seule était cariée ou dénaturée, son ablation devrait être faite sans hésiter, dût-on ouvrir l’article. C’est une opération dont le journal l’Hygie renferme un exemple , et le malade s’est, dit-on , complètement rétabli. J’ai vu deux personnes qui marchent très bien , quoiqueles fragments de leur rotule, anciennement fracturée, laissent entre eux plus de quatre pouces d’écartement. Consulté par le père Mathias, qui avait empêchement à monter et descendre à cause de la palette qui était rompue depuis plusieurs mois, M. A. Séverin (1) répondit qu’il n’y avait point d'autre remède, sinon, qu’après avoir fait incision en la peau , on vînt à renouveler la fracture des bords de la palette , et qu’ensuite on vînt à les lier bien serrés les uns contre les autres, ajoutant que cette cure était rude et fâcheuse, mais pourtant nécessaire s’il voulait recouvrer promptement la fonction du pied. Mais le blessé se refusa à ce conseil, et fit bien.
(1) Mèd . efjicace ; Çorps de méd. de Bonet, t. I, p. 313, § 953.
750 RÉSECTIONS.
On voit dans le musée de la Faculté de médecine de Strasbourg (i) le genou d’un squelette auquel il n’y avaitpas de rotule.
a Ii y a quelques années que je vis , dit Diemerbrœck (2) , un gentilhomme allemand à qui toute la rotule fut emportée par un coup de mousquet, dont il perdit entièrement tout usage de marcher. Il y fut néanmoins en quelque façon rétabli , ici, en notre ville d’Utrecht, par un artisan qui lui appliqua au genou un instrument de fer , lequel liait et tenait l’os de la cuisse en union avec le tibia; en sorte, qu’étant revêtu et armé de cet instrument, il marchait médiocrement bien. Jamais , du moment qu’il le quittait , il ne pouvait avancer le pied pour faire un seul pas , ni même se soutenir un seul instant. »
On alla plus loin dans le cas suivant: Rotule fracturée en long. Réunion manquée. Gonflement et tension de toute la cuisse, delà jambe et du pied. Crainte d’une mortification très prochaine. Gelée (3), appelé huit jours après l'accident, jugea ne pouvoir plus compter sur les topiques. Débridant les parties par des incisions qui intéressèrent spécialement les attaches tendineuses et ligamenteuses de la rotule , les progrès de la blessure n’en furent point arrêtés. La fièvre mettait les jours de ce malade dans le plus grand danger. Ayant remarqué que l’étranglement tenait à ce que les deux portions de la rotule, tendant toujours à s’écarter, tiraillaient chacune de leur côté les attaches respectives de ces os, a Je les regardai, dit Gelée, comme une double cause d’accidents qui ne cesserait que par l’extirpation de l’une des deux portions.» Une lui ayant paru suffisante pour contenir l’articulation , il emporta la plus petite , celle du côté externe. Les suites de cette opération singulière furent heureuses. Le gonflement diminua à vue d’œil. Le huitième jour, il était très ordinaire. La cicatrice eut lieu en six semaines, avec anky-
lose du membre étendu.
La crainte du contact de l’air sur l’articulation empêcha
(1) Musée de Strasbourg pour 1850, p. 106, n° 219.
(2) L' Anatomie du corps humain , t. II, p. 683, ch. xix.
(3) Journal deméd. milit., par Dehorne, t. IV, p. 503.