‹ Nouveau éléments de médecine opératoire accompagnés d'un atlas de 22 planches in-4*0 gravées, représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 55 sur 128 · GANGRÈNE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE

Pour la confiance que méritent ces faits , et leur valeur réelle , je ne puis que renvoyer à l'appréciation que j’en ai donnée à l’article des restitutions organiques,

ARTICLE II. — G ANGHÈJNE.

L’unique lésion qui portait jadis à faire l’ablation des membres, le sphacèle, n’est pas même, actuellement, celle qui la réclame le plus souvent, quoiqu’elle en forme encore une des indications les plus positives. Pour cela il faut que la gangrène ait envahi toute l’épaisseur de la partie , qu’elle soit assez profonde, du moins , pour ne plus laisser aucun espoir d’en conserver les éléments principaux.

Relativement à l’amputation , la gangrène renferme une question que quelques modernes ont essayé de résoudre autrement que ne l’avaient fait les anciens. Pott , et avant lui Sharp, ont soutenu avec force qu’on doit toujours attendre que l’organisme ait arrêté les progrès de la mortification, avant de songer à l’amputation ; sans cela, disent-ils, on s’expose à la voir gagner le moignon , à pratiquer en pure perte une opération douloureuse. Cette manière de voir, fondée sur l’observation exacte des faits , doit être adoptée d’une manière générale , mais non absolue. MM. Larrey (1) , Yvan (2), Lawrence (3),l)upuytren (4), Gouraud 5), Guthrie, Chaussier (G), Labesse deNancy (7) , Macdermott (8), Busch, ont fait voir en effet qu’il est parfois prudent de suivre une conduite opposée , de pratiquer l’amputation avant que la gangrène soit bornée. Pour s’entendre à ce sujet, il conv ient de prendre à part chaque espèce de gangrène.

§ Ier. Inflammation . Il est rare que la chirurgie d’aujourd’hui permette à l’inflammation de produire la gangrène dans

(1) Clin, cliir., t. IR, p. 520-553.

(2) Dissertai., n° 425. Paris, an 13.

(3) Med. cliir. transact., vol. VI, p. 184.

(4) Leçons orales , elc., t. IV, p. 2G2-2G5.

(5) Princip. opér., clc., 1815.

(G) Bulletin de Fcrassac, t. XIV, p. 3G2.

(7) Archiv. gèn. de méd., t. XVII, p. 307.

(8) Journal des progrès, t. X, p. 235.

le corps des membres. Des incisions profondes , larges , multiples , des sangsues en grand nombre , de larges vésicatoires volants , l’onguent mercuriel , la compression méthodique, des débridements hardis arrêtent à peu près constamment les progrès du mal , sous la peau , entre les muscles , dans les gaines tendineuses ou synoviales. Les grandes articulations seules pourraient faire exception; j’y reviendrai plus loin. Toutefois si, déjà établie au point de comprendre toute l’épaisseur de la partie, d’un doigt, du pied, par exemple, la gangrène, sans être limitée, semblait ne point être compliquée de l’inflammation des gros vaisseaux audessus , il y aurait lieu d’amputer; autrement il faudrait attendre. Un homme encore jeune vient pour une plaie sousmalléolaire , en 1824 , à l’hospice de la Faculté. La gangrène arrive. On ampute la jambe. Des plaques gangréneuses apparaissent dans le moignon, puis à la cuisse. Le malade meurt. Il existait une phlébite et des foyers métastatiques à l’intérieur.

§ IL Pourriture d'hôpital . L’espèce de gangrène grise , connue sous le titre de pourriture d’hôpital, est loin aussi de réclamer toujours l’amputation. Les ulcères du pourtour de l’ongle en sont assez souvent le siège , au point de faire croire à la nécrose de la phalange, à la nécessité d’emporter le doigt. Or une cautérisation vigoureuse de toute la surface sanieuse ou mortifiée, avec le nitrate acide de mercure ou même avec le fer rouge, m’a toujours permis d’arrêter le mal en pareil cas, et de conserver le doigt quand l’os n’était pas encore nécrosé. Je me suis assuré que le même moyen convenait également sur les autres parties des membres; mais si la surface à modifier était très large , le fer rouge devrait être préféré, attendu que le dépôt d’une grande dose d’acide sur la plaie peut ne pas être sans danger. En supposant que le membre ainsi affecté dût être sacrifié , la cautérisation n’en devrait pas moins être tentée d’abord, par la raison que la pourriture est de caractère à se fixer sur la plaie de l’amputation comme sur la première blessure. Si Paulet (1) et d’autres peuvent se flatter d’avoir sauvé quelques malades en L (1) Pierron, Thèse n° 112. Paris, 1814.

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