‹ Nouveau éléments de médecine opératoire accompagnés d'un atlas de 22 planches in-4*0 gravées, représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 22 sur 128 · AORTE ABDOMINALE · texte numérisé non relu

AORTE ABDOMINALE

transverse et la racine du mésentère, l’aorte ventrale, depuis son passage à travers les piliers du diaphragme jusqu’à sa bifurcation au-devant de l’angle sacro-vertébral , fournit un grand nombre de branches importantes à noter. La cœliaque, l’émulgente, la grande mésentérique , tirent leur origine de sa moitié supérieure , c’est-à-dire qu’elles en naissent au-dessus ou dans la portion méso-colique du mésentère. Un grand intervalle les sépare par conséquent de la mésentérique inférieure, qui s’en détache à un pouce et demi ou deux pouces au-dessus des iliaques communes. En croisant le corps des vertèbres , les artères lombaires s’engagent dans de petites arcades fibreuses extrêmement solides , et représentent ainsi comme autant de racines fixes qui empêchent de pouvoir déplacer l’aorte, soit dans un sens soit dans un autre, audelà de quelques lignes sans les rompre presque nécessairement.

De l’ensemble de ces rapports il résulte qu’en rejetant les intestins grêles à droite, ou bien en les écartant d’une manière quelconque , l’aorte doit être facile à comprimer contre les vertèbres , entre les deux mésentériques ou immédiatement au-dessus de sa bifurcation ; que ces deux points sont les seuls qui offrent quelque prise aux ressources chirurgicales, et que c’est là qu’il faudrait appliquer le pouce, en attendant mieux, à travers les parois du ventre , s’il devenait instant de suspendre une hémorrhagie grave du système artériel inférieur.

§ II. Ind ications. Nulle artère des cavités splanchniques n’est plus souvent le siège d’anévrismes par cause interne que l’aorte ; nulle part non plus l’anévrisme, la moindre lésion traumatique n’offre autant de dangers , n’est plus constamment suivie de la mort. S’il est vrai qu’aucune plaie, aucune ulcération , aucune solution de continuité d’artère ne puisse guérir sans entraîner l’ oblitération du vaisseau qui en est affecté, comment concevoir qu’une pareille terminaison , en admettant qu’elle soit possible dans l’aorte , n’y soit pas en meme temps de nécessité mortelle? C’est cependant ce que tendent à prouver un certain nombre de faits dont voici la liste.

1° Stensel (1), deux tumeurs stéatomateuses dans l’épaisseur même des parois de l’aorte , au-dessous de sa crosse ; tronc artériel presque imperméable, bien n’aurait pu faire soupçonner une pareille disposition pendant la vie ; 2° et 3° Meckel (2), deux cadavres, membres abdominaux bien nourris , aorte considérablement resserrée au-dessous de sa courbure; 4° M. A. Severin (3), aorte complètement fermée par une concrétion solide, au-dessous des artères émulgentes ; 5° Staerk (4) , cas semblable à ceux de Meckel ; 6° Paris (5) , aorte réduite à si peu de chose , au-dessous delà crosse, dans l’étendue de quelques lignes, qu’on y eût à peine introduit une plume de corbeau; 7° oblitération complète, dans le même point, Graham (6); 8° Rainy (7), un fait semblable, hôpital de Glascow, en 1814 ; donné la pièce à M. Mootheith. 9° Monro (8), aorte oblitérée par les restes d’un ancien anévrisme, immédiatement au-dessus des iliaques primi ves; 10 ’ Goodisson (9), oblitération, ayant gagné les deux iliaques communes; li° Reynaud (10), resserrement extrême de l’aorte thoracique. 12° M. À. Meckel (11), aorte tellement contractée au-dessous du canal artériel , quelle eût à peine admis un mince fétu de paille. M. Â. Cooper[i2 ), oblitération complète de l’aorte abdominale. M. Kcy (13) , un autre chez un paraplégique.

A ces faits on peut ajouter ceux de Piorry( 14), aorte resserrée près de la crosse; Baffos (15) , aorte iliaque oblitérée ;

(1) De steatomalib. aorte.

(2) Acad, de Berlin, t. XII, p. 62.

(3) De recondit. abcess., etc., lib. IY.

(4) Ann. med., vol. I, p. 260, ou Barth, Press, med., t. I.

(5) Journal de Desault, t. II, p. 107.

(6) Trans. mèd.-chir ., vol. Y, p. 287.

(7) Journal de Leroux, t. XXXII, p. 377.

(8) Journal des progrès , t. IV.

(9) Bulletin de la faculté , t. VI, p. 130, 138.

(10) Journal hebdomad., t. I, p. 161.

(11) Journ. compl. des sc.mèd.y t. XXX, p. 88.

(12) OEuvres, etc., trad. Chassaignac et Richelot, p. 542.

(13) Journal des progrès, t. Il, p. 19.

(14) Journal universel des sciences médicales , mars 1816.

(15) Archiv. gén. de méd ., t. XIY, p. 611.

AORTE ABB0M1NALE.

Nicod (1), idem , par concrétion ; Pailloux (2), aorte oblitérée par concrétion en bas; Berton (3), aorte pector., anévrism., concrét. ; Schlesinger (4), aorte abdominale oblitérée; Legrand, idem (5); puis ceux de Spavigenberg, Ilervey , Laënnec , Bright et H. Bérard (6) , et ceux de Nixton , Andral , Larchcus, Fontanus , Dell Arme, Morgagni , Jordan, Mai rsonneuve , rassemblés par M. Barth (7).

Chez presque tous ces sujets , l’état de l’aorte était évidemment le produit d’une maladie ; chez tous, la circulation avait continué de se faire au-dessous de l’étranglement ; ceux dont parlent M. Rainy etM, Key sont les seuls qui se plaignissent habituellement d’une grande faiblesse dans les jambes , ou de paralysie. D’un autre côté, M. A. Cooperet Béclard ont, dit-on , lié plusieurs fois l’aorte ventrale sur des chiens , sans déterminer la gangrène dans le train de derrière de ces animaux. En 1823, j’ai disséqué un chat auquel M. Pinel-Grandchamp avait pratiqué cette opération quatre mois auparavant , et sur lequel l’aorte abdominale était transformée en un filament fibro-celluleux , depuis la mésentérique supérieure jusqu’à l’origine des iliaques primitives. M. Scoutetten (8) , qui a produit successivement l’oblitération des deux fémorales , des deux carotides et des deux sous-clavières , sur le même animal sans le faire mourir, a voulu , de plus, lier l’aorte chez un des chiens qu’il avait ainsi traités. Ce chien commençait à marcher, à reprendre de l’appétit, quoiqu’une péritonite intense se fût développée le lendemain de l’opération , lorsqu’une déchirure de l’aorte , au-dessus de la ligature , est venue le faire mourir subitement le septième jour.

Si l'ensemble de ces faits n’autorise pas à conclure que

(1) Arch. gén. de méd., t. VII, p. 466.

(2) Bibliolh. méd ., 1827, t. I, p. 337.

(3) Bev. méd., 1829, t. If, p. 244.

(4) Encyclop. des sc. méd., 1836, p. 85.

(5) Bélrécissem. de V aorte , etc., 1834.

(6) Dict. de méd., 2e édit., t. III, p. 400.

(7) Presse méd., t. I, ou Thèse n° 189. Paris, 1837. Excellent à consulter.

(8) Archiv. gén. de méd., t. XIII, p. 505.

chez l’homme on puisse, sans témérité, lier l’aorte ventrale,, ils prouvent au moins , et sans réplique , il me semble, que , malgré cette ligature, le sang parviendrait à se frayer une voie pour se rendre aux membres inférieurs. Les intercostales et les lombaires supérieures, les mammaires interne et externe, les cervicales transverses et postérieures sont assez volumineuses, en effet, pour rapporter les fluides au dessous du point étranglé. Si le fil était placé entre les deux mésentériques, au lieu d’être porté au-dessous, on aurait de plus les grandes arcades formées par la rencontre des coliques droites et gauches pour rétablir la circulation. Le corps de l’homme n’étant, en réalité, qu’un vaste réseau, qu’un grand cercle vasculaire , aujourd’hui, moins que jamais, il n’est permis à personne de craindre d’arrêter le cours des fluides qui le parcourent , en oblitérant un de ses points.

La ligature de l’aorte serait-elle donc utile et praticable? Praticable, on ne peut plus en douter, puisque MM. A. Cooper, James et Murray l’ont exécutée , le premier à Londres , le 25 juin 1817 , le second à Dublin en 1829, le troisième au cap de Bonne-Espérance en 1834. Quant à son utilité, elle n’est pas, à beaucoup près, aussi bien démontrée. Le malade de M. Cooper (1) est mort au bout de quarante heures; celui de M. James (2) n’a survécu que trois heures, et je vois que l’opéré de M. Murray (3) a succombé au bout de vingttrois heures. Les anévrismes de l’une ou des deux iliaques communes , ceux qui se développent au-dessous de la mésentérique inférieure, pourraient seuls la réclamer; or, les observations de MM. Monro et Goodisson , les cas de guérison spontanée d’anévrisme de la crosse aortique rappelés par MM. W. Darrach, Berton, Calmeil(4), montrent ce que peut l’organisme en semblable circonstance. Le traitement interne, les topiques froids, les moxas, les méthodes combinées de Valsalva, de Guérin et de M. Larrey, en un mot , n’offrentils pas plus de chances de succès que toutes les opérations

(1) OE uvres . trad. franç., p. 548.

(2) The Lancet, 1829, vol. II, p. 607.

(3) JY. Amer. Arch. of med. and surg. sc., 1835, p. 297.

(4) Journal des progrès , lr« série.

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