TÊTE DU FÉMUR
Theden (1) d’applaudir à l’amputation de la rotule, « que l’on entreprit malheureusement, dit-il , à la suite d’un coup de feu, puisque la gangrène et la mort s’ensuivirent.» Nous avons vu la rotule se séparer du genou, et plus d’une fois nous l’avons emportée tout entière , disent Percy et Laurent (2), sans que pour celale blessé ait dû perdre la faculté de marcher.» Si on ne pouvait pas réduire la rotule renversée, je serais d’avis, dit Manne (3), de faire une incision longitudinale aux téguments qui la recouvrent , de couper transversalement le tendon des extenseurs de la jambe au-dessus de la base de la rotule , le ligament qui attache la pointe de cet os au tibia , et les portions membraneuses et aponévrotiques adhérentes à ses parties latérales et de l’enlever. L’extraction de la rotule étant faite , on rapprocherait les lèvres de la plaie, ou bien on les maintiendrait rapprochées , en tenant pendant long-temps la jambe étendue et la cuisse fléchie par un appareil convenable.» C’est une opération qu’un chirurgien belge, M.Thyrion, paraît avoir pratiquée avec succès en 1835 ou 1836.
ARTICLE Y. — Tête du fémur.
Vers le milieu du dernier siècle , White (4), qui, chez un enfant âgé de quatorze ans , affecté de coxalgie, enleva, diton, la tête avec quatre pouces du fémur et guérit son malade, osa proposer cette opération comme règle dans les cas analogues. Une simple incision externe lui permettait de mettre à découvert l’articulation, d’ouvrir la capsule, de luxer l’os et de l’amener au dehors pour en faire la résection. Vermandois (5) et Petit-Radel (6) reproduisirent cette idée sans la modifier Mais Rossi (7) s’aperçut bientôt que l’incision imaginée par White est insuffisante, et qu’il convient pour arriver à l’ar-
(1) Progrès ultérieurs de la chir., p. 138.
(2) Dicl. des sc. rnéd ., t. XL1ÏI, p. 65.
(3) Traité élérn. des mal. des os, p. 347, 1789.
(4) Cases in surg., 1770 ; ou Lond., l\led. gaz., mars 1832.
(5) Journal de rnéd., t. LXVI, p. 49, 1786.
(6) Encyclop. mèlh. pari, chir., t. I.
(7) Mèd. opér., t. II, p. 225.
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ticle do tailler sur son côté externe un lambeau triangulaire. Ghaussier (1) entreprit sur ce sujet, et sur les résections en général , un certain nombre d’expériences il y a près de quarante ans. D’après lui , l’excision de la tête du fémur chez les chiens n’est pas beaucoup plus dangereuse que celle de l’humérus. Il se forme à la place de l’os réséqué une matière fibro-celluleuse, puis cartilagineuse , qui finit par acquérir une solidité presque égale à celle de la substance osseuse. Wachter tient à peu près le même langage dans sa dissertation.
Je ne connaissais en 1831 qu’un seul exemple de résection de l’extrémité coxale du fémur pratiquée sur l’homme vivant. Alors je me bornai à dire : «Si la tête du fémur s’était échappée au travers des parties molles déchirées , et qu’il ne fût pas possible d’en obtenir la réduction, on pourrait sans doute, on devrait même l’enlever d’un trait de scie , surtout si elle était fractprée ; mais quelle est la maladie assez grave pour exiger l’ablation des os , qui pourrait l’envahir sans se propager à la cavité cotyloïde ; et lorsque l’os du bassin est malade, à quoi servirait la résection de celui de la cuisse? Au surplus , si jamais on voulait la tenter, en supposant qu’il n’y eût point de plaie à l’extérieur, le procédé le plus simple consisterait à tailler , au moyen d’une incision en demi-lune portée de l’épine antéro-supérieure de l’os des iles à la tubérosité de l’ischion , un large lambeau à convexité inférieure derrière l’articulation , aux dépens des chairs de la racine du membre. Après que le chirurgien a relevé ce lambeau et divisé la moitié postérieure de la capsule, la cuisse, portée dans l’adduction et la flexion, permettrait de diviser le ligament inter articulaire , de passer un couteau entre la tête du fémur et la cavité cotyloïde, d’arriver en dedans et en avant sur la gorge du col fémoral pour en détacher les restes du ligament capsulaire , et de faire proéminer au dehors toute la portion osseuse qu’on veut enlever. Il n’y aurait plus qu’à redonner ensuite à la cuisse sa direction naturelle , abaisser le lambeau pour le réunir au moyen de la suture ou de bandelettes, et à se con- (1) Soc. méd. d’émul., t. III, p. 399.
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duire du reste comme dans les fractures compliquées de la partie supérieure de l’os de la cuisse.
Aujourd’hui je dois parler autrement. Une jeune fille, affectée de coxalgie, avait la hanche criblée de fistules. La tète du fémur devenue mobile fut extraite , et l’enfant guérit, dit Vogel (1). Chez une autre fille âgée de quatorze ans, observée par Schlichting, on agrandit l’ouverture d’un abcès préexistant , et l’on retrancha ensuite la tête du fémur avec succès. Sont-celes mêmes ou d’autres faits de destruction de la tête du fémur que rapportent Ficker et Albert (2)? Au dire deM. Lepold (3), cette résection aurait été pratiquée par Kolher et M. Heine de Wurtzbourg, également avec succès. M. Schmalz (4) de Pirna en Saxe, enleva aussi la tête cariée du fémur, qui était déjà séparée du reste de l’os. Le garçon fut trois ans à guérir. La nouvelle articulation était formée par le grand trochanter. M. Klüge (5) a pratiqué de son côté la résection de la tête du fémur dans le cas de carie ; mais le sujet a succombé deux jours après l’opération. Brandisch (6) avait d’ailleurs publié le fait suivant. Coup de feu à la cuisse. Exfoliations osseuses , notamment d’une portion représentant environ la moitié supérieure de la tête du fémur. Le malade guérit. Le membre, à peine plus court que l'autre, peut s’étendre , et le malade s’en sert de manière à marcher aisément au moyen d’une béquille. Dans le cas de Schlicthing (7) , la guérison eut lieu en six semaines , et le malade put marcher librement quoiqu’en boitant. M. Hewson (8), de Dublin, imita White en 1823 pour une carie, et scia la tête de l’os au-dessus du petit trochanter. Le malade a succombé trois mois après l’opération , à la suite de fusées purulentes qui s’étendirent par une ouverture de la cavité cotyloïde jus*
(1) Bibl. chir. du Nord , p. 391, 393.
(2) Wachter, De art. exlirp ., etc.
(3) Uber die resection, etc. Wurtzbourg, 1834.
(4) Hedenus, De femore in cavit. cotyl. amput., 1823.
(5) Wagner, t. IV de VEncyclop. de Bush, Græfe.
(6) Simmons, Journ. de méd., trad. de l’angl., t. VI, p. 114, 1786.
(7) Transact. phil. , p. 284, n° 466, 1742. Bibl. chir. du Nord , p. 392.
(8) Lepold, Oper. cil., p. 16.
que dans le bassin. M. Seutin (1) a pratiqué à son tour, en 1832 , la résection de la tète du fémur dans un cas de fracture commiautive produite par un boulet de canon. Le malade est mort sous l’influence de la gangrène des parties molles. 11 paraît aussi que M.Oppenheim (2j 1 a pratiquée une fois à Schumla. Jæger et M. Textor (3) y ont également eu recours à Wurtzbourg, en 1834, chez un garçon de sept ans et demi, dans un cas de fracture du col du fémur avec abcès. Us enlevèrent la tête et le col du fémur avec deux pouces du grand trochanter. L'erîfant mourut au bout de vingt-trois jours. La résection du fémur serait indiquée, d’après M. Jæger, 1° dans les cas d’éclats du col et de la tête de cet os , ou des trochanters par suite de plaies d armes à feu; 2° dans le cas de fracture du col du fémur quand il survient de la suppuration et de la carie; 3° dans les cas de luxations compliquées de fractures, de déchirures aux parties molles ; 4° dans les cas d’ankylose de l’articulation, le membre ne pouvant pas servir , 5° dans la carie de la tête du fémur par suite de coxalgie , et ne serait contre-indiquée alors que s’il y avait en même temps carie de la cavité cotyloïde ou du bassin en général , et quand il y a de grandes fusées purulentes le long du fémur.
g I. Lepold en décrit ainsi le Manuel opératoire : le malade est couché sur le côté sain; l’opérateur se place en arrière.
A. Premier temps. On dénude l’articulation 1° par une simple incision longitudinale à la partie externe de la hanche, ou bien sur le trochanter même comme White, Park, Vermandois, MM. Hedenus, Syme et Seutin l’ont fait; 2° ou par une incision semi-lunaire contournant le grand trochanter comme le veut Jæger, et comme je l’ai dit plus haut, ou bien en incisant le muscle grand-fessier comme Hewson, qui taillait aussi un lambeau semi-lunaire autour du grand trochanter ; 3° un lambeau postérieur carré situé a la partie externe de l’articulation serait préféré par Percy et M. Roux ; Jæger,
(1) Bull, de thér., 1833. Gaz. mèd ., 1833, p. 165.
(2) Lepold, p. 17. Gaz. mèd., 1835, p. 183,
(3) Lepold, Oper. cit., p. 17.
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qui commence par une incision longitudinale à deux pouces ou deux pouces et demi au-dessus du grand trochanter, pour descendre à trois pouces au-dessous , adopte un lambeau triangulaire qui doit avoir une longueur de cinq à six pouces, et que complète une autre incision de quatre pouces placée en arrière et en bas , de manière à diviser l’insertion des muscles sur la parte antéro-supérieure du trochanter, en ouvrant le ligament capsulaire.
B. Deuxième temps. La séparation de la tête du fémur s’obtient communément à l’aide de la scie ordinaire ; mais , chez des sujets musculeux, la scie de Heine offrirait quelques avantages.
C. Troisième temps. Pansement. La réunion de la plaie par la suture ou par des bandelettes agglutinatives , elle pansement avec la charpie , des compresses et le spica de l’aine est nuisible selon Jæger. Ce chirurgien laisse la plaie intacte, ou bien il en réunit seulement une partie par la suture , et la traite par les fomentations froides. Le malade reste couché sur la partie saine, le fémur et la jambe un peu fléchis.
§ II. Appréciation. Sans revenir sur ce que j’en ai dit d’abord, et sans accepter de tous points la bonne opinion qu’en a Jæger , dont la thèse de Lepoîd paraît être le reflet exact , je dirai donc en terminant que la résection de la tête du fémur est comparable, eu égard à la désarticulation de la cuisse, à celle de la tête de l’humérus relativement à l'ablation du bras. La variété des procédés doit être également la même dans les deux cas. Bu reste , si White est bien le premier qui l’ait conseillée , je ne sais si M. Cou Ion et Lepoîd n’ont point confondu le conseil avec le fait, dans le cas qu’ils attribuent à cet auteur. Des expériences ont d’ailleurs été faites sur des chiens, pour éclairer les résultats de cette résection , par Vermandois (1), par Kohler (2), par Chaussier (3), par Wachter (4), et, là-dessus, Vermandois (5),
(1) Ancien journal méd ., I. LXVI, p. 74.
(2) Exper.circa regener. ossiurn. Gœtt., 1786, p. 84 e! 94, exp. XIV et xv.
(3) Magasin encyclop., an v, t. VII, p. 248.
(4) De articulis exiirpandis , p. 91-94.
(5) Ancien jour n. méd., t. LXVI, p. 70, 1786.
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Rougemont (1), Petit-Radel (2), Rossi (3), Wachter (4), Rriot (5) , Jæger et Kluge (6) , MM,. Seutin (7), Coulon (8' , Baudens (9) , ne sont venus qu’après White.
Briot (10), qui croyait en avoir eu le premier l’idée, et qui aurait voulu la pratiquer sur un enfant de treize à quatorze ans, se proposait de cautériser la carie de la cavité cotyloïde après avoirenlevé l’extrémité du fémur. M. Syme (11) regarde l’opération comme tout-à-fait impraticable dans le cas de coxalgie, car il admet comme moi que la cavité cotyloïde, presque toujours malade en même temps, est généralement affectée dans une plus grande étendue que le fémur. Moreau père, espérant emporter avec le ciseau et la gouge les portions cariées de la cavité cotyloïde, offrit cependant à deux malades, en présence de M. Champion , de leur pratiquer la résection de l’articulation fémoro-iliaque ; mais ils s’y refusèrent et firent bien.
AVhite, Vermandois, Petit-Radel, Wachter (12), qui disent que le tact en pareil cas est pour ainsi dire d’une ressource aussi grande que la vue , se contentent d’une seule incision. c( Yoici comment je concevais cette opération, dit Briot (14). J’aurais pratiqué à la partie supérieure externe de la cuisse une incision longue et profonde, dont j’aurais écarté et au besoin incisé les bords. J’aurais mis à découvert la partie supérieure du fémur , coupé transversalement la capsule et le ligament triangulaire, examiné l’état du grand trochanter, et respecté les tendons qui s’y insèrent si je l’avais trouvé sain ; dans le cas contraire, j’aurais coupé ces tendons, dirigé le genou en dedans et la partie supérieure du fémur en dehors*,
(1) Bibl. chir. du JVord, 1788, p. 392.
(2) Encyclop. méth. Dict. de chirurgie.
(3) Médec. opèr. Turin, Ï800, t. Il, p. 224.
(4) Ouvr. cité, p. 85.
(5) Hist. chir. rnilit., p. 177, 1817.
(G) Coulon, Sur la carie , p. 41.
(7) Ouvr. cité-, p. 41.
(8) Ouvr. cité, p. 177-178.
(9) Ibid., p. 124.
(10) Ibid., p. 88,
(11) Hist. de la chir. rnilit., p. 177, 181 7,