ARTÈRES DE LA .ÏAMBE
ARTICLE III. — Artère tibiale postérieure.
§ I. Anatomie . Depuis son origine , un peu au-dessous du muscle poplité jusqu’à sa division en plantaires interne et externe , l’artère tibiale postérieure suit assez exactement la direction d’une ligne tant soit peu convexe en dedans , qui s’étendrait du milieu de la racine du mollet à un demi-pouce en arrière de la malléole interne. Deux veines d’un certain volume l’accompagnent ordinairement , forment même quelquefois autour d’elle un véritable réseau par leurs fréquentes anastomoses. A son coté péronier se trouve le nerf tibial postérieur, qui en est rarement éloigné de plus de trois ou quatre lignes. Appuyée dans toute son étendue sur les muscles profonds, elle est recouverte par l’aponévrose qui existe entre les deux couches charnues de cette région , par des muscles ou du tissu cellulaire et d’autres lames fibreuses , puis par les téguments communs , mais avec des différences importantes à noter dans quelques points de sa longueur.
A. Dans la gouttière tibio-calcanienne , l’artère tibiale postérieur est appliquée contrôla gaîne fibreuse du muscle fléchisseur commun des orteils, à trois lignes environ du bord postérieure de la malléole ; le nerf est en arrière , les veines sont en dedans ; un Lissu lamelleux ou graisseux l’enveloppe ; le ligament interne du tarse , sorte de lame fibreuse qui se continue avec l’aponévrose de la jambe , la recouvre et la bride en se confondant avec le tissu dense et filamenteux qui la sépare de la peau.
B. Entre la malléole et la fin du mollet , elle est déjà un peu plus éloignée du tibia. Le nerf est plutôt en dehors qu’en arrière. Les lamelles qui l’entourent immédiatement sont très souples et fréquemment chargées de graisse. L’aponévrose profonde , assez mince ici , la tient appliquée contre les muscles jambier postérieur , long fléchisseur commun et long fléchisseur propre du gros orteil ; en dehors de cette lame se voit le tissu qui remplit la gaîne du tendon d’Achille, puis l’aponévrose jambière proprement dite , avant d’arriver à la peau.
C. Au mollet , l’artère tibiale est très profondément située,
presque sur le même plan que la face postérieure et beaucoup plus près du bord externe ou péronier que du bord interne de l’os qui lui adonné son nom. L’aponévrose qui la recouvre, et qu’elle louche en quelque sorte à nu, rubannée, argentine , à fibres longitudinales et très fortes, est cachée par la portion tibiale du muscle solaire , le jumeau interne , l’aponévrose jambière et la couche sous-cutanée où se trouvent la grande veine et le nerf saphène internes.
D. Il est rare que Y artère tibiale postérieure manque ; mais il peut arriver quelle n’ait qu’un très petit volume, et que la péronière la remplace à la plante du pied. Plus souvent , elle reste sur la ligne médiane jusqu’auprès de la malléole; alors le nerf est sur son bord interne. Une fois je l’ai vue marcher à côté de la péronière dans les deux tiers de son étendue , et s’engager sous la voûte calcanienne à près d’un pouc en arrière de la malléole.
§ II. Indications. Comme la tibiale antérieure , et par les mêmes raisons, l’artère tibiale postérieure n’est que très rarement le siège d’anévrismes spontanés , ni même d’anévrismes faux circonscrits; toutefois Ruysch cite un exemple d’anévrisme près du talon , qui ne pouvait appartenir qu’à elle, et qu’on ouvrit en le prenant pour un abcès. M. Dorsey (1 j a donné l’observation d’une dilatation variqueuse avec hypertrophie de cette artère dans un cas de varice anévrismalo. Guattani parle également de tumeurs pulsatives qui étaient , sans aucun doute , le résultat de quelques lésions de la tibiale postérieure. Les blessures accompagnées d’hémorrhagies ou d’anévrismes diffus y ont enfin été observées, dans ces derniers temps , par Scarpa, Dupuytren, MM. Hodgson, Marjolin, Earle et Vincent (2).
L 'ancienne méthode est la seule, selon Boyer, qu’on doive appliquer à ces affections , attendu que par la méthode d’ Anel le sang ne manquerait pas d’être rapporté au bout inférieur par l’arcade plantaire et la tibiale antérieure. D'autres, fondés sur les mêmes craintes, mais ne voulant pas agir sur le point malade , ont proposé urte méthode intermédiaire, c’est-
(I) Elem. of surg., vol. il, p. 271.
(?) The Lancet , 1829, vol. I, p. 719.