ARTÈRES DE TA JAMBE
à- dire de placer une ligature au-dessus et une au-dessous de l’anévrisme , sans toucher à la tumeur. J’avoue que je ne vois pas la nécessité de se comporter ainsi. En supposant que le retour du sang soit un obstacle à la guérison , comme chez le malade d’Alançon (1), il suffirait probablement, pour le prévenir , d’établir une compression méthodique sur le trajet de l’artère pédieuse, comme l’a fait M. Marjolin, ou même au-dessous de la blessure , si sa position le permet. D’un autre côté , quand le siège du mal est à la plante du pied , et que la compression ne réussit pas, la ligature du tronc de la tibiale ne peut évidemment être pratiquée que par la méthode moderne. L’unique cas où l’ancienne opération serait de rigueur , ou du moins préférable , si on n’aimait mieux lier la poplitée ou l’artère fémorale , est celui où l’anévrisme occupe la moitié supérieure de la jambe.
Toutefois les anévrismes traumatiques diffus sont en dehors de cette règle, et méritent, je crois, d’être traités comme le veulent Boyer et M. Guthrie, c’est-à-dire par la méthode de Keysleire. Si Pelîetan (2) , ne pouvant lier une tibiale postérieure blessée, réussit en incisant, tamponnant et comprimant jusque sur le ligament inter-osseux; si Colomb, cité plus haut, put se contenter de la compression simple en cas pareil; si Gelée mit un terme à l’hémorrhagie en incisant et passant un fil pour tirer un morceau d’agaric contre l’artère ; on voit la compression être suivie de gangrène dans les cas de Bourienne (3) , de convulsions et de mort chez deux malades dont parle Boyer (4) , et rester inefficace dans les cas de Wiseman, Deschamps , de Briot, et d’ une foule d’autres observateurs. La ligature qui, portée sur la tibiale antérieure par Giniés (5), sur une des autres artères de la jambe par M. Ouvrard (6) , eut un plein succès , est donc préférable à tous égards.
§ III. Manuel opératoire. Quel que soit le point où on
(1) Man. pral. de l’amput., p. 164.
(2) Clin, chir., t. H, p. 266.
(3) Journal de Horn, t. VU, p. 281-282.
(4) Malad. chir., t. I, p. 262. »,
(5) Ane. journ. de méd., t. LXXVI, p. 71.
(6) (Jbs. de méd. et de chir., 1S23, p. 245.
i%0 Opérations complexes.
veuille découvrir l’artère tibiale postérieure, la jambe doit être fléchie et couchée sur son côté externe; de même que pour la tibiale antérieure, si la compression est utile, c’est à la cuisse ou sur le corps des pubis qu’on l’exerce.
A. Derrière la malléole. — a. Procédé de V auteur. Je fais une incision légèrement courbe , à concavité antérieure, qui commence un pouce au-dessus, finitun pouce au-dessous, et passe à trois ou quatre lignes en arrière du bord postérieur de cette saillie. Quand on opère à l’entrée de la gouttière calcanienne, il importe d’aller avec précaution, de couper les tissus lame par lame , et de passer la sonde cannelée sous l’aponévrose, avant de la diviser avec le bistouri, si on ne veut pas s’exposer à blesser l’artère, qui est quelquefois très superficielle; en plaçant l’incision plus près de la malléole , on tomberait facilement dans l’une des coulisses fibro-synoviaîes quelle concourt à former, et rien ne serait plus dangereux qu’une pareille méprise , à cause de l’inflammation qui peut en résulter. Plus en arrière, l’artère serait difficile à trouver, et l’opération beaucoup plus laborieuse.
b. Procédé de M. Robert. M. B.obert s’y prend d’une autre façon. Voici le procédé qu’il m’a communiqué : étendue et dirigée de l’angle postérieur de la malléole au bord supérieur du calcanéum , l’incision doit être perpendiculaire à la direction du vaisseau. Ainsi placée , elle permet d’isolcr sans peine le tronc de l’artère aussitôt que l’aponévrose , fort épaisse en cet endroit, dit M. Robert, a été divisée.
Dans un cas d’ouverture récente de l'artère tibiale dans cette région, M. H . Bérard (1), en ayant lié les deux bouts , vit l’hémorrhagie se maintenir, mais elle venait de la veine, qu’il fut inutile de lier.
B. Au-dessous du mollet , je fais une incision droite, longue de deux à trois pouces , à une égale distance du bord interne du tibia et du tendon d’Achille. La peau , la couche graisseuse , et le feuillet superficiel de l’aponévrose une fois divisés, on tache de dénuder avec la sonde l’aponévrose profonde ; puis on incise cette lame dans la même étendue que la peau , en ayant soin de ne faire agir le bistouri que sur le sillon
(1) Arch. gén . de méd., 2e série, t. VII, p. 453.