‹ Nouveau éléments de médecine opératoire accompagnés d'un atlas de 22 planches in-4*0 gravées, représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 59 sur 128 · AFFECTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DIVERSES

souvent à guérir aujourd’hui par des moyens plus doux. Quant aux cancers proprement dits , il n’est pas même besoin qu’ils pénètrent jusqu’aux os pour exiger l’amputation. S’ils sont larges , immobiles , s’étendent au-dehà des téguments , comprennent les aponévroses , les muscles , les vaisseaux ou les nerfs, on compromettrait la vie du malade en voulant conserver le membre. Le plus grand malheur dans tous ces cas, c’est que l’amputation elle-même ne mette pas toujours à l’abri de la récidive.Un jeune homme d’ailleurs bien portant vient à la Charité pour un énorme fongus hématode du mollet. Par crainte, je préfère amputer la cuisse. Or, la plaie du moignon n’était pas encore fermée que la maladie s’était déjà emparée des restes du fémur.

§ III. Les exostoses , les tumeurs fibreuses, éléphantiasi— ques ou autres, à moins qu elles ne soient très volumineuses, ne compromettent la santé générale , ne détruisent les usages naturels de la partie , et ne puissent pas absolument être enlevées seules , séparées de l’os ou des organes voisins les plus essentiels au maintien de la vie dans le reste du membre , n’exigent pas non plus absolument l’amputation.

§ IV. Tumeurs blanches. Des observations nombreuses ont prouvé que les tumeurs blanches cèdent plus souvent qu’on ne l’avait cru généralement aux ressources de la thérapeutique rationnelle, et qu’il n’y a pas lieu do pratiquer l’ablation du membre qui en est affecté, tant que la carie ou la suppuration des surfaces articulaires n’est pas évidente, avant d’avoir épuisé contre elles tous les moyens que la prudence permet d’employer. Le mot tumeur blanche est d’ailleurs trop vague pour avoir aujourd’hui quelque valeur comme indication des amputations (1). C’est d’après la nature du mal et des tissus affectés, et non d’après le titre de tumeur blanche, qu’il faut se décider à l’amputation dans les arthropathies. Si la capsule est depuis long-temps remplie de pus ; s’il existe des fistules autour de l’article, et que le frottement imprimé aux surfaces nelaisse pas de doute sur l’étendue de la nécrose ou de la carie ) si les ligaments, les couches fibreuses envi-

(1) Jeanselme, Arch. gén. de méd., 1837.

ronnantes, sont détruits; s’il s’en échappe un liquide ichoreux, abondant; si la dégénérescence fongueuse ou lardacée s’est emparée de la membrane synoviale et des parties molles en général ; si le membre, atrophié au-dessous et au-dessus , est luxé ou tend à se luxer ; s’il est , en un mot , démontré que les os ou les cartilages soient depuis long-temps le siège d’un travail morbide profond, l’amputation est indiquée; encore est-il qu’avec tout cela la guérison arrive quelquefois à la longue aux articulations des doigts surtout.

§V. Suppuration. A moins qu’elles neprennentleur source dans une maladie des os, il est rare que les suppurations anciennes ou récentes, superficielles ou profondes, mêmelesplus abondantes, nécessitent absolument l’amputation. Le régime, une médication bien entendue, des incisions, des pansements convenables, doivent suffire pour entarirlasource.Danslecas contraire, il faudrait en chercher la cause dans l’état général du sujet, ou la rapporter à quelque lésion interne, et alors l’amputation ne ferait que hâter les progrès du mal. On ne peut nier les dangers auxquels exposent celles qui envahissent parfois la plus grande partie d’un membre, qui sont ordinairement la suite de l’inflammation des toiles synoviales , des coulisses tendineuses, du tissu cellulaire inter-musculaire , et chacun a pu faire là dessus des observations semblables à celles de Lecat (1). Mais comme ces dangers ne se réalisent pas toujours , comme la mort n’en est pas le résultat inévitable , qu’il est possible de les combattre avantageusement i de les prévenir même dans bon nombre de cas , la suppuration des parties molles sans altération des os ne doit pas être rangée parmi les indications des amputations des membres. J’ai vu d’ailleurs les trois malades qu’on y a soumis devant moi succomber aussi promptement , plus promptement même que s’ils n’eussent point été amputés. Chez les deux premiers, une suppuration, que de nombreuses incisions n’avaient pu borner, occupait la presque totalité de l’avantbras; chez l’autre, le mal, moins rapproché du poignet, s’élevait jusqu’au-dessus du coude. Tous trois furent amputés du bras; ils moururent avant le quinzième jour avec des dépôts

(1) Propriétés des nerfs , p. 202.

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